Par Brennan Lagasse

Article original en Anglais publié par Indigenous Action le 3 novembre 2011

Traduction Christine Prat

Le 12 octobre 2011, des Anciens et Hommes et Femmes Médecine Indigènes se sont rassemblés pour une conférence téléphonique avec plusieurs représentants du gouvernement fédéral. Le but de l’appel était de poursuivre le dialogue sur la protection des sites sacrés indigènes qui sont toujours sous l’autorité fédérale. Ce fut une expérience très appropriée pour voir où en est la culture de pouvoir du gouvernement fédéral à l’époque moderne, en ce qui concerne le respect du bien-être des Peuples Autochtones.

Bien que plusieurs représentants du gouvernement aient pris part à la téléconférence, le message clair et évident pour ceux qui ne faisaient pas partie du gouvernement fédéral fut, premièrement, que la protection des sites sacrés n’est pas suffisamment importante pour que le Ministre Tom Vilsack – celui sur la participation duquel comptaient tous les Anciens et Hommes et Femmes Médecine Indigènes – participe à la communication. Et deuxièmement, qu’il n’est pas suffisamment important d’honorer la demande de ceux pour qui ces lieux sont au centre de leur bien-être et de leur mode de vie, pour avoir cette conversation en personne.

Quels progrès ont été fait pendant toutes ces années de travail pour protéger les sites sacrés par des décrets, des règles, des lois, des règlements, des politiques et des actions judiciaires si la réalité d’aujourd’hui est toujours la même pour les Peuples Autochtones que lorsque tout travail de rapatriement a commencé ?

Quand le gouvernement fédéral admettra t-il que, pour trouver une solution à ce grave problème, il est nécessaire d’engager le dialogue en personne et que ceux qui prennent les décisions finales, comme le Ministre Tom Vilsack, doivent être présents et s’engager complètement pour qu’un travail durable soit accompli ? Sans une telle représentation, étant donné qu’on avait laissé entendre aux Anciens et Hommes et Femmes Médecine indigènes qu’il participerait au moins à cette conférence téléphonique, quel message cela exprime t-il finalement ? Que tout « progrès » sera distillé par d’autres représentants, continuera à n’engager à rien, et d’une manière générale, que cet épisode ne fait que maintenir le statuquo. Que peuvent les peuples indigènes faire de plus pour que les dirigeants non-indigènes comprennent leur point de vue ? Cela a été expliqué mainte et mainte fois, et ne s’écarte pas du système de croyances déjà expliqué en mars dernier :

« Le Créateur a donné au Peuple des Nations Autochtones et Aborigènes des Lois à suivre et des responsabilités concernant le devoir de prendre soin de toute la Création. Ces instructions ont été transmises de génération en génération depuis l’origine de la Création. La Loi est que personne n’est au-dessus de la Loi du Créateur, vous faites partie de la Création, donc si vous brisez la Loi, vous vous détruisez vous-même.
Nous parlons au nom de toute la Création : ceux à quatre pattes/ceux qui nagent/ceux qui rampent/ceux qui volent/ceux qui font leur terrier dans la terre/les Nations des plantes et des arbres. Ce système de vie unique inclut les quatre éléments, le feu, l’eau, la terre et l’air, l’environnement vivant de ‘Notre Mère la Terre’.
Le Sacré de la Loi du Créateur a été brisé. L’équilibre de la vie a été rompu. Vous venez à la vie en tant qu’être sacré. Si vous malmenez le caractère sacré de votre vie, cela a des conséquences pour toute la Création. L’avenir de la vie est actuellement menacé. Nous avons atteint le croisement des voies possibles. En tant que Peuple Autochtone et Aborigène, nous vous demandons de collaborer avec nous pour sauver le futur de toute la Création. »

– Message du Peuple des Nations Autochtones et Aborigènes (11 mars 2011).

Le point de vue de ceux qui se battent pour sauver leurs sites sacrés, les lieux les plus saints sur terre, est clair et succinct. Il l’a été depuis le premier jour. C’est la voie qu’il faut suivre, comme méthode pour essayer d’aider des institutions comme le Service des Fôrets à comprendre la sincérité et l’importance de ce dialogue, et pour prévenir la profanation future de ces sites qui ont été compromis pour des années sur les plans spirituels et environnental.
Les Anciens et Hommes et Femmes Médecine indigènes ont demandé que la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones soit désormais incluse dans tous les documents officiels. Comment se fait-il que ce ne soit pas encore clair à ce moment de l’histoire ? De plus, si on ne mentionne pas la Loi du Créateur dans de tels documents, une Loi qui s’impose aux Peuples Autochtones et déclare toute vie et création sacrées, l’oppression continue. Cette Loi ne peut être altérée ou manipulée et est immuable du point de vue des peuples autochtones. Encore une fois, on ne peut être plus clair.
Le gouvernement fédéral continue à réagir aux préoccupations des Indigènes d’une façon qui ne reconnaît pas la valeur du respect des peuples indigènes pour leurs sites sacrés et de ce qui les y relie. On ne peut dire plus simplement qu’il n’y a pas de garanties durables et sérieuses mises en place pour protéger les lieux sacrés. Même, un style de développement non-durable continue sous le nom de « règlement progressiste des conflits. »
L’harmonie peut et doit être réalisée, mais le respect du point de vue [des indigènes], de la tradition et de la spiritualité doit être admis dans sa nature profonde et durable pour atteindre un équilibre réel entre « territoire publique » et sites sacrés.

Si les institutions fédérales acceptent sincèrement de reconnaître les torts du passé, mais cessent de prendre des mesures significatives pour avancer, comment les peuples autochtones pourraient-ils non seulement avoir confiance en leur rôle, mais aussi croire enfin que le génocide par la destruction de la langue, des modes de vie traditionnels et des sites sacrés ne va pas continuer comme ce fut le cas pendant des centaines d’années ?

Beaucoup d’efforts ont été faits pour effacer les blessures du passé, mais si vous écoutez les peuples autochtones, ils vous diront que non seulement ils ressentent encore le poids du passé, mais que leur mode de vie est toujours miné par l’activité actuelle, vue par les institutions fédérales comme une « progression ». C’est un problème majeur, criant, sur lequel on passe systématiquement.
Il y a encore beaucoup à faire, et malgré tout ce qui s’est passé sur les terres sacrées indigènes dans le passé, les Anciens, les Hommes et Femmes Médecine et tous les dépositaires de valeurs institutionnelles sont toujours prêts à essayer de trouver une solution durable pour maintenant et pour les générations futures. C’est une préoccupation majeure et reflète directement la Loi du Créateur, qui si elle était admise et respectée par les institutions fédérales, pourrait permettre une solution.
Le plus étonnant dans ce problème interminable est sans doute le fait que les peuples indigènes continuent à être prêts à discuter et travailler à des solutions, malgré un continuel manque de respect, encore exprimé par le fait que le Ministre Vilsack ait négligé une conférence téléphonique d’importance vitale. Cependant, aucun progrès futur n’est possible sans entendre ces paroles. Une réunion doit être organisée, pour un dialogue face à face et en personne entre les nations indigènes et les dirigeants d’institutions fédérales comme le Ministère de l’Agriculture, qui ont le pouvoir de faire passer une législation respectant les préoccupations, les traditions et les croyances des peuples indigènes.

La culture moderne du gouvernement fédéral ne respecte toujours pas la culture indigène. Les gens de culture moderne, même ceux qui ont du pouvoir, n’ont pas à être si oppressifs et méprisants pour défendre leur point de vue « moderniste » vis-à-vis de ceux qui vivent différemment. La seule question reste : le Ministère de l’Agriculture et les autres institutions concernées accepteront ils cette invitation, et viendront ils effectivement à la table des négociations avec l’esprit et le cœur ouverts, prêts à écouter et à effectuer les changements que toutes les parties savent nécessaires pour qu’ils soient ressentis sur le terrain par les gens les plus concernés ?

 

Brennan Lagasse est écrivain et consultant en écologie vivant à Lake Tahoe, Californie. Il est aussi correspondant sur place de Unofficial Networks (Réseaux Non-Officiels – NdT), www.unofficialnetworks.com . Brennan peut être contacté à l’adresse brennanlagasse@hotmail.com .

 

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