FRONTIERE US/MEXIQUE : LA REPRESSION S’INTENSIFIE CONTRE LES ORGANISATIONS QUI DEMANDENT JUSTICE POUR LES MIGRANTS

Publié par Indigenous Action Media
Le 15 avril 2019
Traduction Christine Prat

TERRITOIRES OCCUPES DE SOI-DISANT “EL PASO, TEXAS” – La police d’El Paso a émis des mandats d’arrestation contre seize militants – connus comme Borderland16 – de sept états différents, entre autres de Californie, New-York, Missouri et Texas, suite à une action du 16 février 2019 au Musée de la Patrouille des Frontières. Trois personnes ont été accusées de délit et d’effraction et treize autres d’infraction criminelle.

Ce jour [15 avril] à 8h du matin, deux des activistes se sont rendues d’elles-mêmes à la prison du Comté d’El Paso, après une marche partie du Aztec Calendar Park. Les activistes, Ana Tiffany Deveze, d’El Paso, et Elizabeth Vega, née à Las Cruces et habitant aujourd’hui à St. Louis, ont été rejointes par des supporters qui portaient des panneaux exigeant l’abandon des poursuites.

Les seize activistes poursuivis pour actes criminels, faisaient partie de “Tornillo L’Occupation”, une coalition d’individus et d’organisations d’El Paso et de tout le pays, qui avaient fait le voyage jusqu’à la frontière pour attirer l’attention sur les conditions de détention inhumaines d’enfants, au tristement célèbre centre de détention de Tornillo.

L’action attirait l’attention sur les histoires de Jakelin Caal Maquin, Felipe Gomez Alonzo et Claudia Patricia Gomez Gonzalez, trois jeunes migrants morts alors qu’ils étaient détenus par la Patrouille des Frontières, au cours des derniers mois.

La coalition estime que les allégations portées contre ses membres sont extrêmement exagérées, particulièrement à la lumière des violations des droits humains, comme l’entreposage de demandeurs d’asile sous le Pont Paso Del Norte.

Elizabeth Vega, une des accusées, grand-mère et vétéran, originaire de Las Cruces, dit “Notre gouvernement met en cage des hommes, des femmes et des enfants, sous un pont entouré d’une clôture et de barbelés coupants. Ces êtres humains, dont beaucoup de jeunes enfants, reçoivent de la fiente de pigeons, sont exposés à des vents froids et n’ont rien pour s’abriter. Les gens qui marchent sur le pont entendent des enfants qui pleurent sous leurs pieds. C’est criminel et constitue de véritables crimes contre l’humanité. En tant que mère, grand-mère et vétéran, Je me sens moralement obligée de prendre position” dit E. Vega.

La coalition pense que ces accusations font partie d’un processus très choquant de criminalisation de l’aide humanitaire et de ceux qui dénoncent la violence sanctionnée par l’état. Quelques jours avant que les mandats d’arrestation contre Borderland16 aient été émis à El Paso, des étudiants de l’Université d’Arizona ont également été accusés d’infractions criminelles pour avoir protesté contre des représentants de la Patrouille des Frontières, au cours d’une présentation sur le campus. En janvier 2018, huit membres de No More Deaths, une organisation d’aide humanitaire, avaient été arrêtés pour avoir déposé de l’eau le long des chemins suivis par les migrants dans le désert d’Arizona, suite à la publication d’un rapport sur les actions des agents de la Patrouille des Frontières, qui détruisent de l’aide humanitaire vitale. “Donner de l’eau et aider des êtres humains ne devrait jamais être un crime” dit Ana Tiffany Deveze, seul membre local de la coalition accusée suite à l’action. Mme Deveze, mère et éducatrice communautaire, a été accusée de délit et d’effraction et sa photo a été mise sur la liste des personnes les Plus Recherchées d’El Paso. Elle dit qu’elle n’est pas une criminelle et qu’elle n’a pas honte. “Ayant résidé toute ma vie dans la région frontalière, et en tant que mère, je dois penser très sérieusement au genre de monde que je veux laisser à mes enfants, et au type d’exemple que je veux leur donner. Les atteintes aux droits humains dont moi-même et les membres de ma communauté avons été témoins sont inadmissibles. Je ne peux pas rester sans rien faire quand des familles de migrants sont assiégées à la frontière. Mon travail de soutien aux communautés immigrées et les histoires entendues dans ma ville m’ont forcée à parler et agir. J’en appelle à la communauté internationale pour entendre les voix et les histoires des familles de migrants et exiger la fin de cette fabrication d’une crise des droits humains à la frontière U.S./Mexique. Je ne laisserai pas criminaliser mon travail. Je continuerai à soutenir ma communauté et à défendre les droits humains des deux côtés de la frontière, je ne me laisserai pas intimider. Je n’ai pas honte et je n’ai pas peur.”

Un fonds a été créé pour la défense légale de Borderland16. La coalition demande à tous les gens ayant une conscience de les aider par des dons pour leur défense légale sur : http://bit.ly/borderland16

La seconde partie de l’intervention de Wendsler Nosie Sr. lors de la soirée organisée pour lui à Paris, par le CSIA, le 23 mars 2019. La division en plusieurs partie est mon initiative, pour des raisons de publication. Ce n’est ni le choix de M. Nosie, ni celui du CSIA.

Transcription et Traduction
Christine Prat, CSIA-nitassinan

Wendsler Nosie Sr. avait conclu, à la fin de ‘ma’ première partie, “C’est en 2006 que nous avons commencé à changer notre monde”. Il avait poursuivi :

“Avant cela, dans les années 1980, nous avions le problème du Mont Graham, notre site sacré qui était attaqué. Cette énorme montagne, dans la mesure où ça nous identifie, à la façon dont les gens décrivent les choses, n’est pas différente du Mont Sinaï. L’altitude du Mont atteint presque 3650 mètres, dans le désert. Alors, des gens de chez nous sont venus ici, en Europe, d’Amérique, avec plusieurs membres de la tribu.”

“Sur le Mont Graham, ils devaient construire 32 télescopes. Et il y avait de nombreuses universités américaines prestigieuses qui étaient impliquées. Et en Europe, l’Allemagne et l’Italie étaient impliquées. Alors, ces gens ont fait le voyage jusqu’ici. Je sais que beaucoup d’entre eux nous ont quitté depuis, et je sais qu’ils étaient très reconnaissants vis-à-vis des organisateurs en France. Ça a fait circuler la nouvelle en Europe. Je ne sais pas si vous le savez, mais le fait que la France ait été impliquée dans l’aide pour ce problème, a obligé l’Italie et l’Allemagne à répercuter l’histoire en Europe. Ils devaient se défendre. Ainsi, en Amérique, c’est devenu un problème mondial, et 8 ans plus tard, nous avons découvert que les Forces Aériennes Américaines étaient impliquées dans la construction d’un télescope, au centre des autres télescopes. Et ça concernait le laser. Le plan des Etats-Unis était d’utiliser les satellites, pour se servir du laser, parce que les principales armes de la prochaine génération seront les lasers. Alors, les Etats-Unis devaient avoir construit leur projet avant que le reste du monde découvre l’histoire de lasers. Et ils ont pu le faire en donnant ce que le gouvernement fédéral appelle une ‘exemption de la loi’. Il y a des lois qui doivent être suivies, mais pourquoi ont-ils fait une exemption de toutes les lois fédérales ? Pourquoi ?”

“Bon, je vais laisser là cette histoire pour le moment.”

“Donc, j’en arrive à Oak Flat. En 2002, une dispute a commencé à propos d’un autre de nos sites sacrés. Et il s’agissait d’extractivisme. La compagnie s’appelle Resolution Copper aux Etats-Unis. Mais c’est une filiale de Rio Tinto [une compagnie canadienne]. Alors, ils ont fait la même chose, le gouvernement fédéral a à nouveau accordé une exemption. Alors, une lumière a jailli ! A cause du Mont Graham, parce que dans l’affaire du Mont Graham différents pays étaient impliqués et qu’il y avait probablement un projet militaire. Alors, encore une fois, à Oak Flat, ils ont accordé une exemption. Si vous travaillez pour le gouvernement fédéral, il y a des lois qui doivent être appliquées avant que tout terrain puisse être transféré. Tous les Américains sont soumis à la loi. Alors, pourquoi est-ce que le Congrès des Etats-Unis a donné une exemption de toutes ces lois à une compagnie étrangère ?”

“Alors, quand je me suis plongé dans l’affaire plus profondément, comme j’avais fait pour le Mont Graham, nous avons découvert que 75% des minéraux qui seront extraits de cette terre, arriveront en Europe. Ensuite, nous avons également découvert que 4% des droits de propriété seraient détenus par la Chine. Il y a deux principaux minéraux dans ce site sacré. L’un est l’uranium, et ça doit être vendu à la Chine. Et la Chine devait le revendre à l’Iran. Et l’autre minéral a à voir avec le nettoyage d’armes de l’armée. Donc, ça nous ramène à l’Europe. C’est ce à quoi notre peuple doit faire face.”

“Ce qui est fou, c’est que ces minéraux sont dans nos montagnes sacrées. Ces sites sacrés sont notre langue, nos chants anciens, nos cérémonies. Alors, nos enfants, comme ma petite-fille [il indique une affiche de Naelyn Pike], avancent comme argument qu’en Amérique, si des gens ne croient pas complètement dans la Bible, ils peuvent venir dans cette région du monde et voir les références d’où vient la Bible, les sites sacrés [sic – voir note plus bas]. Ils peuvent revenir. Mais, comme vous l’avez vu dans la vidéo, le puits ouvert, pour le cuivre, c’est ce qui va arriver à notre montagne sacrée. Depuis ceux qui étaient là avant moi, jusqu’à mes parents, jusqu’à moi, nous avions la possibilité de toucher ces sites sacrés. Ma petite-fille a touché ce lieu. Mais elle n’est pas encore prête à avoir un enfant, mais je suis persuadé que ça arrivera probablement d’ici 5 ans. Et Resolution Copper s’apprête à nous ravir ce lieu en 2020. C’est pourquoi nos enfants disent ‘Pourquoi supposent-ils toujours que nous sommes différents ?’ Et ils disent ‘Ils sont venus en Amérique pour exprimer la liberté religieuse, et nos militaires se battent pour la liberté d’expression’, alors, ils me demandent ‘Pourquoi détruisent-ils la nôtre ?’ “

“De tout ce que je sais, et je n’ai pas peur de le dire en Amérique, je l’ai déjà dit au Congrès – qui rassemble la plupart des dirigeants américains – ‘Alors, soyons honnêtes, l’Amérique a été fondée sur la tromperie’. On ne peut pas construire quoique ce soit sur une fondation qui n’existe pas. Alors, la seule façon dont nous réparerons l’Amérique, c’est de revenir au commencement. J’ai dit à la plupart des religions en Amérique ‘vous allez tout de suite au deuxième chapitre, mais jamais au premier chapitre, c’est-à-dire les Indiens. Ainsi, vous êtes induits en erreur, vous, tout le peuple d’Amérique’, mais probablement aussi le monde, et c’est une immense tromperie.”

Note: Les “lieux saints” en Europe sont Catholiques, vu que les papes s’y sont installés. Mais les lieux cités dans la Bible, et saints pour tous les Chrétiens, se trouvent pour la plupart en Palestine et ne sont certainement pas accessibles pour tout le monde, vu qu’ils sont occupés par l’armée israélienne, qui refoule la plupart des gens, surtout les pacifistes – chrétiens ou non (même juifs!).

This is the second part of Wendsler Nosie Sr.’s speech, at the gathering organized for him in Paris by the CSIA, on March 23rd 2019. The division in several part is mine, from a publishing point of view, it is neither Mr. Nosie’s choice, nor that of the CSIA.

Transcript by
Christine Prat, for the CSIA

Wendsler Nosie Sr. had concluded, in the first part of his speech in Paris, “In 2006, is when we began to change our world”. Then he went on:

“Prior to that, in the 1980’s, we had the Mount Graham issue, our sacred site that was being under attack. This huge mountain, in the way we can identify to the way people describe things, is not different than Mount Sinai. And the elevation of the Mount almost reaches 12000 ft, in the desert. So, we had people who came here to Europe, from America, with several members of the tribe.”
“On Mount Graham, they were going to build 32 telescopes. And there were numbers of major universities in America involved. And then, in Europe, were Germany and Italy involved. So, the people made their trip here. I know a lot of these people are gone now, and I know they were very thankful to the organizers in France. It spread the word in Europe. I don’t know if you know, but by France being involved in helping in the issue, it made Italy and Germany have to carry the story in Europe. They had to start defending themselves. So, in America, as it became a world issue, 8 years later we found out that the United States Airforce was involved in building a telescope in the middle of the rest of the telescopes. And it had to do with lasers. The plan for the United States was to use the satellites, by using the lasers, because the next great weapon is lasers. So, the United States had to build the project before the rest of the world found out about the lasers. And they were able to do this by giving what is in the federal government called ‘an exemption from law’. There are laws to follow but why did they exempt it from all federal laws? Why? “
“Ok, I am going to leave that story right here for now.”

“So, let me come to Oak Flat. In 2002, the argument started about another holy place of us. And it had to do with mining. The company in America is called Resolution Copper. But they are a subsidiary of Rio Tinto [a Canadian company]. So, the same action was taken, the federal government gave an exemption again. So, a light went off! Because of Mount Graham, because Mount Graham had different countries involved and a possible military project. So now, at Oak Flat, they gave an exemption. If you work at the federal government, there are laws to follow before any land is transferred. All Americans are subject to the law. So, why did the United States Congress give an exemption from all these laws to a foreign company?”
“So, when I got into it more, as I did for Mount Graham, we found that 75% of the minerals that will be taken from this land, will be coming to Europe. Then, we also found that, in the property rights, 4% will be hold by China. There are two main minerals in this holy place. One of them is uranium, and that’s going to be sold to China, and China was going to sell that to Iran. And the other mineral has to do with cleaning military weapons. So, this is what brings me to Europe again. This is what our people face.”
“What’s crazy is that those minerals sit in our holy mountains. These holy places are our language, our ancient songs, our ceremonies. So, our children, like my grand-daughter [he points at a poster of Naelyn Pike], their argument is ‘in America, if somebody doesn’t quite believe the Bible, they can come to this side of the world, and see the references of where the Bible comes from, the holy places [sic, see note below]. They can come back. But like you saw in the video, the open pit, with copper, that’s what is going to happen to our holy mountain.’ From the ones before me to my parents, to me, we had the opportunity to touch these holy places. So, my grand-daughter touched this place. But she is not ready to have a child yet, but I am sure it will probably happen in 5 years. And Resolution Copper is ready to take this place from us in 2020. So, this is where our children say ‘Why do they still assume we are different?’ Then, they say ‘they came to America to express freedom of religion, and our military fight for freedom of speech’, so, they ask me, ‘Why destroy ours?’ “
“From everything that I know, and I am not afraid to say this in America, I have already said it to Congress – most of the leaders in America – ‘then let’s be truthful, America was founded on deception’. You can’t build anything on a foundation that is not there. So, the only way we are going to fix America, is go back to the beginning. I have told most of the religions in America ‘you always go to the second chapter, but you never go to the first chapter, which is the Indian people. So, you are still misled, the whole people of America’, and then also probably the world, and it is a great deception.”

Note: “holy places” in Europe are Catholic, as the popes have their official residence in Rome. But the holy sites named in the Bible are mostly in Palestine. They are certainly not accessible for everybody, as they are occupied by the Israeli Army, which denies access to most people, specially peace activists, Christian or not (even Jewish!)

UN POLICIER DE FLAGSTAFF TENTE DE TUER UN SDF AUTOCHTONE!

Publié à l’origine par Taala Hooghan Infoshop
Publié par Indigenous Action Media
Le 10 avril 2019
Traduction Christine Prat

La police de Flagstaff a essayé d’assassiner un SDF Autochtone, un des nôtres, lundi 8 avril.

La plupart des gens qui vivent dans le quartier est de la ville connaissent Mat, sa bicyclette et son bandana font partie des signes du quartier comme n’importe quel panneau indicateur.

Mat passait [à Taala Hooghan] pour manger, pour emprunter des outils pour son vélo, occasionnellement pour prendre une douche. Il est calme, mais sait se débrouiller dans la rue.

Le lundi 8 avril 2019, à 16h, l’officier de police de Flagstaff Nick Rubey, a tenté d’assassiner Mat.

Dans une vidéo publiée par le Service de Police de Flagstaff, on peut voir une confrontation dérangeante, qui débute comme tous les profilages dont nous sommes témoins dans les rues de Flagstaff. L’agent Rubey, parait d’abord questionner Mat calmement, puis il le saisit alors qu’il tente de partir. Mat recule en disant “Qu’est-ce que tu fais connard ? Hé mec, tu viens d’essayer de m’agresser… Bon dieu, qu’est-ce que tu fais ?” L’agent saisit Mat tout en lui disant qu’il était en état d’arrestation. Mat a été jeté à terre mais s’est relevé et, après avoir été aspergé de poivre, entreprit de se défendre en aspergeant de poivre l’agent qui l’avait attaqué. L’agent Rubey a imaginé que le vaporisateur de poivre était un couteau et a crié “Tu jettes ce foutu couteau immédiatement !” Mat cria en retour “Je n’ai pas de couteau !” et aspergea le flic. L’agent Rubey a alors immédiatement tiré dans le cou de Mat.

Mat a survécu à cette tentative de meurtre. Nous avons l’intention de le soutenir autant que nous pouvons.

Vous trouverez la vidéo de l’attaque plus bas, mais d’abord, précisons le contexte.

La police de Flagstaff se livre perpétuellement au profilage racial, visant la population Autochtone. Nous avons longuement parlé avec Mat et d’autres SDF Autochtones de leurs expériences et travaillé avec eux pour obtenir le soutien dont ils ont besoin. Nous avons discuté de la réalité de la toxicomanie et de l’alcoolisme, et des problèmes mentaux et des façons dont nous pouvons nous organiser, afin de ne pas seulement améliorer la situation, mais frapper à la racine de la violence coloniale d’état. Nous avons organisé des ateliers “Connaissez vos droits”, des “cop-watch” informels, et dans certaines situations où les représentants de l’ordre étaient agressifs, assisté nos proches en désamorçant la situation.

D’après des rapports annuels du Service de Police de Flagstaff, la ville de Flagstaff arrête en moyenne plus de 3000 Autochtones par an, alors que seulement 7000 Autochtones se considèrent comme résidents de Flagstaff. La majorité de ces arrestations concernent ceux qui sont SDF. En 2006, la Coalition Nationale pour les Sans Abris a nommé Flagstaff 10ème “pire” ville des U.S.A., à cause de sa politique visant les “SDF” ou la population sans abris.

D’après la base de données du Washington Post, 264 personnes ont été tuées par balles par la police des U.S.A., rien qu’en 2019. La police d’Arizona a tué par balles 11 personnes cette année. De ces meurtres, 3 ont été commis à Flagstaff. L’un de ces tirs mortels s’est produit devant un centre communautaire de santé mentale. Le tir de lundi marque le 23ème policier impliqué dans des tirs en Arizona cette année, selon un comptage tenu par le journal Arizona Republic.

D’après le Centre pour la Justice Juvénile et Criminelle “Le groupe racial le plus susceptible d’être tué par les représentants de l’ordre sont les Amérindiens, suivis par les Afro-Américains, les Latinos, les Blancs, et les Américains Asiatiques.”

Face au profilage racial extrême et à la violence d’état, nous savons que n’importe lequel de nos frères et sœurs pourrait être confronté à ce genre de terrorisme. Nous respectons Mat pour avoir tenu et s’être défendu face à cet acte d’agression.

En 2016, Loreal Tsingine, une Navajo, a été tuée de 5 balles par un agent de police blanc dans la ville toute proche de Winslow, Arizona, pour avoir soi-disant volé dans un magasin. Loreal était forte et ne reculait pas devant une attaque injuste. Nous honorons son esprit en nous organisant en vue de trouver des solutions durables pour nous défendre, défendre nos voisins et nos terres, et résoudre les problèmes par des voies plus justes et plus saines. Ce qui signifie un monde débarrassé de la police et des prisons.

Férocement,

Táala Hooghan Comité ad-hoc Contre la Violence d’Etat

#justice4mat #nativejusticenow #acab

Vidéo de la police:

Voir en HD sur YouTube

On March 23rd, 2019, we were honored by the visit in Paris of Wendsler Nosie Sr. The gathering was organized by the CSIA (Committee for Solidarity with the Indians of the Americas). Mr. Nosie introduced himself and talked about his childhood, his family’s, the Chiricahua Apache’s and the San Carlos Reservation’s history. This article reproduces this first part of his speech. He then spoke about the struggle for Mount Graham and its importance in Native American struggles, and, of course, about Oak Flat. This will be published in following articles.

Christine Prat (CSIA-nitassinan)

Also published on Censored News

En français

Wendsler Nosie Sr. first asked the audience: “Is anybody familiar with what they call ‘pooper scooper’?” and went on explaining: “What it is, is when in a Parade, they have horses, and the horses poop, and someone picks it up, to make it look clean. That’s what I think I am. Because, when I was growing up, I was always around the older people. They had a lot of information and a lot of wisdom, they had a lot of heart. I was left to help understand what we were going through, and how it would affect our children. So, what I’m talking about is that my great-grand-parents were free people. Then, my grand-parents were brought as prisoners of war into San Carlos, and my mother was born in a prison. So, my mother felt the transition from what prison life was to when it became a reservation in 1934. There was one thing she really hated, she called it a disease. It was passed on and passed on, then passed to me. Then I wanted to give it to my kids. What she was referring to, was that people were changing, in something that was forced on us, to change.”

“They looked between the bars and said to themselves, and asked the question to their parents, ‘how come these people on the other side are different?’ And 5 years old children would see that there is a difference between living on a reservation and living off the reservation. Then, they began to understand that everything they saw did not apply to those who lived in a jail cell. So, when I was growing up, this is what they talked about. But I never thought I would be living, in that day. So, in the 1960’s, late 1960’s, for some reason, I was always with the older people, and always with the holy people who were still on the reservation. Then, what I have also learned, but also felt inside, about our holy places, these holy places where we came from, we were exiled out of that and put into a reservation, to not go back to where we originated from. Not only that I experienced that, a lot of people did. A lot of people on our reservation experienced what I’m sharing with you. So, when I talk about the pooper scooper, there was a lot of work, there was a lot of seeing, and there was a lot of smelling, good and bad.”

“There were a lot of people before me, way before me, and a lot of people who were ahead of me. Then I say it’s like a laying, a laying of bricks, every brick is a step. And the reason I say that is because every step is crucial, every step, every brick that’s laid is very crucial. Because the ones in our following are the children. So, those bricks we lay are for our children to have a solid ground to step on. And the reason I start with that is because I never thought I’d be here, I never thought of ever talking in front of people. I always admired musicians, movie stars, politicians, all these people. It’s exciting to see them. So, it’s kind of funny for me to have a group listening to me.”

“What’s so important is, back home on my reservation, is that I challenge my people. But I had to challenge myself first. Because when I learned all about this, I was very discouraged. So, when I confronted my mother and my grand-parents, I was discouraged, because there is really no answers and the questions you have for your family before you, they are difficult questions for them to answer. Because where I come from, in my reservation, in the San Carlos Apaches, we have 15 different types of Apaches living in one reservation. Like here in France, it’s French, but you have different regions of people and you are all brought together to live as one.”

“I am a descendant of the Chiricahua. Most of you must be familiar with Geronimo. So, that’s my family blood line. So, the reason why I’m here, I think it is because it goes back to my grand-parents. Because, back in the 1800’s, my people were still fighting the Spaniards, as they came out Mexico. So, my great-grand-father was still out, one or two months before Geronimo and his people were exiled to Florida. And I am staying in San Carlos.”

“”So, there are different groups of Apaches. So, as you see in America, when they are going to other foreign countries, they sided with a tribe, they sided with different groups of people, against their own people. So, in my people, we were the freedom fighter people, who fought to the last day. So, being in San Carlos, we were living with the scouts for the Americans, Apache who became military scouts for the Americans. When the United States were changing in 1934, the scouts moved out of the reservations.”

“So, in 1934 to 2006, in the white man’s elections – for we have a tribal government now – in the American elections, in 2006, we finally elected somebody who served as leader of the government, from the freedom people who fought to the very end. In 2006, the person they elected to run the whole tribe was… ME! So, that’s when we began to change, in America. I am very proud of that, because there were a lot of people like me waiting. We were waiting, because there had been so many things in the 1950’s, the 1960’s, the 1970’s, and movements in America. But the elders, where I grew, in the 1960’s, in Apache would say ‘wait, it’s not our time’. You can imagine growing up with them telling to wait, wait.”

“So, my mother reminded me of something very important. She said ‘you can hate them – meaning America – you can kill them, you can beat them up, but is it who you really are?’ Because you have to remember, in the beginning, when they first came to our part of land, they did not know what they were doing, and in our language, there is no word for white people, black people or Asian people, there is no such word. And for the first people who came in our area, the word meant ‘those are your relatives’. We didn’t know their mentality was different from ours. So, my mother told me to watch and learn. But most importantly, the road you’re on is spiritual. She said ‘you can’t, as a human being, you can’t make out where you want to go. The Creator, which means the Holy Spirit, will come to you and give you directions where to go’. So, you can imagine as a young man, being very patient. It was always ‘wait’, ‘you will know when it will come’. But in this kind of world, there is bad all over the place, there is temptation all over the place.”

“I can only speak of San Carlos. In the 1960’s, we lost two very important people. I say that because when it comes to spirituality, there are some who are trained and some who are gifted. The two I speak of where gifted. They were blessed. So, these two also laid a foundation for tomorrow. And again, the foundation they talked about was the children. It goes back to the whole people. When the first things came, they were American, modern, something that was new to us, they said when we touch it, we become dirty. They left a lot of clues and I always wondered why they never gave you the answer. So, now that I am 60 years old, I understand why: because they want you to find, because everything you do, it comes from your heart. Because what they say now, as I understand, if you don’t feel it here [pointing at his heart], then you don’t feel anything. So, this is why I turn to my people and challenge us to heal.”

“I was told a joke. I may not say it as good as this one person. But it always makes me laugh. So, one day they found a baby eagle and they stuck it in the cage of the chicken. Years went by. That what man came to visit the family, and he said ‘hey, there is an eagle inside that chicken coop’. And the white man said ‘ah! He thinks he is a chicken.’ It bothered the other man. He kept saying ‘but that’s an eagle’. The white man kept saying ‘Nay, he is a chicken, he thinks he is a chicken’. It bothered the man, so he asked the white man ‘Can I take this eagle and show him that he is an eagle?’ The white man said ‘yeah, you can take it, but he thinks he is a chicken’. So, he took the eagle and prayed, and through him in the air and told him to plane like an eagle. So, the eagle flew, but when he hit the ground, he quacked and walked like a chicken. He did it two more times, and the same thing happened. Finally, he was so upset, he took the eagle to a cliff and had the eagle look into the canyon. So, finally he looked again, prayed and said “eagle you must fly” and threw him in the canyon. So, he started to spear down to hit the bottom. But finally, he gave up a cry that he himself never heard and then he picked up himself and flew like an eagle. So, the joke in the story behind that is that he said ‘that’s who you are’, the Native people of North America. So, when I was coming here, the ocean is very big, so I reminded myself I was an eagle. So, I won’t be a chicken being here. This was a very important thing that was said to our people, because we were acting like somebody we were not. And that’s why I said in 2006 is when we began to change our world.”

Le 23 mars 2019, Wendsler Nosie Sr., Apache Chiricahua de la Réserve de San Carlos, nous a fait l’honneur d’une visite à Paris. La soirée était organisée par le CSIA-nitassinan. M. Nosie s’est présenté, puis a parlé de son enfance, de sa famille, des Apaches Chiricahua et de l’histoire de la Réserve de San Carlos. Cet article reproduit la première partie de son intervention. Ensuite, il a parlé de la lutte pour le Mont Graham et de son importance dans les luttes Autochtones des U.S.A., et bien sûr, d’Oak Flat. Cela sera publié dans de prochains articles.

Christine Prat (CSIA-nitassinan)

In English

Wendsler Nosie Sr. a d’abord demandé au public : “Savez-vous ce qu’on appelle ‘ramasseur de crottin’, dans une parade ?” puis a expliqué : “Dans une parade, il y a des chevaux, les chevaux lâchent du crottin, et quelqu’un le ramasse pour faire plus propre. Je pense que c’est ce que je suis. Parce que, quand j’ai grandi, j’étais toujours avec les Anciens. Ils avaient beaucoup d’informations et beaucoup de sagesse, et ils avaient beaucoup de cœur. J’étais là pour aider à comprendre ce qui nous arrivait, et comment ça affecterait nos enfants. En fait, ce dont je parle, c’est du fait que mes arrière-grands-parents étaient des gens libres. Puis, mes grands-parents ont été emmenés comme prisonniers de guerre à San Carlos, et ma mère est née en prison. Ainsi, ma mère a ressenti le passage de ce qu’était la vie en prison à ce que c’était quand c’est devenu une Réserve, en 1934. Il y avait une chose qu’elle haïssait vraiment, elle l’appelait une maladie. Ça a été transmis de génération en génération, puis à moi. Puis j’ai voulu le transmettre à mes enfants. Ce dont elle parlait, c’était que les gens changeaient, quelque chose nous était imposé, pour nous forçait à changer.”

“Ils regardaient à travers les barreaux et se disaient, et posaient la question à leurs parents ‘comment se fait-il que ces gens de l’autre côté soient différents ?’ Et des enfants de 5 ans pouvaient voir qu’il y avait une différence entre vivre dans une réserve et vivre à l’extérieur. Puis, ils commencèrent à comprendre que tout ce qu’ils voyaient ne s’appliquait pas à ceux qui vivait dans une cellule de prison. Ainsi, quand j’ai grandi, c’est ce dont ils parlaient. Mais je ne pensais jamais que je vivrais, à l’époque. A la fin des années 1960, pour une raison ou pour une autre, j’étais toujours avec les gens plus âgés, et toujours, aussi, avec les Gens Sacrés qui étaient encore dans la réserve. Puis, ce que j’ai aussi appris, mais aussi ressenti intérieurement, pensant à nos sites sacrés, ces lieux sacrés dont nous venions, est que nous en étions exilés et mis dans une réserve, pour ne jamais retourner là d’où nous venions. Je n’étais pas le seul à le ressentir, beaucoup de gens le ressentaient. Beaucoup de gens de notre réserve ont vécu ce dont je vous fais part. Donc, quand je parle de ‘ramasseur de crottin’, il y avait beaucoup de travail, beaucoup de choses à voir, et beaucoup d’odeurs à sentir, bonnes ou mauvaises.”

“Il y a eu beaucoup de gens avant moi, bien avant moi, et beaucoup de gens qui étaient en avance sur moi. Alors, je dis que c’est comme poser des briques, chaque brique est un pas. Et la raison pour laquelle je le dis, c’est que c’est un pas vraiment crucial, chaque pas, chaque brique posée, est vraiment crucial. Parce que ceux qui viennent après nous sont les enfants. Donc, ces briques sont posées pour que nos enfants aient un sol solide pour prendre appui.”

“Et la raison pour laquelle j’ai commencé par-là, c’est parce que je n’avais jamais pensé que je serais ici, je n’avais jamais pensé que je parlerais un jour devant des gens. J’ai toujours admiré les musiciens, les vedettes de cinéma, les politiciens, cette sorte de gens. C’est fascinant de les voir. Alors, ça me fait drôle d’avoir un groupe de gens qui m’écoutent.”

“Ce qui est important, chez moi dans ma réserve, c’est que je défie les gens. Mais j’ai dû me mettre au défi moi-même avant. Parce que, quand j’ai appris tout cela, j’étais très découragé. Quand je me confrontais à ma mère et à mes grands-parents, j’étais découragé, parce qu’il n’y avait pas vraiment de réponses aux questions que nous posions à nos familles, ce sont des questions auxquelles il est difficile de répondre, pour eux. Parce que là d’où je viens, dans ma réserve, celle des Apaches San Carlos, nous avons 15 branches différents d’Apaches qui vivent dans une seule réserve. Comme ici, en France, c’est français, mais vous avez des gens de différentes régions et vous avez tous été mis ensemble pour vivre comme un seul groupe.”

“Je suis un descendant de Chiricahuas. La plupart d’entre vous connaissent Geronimo. C’est l’ascendance de ma famille. Alors, la raison pour laquelle je suis ici – il y a beaucoup de raisons – mais je pense que la raison pour laquelle je suis ici, remonte à mes grands-parents. Parce que, dans les années 1800, mon peuple combattait toujours les Espagnols, quand ils remontaient du Mexique. Ainsi, mon arrière-grand-père y était encore un ou deux mois avant que Geronimo et les siens soient exilés en Floride. Et je suis à San Carlos.”

“Donc, il y a différents groupes d’Apaches. Et comme ça se produit avec les Américains, quand ils vont dans des pays étrangers, ils s’allient avec une tribu, et les gens s’allient avec différents groupes, contre leur propre peuple. Ainsi, parmi mon peuple, nous étions les combattants de la liberté, qui ont combattu jusqu’au dernier jour. Alors, étant à San Carlos, nous vivions avec ceux qui avaient été scouts pour les Américains, des Apaches qui avaient été scouts pour l’armée Américaine. Quand les Etats-Unis ont commencé à changer, en 1934, les scouts ont quitté les réserves.”

“Et de 1934 à 2006, dans les élections de l’Homme Blanc – car nous avons un gouvernement tribal, maintenant – donc, lors des élections américaines, en 2006, nous avons enfin élu quelqu’un, comme dirigeant de notre gouvernement, issu des combattants de la liberté qui ont lutté jusqu’à la fin. En 2006, la personne qu’ils ont élu pour diriger toute la tribu, c’était… moi ! Ainsi, c’est alors que nous avons commencé à changer, en Amérique. J’en suis très fier, parce que beaucoup de gens comme moi attendaient. Nous attendions, parce qu’il s’était passé tant de choses, dans les années 1950, 1960 et 1970, et il y avait eu beaucoup de mouvements en Amérique. Mais les Anciens, là où j’ai grandi, dans les années 1960, disaient toujours, en Apache, ‘attendez, ce n’est pas notre moment’. Vous pouvez vous vous imaginer grandir en les entendant dire tout le temps ‘attendez, attendez’. “

“Alors ma mère m’a rappelé quelque chose de très important. Elle dit ‘tu peux les haïr – les Américains – tu peux les tuer, tu peux les frapper, mais est-ce ce que tu es vraiment ?’ Parce qu’il faut se souvenir qu’au début, quand ils sont arrivés pour la première fois dans notre partie du pays, les gens ne savaient pas ce qu’ils faisaient, et, dans notre langue, il n’y a pas de mots pour “Blancs”, “Noirs”, ou “Asiatiques”, il n’y a pas de tel mot. Et lorsque les premiers sont arrivés dans notre région, le mot employé signifiait ‘ceux-là sont vos parents’. Nous ne connaissions pas leur mentalité, nous ne savions pas qu’elle était différente la nôtre. Alors, ma mère m’a dit d’observer et d’apprendre. Plus important encore, elle m’a dit ‘la voie que tu suis est spirituelle’. Elle dit ‘tu ne peux pas, en tant qu’être humain, tu ne peux pas trouver où tu veux aller. Le Créateur, c’est-à-dire l’Esprit Sacré, viendra à toi et te donnera des directions vers où tu dois aller’. Vous pouvez vous imaginer ce que c’était, pour un jeune, d’être extrêmement patient ! C’était toujours ‘attend’, ‘tu le sauras quand ça arrivera.’ Mais dans cette sorte de monde, il y a du mal partout, il y a la tentation partout.”

“Je ne peux parler que de San Carlos. Dans les années 1960, nous avons perdu deux personnes très importantes. Je dis cela, parce que quand on parle de spiritualité, il y a ceux qui ont appris, été entraînés, et il y a ceux qui ont le don. Les deux dont je parle avaient le don. Ils étaient bénis. Alors, ils ont aussi posé une fondation pour demain. Et, encore une fois, la fondation dont ils parlaient, c’était les enfants. Ça remonte à tout le peuple. Quand les premiers objets sont arrivés, ils étaient américains, modernes, c’était nouveau pour nous, et ils dirent que quand nous les touchions, ça nous salissait. Ils ont laissé de nombreux indices, et je me demandais toujours pourquoi ils ne nous donnaient jamais la réponse. Mais, maintenant que j’ai 60 ans, je comprends pourquoi : parce qu’ils veulent que nous trouvions, parce que tout ce que l’on fait, vient du cœur. Ce qu’ils disaient, maintenant, comme je l’entends, c’est que si vous ne le sentez pas ici [il pointe le doigt vers son cœur], vous ne sentez rien. Alors, c’est pourquoi je me suis tourné vers mon peuple et nous ai mis au défi de guérir.”

“On m’a raconté une blague. Je ne sais pas si je la raconte aussi bien que cette personne. Mais ça me fait toujours rire. Donc, un jour, des gens trouvèrent un petit aiglon et le mirent dans une cage à poules. Des années passèrent. Puis un homme vint rendre visite à la famille et dit ‘hé, il y a un aigle dans ce poulailler !’ Et l’homme blanc dit ‘ah ! Il croit qu’il est un poulet.’ Ça troublait l’autre homme. Il répétait ‘mais c’est un aigle’. Et l’homme blanc répétait ‘non, c’est un poulet, il se prend pour un poulet’. Ça troublait l’homme, alors il a demandé à l’homme blanc ‘Puis-je prendre cet aigle et lui montrer qu’il est un aigle ?’ L’homme blanc dit ‘oui, tu peux le prendre, mais il se prend pour un poulet’. Ainsi, il prit l’aigle et pria, puis le lança en l’air et lui dit de planer comme un aigle. L’aigle voleta, et quand il heurta le sol, il caqueta et marcha comme un poulet. Il réessaya deux fois, et la même chose arriva. Finalement, il était si irrité qu’il emmena l’aigle sur une falaise et le fit regarder dans le canyon. Finalement, il regarda encore, pria et dit “aigle, tu dois voler” et le jeta dans le canyon. Alors il plongea, comme pour heurter le fond du canyon. Mais finalement, il poussa un cri qu’il n’avait jamais entendu lui-même, et se ressaisit et vola comme un aigle. La plaisanterie derrière cette histoire, c’est qu’il dit ‘ceci est ce que tu es’, un peuple Autochtone d’Amérique du Nord. Alors, en venant ici – l’océan est très grand – je me suis souvenu que j’étais un aigle. Donc je ne serai pas un poulet, ici.”

“C’était une chose très importante qui était dite à notre peuple, car nous agissions comme quelqu’un que nous n’étions pas. Et c’est pourquoi j’ai dit qu’en 2006, nous avons commencé à changer notre monde.”

Voir aussi
Une histoire des Chiricahua, sur le site Cocomagnaville (en français)

Articles en français sur Oak flat

 

TOUJOURS ÇA DE PRIS: LES GROUPES ECOLOGISTES DINE [NAVAJO] DECLARENT LEUR VICTOIRE CONTRE UNE CENTRALE AU CHARBON TRES POLLUANTE

Depuis près d’un demi-siècle, les Navajos sont victimes de l’extraction de charbon par la multinationale Peabody Energy. La lutte contre la compagnie a causé la déportation de milliers de Navajos et de centaines de Hopi de Big Mountain. Les trois centrales au charbon situées dans la réserve Navajo sont extrêmement polluantes et ont causé beaucoup de dégâts à l’environnement et à la santé des habitants et des travailleurs locaux (qui n’ont même pas l’électricité, qui est produite pour alimenter les grandes villes du Sud-ouest, comme Phoenix ou Los Angeles). Peabody Energy a déjà été déclarée en faillite à deux reprises. Cependant, elle existe toujours, probablement “rachetée” sous d’autres noms de propriétaires. La faillite ou la vente sont des moyens pour les entreprises de se débarrasser de l’obligation de réparer les dégâts qu’elles ont causé et d’indemniser les ouvriers ou les habitants victimes de graves problèmes de santé. Récemment, Peabody nouvelle formule a proposé aux dirigeants Navajos de racheter la centrale dite “Navajo” – NGS – et la mine de charbon de Kayenta. Peabody est le seul fournisseur de charbon de la NGS. Les habitants et les ONG Navajos ont farouchement lutté contre cette proposition, étant donné qu’ils luttent depuis des années pour obtenir la fermeture des centrales et des mines qui les empoisonnent sans qu’ils en tirent aucun avantage. Les opposants ont organisé la résistance et fait pression sur les membres du Conseil Navajo pour qu’ils se prononcent contre le projet. Le 21 mars, ils ont remporté la victoire: le Conseil s’est prononcé, à 11 contre 9, pour rejeter la proposition de rachat. Les partisans du projet disaient que l’exploitation de la centrale et de la mine pourraient rapporter de 4 à 6,5 millions de dollars par an à la Nation Navajo. Cependant, une partie de l’équipement de Peabody était tombé en panne et les frais de réparation devaient s’élever à 14 millions de dollars, pour les acheteurs. En plus, le prix du charbon de la mine de Kayenta aurait dû passer d’environ 43 dollars la tonne à 23 ou 28 dollars. De plus, les sites d’extraction auraient dû être déménagés en partie dans la Réserve Hopi, ce qui fait que les revenus Navajos auraient été réduits de 50%. Les coûts environnementaux pour mettre la centrale aux normes auraient été de 143 millions, selon une déclaration du porte-parole du Conseil Navajo d’octobre 2017. Il s’est avéré que racheter et gérer la centrale et la mine aurait coûté beaucoup plus à la Nation Navajo que de les fermer définitivement, ce que les habitants réclamaient depuis des décennies.

Christine Prat

Les renseignements sur la problématique de rachat et ses coûts sont tirés d’un article de Marley Shebala, journaliste Navajo, publié dans le Gallup Independent, sous le titre “Une analyse minérale dit que la NGS fera perdre des millions à la Tribu”, Diné Bureau navajo1@gallupindependent.com

TOUJOURS ÇA DE PRIS: VICTOIRE DINE CONTRE NGS, LA CENTRALE ‘NAVAJO’

Vendredi 22 mars 2019
Indigenous Action Media
Traduction Christine Prat

Nous célébrons la fin d’une part importante du colonialisme extractiviste en Diné Bikeyah [Pays Navajo]. La géopolitique de toute cette région a été un moment conduite par l’exploitation de charbon sur Black Mesa, par la firme Peabody Coal. Ceci a conduit au déplacement forcé de plus de 20 000 Diné de leur terre natale. Tandis que nous célébrons cette victoire, nous nous rendons compte que ce n’a pas été l’injustice constituée par la souffrance de la terre et des gens qui a mis fin à cet accord. Ça a été une transaction commerciale qui ne pouvait qu’échouer. Face à la crise climatique et au détrônement du “charbon roi” partout dans le monde, les compagnies qui avaient fondé la Centrale Navajo [Navajo Generating Station] ont infligé des dégâts monstrueux et ont voulu repasser la responsabilité à d’autres. Les ONG et la base s’en sont rendu compte et ont combattu farouchement.

Bien qu’ils proposent une transition vers une “économie verte”, nous nous opposons à toute tentative d’achever le projet de colonisation ultime par l’expansion du capitalisme dans nos territoires. Nous avons applaudi quand une proposition de centrale au charbon à 1 milliard de dollars a été bloquée définitivement par la base qui s’était organisée et avait tenu un barrage. Nous célèbrerons vraiment la victoire que nous aurons obtenu justice pour tous ceux qui ont été touchés par le déplacement forcé, et quand les centrales de San Juan et de Four Corners, et la Mine Navajo auront été fermées. Nous célébrons la mort du charbon parce que ça a été la mort de notre territoire et de notre peuple.

Voir un de nos précédents commentaires sur les problèmes de charbon dans cette région.

#endngs #nofutureincoal #freebigmountain

 

COMMUNIQUÉ DE PLUSIEURS GROUPES ECOLOGISTES DINE

Contacts:

Nicole Horseherder, Tó Nizhóní Ání, nhorseherder@gmail.com
Percy Deal, deal.percy@gmail.com
Lori Goodman, Diné CARE, lgoodmand89@gmail.com
Marie Gladue, Black Mesa Water Coalition, marie@blackmesawatercoalition.org

Également publié par
Indigenous Action Media
Et par Censored News
Le 22 mars 2019

La compagnie charbonnière Navajo rejette l’offre d’acheter la NGS [Station Navajo] et la mine de charbon de Kayenta, et le Conseil Navajo signale qu’il est temps pour les tribus de passer à l’énergie propre

Jeudi 21 mars 2019, le Comité Naa’bik’iyati’ (Comité de la Totalité) du Conseil Navajo, a voté contre une résolution soutenant la proposition de la Compagnie Navajo d’Energie de Transition (NTEC) d’acheter et de gérer la NGS [Centrale “Navajo”] et la mine de charbon de Kayenta à Peabody Energy, qui fournit la centrale en carburant. La défaite de la résolution par 11 contre 9 ce jour a conduit à l’annonce par la NTEC qu’elle renonçait à son offre d’acheter la centrale et la mine.

Juste après la défaite de la résolution, une nouvelle législation a été proposée pour mettre un terme à la dépendance du charbon de la Nation Navajo, de près de 50 ans. Le projet de loi 0073-19 propose d’abroger la politique énergétique actuelle de la Nation Navajo, centrée sur le charbon, et de la remplacée par une vision qui “déclare l’intention de la Nation de passer au-delà des revenus du charbon et d’aller vers des sources d’énergie durables et renouvelables.”

Des groupes qui ont consacré des années à ce problème, et combattu pour un futur durable sans charbon, ont fait les déclaration suivantes, en réaction à cet évènement historique:

“C’est connu depuis bien longtemps que le charbon n’est pas l’avenir, mais cette certitude ultime est cruciale. Pour quiconque a hésité à passer résolument à l’énergie renouvelable, pour construire notre économie d’une manière qui bénéficiera à nos communautés, et à Notre Mère la Terre et Notre Père le Ciel, il n’y a maintenant plus aucune excuse pour freiner. Ce moment est celui pour lequel notre nouveau Conseil et notre Président ont été élus. L’héritage qu’ils laisseront pour la transition sans charbon commence maintenant.”
Lori Goodman, Diné CARE

“Il est maintenant important de rappeler que d’immenses ressources ont été dépensées pour installer les opérations charbonnières dans la Nation Navajo, et que d’immenses richesses et des bénéfices énormes ont été extraits pendant des décennies, par-dessus la tête de tant de communautés Navajo. Rappeler ce passé montre le futur chemin à suivre: responsabilité totale des compagnies pour les travailleurs du charbon affectés, réhabilitation totale des terres et des eaux souillées, et engagement total des services publiques d’être désormais clients des sources d’énergie propres du territoire Navajo, d’une manière qui bénéficiera au peuple Navajo.”
Percy Deal, ex-membre du Conseil Navajo et ex-Superviseur du Comté Navajo

“Nous sommes très en retard dans notre agenda pour ce qui va arriver maintenant, parce que tant de temps a été perdu pour essayer de maintenir la NGS et la Mine de Kayenta en activité. Il est temps de nous rassembler et de coopérer pour construire une économie d’énergie propre qui bénéficie à tous les Navajos. Beaucoup de travail nous attend, pour créer cette transition, mais avec les qualités montrées par le nouveau Conseil Navajo et notre nouveau Président, nous avons un brillant futur devant nous.”
Nicole Horseherder, Directrice Exécutive, Tó Nizhóni Áni

“C’est un moment historique pour les Navajos, et les délégués au Conseil devraient être remerciés pour leur courage d’avoir écouté les gens. Depuis un demi-siècle, le charbon nous a divisés, mais nous avons maintenant une occasion inespérée de nous unir pour créer quelque chose de mieux, particulièrement pour des endroits comme Black Mesa. Maintenant, nous allons nous concentrer sur la construction de quelque chose de mieux, d’une nouvelle économie plus conforme à la culture Navajo et à notre mode de vie, qui protège notre terre et notre eau et bénéficie à toutes les communautés.”
Marie Gladue, Black Mesa Water Coalition

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NUCLEAR TESTS: SHOSHONE AND POLYNESIAN LEADERS PROSECUTE THE U.S. AND FRANCE FOR GENOCIDE

Christine Prat
March 15th, 2019
En Français

Nuclear tests have caused and are still causing many deaths and making lands uninhabitable. Many peoples in the world have been victims of ‘tests’ carried out without their consents. This article has been inspired by the stories told by Moëtai Brotherson, a member of the French Parliament from Tahiti (Paris, October 2018), and Ian Zabarte, Principal Man of the Western Shoshone Bands from Nevada (Las Vegas, September 2017). They both have decided to prosecute the French and US governments respectively, to have the consequences of nuclear tests officially recognized as genocide. Mr. Zabarte tries to have the genocide of his people recognized by the UN, Mr. Brotherson filed a complaint with the International Court of Justice. Mr. Brotherson is the only member of Parliament who is an independentist activist.
American nuclear tests in Nevada started in January 1951. The very first bomb had exploded in New Mexico – in an unpopulated area, according to official media, but not far from the Mescalero Apache Reservation – on July 16th, 1945, only a few weeks before dropping the bombs on Hiroshima and Nagasaki. They also started with nuclear tests on Bikini, in the Marshall Islands, in 1946. Strangely enough, instead of causing protests and fear, it mainly gave a name to a new fashionable bath suit and to a silly popular song. Before the first test, the US authorities evacuated the Native population of Bikini, claiming that they could return soon. Bikini is still uninhabitable right now. In Nevada, tests did not take place “in the Desert”, as media still claim, but in Shoshone territory. Over 1000 bombs have exploded there, between January 1951 and September 1992. Of course, the Shoshone population has been decimated. Further, the Mercury test site is hardly 70 miles (115 km) from Las Vegas (there is also a Paiute reservation between Las Vegas and Mercury).
The French nuclear tests started in Reggane, Algeria, Tuareg Territory, from 1960 to 1961. Four atmospheric tests happened there. From 1961 to 1966, 13 underground tests took place in In Ecker, also in Tuareg Territory. Algeria became independent in 1962. The French managed to get in the Treaty that they could go on with nuclear tests until 1967. Thus, as soon as 1966, they started to explode nuclear bombs in ‘French’ Polynesia, in Mururoa and Fangataufa. From 1966 to 1974, 46 atmospheric ‘tests’ were carried out, and from 1975 to 1996, 147 bombs were exploded under Mururoa and Fangataufa.
Major media still fail to report about the damages caused to Indigenous Peoples and their territories. Even nowadays, many decades later, they only mention White victims, or otherwise claim that nuclear tests were carried out in ‘deserts’. In a rather recent historical program, a French public radio – France Culture – claimed that the Trinity bomb – the first nuclear test ever – took place in the New Mexico Desert, “an uninhabited region”; that the US tests have been carried out in the Nevada “Desert”; that the French nuclear tests in Reggane, Algeria, did cause health problems and death among French militaries and their families, drafted soldiers (which is indeed shocking) and traders who followed the militaries, but they still don’t say a word about the Indigenous Tuareg population in Reggane and In Ecker whose territory it is.
It has been a bit different for “French” Polynesia. Protesters immediately expressed support for the Indigenous population. The reason might be that nuclear tests in Polynesia started during the Vietnam War, when all peace activists in the world were in the streets demonstrating to support the Vietnamese people and were thus conscious of the existence and plight of Indigenous Peoples. A poster, widely spread in the late 1960’s, showed an image of Death with the hair and flowers of a Polynesian woman. However, it was not enough to make them stop the tests, repeated complaints by New Zealand probably had more effect. The attitude of the media is still obviously racist.


Mr. Zabarte is also struggling against a project of deep burial site for nuclear waste, under Yucca Mountain, sacred for the Shoshone, situated on a volcanic region, and quite close to the Mercury nuclear test site. He has also been supporting the Timbisha people, a Shoshone people, living on the other side of the mountain range, in California, also very close to the tests site and also plagued by radioactivity. Mr. Zabarte is also supporting their case at the U.N. by showing that it all happened on unceded territory according to the Treaties. The Shoshone, as many other Indigenous Peoples in the US and Canada, never ceded their territories and are still “sovereign”. The United States never respected a single Treaty signed with Indigenous Peoples.

Mr. Brotherson reminded us that “French” Polynesia, just as Kanaky (“French New-Caledonia”), was on top of the first list of the United Nations of territories to be decolonized, established in 1946. In 1963, Polynesia has been illegally removed from the list following a request by the French Ministry of Foreign Affairs. In 2003, France took the opportunity of changes in its Constitution to replace the word “Peoples” by “populations”, concerning its overseas colonies – which it does not recognize as colonies, but as French “provinces”. This allowed France to sign the UN Declaration of Indigenous Peoples Rights, without respecting it, as “there are no Indigenous Peoples in French territories”!

Both Peoples have been devastated by nuclear activities. Mr. Zabarte said he owed his life to his mother who moved to San Francisco as soon as she became pregnant. When they went back to Shoshone territory, years later, Mr. Zabarte was shocked to find out that he had no more family, all his cousins had died. The whole territory of “French” Polynesia is impacted by radioactivity. Many people died of cancer, now people are still suffering of diseases, birth defects and very negative impacts on their environment, their fauna and their flora.

The genocide is still going on. Do whatever you can to support their efforts to have it recognized by the world!


ESSAIS NUCLEAIRES: DEUX DIRIGEANTS AUTOCHTONES, UN SHOSHONE ET UN POLYNESIEN, ENGAGENT DES POURSUITES CONTRE LES ETATS-UNIS ET LA FRANCE POUR GENOCIDE

Christine Prat
15 mars 2019
In English

Les essais nucléaires ont causé, et continuent de causer, de nombreux décès et ont rendu des territoires inhabitables. Beaucoup de peuples dans le monde ont été victimes “d’essais” effectués sans leur consentement. Cet article a été inspiré par les récits de Moëtai Brotherson, député de Tahiti (Paris, Octobre 2018), et de Ian Zabarte, dirigeant des Bandes Shoshone de l’Ouest, dans le Nevada (Las Vegas, septembre 2017). Ils ont tous deux décidé de poursuivre, respectivement, l’Etat français et les Etats-Unis, afin que les conséquences des essais nucléaires de ces deux Etats soient reconnus comme génocides. M. Zabarte essai d’obtenir la reconnaissance du génocide de son peuple par les Nations Unies, M. Brotherson a déposé une plainte pour génocide auprès de la Cour de Justice Internationale. M. Brotherson est le seul député membre d’un parti indépendantiste.

Les essais nucléaires américains dans le Nevada ont commencé en janvier 1951. La toute première bombe avait explosé au Nouveau-Mexique – dans une zone “non peuplée”, selon les grands médias, mais pas loin du tout de la Réserve Apache Mescalero – le 16 juillet 1945, seulement quelques semaines avant que les bombes soient larguées sur Hiroshima et Nagasaki. Les Etats-Unis ont aussi procédé à des essais nucléaires à Bikini, dans les Iles Marshall, dès 1946. Curieusement, au lieu de provoquer la peur et la contestation, les essais de Bikini ont lancé la mode d’un type de maillot de bain et une stupide chanson populaire. Les Etats-Unis avaient évacué la population Autochtone de Bikini, promettant aux gens qu’ils pourraient rentrer bientôt. A l’heure actuelle, Bikini est toujours inhabitable. Dans le Nevada, les essais n’ont pas eu lieu “dans le désert”, comme le prétendent toujours les médias, mais en territoire Shoshone. Plus de 1000 bombes y ont explosé, entre janvier 1951 et septembre 1992 – faisant de la Nation Shoshone la Nation la plus bombardée de l’histoire. Bien entendu, la population Shoshone a été décimée. Le site d’essais de Mercury est situé à environ 115 km de Las Vegas (il y a aussi une Réserve Païute entre Las Vegas et Mercury).
Les essais nucléaires français ont commencé à Reggane, en Algérie, en territoire Touareg, de 1960 à 1961. Quatre essais atmosphériques y ont eu lieu. De 1961 à 1966, 13 essais souterrains ont eu lieu à In Ecker, également en territoire Touareg. L’Algérie est devenue indépendante en 1962. Les Français ont réussi à mettre dans le Traité de paix l’autorisation de continuer leurs essais nucléaires jusqu’en 1967. Donc, dès 1966, ils ont commencé à faire leurs essais en Polynésie “française”, à Mururoa et Fangataufa. De 1966 à 1974, 46 essais atmosphériques ont eu lieu, et de 1975 à 1996, 147 bombes ont explosé sous Mururoa et Fangataufa.
Les médias dominants ne parlent jamais des dégâts causés aux Peuples Autochtones et à leurs territoires. Même aujourd’hui, des décennies plus tard, ils ne mentionnent que les victimes ‘Blanches’, ou s’il n’y en a pas, prétendent toujours que les essais nucléaires ont eu lieu dans des ‘déserts’. Dans une émission historique relativement récente, France Culture a prétendu que la bombe de Trinity – le premier essai nucléaire jamais réalisé – avait eu lieu dans le Désert du Nouveau-Mexique, une “région inhabitée”; que les essais américains avaient eu lieu dans le “désert” du Nevada; que les essais nucléaires français à Reggane, en Algérie, avaient causé des décès et des maladies chez les militaires français et leurs familles, chez des jeunes appelés (ce qui est effectivement choquant), et chez des commerçants installés à Reggane pour nourrir tout ce monde, mais ils ne disent toujours pas un mot de la population Touareg Autochtone de Reggane et In Ecker, bien que ce soit leur territoire.

Ça a été un peu différent pour la Polynésie. Les opposants ont immédiatement manifesté leur soutien à la population Autochtone. C’est peut-être parce que les essais en Polynésie ont commencé en pleine guerre du Vietnam, alors que tous les pacifistes du monde étaient dans les rues pour soutenir les Vietnamiens et étaient donc conscients de l’existence et des souffrances des Peuples Autochtones. Une affiche largement distribuée à la fin des années 60, représentait la Mort avec les cheveux et les colliers de fleurs d’une Polynésienne. Cependant, ça n’a pas suffi pour obliger la France à arrêter les essais, les plaintes répétées de la Nouvelle Zélande ont probablement eu plus d’effet. L’attitude des médias est toujours indubitablement raciste.


M. Zabarte se bat aussi contre un projet de site d’enfouissement profond de déchets nucléaires (comme à Bure), sous la montagne Yucca, sacrée pour les Shoshone, située dans une région volcanique, et très proche du site d’essais de Mercury. Depuis notre rencontre, il a aussi soutenu les Timbisha, un peuple Shoshone qui vit de l’autre côté de la chaîne de montagnes, en Californie, mais très proche du site d’essais et également touché par la radioactivité. M. Zabarte se bat pour leur cause aux Nations Unies, essentiellement en montrant que tout cela se produit en territoire non-cédé selon les Traités. Les Shoshone, comme beaucoup d’autres Peuples Autochtones aux Etats-Unis et au Canada, n’ont jamais cédé leurs territoires et sont toujours “souverains”. Les Etats-Unis n’ont jamais respecté un seul Traité signé avec les Autochtones.

M. Brotherson nous rappelle que la Polynésie “Française”, tout comme la Kanaky (“Nouvelle Calédonie”), était en tête de la liste des Nations Unies établie en 1946, de territoires à décoloniser. En 1963, la Polynésie a été retirée illégalement de la liste, suite à une demande du Ministère de Affaires Etrangères français. En 2003, la France a saisi l’occasion d’un changement constitutionnel pour remplacer le mot “Peuples” par “populations”, pour ses territoires d’Outremer. Cela a permis à la France de signer la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones, sans la respecter, vu qu’ “il n’y a pas de Peuples Autochtones en France”!


Les deux Peuples, Shoshone et Polynésien, ont été ravagés par les activités nucléaires. M. Zabarte m’a dit qu’il devait sa vie à sa mère, qui a déménagé à San Francisco dès qu’elle a été enceinte. Lorsqu’ils sont retournés chez eux des années plus tard, M. Zabarte a été choqué d’apprendre qu’il n’avait plus de famille, que tous ses cousins étaient morts de cancers. Tout le territoire de Polynésie “Française” est touché par la radioactivité. Beaucoup de gens sont morts de cancers, actuellement beaucoup souffrent encore de diverses maladies, de malformations congénitales, et de l’impact désastreux de la radioactivité sur l’environnement, la faune et la flore.

Le génocide n’est pas terminé. Les effets du nucléaire portent sur des centaines, des milliers d’années. Alors, faites ce que vous pouvez pour soutenir leurs luttes pour que ce soit reconnu officiellement par le monde entier!

Samedi 23 mars 2019, Wensler Nosie Sr., Apache, sera à Paris pour une conférence contre un projet minier à Oak Flat, site sacré pour les Apaches, Parc National protégé depuis 1955. La conférence est organisée par le CSIA-nitassinan, cliquer pour voir article et plus d infos sur le site du CSIA.
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Voir articles sur la lutte pour Oak Flat

Une interview de Wendsler Nosie à Oak Flat, en septembre 2015:

 

Wendsler Nosie sera également à Lille, les 20 et 21 mars, pour le Grand Barouf Numérique