Vanessa Joseph, Cindy van der Pijl, Nicole Chanel, Félix Tiouka, Moëtai Brotherson et Sylvain Duez-Alessandrini

 

CONTRE MONTAGNE D’OR, LA NEGATION DE L’IDENTITE, ET POUR LE COMBAT POUR LA TERRE: DES JEUNES FEMMES DE GUYANE SE SONT EXPRIMEES, LE 13 OCTOBRE 2018, LORS DE LA JOURNEE DE SOLIDARITE DU CSIA.

Christine Prat
10 novembre 2018
Enregistrement 13 octobre 2018

Depuis plusieurs années, une partie de la forêt amazonienne de Guyane “française” est menacée par un projet de mine d’or monumental, mené par une compagnie intitulée “Montagne d’Or”, résultat d’une fusion entre la compagnie canadienne Columbus Gold – en tant que nom colonial, on peut difficilement faire mieux – et la compagnie russe NordGold, qui a déjà ravagé beaucoup de terres Autochtones dans le monde. NordGold est majoritaire dans Montagne d’Or. Les Autochtones s’opposent depuis le début au projet. Ils sont déjà depuis longtemps confrontés aux chercheurs d’or illégaux, les garimpeiros venus du Brésil, qui polluent énormément les rivières dont leur vie dépend. La forêt amazonienne de Guyane a une biodiversité beaucoup plus importante que celle de toute l’Europe. Certains sont prêts à en sacrifier une partie, sous prétexte de “créer des emplois”, formule devenue magique, qu’aucun druide ou magicien n’oserait utiliser. Les Autochtones, qui ont surtout besoin d’eau potable et ont déjà constaté les dégâts que les mines d’or y causent, s’opposent absolument au projet. De début mars à début juillet 2018, des “débats publics” ont eu lieu à Cayenne et à Saint-Laurent-du-Maroni. Les Autochtones ont eu l’impression de ne pas y être écoutés. Cependant, la conclusion a été que le projet Montagne d’Or ne pouvait pas être accepté en l’état. Depuis, Montagne d’Or multiplie les contacts et les tentatives de corruption dans les villages Autochtones. Cependant, l’opposition reste ferme. L’actuel Directeur Général de Montagne d’Or, Pierre Paris, a travaillé précédemment pour des firmes comme Rio Tinto et BHP Billiton, noms bien connus des Peuples Autochtones, un peu partout dans le monde, qui se battent contre la profanation et la pollution de leurs terres ancestrales par les compagnies minières.

Au cours de la 37ème Journée de Solidarité avec les Peuples Autochtones, organisée par le CSIA-nitassinan, une table ronde a réuni Félix Tiouka, 1er adjoint au maire d’Awala-Yalimapo, issu de la première génération d’activistes Autochtones, et trois jeunes femmes de la Jeunesse Autochtone de Guyane.

Comme tous les Autochtones qui sont intervenus lors de cette rencontre, les Autochtones de Guyane ont parlé de la destruction de leur identité et de leur culture, mais aussi de leur difficulté à vivre en tant que “citoyens soi-disant Français” dans une République qui les discrimine, les appauvrit, pollue leur terre, tout en voulant les forcer à se soumettre au “mode de vie” occidental. La “départementalisation” a été décrétée en 1945, la Loi de “Francisation” en 1969. Théoriquement, les Autochtones de Guyane sont des citoyens français comme les autres…

L’article ci-dessous est fondé sur les interventions des trois jeunes femmes, Vanessa Joseph, Nicole et Cindy van der Pijl, d’après des enregistrements réalisés par Pascal Grégis et Christine Prat, membres du CSIA, le 13 octobre 2018.

Vanessa Joseph, Vice-présidente de la Jeunesse Autochtone de Guyane, avait déjà participé à la Journée de Solidarité du CSIA de 2017, en compagnie de Yanuwana Tapoka. Elle a d’abord dit combien elle était heureuse de participer à cette rencontre, “avec Moëtai [de Tahiti], Yvannick [de Kanaky, ou “Nouvelle Calédonie”] et mon Tonto Félix [Félix Tiouka].” Elle a remercié le CSIA de leur fournir cette opportunité de s’exprimer, puis toutes les personnes qui avaient répondu à son appel pour des dons de livres, à l’intention des écoles de l’intérieur. “Nous en avons fait un très bon usage. Aujourd’hui, c’est devenu un projet un peu plus grand, nous allons construire des bibliothèques à l’intérieur. Tout ça, c’est grâce à vous, merci encore.”

Cependant, Vanessa dit aussi que la rentrée scolaire de septembre dernier ne s’est pas bien passée. Elle rappela “qu’à l’intérieur il y a seulement des écoles élémentaires, et pas forcément dans tous les villages.” Les enfants qui doivent aller au collège ou au lycée, doivent partir dans la commune la plus proche ayant un collège ou un lycée, et la commune ‘la plus proche’ peut être très éloignée. Les enfants doivent donc résider dans une famille d’accueil ou un internat. En septembre dernier, certains enfants n’avaient trouvé ni famille d’accueil, ni place en internat. Ils sont retournés dans leur village, et vont perdre une année scolaire. De plus, certains parents ne veulent plus envoyer leurs enfants dans des familles du littoral, vu qu’il y a eu des incidents. L’éducation nationale propose toujours la même solution: mieux sélectionner les familles d’accueil. Vanessa raconte: ” Il y a des enfants de Taluwen, une commune sur le Haut-Maroni, qui ont demandé la construction d’un collège, pour pouvoir rester auprès de leurs parents, ce qui est normal, à 12 ans”… “Pour l’instant, c’est un projet. Ils ont commencé la construction, elle s’est interrompue, puis a été relancée. Espérons que le collège voit le jour. Il y a également un internat en construction à Maripasoula, là aussi nous espérons que ça se déroule sans embûches.”

Vanessa ajoute qu’ils essaient tout de même de faire aboutir certains projets, pour améliorer le quotidien des gens de l’intérieur. Et s’ils peuvent y arriver, c’est grâce à de nombreux soutiens, comme le CSIA.

Vanessa a aussi résumé ce qui s’était passé sur le front de la Montagne d’Or depuis sa dernière visite. Des débats publics ont été organisés à Cayenne et à Saint-Laurent-du-Maroni, de début mars à début juillet. Vanessa dit que “ce fut très intense.”

“Les représentants des Peuples Autochtones ont été un peu ignorés, pour ce qu’ils avaient à dire. Au départ, ils écoutaient toutes les questions, au final, ils ont commencé à les sélectionner, parce que, je pense, certaines questions dérangeaient.” …” Un débat public devait être organisé dans un village de l’ouest, ils n’ont pas honoré ce rendez-vous.” Donc, ça ne s’est pas très bien passé. Pourtant, “par la suite, le débat public a tranché: le projet ne peut pas se faire en l’état. On ne peut pas proposer à une population un projet de cette ampleur avec aussi peu d’explications, et des explications qui ne sont pas claires du tout. Donc, pour le moment, c’est un projet qui doit être révisé.”

Vanessa précise: “Entretemps, la compagnie Montagne d’Or a commencé à s’implanter dans les villages, à convoquer les chefs coutumiers, à leur faire des propositions, que ce soit de l’argent ou des postes… C’était un peu n’importe quoi, donc ils ont tous dit non, sauf un.” Et, à l’heure actuelle, la compagnie Montagne d’Or continue d’essayer de convaincre les gens, avec quelques modifications de son programme, et surtout des modifications de ses explications et de sa communication. Mais, pour les Autochtones, ça reste ‘non’.

Vanessa conclut en remerciant l’assistance, “c’est vraiment un grand plaisir de vous voir et de vous revoir.”

L’intervenante suivante, Nicole Chanel, est originaire de Camopi. Elle a rejoint la Jeunesse Autochtone récemment.

Elle explique qu’elle est Teko, un Peuple appelé autrefois ‘Emérillon’ par des explorateurs français venus à l’époque de la colonisation. ‘Emérillons’ signifie les gens qui vivent de la pêche. “Et nous avons revendiqué d’être appelés les Tekos, ce qui veut dire ‘Indiens guerriers’. Nous, les Tekos, venons de Camopi, principalement des bords du fleuve Oyapock, qui sert de frontière entre le Brésil et “la France”. Dans notre village, il y a deux ethnies, les Tekos et les Wayampis, mais maintenant, nous sommes mélangés. Nous sommes des descendants des Tupi-Guarani, des Indiens qui vivent dans la forêt Amazonienne. Actuellement, les Tupi-Guarani vivent au Brésil. Certains ont fui des guerres, et c’est ainsi que nous sommes arrivés à Camopi.”

Autrefois, il fallait une autorisation préfectorale pour se rendre dans la région. Le prétexte était que les gens de là-bas étaient encore “sauvages”. Nicole dit, “nous n’avons jamais été sauvages. Nous avons toujours accueilli les Français à bras ouverts.” Mais maintenant, c’est ouvert à tout le monde, ce qui n’est pas forcément un avantage. Nicole raconte: “Pour aller chez nous, il faut 4 ou 5 heures de pirogue, parce qu’il n’y a pas de routes, c’est le fleuve. Tout ce fait par le fleuve. Il y a des garimpeiros, des chercheurs d’or [du Brésil], qui passent salir notre eau. L’eau qu’on buvait, dans laquelle on se lavait, où on faisait tout. Comme il n’y a pas de douane, tout le monde peut venir. Alors maintenant, les garimpeiros rentrent sans soucis, pour aller chercher de l’or, parce que chez eux, ils ne peuvent pas le faire, donc ils viennent en territoire ‘français’, pour le faire.” Et Nicole raconte comment elle s’est aperçue de la pollution de l’eau: “Moi, j’ai grandi dans les homes indiens de 4 à 16 ans. Le home indien est un endroit où ils accueillent les enfants Amérindiens qui veulent être ‘civilisés’. Eux appellent ça rentrer dans le rang, apprendre à parler français, apprendre à écrire, à compter, etc. Je ne rentrais que pendant les étés, en juillet et août. Mais au fur et à mesure, en rentrant chez moi, je voyais que l’eau changeait de couleur. Et je me disais que, petite, je me lavais dans cette eau, et d’autres choses comme ça. Et je voyais l’eau devenir jaunâtre. Au point de rencontre de l’eau salie par les garimpeiros avec celle dans laquelle on se lavait, se formait un genre de café au lait. C’était dégueulasse à voir.”

Nicole vit en France depuis 15 ans. Elle est abasourdie de constater que l’Etat Français ne fait rien pour Camopi. En juillet dernier, l’administration a envoyé, pour assurer un remplacement au Centre de Santé de Camopi, M. Jérôme Cahuzac, un ex-Ministre actuellement condamné à 4 ans de prison, dont 2 avec sursis. Pour Nicole, M. Cahuzac “n’a rien à voir avec Camopi. Ils l’ont envoyé là-bas pour travailler dans un centre de santé, alors qu’il n’est pas médecin”. En réalité, M. Cahuzac est médecin, mais chirurgien esthétique. Nicole s’indigne de ce que les médias s’étaient tous précipité à Camopi pour voir Cahuzac, sans montrer le moindre intérêt pour la population locale. C’est bien entendu à cause de ses déboires en justice que les médias s’intéressent à M. Cahuzac. Certains ont demandé à des habitants ce qu’ils pensaient de Cahuzac, et ils ont répondu: “Mais qu’est-ce qu’on sait de lui?” Tout cela est ressenti par les Autochtones comme un profond mépris.

Nicole conclut: “Malgré tout cela, nous nous battons, nous allons nous battre, nous les Tekos, la Jeunesse Autochtone, nous battre pour nous faire connaître du public, de tout le monde, pour dire que nous existons, que nous sommes là. Nous sommes des ‘Français’, on nous a mis une étiquette ‘nationalité française’, donc nous faisons partie de la France aussi, alors regardez-nous, regardez notre Peuple. Merci.”

Puis, Cindy van der Pijl prit la parole. Cindy vit toujours en Guyane et est venue spécialement pour la Journée de Solidarité. Elle est Arawak/Lokono.

“Je fais partie de la Jeunesse Autochtone depuis février de cette année”. “J’ai toujours été très passionnée, très revendicatrice de ma culture, depuis que j’étais toute petite. Je cherchais une ouverture quelque part, à savoir comment faire pour montrer mon identité autre que française. Parce que, chez nous, on nous apprend des choses, on nous apprend tout le temps, mais on ne nous apprend jamais qui on est. Et, forcément, au bout d’un moment, nous sommes un peu perdus dans cette culture française, dans la culture de l’occidentalisation. Où se positionner, comment faire? Est-ce que j’ai le droit de porter ma tenue, est-ce que j’ai le droit de montrer mes plumes sans que la douane vienne m’arrêter parce que ce sont des espèces protégées?”

“Nos peuples ont été trop longtemps martyrisés, beaucoup de larmes ont été versées, beaucoup trop d’âmes ont été torturées, tandis que la Terre subit l’égoïsme de l’être humain et souffre encore plus que nous-mêmes. On parle de la Guyane, cette fameuse “île”, mais on ne sait pas où elle se trouve.” …”beaucoup de sang a coulé, et coulera sûrement encore, à cause des ‘bonnes idées’ de nos puissances.” Cindy se demande pourquoi, sur le territoire de la République, “où on nous dit ‘Liberté, Egalité, Fraternité’, on nous apprend tellement à nous oublier, à ne plus savoir que nous sommes. Tous nos savoirs, nos couleurs, notre identité, sont comme piétinés, complètement bafoués. L’histoire de Nicole, elle l’a vécue, ma maman l’a également vécue, les homes indiens ne sont pas un mythe, ça s’est vraiment passé. L’éducation française y est inculquée, la religion y est inculquée, ça fait partie d’un processus d’enlèvement de l’identité d’une personne. C’est comme si nous étions faits de pâte à modeler qu’on façonne comme on veut, comme on souhaite qu’elle soit. En Guyane, la culture occidentale, les occidentaux, prennent et ne rendent pas.”

Pour Cindy, tout ce qui reste aux Autochtones, c’est la lutte. ” La place du Peuple Premier est réduite aujourd’hui à se battre pour une reconnaissance de son identité, pour avoir sa place dans la société française. Pour moi, aujourd’hui, le mot ‘Autochtone’ est égal au mot ‘lutte’… ” Est-ce que c’est normal que les Autochtones doivent se battre, pour avoir une place et pour qu’on les reconnaisse? Je ne pense pas.

“Aujourd’hui, on parle de pillage. Malheureusement, ce n’est pas un terme à prendre à la légère, car en dehors de ce crime, le pillage identitaire, il y a le pillage de Celle qui nous donne vie, Celle qui se réveille pour rappeler à l’homme sa petitesse. Les tremblements de terre, les séismes, on ne le comprend pas toujours, mais ça arrive quand même. Et si jamais la Maman Terre était en colère contre nous? Contre tout ce que nous lui faisons subir? C’est Celle qui nous berce, Celle qui nous nourrit, notre Maman la Terre. Nos ancêtres nous ont légué leur combat. Aujourd’hui, nous, la jeunesse, essayons de reprendre ce combat. Mais plutôt que d’être des victimes de ce système, même si, au fond, nous le sommes quand même, nous sommes des guerriers. Et là, je rassemble vraiment tous mes frères Autochtones. Mes frères Kanaks, passant par quelque chose qui n’est vraiment pas facile pour eux, et tous nos autres frères Autochtones. Nous sommes tous des guerriers et j’en suis heureuse, parce que sinon, aujourd’hui, nous ne serions pas là. Nous serions de bons petits Français qui croient en Jésus.”

Ensuite, Cindy parle du projet Montagne d’Or. ” Pourquoi ne lâcherons-nous pas face à Montagne d’Or? La réponse est simple et logique. Nous nous battons pour la Terre, nous nous battons pour la vie. Je me demande, en tant qu’être humain, ce dont nous avons le plus besoin dans nos vies. Nous avons besoin de boire de l’eau potable, nous avons besoin de manger, nous avons besoin de marcher, sur qui? Et qui nous donne tout ça? Encore une fois, c’est la Terre.”

“Montagne d’Or, pour ceux qui ne le savent pas, c’est un projet monumental qui veut s’installer en Guyane. C’est une fusion russo-canadienne qui s’appelle maintenant Montagne d’Or, dont Pierre Paris est le directeur général. Montagne d’Or, c’est 80 000 tonnes de déchets par jour, c’est 10 tonnes de cyanure par jour, 10 tonnes d’explosifs, 472 000 litres d’eau PAR HEURE, quand une population va mal. Montagne d’Or est un site à ciel ouvert, dans une zone tropicale où il pleut souvent. Alors, nous dire qu’il n’y aura pas d’accidents, j’ai du mal à le croire.”

“J’ai participé aux débats publics, qui ont eu lieu à Saint-Laurent-du-Maroni et à Cayenne. Vous n’imaginez pas à quel point on se sent petit face à ces gens-là. A quel point il faut s’affirmer pour leur dire ‘non’. Quand on voit un Pierre Paris qui se lève et qui dit “Je suis Pierre Paris et fier d’être le directeur de la Montagne d’Or”, ça donne des envies de crime, parfois… Mais en tous cas, nous avons tenu bon, nous avons montré nos couleurs, montré que nous étions là. Il y avait la jeunesse, il y avait les Anciens, il y avait aussi toutes les cultures guyanaises qui se sont mises avec nous, parce que ces cultures-là ont compris que, si nous arrivons à faire en sorte que la Montagne d’Or ne se fasse pas, la Terre ne va pas leur dire ‘Cindy m’a sauvée, alors que toi, je m’en fous’, non, pas du tout. Ces cultures-là ont compris qu’il s’agit d’un combat humain, que c’est un combat pour la vie, et nous le mènerons, nous irons jusqu’au bout. Et j’aimerais qu’à un moment donné, on puisse se rendre compte de ce que nos sociétés sont en train de nous faire, avec cette culture du capitalisme. Est-ce qu’un jour on pourrait réduire l’argent à ce qu’il est vraiment? Un morceau de papier. Est-ce qu’un jour on pourrait réduire l’or à ce que réellement? Un petit bout de caillou. Et ce sont ces choses pour lesquelles le monde se bat, pour lesquelles les gens s’entretuent. C’est à cause de ça que le sang coule, et coule encore.”

“Pour conclure, j’aimerais vous remercier de m’avoir écoutée, et je suis très contente d’être ici. Je remercie le CSIA de nous avoir invités, et de nous avoir permis quand même d’avoir la parole sur cette terre française. Demain, je rentre chez moi, mon combat continue et j’aimerais vraiment que la jeunesse, quelle que soit sa culture, puisse s’allier à nous face à ce projet. Le problème autour de notre identité, de l’Autochtone, c’est notre histoire. Nous nous battrons contre Montagne d’Or aussi, et sûrement avec la même virulence.

Je vous remercie de m’avoir écoutée.”

 

 

COLONIALISTS WIN REFERENDUM IN KANAKY (“NOUVELLE CALEDONIE”) REPRESENTATIVE OF YOUNG KANAKS IN FRANCE SPOKE AT CSIA DAY OF SOLIDARITY

By Christine Prat, CSIA
November 4th, 2018
Also published on Censored News

Today, November 4th 2018, the colonialists won the referendum by which, inhabitants of Kanaky – so-called New Caledonia – had to decide for or against Independence. Supporters of colonialism won with a much fewer votes than expected. However, settlers of European origin being now in greater numbers than Indigenous people, they could still win.

A few decades ago, tensions raised, as France was encouraging massive European immigration. Violent incidents took place in the 1980s. Two agreements were signed, in Paris in 1988, and in Nouméa in 1998. This agreement decided that several referendums would be held, in which only people already living in Kanaky in 1998 and their descent could take part. However, the immigration policy had started earlier, so that settlers arrived before 1998 are more numerous than Indigenous people.

Kanaky – ‘Nouvelle Calédonie’ – is on top of the United Nations list of countries to be decolonized. However, it is one of the biggest nickel producers on earth. Indigenous people and environmentalists say that digging mines for nickel is destroying the country, which is home to rare species, to exceptional fauna and flora. Those who oppose independence claim that, if France pulled out, the country would necessarily fall under Chinese influence. But this would mean that the world and Kanaky would remain submitted to capitalism, that will go on exploiting nickel until the land is totally destroyed.

On October 13th 2018, a delegation of young Kanaks, led by Yvannick Waikata, spoke person for the Young Kanaks Movement in France, was invited to the Annual Day of Solidarity organized by CSIA-nitassinan, the French Committee for Solidarity with Indians of the Americas. This year, Native Americans from the USA, Chili, Argentina and “French” Guyana were speakers at the event.

The Young Kanaks offered a traditional dance to welcome the Indigenous guests from the Americas.

Yvannick first explained the meaning of the dance. He said the purpose was to bow before the guests and audience, as, in their country, doors are low so that they must bow to enter someone’s house. Bowing also means that they apologize as they are going to make noise. Originally, the purpose of the dance is to initiate young men to the art of war. It is also meant to show ‘their face’. Thus, the purpose of this dance was to show ‘their face’, their identity, for which they have been struggling since 1853. Yvannick said “since that old cloth is flown above our stone (Kanaky), the flag of that colonial empire”.

Yvannick spoke for the Young Kanaks in France. He spoke about the referendum that was to take place on November 4th, explaining: “Why a self-determination referendum? Because we are in a situation of colonizer to colonized. Those who will take part in this referendum are the colonized, us, the Kanaks. ‘Kanak’ is a Hawaiian word meaning ‘human being’.”

Then he went on summing up their history: the colonial conquest began in Tasmania, and in Hawaii. The French colonial empire started in “New Caledonia”, an island thus named by James Cook in 1774. The French conquered it in 1853. The goal was, ultimately, the end of the Kanak People.

This is because of the denial of the Kanak People that they danced that day. “… when we dance somewhere, it is to show our identity, and that we are still alive”. Since 1774 and 1853, and later the policy of European immigration, the French have been trying to drown the Indigenous claim. So, they dance, to say they are still there, they still exist.

Yvannick reminded the audience that the murdered leader Jean-Marie Tjibaou, had organized the Festival ‘Melanesia 2000’. For that festival, the Indigenous people decided that they would no longer limit their sacred dances and cultural practices to ceremonies, but that they would show them publicly to affirm their existence. They wanted to break completely with what had been shown in France before, during ‘colonial exhibitions’. He stressed that it was important for them to dance in Paris before the referendum, to show their faces, their culture, their identity and their history. “Our history does not start with French colonization”. So, since ‘Melanesia 2000’, their struggle was “to place the Kanak claim for identity, the cultural field, into the political field”.

After that summary of the history from the 1980s to today, Yvannick said “We, the young people, are the generation born from those peace agreements. There have been two agreements, that of Matignon in 1988 et that of Nouméa in 1998. We are the generation that lived through that peace. For the November 4 referendum, the Young Kanaks Movement creates spaces to speak, to awake the awareness among our people. Of course, we did not live the civil war situation in ‘Nouvelle Calédonie’, those ‘events’, as historians put it, but it was a war, it actually was an independence war”.

The Young Kanaks Movement works to awake awareness about the Kanak People history, in particular that of the heroes of the struggle, as the French National Education does not do anything, does not even mention the Kanak People.

What the Young Kanaks Movement wants is an identity revival. Yvannick says “for us, it is important that you can identify us and see who we are. Not reduce us to what colonial exhibitions produced in the collective imagination of the French People. So, it is important to dance and show our culture. To come nearer, to learn to know each other. We do not blame the French People at all, we blame the colonial administration.” He added “you are also human beings, like us, so we can reach you”. The colonial exhibitions created an imaginary Other, supposed to be a savage. “At the last colonial exhibition, there was Christian Karembeu’s – star of the French National Football Team – grandfather. His grandfather was a school master in “Nouvelle Calédonie”, but he came here to impersonate a savage!”

“When we come to dance here, it is to decolonize ourselves. The message we bring is to learn to know each other, through the Kanak People’s struggle. I want to thank you for being here and I hope we shall remain connected. We still need you, we still need solidarity. Thank you.”

 

 

LES COLONIALISTES REMPORTENT LE REFERENDUM EN KANAKY (“NOUVELLE CALEDONIE”). LE PORTE-PAROLE DES JEUNES KANAKS EN FRANCE EN PARLAIT LORS DE LA JOURNEE DE SOLIDARITE DU CSIA-NITASSINAN

Par Christine Prat, CSIA English
Also in English on Censored News

Rennes, France, 4 novembre 2018 – Aujourd’hui, les colonialistes ont remporté le référendum par lequel les habitants de Kanaky – soi-disant Nouvelle Calédonie – devaient se prononcer pour ou contre l’indépendance. Les partisans du colonialisme ont gagné avec un pourcentage bien moindre que ce qu’ils escomptaient. Cependant, les gens d’origine européenne étant maintenant plus nombreux que les Autochtones, ils ont remporté le scrutin.

Il y a quelques décennies, la situation politique s’était tendue, du fait que la France encourageait beaucoup l’immigration européenne. Des incidents violents avaient eu lieu au cours des années 1980, le plus connu des médias étant la prise en otage de gendarmes dans la grotte d’Ouvéa, en 1988 (auparavant, des indépendantistes avaient été tués). Finalement, en 1998, un accord a été conclu, prévoyant plusieurs référendums, auxquels seuls les gens habitant déjà en “Nouvelle Calédonie” en 1998 et leurs descendants pourraient prendre part. Mais la politique d’immigration avait eu lieu avant, donc les Européens et leurs descendants déjà présents en 1998 sont majoritaires.

La Kanaky – “Nouvelle-Calédonie” – est en tête de la liste des Nations Unies de pays qui devraient être décolonisés. Cependant, c’est l’un des plus grands producteurs de nickel au monde. Non seulement les Autochtones, mais aussi la plupart des écologistes, disent que l’exploitation du nickel risque de détruire une bonne partie du pays, qui héberge une faune et une flore exceptionnelles, inconnues ailleurs. Les adversaires de l’indépendance clament que si la France se retirait, le pays tomberait forcément sous l’influence de la Chine. Mais cela implique que le monde en général et la Kanaky en particulier, restent soumis au régime capitaliste, qui continuera à exploiter le nickel jusqu’à la destruction complète.

Le 13 octobre 2018, une délégation de jeunes Kanaks, conduite par Yvannick Waikata, porte-parole du Mouvement des Jeunes Kanaks en France, était invitée à la Journée Annuelle de Solidarité avec les Peuples Autochtones du CSIA-nitassinan, Comité pour la Solidarité avec les Indiens des Amériques.

Les jeunes Kanaks ont offert une danse traditionnelle, pour souhaiter la bienvenue aux invités Autochtones des Amériques, venus des Etats-Unis, du Chili, d’Argentine et de Guyane “Française”.

Yvannick a d’abord expliqué la signification de la danse. Il dit qu’il s’agissait de se courber devant les hôtes, parce que dans leur pays, les portes des maisons sont basses et qu’il faut se baisser pour entrer chez quelqu’un. Donc, la danse avait aussi pour but de se courber devant les invités et spectateurs, ce qui signifie aussi qu’ils s’excusent parce qu’ils vont faire du bruit. Au départ, c’est une danse d’initiation à l’art de la guerre, et c’est une façon pour les jeunes de montrer ‘leur visage’. Donc, cette danse avait pour but de montrer leur visage, leur identité, pour laquelle ils luttent depuis 1853. Yvannick dit “depuis qu’un vieux chiffon flotte sur le caillou (“Kanaky”), le drapeau de cet empire colonial”.

Yvannick est intervenu en tant que porte-parole des Jeunes Kanaks en France. Il a rappelé qu’un référendum allait avoir lieu le 4 novembre et expliqué: “Pourquoi un référendum d’autodétermination? C’est parce que nous sommes dans une situation de colonisateur à colonisés. Et ceux qui participeront à ce référendum sont les colonisés, donc nous, les Kanaks. Ce mot, “Kanak”, est un mot hawaïen qui veut dire ‘homme’.”

Puis il résuma l’histoire: l’entreprise coloniale dans le Pacifique a commencé en Tasmanie, et à Hawaï. L’empire colonial français l’a entreprise en “Nouvelle Calédonie”, une île baptisée par James Cook en 1774. Les Français l’ont conquise en 1853. Le but de l’entreprise était, à terme, la disparition du peuple Kanak.

C’est à cause de la négation du peuple Kanak qu’ils ont dansé ce jour-là. “…quand on vient danser, c’est pour montrer notre identité, que nous sommes en vie”. Depuis 1774 et 1853, l’entreprise coloniale, puis, plus tard, l’émigration européenne encouragée par la France, ont tenté de noyer la revendication Autochtone. Quand ils dansent, c’est pour dire qu’ils sont là, qu’ils existent.

Yvannick a rappelé que l’ancien leader assassiné, Jean-Marie Tjibaou, avait organisé le Festival Mélanésie 2000. Pour ce festival, les Autochtones ont décidé de ne plus limiter leurs danses et autres pratiques culturelles, aux cérémonies rituelles, mais de les montrer au public pour affirmer leur existence. Ils voulaient rompre complètement avec ce qui avait été montré en France, au cours “d’expositions coloniales”. Il souligna qu’il était important pour eux, avant le référendum, de venir danser à Paris, c’est-à-dire de montrer leur visage, leur culture, leur identité, leur histoire. “Notre histoire ne débute pas avec la colonisation française”. Ainsi, depuis le Festival Mélanésie 2000, le combat était “le champs politique, c’est-à-dire la revendication Kanak identitaire, l’avènement du champ culturel dans le champ politique.”

Après ce résumé de la période allant des années 1980 à aujourd’hui, Yvannick dit: “Nous, les jeunes, sommes la génération issue de ces accords de paix. Il y a eu deux accords, celui de Matignon en 1988, et celui de Nouméa en 1998. Et nous sommes de la génération qui a connu cette paix-là. En tous cas, pour le 4 novembre, le Mouvement des Jeunes Kanaks crée des espaces de parole pour sensibiliser nos gens, les gens de chez nous. Bien sûr, nous n’avons pas connu cette situation de guerre civile en “Nouvelle Calédonie”, des ‘évènements’, comme disent les historiens, mais c’était la guerre, il s’agissait bien d’une guerre d’indépendance”. [La France officielle a continué de parler des ‘évènements’ d’Algérie pendant des décennies, avant d’admettre récemment qu’il y avait eu une guerre d’indépendance… – Ch. P.].

Le Mouvement des Jeunes Kanaks s’efforce de sensibiliser les gens à l’histoire du Peuple Kanak, en particulier celle des héros de la lutte, étant donné que l’Education Nationale française ne fait rien et ne mentionne même pas le Peuple Kanak.

Ce que veut le Mouvement des Jeunes Kanaks, c’est une ‘renaissance identitaire’. Yvannick dit: “Pour nous, c’est important que vous puissiez nous identifier et voir qui nous sommes. Non pas nous résumer à ce que les expositions coloniales ont pu produire dans l’imaginaire du peuple Français. Donc, il est important de venir danser, de montrer notre culture. Pour s’approcher, apprendre à se connaître. Nous n’en voulons pas du tout au Peuple Français, mais à l’administration coloniale.” Il poursuit “vous êtes aussi des humains comme nous, donc nous pouvons vous toucher”. Les expositions coloniales ont créé cet imaginaire de l’Autre, supposé être sauvage. “A la dernière exposition coloniale, il y avait même le grand-père de Christian Karembeu, héros de l’équipe de France de football, son grand-père qui était pourtant instituteur en “Nouvelle Calédonie”, est venu jouer le sauvage ici.”

“Quand nous venons danser ici, c’est pour nous décoloniser. Le message que nous apportons à travers la danse, c’est apprendre à se connaître, à travers la lutte du Peuple Kanak. Je tiens à vous remercier de votre présence et espère que nous resterons connectés. Nous avons toujours besoin de vous, nous avons toujours besoin de solidarité. Merci beaucoup.”

 

 

Jimbo Simmons, de l’AIM West, était l’un des intervenants, lors de la Journée Annuelle de Solidarité du CSIA-nitassinan. Cette année, la Journée commémorait aussi le 50ème Anniversaire de la fondation de l’AIM. Jimbo a donné sa vision de ce que devrait être la décolonisation.
Intervention enregistrée le 13 octobre par Pascal Grégis, du CSIA.

 

Jimbo Simmons
Paris, 13 octobre 2018
Transcription et traduction Christine Prat, CSIA

 

“Nous sommes réunis ici et avons parlé de la colonisation. Et c’est bien de cela qu’il s’agit. Selon ma façon de voir la colonisation, elle a été fondée et imposée de force à notre peuple en Amérique du Nord, les Indiens. Puis elle a été exportée partout dans le monde à d’autres communautés Autochtones. Alors, pour que nous puissions rejeter le joug de la colonisation, il faut que je la définisse plus profondément, en ce qui me concerne. Parce que je pense qu’il y a plus à faire que décoloniser. Il faudrait qu’on vous fasse toute une leçon d’histoire, sur la colonisation. Mais pour notre peuple en Amérique du Nord, la décolonisation, nous la concevons comme une libération, nous libérer d’un système de valeurs qui nous a été imposé. Notre mode de vie, notre philosophie de la vie, est tout aussi valable que n’importe quelle autre idéologie, en tant que mode de vie dans le monde d’aujourd’hui. Mais lorsque nous nous décolonisons nous-mêmes, je pense que nous ne faisons que nous coloniser davantage. Et alors, les Etats-Unis ont affaire à un néocolonialisme. Et pour moi, ça signifie que des gens qui ont été colonisés par notre ennemi, ont acquis le pouvoir, à travers le système de gouvernement, de perpétuer le même système colonial. Ainsi, c’est plus facile pour les colonialistes de dire “ils le font à eux-mêmes”. Alors, nous devons bien comprendre ce que nous voulons dire par colonisation et décolonisation. Je pense que nous, en Amérique du Nord, commençons à aller dans ce sens. Et aujourd’hui, en écoutant les interventions de nos frères et sœurs qui combattent aussi, je vois que c’est la même chose. Donc, je pense que nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres, à partager, à comprendre tout ce que nous avons en commun, quand nous parlons de colonialisme. Car pour nous, en Amérique du Nord, c’est une colonisation qui a menacé notre mode de vie, qui nous a conduit à nous soulever pour défendre ce mode de vie. Ainsi, nous devons vraiment bien comprendre de quoi nous parlons, quand nous disons “décolonisez”. Parce que beaucoup de problèmes qui touchent notre peuple, comme les oléoducs, comme nos sites sacrés, en font partie intégralement. Et je voulais juste faire remarquer cela, afin que nous puissions avoir une meilleure compréhension de ce que nous subissons, de ce dont nous parlons aujourd’hui.

J’ai écouté nos frères Kanak et les autres frères qui combattent le colonialisme… J’avais toujours pensé que les Français étaient nos amis, qu’ils étaient nos alliés, alors ça me pousse en quelque sorte à me demander, quel est notre but, quel est notre objectif? Et je viens ici, pourtant je suis Choctaw, et ce sont les Français qui ont pris notre territoire puis l’ont abandonné au gouvernement des Etats-Unis. L’enseigne-t-on dans les livres d’histoire? Je crois que non. Ainsi, je pense que nous devons nous rééduquer pour savoir ce que nous pouvons faire pour parvenir réellement à ce que nous essayons de faire, c’est-à-dire nous libérer.

Et c’est un honneur pour moi d’être à nouveau ici avec mes frères et mes sœurs, qui se battent tellement dans leurs communautés, et de trouver les moyens de tendre la main à d’autres peuples dans le monde et aux communautés à travers tous les Etats-Unis. Et [des communautés] qui découvrent leur pouvoir, retrouvent leur voix, et trouvent leur force. Et pendant ce temps, nous nous construisons aussi spirituellement, et par là, nous guérissons, nous sommes sur le point de guérir. Ainsi, quand nous comprenons bien comment la colonisation nous affecte, il devient beaucoup plus facile de nous guérir nous-mêmes.

Parfois, ça me pose des problèmes de dire que les Indiens sont les gens les plus colonisés du monde aujourd’hui. Alors, comment combattre ça? En revenant à nos façons et traditions, à notre philosophie de la vie. Et, comme nos frères nous l’ont montré au début de ce programme, avec leurs danses, ce que ça va exiger de nous pour montrer aux gens que nous sommes humains aussi. Parce que, comme je l’ai observé par leurs danses, leurs costumes, c’est un processus que nous aussi devrons suivre pour retrouver notre identité.

L’autre aspect extrêmement important, c’est notre langue. Notre identité. Nous ne sommes pas autochtones, nous sommes les peuples d’origine de ces pays. Nous sommes les Lakota, ou Dakota, les Cheyennes, les Dineh ou les Choctaw. Quel qu’aient été les noms originaux, ce qu’étaient leurs noms originaux au début des temps, c’est de ça qu’il s’agit. Et si nous les traduisons en anglais ou en français, ils signifient tous Les Gens [et Kanak signifie ‘Homme’]. Alors, ce qu’ils veulent faire c’est effacer la mémoire de qui nous étions à l’origine. Et pour moi, c’est cela, la colonisation. Et tant qu’ils perpétueront ce système dans nos communautés, nous continuerons à nous battre, nous continuerons la lutte contre ce système. Même s’il n’y a pas de solution, ou peut-être même pas de réponse à ça. C’est tout ce que le gouvernement veut, créer assez de chaos pour nous aveugler.

Donc, nous devons revenir à nos débuts. Peu importe d’où nous venons. Notre peuple a toujours regardé quatre couleurs sacrées: le jaune, le noir, le rouge, le blanc. Nous avons tous eu une origine dans le temps, nous avons tous dû apprendre de quelque chose. Ainsi, les instructions qui nous ont été données à l’origine sont ce qui nous constitue. Mais, quelque part sur le chemin, nous les avons perdues. Je dis ‘nous tous ensemble’, mais alors, je ne veux pas dire ‘nous’, les Indiens d’Amérique du Nord, parce que nous sommes tous embarqués dans cette lutte avec vous. Merci.”

 

 

Intervention de Nataanii Means à Paris, le 13 octobre 2018, au cours de la 38ème Journée Annuelle de Solidarité du CSIA-nitassinan. Enregistrement Pascal Grégis du CSIA.

 

Nataanii Means English
Paris, 13 octobre 2018
Traduction Christine Prat, CSIA
Also published in English on Censored News

 

Nataanii s’est d’abord présenté à la manière traditionnelle puis a expliqué:

“Bonjour à tous, c’étaient mes salutations, que je suis supposé offrir chaque fois que je parle. Je peux me présenter en trois langues différentes. Je suis de trois Nations différentes. Je suis Oglala Lakota, Dineh – Navajo – et Omaha.”

“Pour ceux qui me connaissent, je suis venu ici chaque fois, les trois ou quatre dernières années. Et chaque fois, il se trouve que je me bats contre quelque chose de différent. Beaucoup de choses ont changé, depuis deux ans. Il y a deux ans, nous nous battions à Standing Rock. Et cette année, et bien, c’est dur d’être Autochtone, parce qu’il faut continuer, nous ne faisons que combattre, quoiqu’il arrive. Et en ce moment – nous passons sur l’année 2017 – cette année, nous combattons un autre oléoduc dans le Minnesota, la Ligne 3 de la compagnie Enbridge.

L’une des raisons pour lesquelles j’y participe, c’est que beaucoup de nos parents Anishinabe étaient à mes côtés pendant les sept mois à Standing Rock, à travers les dures épreuves. Et parce qu’ils ont fait cela, je me sens obligé d’être là-bas avec eux.

Standing Rock a été une expérience très instructive, pas seulement pour moi-même. Nous en avons appris beaucoup sur les oléoducs, et sur les tactiques utilisées, non seulement par la police, mais par les firmes de sécurité privées et les états.

Notre but maintenant est d’être efficace. Être efficace en retardant les travaux assez longtemps pour que ça coûte de l’argent à l’entreprise jusqu’à ce qu’elle doive abandonner le projet. Et, pour moi, être efficace de cette manière est toujours dangereux, mais c’est la voie la plus sûre que nous pouvons suivre.

L’an dernier, ils ont terminé la construction d’un oléoduc dans le Wisconsin, et dans le Nord du Canada, jusqu’au centre du Canada. Il y avait un groupe de gens qui s’appelaient le Camp Makwa, qui ont essayé de retarder les travaux jusqu’à l’hiver, dans le Wisconsin, pour repousser un peu l’oléoduc.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que nous vivons dans la plus grande superpuissance du monde. Le pouvoir militaire des Etats-Unis est présent partout dans le monde, et il était clairement présent à Standing Rock, où il a montré ce qu’il en avait à faire des populations d’origine de ce pays.

Ainsi, l’état du Minnesota avait un an pour approuver ou repousser cet oléoduc, par l’intermédiaire du comité de la PUC [Public Utilities Commission – Commission des Services Publics]. Ils l’ont approuvé par 5 voix à 0, ignorant totalement l’indignation du public. Nous avons fait sentir notre présence à ces gens qui approuvent ces oléoducs qui affectent directement les Autochtones vivant le long de leurs corridors. Ils ne nous ont pas regardés en face. Nous avons fait remettre la réunion, nous l’avons suffisamment perturbée, nous avons réussi à faire parler de nous dans le New York Time, le Los Angeles Times, et partout.

Vous savez, ces discours qui viennent d’être prononcés sur la décolonisation, tout ce qu’ils ont dit était vrai. Le subir en pratique est encore plus dur, le vivre est encore plus dur. En combattant des oléoducs, nous parlons de décoloniser un monde né drogué. Nous sommes accros au pétrole. Et nous ne pouvons pas être en manque. Si vous avez jamais vu un drogué en manque, c’est horrible. Et c’est ce que nous sommes, drogués, accros. C’est ce qu’est la race humaine actuellement, c’est une maladie, une addiction, c’est un virus. C’est ce que nous sommes maintenant.

Je veux dire, la Terre existe depuis environs 3 milliards d’années, et nous, depuis combien d’années sommes-nous là? 20 000 ans? Nous ne sommes pas vitaux pour cette Terre, nous ne sommes rien. Vous le savez, vous, puisque vous êtes ici. Mais ça accroît l’urgence de trouver de l’énergie renouvelable, de nouvelles solutions.

Aller à ces réunions, voir la tête de ces haut placés, les regarder en face, pour leur montrer qu’ils ne sont pas intouchables, est important. Parce que, si je peux choisir de rentrer chez moi, je n’ai pas d’endroit agréable où retourner. Je retourne là où les gens sont drogués, là où des gosses se suicident à l’âge de dix ans, là où mes cousins vendent de la méth. Je retourne là où les mines d’uranium et de charbon, là où les forages pétroliers et la fracturation nous donnent des cancers, maintenant. C’est notre réalité. Et il n’y a pas de vacances, pas de jours de congé, si vous êtes une personne autochtone, un Indien.

Alors, c’est ça le mobile pour être efficace contre la Ligne 3: parce que je suis fatigué du cancer, je suis fatigué des drogues qui nous arrivent, je suis fatigué de ce trafic sexuel de femmes Autochtones dans les camps masculins. Et tout cela… Surtout ces femmes Autochtones disparues ou assassinées, c’est un problème énorme, avec ces camps masculins qui s’installent. Ils font du trafic sexuel de nos femmes à cause de l’environnement raciste qui se développe. Ces projets d’extraction sont construits juste à côté des Réserves Indiennes. Et qu’y a-t-il aux alentours? Seulement nous.

Cet oléoduc est en train d’être construit à travers les champs de riz sauvage des Anishinabe, là où ils récoltent leur nourriture en été, et où ils ont découvert récemment un village vieux de 7000 ans, un village Dakota.

Après que le DAPL ait été construit, ils ont approuvé la Ligne 3, ils ont approuvé les gazoducs de LNG, le Canada a approuvé l’oléoduc Trans Mountain de Kinder Morgan, et le Keystone XL.

– Et Bayou Bridge!

– Bayou Bridge est en fait un prolongement du DAPL, et ils sont encore en train de le combattre.

Et le pétrole vient des sables bitumineux, et ces sables bitumineux sont le pétrole le plus mauvais, le plus empoisonné, le plus affreux qu’il existe. Le pétrole de Bakken est très mauvais, mais les sables bitumineux sont pires. Et ils essaient d’accroître les sites de sables bitumineux d’un quart, voire même deux quarts leur taille, maintenant.

Alors, je ne sais pas de quoi je parlerai si je reviens l’an prochain. J’espère que ce sera pour dire que nous avons battu la Ligne 3 et le Bayou Bridge!

Vous savez, même dans nos terres ancestrales, où se trouve le Monument National de Bears Ears [en Utah], ils essaient de l’ouvrir à l’exploration, au forage pétrolier et à la fracturation. Ils pratiquent aussi la fracturation en Pays Navajo, à un rythme effréné. C’est écrasant, parce que nous sommes sur les lignes de front, que ça nous plaise ou non, que nous le choisissions ou pas, nous sommes forcés d’être sur les lignes de front.

Les gens oublient qu’il y a plus de 560 Nations Autochtones, rien qu’aux Etats-Unis. En tant qu’Autochtones, nous constituons 0,8% de la population des Etats-Unis. Et nous sommes ceux qui combattons ces horreurs! Alors, c’est là que VOUS entrez en jeu! Venez vous faire arrêter maintenant! Nous encourageons nos alliés à la couleur de peau privilégiée dans le système, de faire ce qu’ils peuvent pour faire bouger les choses, pour faire du bruit et semer la perturbation, en tant qu’alliés des Autochtones.

Et je vous remercie tous d’être ici, d’écouter, de rester dans cette pièce trop chaude. Donc, quand nous repartirons d’Europe, nous devrons retourner à tout ça. Ça peut sembler bizarre quand je le dis, mais ce n’est pas drôle de rentrer chez nous. Nous allons continuer à combattre, à faire de notre mieux, et continuer indéfiniment à le faire.”

 

 

 

 

Nataanii Means,
Paris, October 13, 2018 Français
Also published in English on Censored News

Speech by Nataanii Means in Paris, October 13, 2018, at the 38th Annual Day of Solidarity of the CSIA-nitassinan.
Recorded by Pascal Gregis and Christine Prat from CSIA, transcribed by Christine Prat

 

Nataanii presented himself in the traditional way and further explained:

“Hello everyone, this is my greeting, that I am supposed to give whenever I speak. I can present myself in three different languages. I am from three different Nations. I am Oglala Lakota, Dineh – Navajo – and Omaha. For those who know me, I have been coming for the past three or four years. And each time, it seems that I am fighting something different. A lot has changed since two years ago. Two years ago, we were fighting in Standing Rock. This year, now, it’s hard to be indigenous, because you have to keep going, you just keep fighting, no matter what. And right now – we have to go through last year, 2017 – and this year we are fighting another pipeline in Minnesota, called Line 3, of Enbridge Corporation.

One of the reasons I am here is because a lot of our Anishinabe relatives stood with me through the seven months at Standing Rock, through the hardships. Because they did that, I feel an obligation to be there with them.

Standing Rock was a great learning experience, not only for myself. Learning about pipelines in themselves, and the tactics used by not only police, but private security firms, and by the states.

Our goal now is to be effective. To be effective to actually delay enough to cost the corporation enough money until the drop the project. And, to me, being effective in that manner is still dangerous, but it is the safest road we can go.

Last year, they finished the pipeline building in Wisconsin and in Northern Canada, down to Middle Canada. There was a group of people called the Makwa Camp, who tried to delay it enough in the winter time, in Wisconsin, to push the pipeline back further.

What you want to understand is that we live in the biggest superpower in the world. The military might of the United States is present all over the world, and it was definitely present at Standing Rock, it showed how they cared about the original people of this land.

So, the state of Minnesota had a year to approve or deny this pipeline, through the PUC committee. They approved it, 5 to 0, totally ignoring the public outcry. So, we went to another meeting where they were voicing what they call environmental safety measures, to the public. We made our presence known to these people who approved these pipelines that directly affect Indigenous people living along their row. They wouldn’t look at us in our eyes. We postponed the meeting, we disrupted it enough, made it to the New York Time, the L.A. Times, all over.

You know, on the talks about decolonization, everything they said was right. To practice it is even harder, to live it is even harder. When we are fighting pipelines, we are talking about decolonizing a world that was born into an addiction. We are addicted to oil. We can’t go cold turkey. If you have ever seen an addict go cold turkey, it’s horrible and that’s what we are, addicted. That’s what the human race is right now, it’s a disease, it’s an addiction, it’s a virus. That’s what we are right now.

I mean, the Earth has been around for 2 billion years, we have been around for what? 20 thousand? We are not vital to this Earth, we are nothing. I mean, you know you guys, because it is why you are here. But it pushes the urge of finding renewable energy, new solutions.

Going to these meetings and to these higher ups and their faces, getting in their faces, showing them that they are not untouchable is important. Because, if I can choose to go home, I don’t have a nice place to go home to. I go back where people are addicted to drugs, where kids are committing suicide at the age of ten, where my cousins are selling meth. I go back to where uranium, coal mining, where oil drilling, where fracking is giving us cancers, right now. That’s our reality. And there is no vacation, there is no holiday, when you are an original person, an Indian.

So, about this Line 3, to be effective is the motive, because I am tired of cancer, I am tired of drugs coming in, I am tired of my women being sex-trafficked into men camps. And all those things… Specially those missing and murdered Indigenous women, it is a huge factor in those men camps that come in. They sex-traffic our women because of the environment of racism that’s happening. These extraction projects are built right next to Indian Reservations. And, what else is around? Just us.

This pipeline is built right through Anishinabe wild rice fields, where they go to collect their food in the summer time, where they recently found a 7000 years old village, a Dakota village.

After DAPL was built, they approved Line 3, they approved LNG gas lines, Canada approved Kinder Morgan Trans Mountain pipeline, and the Keystone XL.”

– “And Bayou Bridge!”

– “Bayou Bridge, well, it’s a continuation of DAPL and they are fighting that still.

The oil comes from the tarsands, and these tarsands are the most cruel, poisoning, ugliest oil that is. The Bakken oil is bad, the tarsands are worse. And they are trying to increase the tarsands by one quarter of its size, two quarters of its size by now.

So, I don’t know what I’ll be talking about when I come back next year. Hopefully will it be that we beat Line 3 and Bayou Bridge.

You know, even in my homelands where Bears Ears National Monument is [in Utah], they are trying to open it for exploration for oil drilling and fracking. There is also fracking in Navajo Country, at high rate. It’s really overwhelming, because we are on the frontlines, whether we like it or not, choose it to be or not, we have to be on the frontlines.

People forget that there are over 560 Nations in the United States alone. We make up for 0.8% of the population of the United States, as Indigenous people. We are the ones fighting those atrocities. So, that’s where YOU come in! Come get arrested now! We encourage our allies, the people with privileged skin in the system, to do what they can to move what they can move, to create noise and to create disruption, as an ally to Indigenous people.

And I thank all of you for being here, for listening, for being in this hot room. So, after we leave here, we shall have to go back to all that. It might sound funny when I say, but it’s not funny when we go back home. We’re going to keep fighting, doing the best we can, and just going to keep doing it.”

 

 

 

 

Christine Prat, CSIA, français
Octobre 20, 2018
Also published on Censored News

 

Two Water Protectors, who have been fighting and suffering a lot in Standing Rock, Nataanii Means and Tufawon, are now back to Europe for a “Resilience Tour”. In Paris, they took part in several events, to celebrate AIM’s 50th Anniversary, and CSIA’s 40th Anniversary.

On October 12th, in the afternoon, a gathering took place to honor the AIM and pay a tribute to the leaders who have passed to the Spirit World, and, in the evening, Raye Zaragoza (Akimel O’odham/Xicana), Nataanii Means and Tufawon had a show.

The evening started with beautiful songs by Raye Zaragoza.

 

Then, Nataanii and Tufawon started with their hip-hop show. Nataanii presented himself and delivered a speech about the AIM leaders who left us, explained how complicated it was without the Elders, and said that their struggle to protect water is still going, now against the pipeline Line 3 of Enbridge.

Nataanii Means presented himself, saying that he came from three different Nations: Oglala Lakota, Omaha and Dineh (Dineh being often known as Navajos).

Then he talked about the AIM:

“My father fought for a long time, alongside my auntie and my uncle here, Jimbo and Jean. They all worked together for a long time. Jimbo talked about how our past leaders are past away now, no matter whoever they grouped with. Jean said it too. Everyone they grouped with in the movement, they are gone now.

I am a product of what they built. One day, I shall be an ancestor to one of my people. So are you. That’s why we have to start thinking collectively as conscious people.

We are fighting another pipeline, in Minnesota. It’s called Line 3, and you can look it up on the Internet, at www.stopline3.org. On Facebook, look up Ginew Collective, g, i, n, e, w. Look that up.

But a few weeks ago, me and Tufawon, we just came from that camp. We’re fighting that billionaire company, and I was sitting there, in a meeting, and I looked around, because a question came up. It was a really hard question, and I expected somebody else to answer it. I expected one of my Elders to be there to answer it. But they were not there, there was nobody there. There was us. And that was a new feeling for me, to be there without these people. But that’s how life is, you understand that.

You know, it’s hard for me and Rafa [Tufawon] to both be here. You know that, leave those guys behind to do a lot of work.

So, the least we can do for them is to ask you to go home and look up stopline3.org and Ginew Collective, and share with your circle, donate and spread the word.”

Then, Nataanii and Tufawon went back to playing music.

 

 

 

Excerpt from the info page of stopline3, there is much more info on this site – among others, several video interviews of Winona La Duke – thus look it up:

The existing Line 3 is an Enbridge pipeline that ships crude oil from Alberta to Superior, Wisconsin. It spans northern Minnesota, crossing the Leech Lake and Fond du Lac reservations and the l855, 1854, and l842 treaty areas.  And it is a ticking time bomb. It was built with defective steel in l96l, has had numerous ruptures and spills, and is running at half pressure because of severe corrosion.  Instead of cleaning up this liability, Enbridge wants to simply leave it in the ground forever, and cut a brand new energy corridor through our best lakes, wetlands, and wild rice beds, and the heart of Ojibwe treaty territory.  They first proposed this new route for the Sandpiper pipeline in 2013, but years of fierce resistance in Minnesota drove them to cancel that project and buy a share of the Dakota Access pipeline instead. At $7.5 billion, the proposed new Line 3 would be the largest project in Enbridge’s history and one of the largest crude oil pipelines in the continent, carrying up to 915,000 barrels per day of one of the dirtiest fuels on earth, tar sands crude. They call it a “replacement” but it is larger, with higher volume, in a new corridor.  First Nations, tribal governments, landowners, environmental groups, and communities across the Great Lakes have been fighting for 5 years now to stop this new corridor and #StopLine3.  We are here to protect the water and our future generations.

 

 

JEAN ROACH, LAKOTA, PARLE, A PARIS, DU ROLE DES FEMMES DANS LA LUTTE, DE LEONARD PELTIER ET DE LA PROTECTION DE L’EAU

Intervention enregistrée
Le 13 octobre 2018
Publiée
Le 22 octobre 2018
Traduction Christine Prat
In English on Censored News

La 38ème Journée de Solidarité avec les Peuples Autochtones, organisée à Paris par le Comité pour la Solidarité avec les Indiens des Amériques, le CSIA, a célébré plus de cinq siècles de luttes contre le colonialisme, le 50ème Anniversaire de l’American Indian Movement, et le 40ème Anniversaire du CSIA.

Jean Roach faisait partie des intervenants représentant l’AIM. Elle a parlé du rôle des femmes dans la lutte, de Wounded Knee, de la Protection de l’Eau et de la Terre, et surtout de Leonard Peltier, et appelé à soutenir sa libération.

Vous trouverez ci-dessous la transcription de son discours du 13 octobre 2018.

Christine Prat, CSIA

 

“Je m’appelle Jean Roach, j’appartiens à la Nation Lakota. Je vis près des Black Hills, dans le Dakota du Sud. J’aimerais remercier tous ceux qui sont venus et s’intéressent à nos combats.

Je représente un homme, Leonard Peltier, qui est en prison depuis 43 ans, ce qui fait aussi partie de la colonisation.

Quand nos familles sont attaquées, que ce fut au XVIII ème siècle ou dans les années 1970, les femmes doivent s’engager aussi. Nos enfants ont été donnés à l’adoption, emmenés de force dans des internats, où ils ont été battus, tués, assassinés. Nos hommes ont été emprisonnés, ou tués, ou les deux. Depuis le premier contact, nous avons eu de nombreuses victimes.

Ma Nation est celle des Miniconjou. Ce sont des gens de mon peuple qui ont été massacrés à Wounded Knee [29 décembre 1890]. Ça fait partie du rôle des femmes. Alors, des gens essaient de nous appeler des activistes ou des militantes, mais nous ne sommes que des mères et grand-mères. Nous protégeons les générations suivantes, ce sont nos actions en ce moment, et nous avons probablement de l’ADN de nos ancêtres qui ont été massacrés. Ainsi, quand nous parlons de Leonard Peltier, nous devons faire le lien avec le fait que son grand-père était l’un des 38 du Dakota [38 hommes pendus sur ordre de Lincoln, à Mankato, Minnesota, le 26 décembre 1862]. Pour les gens de nos générations, Leonard représente les manipulations des Etats-Unis.

Des gens parlent de prisonniers politiques, mais nous ne sommes que des Protecteurs de l’Eau. A Standing Rock, ils ont été attaqués sur la base de leurs croyances, de nos croyances en la protection de l’eau. Et ils sont aussi prisonniers politiques.

 

 

Comme je l’ai dit, Leonard Peltier est prisonnier depuis 43 ans. C’est le prisonnier politique le plus ancien du monde. Tout ce que nous demandons, c’est la justice. Et que l’histoire soit racontée et jamais oubliée. Nous voudrions que le monde international sache que nous souffrons et que nous avons toujours un prisonnier dans une prison. Et beaucoup d’autres. Jusqu’à ce qu’il soit libéré, nos Nations ne seront pas libres.

J’ai une abondante documentation sur ce dont je parle. Je demande à chacun de s’intéresser au cas de Leonard Peltier. Et je félicite tous les protecteurs de l’eau et de la Terre. Merci.”

 

 

 

TOURNEE ‘RESILIENCE’ DE DEUX PROTECTEURS DE L’EAU: LA LUTTE CONTRE LES OLEODUCS CONTINUE

Christine Prat, CSIA English
20 octobre 2018
Egalement publié en anglais sur Censored News

Deux Protecteurs de l’Eau, qui ont combattu et beaucoup souffert à Standing Rock, Nataanii Means et Tufawon, sont de retour en Europe pour une tournée intitulée “Résilience”. A Paris, ils ont pris part à diverses manifestations, pour célébrer le 50ème Anniversaire de l’AIM et le 40ème Anniversaire du CSIA-nitassinan.

Le 12 octobre, l’après-midi, il y avait eu une réunion pour commémorer l’AIM et rendre hommage à ses dirigeants maintenant passés dans l’Autre Monde, et le soir, Raye Zaragoza (Akimel O’odham/Xicana), Nataanii Means et Tufawon ont donné un concert.

La soirée a commencé avec les chants mélodieux – et engagés – de Raye Zaragoza.

 

Puis, Nataanii et Tufawon ont entamé leur concert hip-hop. Nataanii s’est présenté et a parlé des dirigeants de l’AIM qui nous ont quitté, et expliqué que c’était très difficile de continuer sans les Anciens. Il a expliqué aussi que leur lutte pour protéger l’eau continue, actuellement contre l’oléoduc Line 3, de la firme Enbridge.

Nataanii s’est présenté, à la manière traditionnelle. Il dit qu’il était issu de trois Nations différentes: Oglala Lakota, Omaha et Diné (‘Diné’ étant souvent connus sous le nom de ‘Navajos’).

Puis il a parlé de l’AIM:

“Mon père s’est battu pendant des années, avec à ses côtés ma tante et mon oncle ici présents, Jimbo et Jean. Ils ont travaillé ensemble très longtemps. Jimbo a parlé tout à l’heure de nos dirigeants qui nous ont quitté, à présent, peu importe à quel groupe ils appartenaient. Jean l’a dit aussi. Tous ceux avec qui ils se sont groupés, dans le mouvement, nous ont quitté maintenant.

Je suis le produit de ce qu’ils ont construit. Un jour, je serai un ancêtre pour quelqu’un de mon peuple. Vous aussi. C’est pourquoi nous devons nous mettre à réfléchir collectivement, en tant que gens conscients.

Nous combattons un autre oléoduc, dans le Minnesota. Ça s’appelle Ligne 3. Vous pouvez chercher les infos sur l’Internet, sur le site stopline3.org. Sur Facebook, cherchez Ginew Collective, g, i, n, e, w. Allez y voir.

Mais il y a quelques semaines, moi et Tufawon, revenions tout juste de ce camp. Nous combattions cette compagnie qui vaut des milliards, et j’étais là, dans une réunion, et j’ai regardé autour de moi, parce qu’une question avait été posée. C’était une question très difficile, et je m’attendais à ce que quelqu’un d’autre réponde. Je m’attendais à ce que l’un de nos Anciens soit là pour répondre. Mais ils n’étaient pas là, personne n’était là. Seulement nous. Et ce fut un sentiment nouveau pour moi, d’être là sans ces gens. Mais c’est la vie, vous le savez bien.

Vous savez, c’est dur pour moi et Rafa [Tufawon] d’être ici, tous les deux. Vous savez ce que c’est, on laisse les gars derrière pour faire un travail énorme.

Donc, le minimum que nous puissions faire pour eux, c’est de vous demander, en rentrant chez vous, d’aller sur le site stopline3.org et Ginew Collective, et de partager avec votre entourage et vos connaissances, de faire des dons et de transmettre l’info.”

Puis, Nataanii et Tufawon sont retournés à la musique:

 

 

 

Extrait de la page d’information du site stopline3. Il y a beaucoup plus d’informations sur ce site – entre autres des vidéos d’interviews de Winona La Duke – donc allez y voir:

La Ligne 3 existante est un oléoduc de la firme Enbridge qui transporte du brut d’Alberta jusqu’au lac Superior, dans le Wisconsin. Il part du nord du Minnesota, et traverse le Lac Leech et les Réserves de Fond du Lac et les régions des traités de 1855, 1854 et 1842. C’est une bombe à retardement. Il a été construit en 1961 avec de l’acier défectueux, il y a eu de nombreuses fissures et marées noires, et il ne fonctionne qu’à la moitié de la pression, à cause de l’extrême corrosion. Au lieu de nettoyer cet oléoduc qui pose tant de problèmes et d’incertitudes, Enbridge veut tout simplement le laisser dans le sol pour toujours, et ouvrir un nouveau corridor à travers nos plus beaux lacs, zones humides et champs de riz sauvage, et à travers le cœur du territoire Ojibwe selon les traités. Ils ont d’abord proposé ce nouveau tracé pour l’oléoduc Sandpiper en 2013, mais des années de résistance féroce dans le Minnesota, les a forcés à renoncer au projet et à acheter des parts du Dakota Access Pipeline à la place. Au prix de 7,5 milliards de dollars, le nouveau projet de Ligne 3 serait le plus grand de l’histoire d’Enbridge, et l’un des plus grands oléoducs pour le brut du continent, transportant jusqu’à 915 000 barils par jour du carburant le plus sale sur terre: le brut de sables bitumineux. Ils intitulent cela un “remplacement”, mais c’est plus grand, avec un plus grand volume, dans un nouveau corridor. Les Premières Nations, les gouvernements tribaux, les propriétaires terriens, les groupes écologistes et les communautés dans la région des Grands Lacs, combattent depuis 5 ans pour bloquer ce nouveau corridor et la Ligne 3, #StopLine3. Nous sommes là pour protéger l’eau et les générations futures.

 

 

DES DEFENSEURS DE LA TERRE MANIFESTENT CONTRE LA ‘DECLARATION VIDE’ D’UNE JOURNEE DE PEUPLES AUTOCHTONES A ‘FLAGSTAFF’

 

Mardi 9 octobre 2018

Rapport publié par le Comité Ad-hoc d’Agitation Anticoloniale du Territoire Occupé de Flagstaff
Photos Ed Moss & anonymes

Publié par Indigenous Action Media
Traduction Christine Prat
(J’ai mis ‘femmes/trans’ pour ‘womxn’ dans l’original, néologismes!)

 

TERRITOIRE OCCUPE DE FLAGSTAFF, Arizona – Lundi soir, plus de 45 personnes se sont rassemblées sur “Heritage Square”, dans le territoire occupé de soi-disant “Flagstaff”, pour appeler à la libération des Autochtones lors de la Journée des Peuples Autochtones. Les intervenants au rassemblement ont fortement rejeté la récente déclaration d’une “Journée des Peuples Autochtones” par les politiciens de Flagstaff, comme étant une mesure hypocritement symbolique, vu que les Autochtones de la région continuent à être confrontés au génocide culturel, à des incarcérations hors de proportion, à être sans abris, à un profilage racial extrême, et à la violence d’état.

Le rassemblement s’est concentré sur les voix des femmes et des parents à deux esprits, qui ont parlé de leurs histoires de résistance à l’hétéro-patriarcat et à la violence d’état. La foule a distribué des bandanas rouges avec le hashtag #MMIW en l’honneur des Femmes Autochtones Disparues ou Assassinées (MMIW – Missing and Murdered Indigenous Women), un mouvement qui affronte le fait qu’un tiers des femmes Autochtones des soi-disant “Etats-Unis” ont disparu ou ont été assassinées.

Nicole Joe, qui appartenait à la communauté locale des Autochtones sans abris, est morte le 25 décembre 2017, après que son compagnon, Vaughn Seumptewa, l’ait battue et laissée dehors dans le froid pendant plusieurs heures, avant de la trainer dans un appartement, où elle mourut un peu plus tard.

Les manifestants ont réclamé la justice pour Nicole Joe, Loreal Tsingine (assassinée par la police à Winslow en 2016), et Vanessa Lee, récemment trouvée morte à Flagstaff, sans que la cause de la mort ait été déterminée jusqu’à maintenant.

“Si les communautés doivent mettre un terme à la disparition et l’assassinat de femmes/trans Autochtones, il doit y avoir un soutien plus efficace pour les femmes/trans devant quitter des partenaires violents, à l’opposé du système actuel, intrinsèquement raciste contre les femmes/trans Autochtones, dont les histoires ne sont souvent pas crues ou sont placées sur des listes d’attente avant d’obtenir le même traitement que les non-Autochtones,” dit Bonn Baudelaire.

Bonn ajouta: “Nous avons résisté à cette narration depuis 500 ans. Et c’est pour cela que nous sommes ici aujourd’hui, pour que le futur soit réimaginé par le féminin. Ainsi, qu’est-ce que ça signifie quand nous disons Femmes/trans Disparues et Assassinées? C’est ce que nous voulons dire, nous réimaginons le futur dans nos propres mains. Que se passe-t-il quand les corps de femmes/trans sont attaqués? C’est exactement la même chose que d’attaquer Notre Mère la Terre. Les femmes recréent littéralement la vie sur cette terre et lorsqu’elles sont attaquées, nous attaquons le cœur même de ce que signifie être en vie.”

Des histoires sensibles ont été partagées au rassemblement, par des gens qui souffrent directement de la violence d’état, des raids et détentions de l’I.C.E. [Immigration and Customs Enforcement], et de l’hétéro-patriarcat suprémaciste blanc. Le rassemblement a connecté de nombreuses et diverses luttes contre la violence faite aux femmes/trans, le profilage racial et les incarcérations, la profanation de la terre sacrée, et la violence contre nos parents sans abris, avec des banderoles disant “Pas de justice sur des terres volées” et “Avant 1492, personne n’était sans abris.”

Les politiciens de Flagstaff ont refusé de revenir sur leur fameuse “Ordonnance Anti-Camping“, qui avait valu à la ville la 10ème place dans le rapport de La Coalition Nationale pour les SDF, sur les villes les plus “médiocres” des soi-disant Etats-Unis. Des capitalistes à Flagstaff continuent de discriminer ouvertement les Autochtones sans abris, et de leur refuser des services.

Ale Becerra, un représentant de la Coalition pour l’Abrogation, déclara: “Nous parlons du même problème, c’est-à-dire de la violence de l’état contre des communautés, les communautés Autochtones, et les sans-papiers. Nous partageons la même lutte. Nous devons apprendre à le reconnaître.”

La Coalition pour l’Abrogation a demandé l’arrêt immédiat de la collaboration de la ville de Flagstaff avec les attaques de l’I.C.E. contre la communauté des sans-papiers.

Le rassemblement s’est finalement transformé en manifestation dans les rues, bloquant plusieurs carrefours dans le centre de Flagstaff. Toute la nuit, il y eut une forte présence policière, et des flics ont saisi et bousculé des gens, démontrant par là que la ville de Flagstaff ne s’engage qu’à “honorer” les Autochtones symboliquement, mais lâchera la violence d’état contre eux, même au cours de la “Journée des Peuples Autochtones”.

Ce traitement n’était pas une surprise, étant donné que le nombre hors de proportions d’Autochtones arrêtés à Flagstaff démontre un grave problème, le ciblage de la communauté Autochtone par les forces de l’ordre. D’après une étude récente, les Autochtones représentent 10% de la population, mais près de la moitié du nombre d’arrestations annuelles. Qu’un Autochtone sur deux vivant à Flagstaff, indépendamment de son âge, risque l’arrestation est un grave problème. (Source: Rapport Annuelle de la Police de Flagstaff 2009-2017)

Scandant “Boycottez Snowbowl” et “Pas de Colomb, Pas de KKK, Pas d’Etats-Unis Fascistes”, la foule a défilé dans les rues. Les slogans ont résonné dans tout le centre, incitant des passants à se joindre aux manifestants. La manifestation a duré plus d’une heure, occupant divers carrefours et bloquant la circulation toute la nuit.

Le 2 octobre 2018, la Ville de Flagstaff a précipitamment adopté une résolution reconnaissant la “Journée Colomb” comme Journée des Peuples Autochtones. Cependant, cette résolution ne fait rien pour changer la perpétuation du génocide culturel des Autochtones, dont la Ville reste complice et dont elle profite. La Ville de Flagstaff refuse d’annuler son contrat de vente d’eaux usées pour faire de la neige artificielle sur les Pics San Francisco, sacrés pour plus de 13 nations Autochtones. Le combat ininterrompu pour protéger les Pics a conduit à plusieurs affaires en justice qui ont fait jurisprudence pour entamer négativement la liberté religieuse de tous les Peuples Autochtones.

Des flics attendaient sur les lieux du rassemblement avant l’arrivée des organisateurs, et après la fin de la manif, environs 20 flics en civil tournaient autour des gens encore présents, les surveillant et essayant de les identifier. Des flics ont suivi des gens jusqu’à leurs voitures et ont photographié les plaques minéralogiques.

En dépit de l’intensité de l’intimidation et de l’agressivité policières cette nuit-là, les manifestants ont tenu bon et ont terminé la marche en chantant le chant de l’AIM, en occupant le croisement des rues Beaver et Leroux.

Il y eu des appels pour les phases suivantes et pour des actions continues, un drapeau “Américain” a été brûlé, et quelqu’un dans la foule a déclaré: “La résistance Autochtone ne sera jamais sanctionnée par l’état. Chaque jour est une Journée des Peuples Autochtones, et chaque jour nous devons continuer à combattre pour notre existence.”

 

Les Organisateurs ont appelé à des actions immédiates:

  • Continuation du boycott d’Arizona Snowbowl et de l’exigence que la Ville de Flagstaff résilie son contrat avec la station de ski,
  • fin du profilage racial et de la collaboration avec l’I.C.E. et travailler à l’abolition de la police dans nos communautés en établissant des réseaux de soutien à la communauté et des options de justice transformatrice/réparatrice,
  • abrogation de l’ordonnance anti-camping et de toutes les politiques anti-SDF,
  • dons de sacs de couchage et de vêtements d’hiver pour nos parents sans abris à Táala Hooghan Infoshop (1704, N 2nd).

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