Discussions du 10 juillet 2019 avec Petuuche Gilbert

Mines d’uranium abandonnées, projets de nouvelle mine et de stockages de déchets nucléaires au Nouveau-Mexique

Par François Vallet
Présent le 10 juillet
à la réunion avec Petuuche Gilbert

Le 3 juin 2019, à l’initiative de Daniel, les Amis de la Terre en Savoie organisaient au cinéma Victoria à Aix les Bains une projection du film « Le couvercle du soleil ». Daniel avait invité Sonia et Kurumi, représentantes de l’association « Nos voisins lointains 3.11 », à animer un débat après la projection du film. C’est à cette occasion que Kurumi nous informa de la visite en France de Petuuche Gilbert, militant opposé aux mines d’uranium et à l’enfouissement des déchets nucléaires au Nouveau Mexique.

Le 10 juillet, nous avons été invités par Kurumi à Miribel les Echelles, au pied du massif de la Chartreuse, pour une discussion avec Petuuche. En voici un résumé.

Petuuche fait partie du peuple Acoma Pueblo du Nouveau Mexique et vit à Sky City à proximité du Mont Taylor qui est « la montagne sacrée » de plusieurs peuples autochtones du district de Grants.

C’est dans cette région du Nouveau-Mexique qu’a été fabriquée et testée la première bombe atomique (Trinity) le 16 juillet 1945 à Alamogordo. L’uranium nécessaire à sa fabrication venait alors du Canada et plus précisément du Saskatchewan (les Etats-Unis ont réalisé plus de 200 « essais » atmosphériques de bombes atomiques entre 1945 et 1962 et plus de 1 000 essais au total dont deux en souterrain au Nouveau-Mexique et dans le Colorado).

C’est aussi dans le sud-ouest des Etats-Unis, et dans une quinzaine d’états dont ceux dits « des 4 coins » (Nouveau-Mexique, Utah, Colorado, Arizona), qu’ont été exploitées près de 15 000 mines d’uranium entre 1940 et la fin des années 1990. Ces mines et les usines de traitement de minerai d’uranium servaient alors l’industrie des armes atomiques et du nucléaire « civil ». Les compagnies minières employaient principalement des autochtones, pas ou mal protégés, exposés aux émanations de radon et qui ramenaient avec leurs vêtements des particules radioactives dans leurs habitations. Les mines sont désormais fermées et ont été abandonnées par les compagnies minières qui, pour la plupart, ont disparu. Les peuples indiens Pueblos, Navajo, Apaches, habitent dans les zones où la concentration de mines abandonnées est la plus forte.

A côté des mines et des usines de traitement de minerai ont été stockés des déchets radioactifs, solides et liquides. Le 16 juillet 1979, à Church Rock au Nouveau Mexique, la digue du bassin de décantation de l’usine de traitement de minerai céda et contamina une rivière et la nappe phréatique.

Cet accident est considéré comme ayant entraîné le plus fort relâchement de radioactivité dans l’environnement aux Etats-Unis (en tous cas plus que l’accident de Three Mile Island survenu quelques mois auparavant). Chaque année le 16 juillet est organisée une commémoration de cet accident.

En France un incident similaire s’est produit sur l’ancien site minier des « Bois Noirs » à Saint Priest La Prugne (département de La Loire) avec pollution de la rivière La Besbre. https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/loire/ancienne-mine-uranium-loire-eaux-contaminees-s-ecoulent-vallee-besbre-1458739.html

L’explosion atomique de 1945 à Alamogordo, l’extraction de l’uranium, le traitement du minerai, les transports de minerai concentré (yellow cake), les stockages de déchets miniers et des usines de traitement du minerai, ont disséminé dans l’air et dans l’eau des produits chimiquement toxiques et radiotoxiques. Les sols, les plantes et les aquifères sont contaminés. La santé des habitants, principalement des peuples indigènes, est durablement affectée. Les femmes, les enfants et les bébés sont plus particulièrement touchés. Les principales maladies sont des maladies du sang, des maladies cardiovasculaires, des maladies génétiques et des cancers. Mais l’Etat du Nouveau-Mexique n’a diligenté aucune étude scientifique et épidémiologique sur les conséquences de l’exploitation des mines et usines de traitement du minerai d’uranium. Certains pensent qu’il n’y a pas de problème et qu’il est donc possible d’ouvrir de nouvelles mines. Pourtant il y a de nombreux témoignages de victimes de l’uranium et notamment à l’occasion du festival international du film sur l’uranium organisé depuis 2011 dans différentes villes du monde.

Actuellement il n’y a plus de mine, ni d’usine de traitement de minerai d’uranium en activité au Nouveau Mexique. Mais il y a un projet de nouvelle mine, «  Roca Honda », à proximité du Mont Taylor (montagne sacrée pour les indiens). Ce projet était mené à l’origine par un groupement de deux entreprises, une canadienne et l’autre japonaise. L’entreprise japonaise Sumitomo a abandonné le projet suite à la visite au Japon d’une délégation d’habitants du Nouveau-Mexique opposés au projet.

Celui-ci est assez avancé, l’étude d’impact a été réalisée en 2011-2012 et le dossier soumis aux autorités fédérales (voir le site internet de la compagnie actuellement à la tête du projet : http://www.energyfuels.com/project/roca-honda/).

Deux autres compagnies ont des projets de mine dans la même région, notamment près du Grand Canyon en Arizona, mais le prix de l’uranium est trop bas actuellement pour les réaliser.

La communauté indigène (19 peuples concernés) est mobilisée pour préserver le site du Mont Taylor qui est considéré comme propriété culturelle traditionnelle (TCP). Le Rio San José est aussi considéré comme « rivière sacrée ». Le Mont Taylor produit de l’eau potable depuis une seule source qui coule toute l’année. Il y a des manifestations de la communauté indigène contre le projet de mine et pour protéger le Mont Taylor et le Rio San José. La gouverneure  actuelle du Nouveau-Mexique est opposée au projet mais le gouvernement fédéral est pour. Trump veut relancer l’exploitation de mines d’uranium aux Etats-Unis et interdire l’importation. En 2009 l’uranium utilisé aux Etats-Unis venait, par ordre d’importance, d’Australie, du Canada, de Russie, des Etats-Unis, de Namibie, du Kazakstan, du Niger, d’Ouzbekistan. Mais comme les cours actuels sont très bas produire aux Etats-Unis coûtera plus cher et le nucléaire sera encore moins compétitif par rapport aux autres énergies, renouvelables et gaz de schiste. La motivation de Trump semble être essentiellement nationaliste et militaire.

A l’autre bout de la chaîne, deux centres de stockages de déchets à très haute activité (combustibles usés) sont prévus au Texas et au Nouveau-Mexique. En effet, après l’échec de Yucca Moutain à côté de Las Vegas, le gouvernement cherche un site pour stocker définitivement ces déchets et en attendant un site d’entreposage pour 100 ans.

Les combustibles usés, après refroidissement en piscines, sont actuellement stockés à sec à proximité des centrales dans des enveloppes métalliques enrobées de béton.

Cela conduit à des conflits entre les antinucléaires, ceux de Californie par exemple ne veulent pas conserver les combustibles usés à proximité des centrales et ceux du Nouveau-Mexique ne veulent pas de l’enfouissement.

Le projet au Texas près de la ville d’Eunice est développé par la compagnie WCS (Waste Controls Specialists). Le projet au Nouveau-Mexique, entre les villes de Carlsbad et Hobs, est développé par la compagnie HOLTEC International, spécialisée dans la « décontamination » après arrêt définitif des réacteurs et dans le démantèlement : https://holtecinternational.com/

Cette compagnie achète actuellement des centrales nucléaires en fonctionnement ou définitivement arrêtées (il y a 99 réacteurs nucléaires en fonctionnement aux Etats-Unis). C’est également cette compagnie qui développe le concept de « Small Modular Reactor ».

Une association mondiale des peuples indigènes est intervenue à trois reprises auprès de l’ONU pour s’opposer à ces projets sous l’angle :

  • des droits civiques et politiques,
  • des discriminations raciales,
  • des droits politiques universels.

Dans les 3 cas l’assemblée de l’ONU a demandé au gouvernement américain de respecter ces droits (mais que respecte le gouvernement américain?).

Il serait sans doute possible de saisir également l’UNESCO sous l’angle de la préservation du patrimoine culturel mondial.

 

Petuuche nous indique qu’avec l’extraction du charbon de l’uranium est aussi ramené à la surface et les mineurs exposés à la radioactivité. Par ailleurs les nouvelles techniques de fracturation pour l’extraction de pétroles et gaz de schiste utilisent des charges explosives à l’uranium appauvri. L’eau utilisée pour réaliser les forages puis remontée à la surface est contaminée.

Conclusion de Petuuche :

Du fait de notre relation sacrée à la Terre Mère, quand la santé de la terre est respectée la vie de tous les peuples l’est également. Nous sommes tous des peuples indigènes.

Echanges d’informations sur la situation en France et dans le monde

Philippe nous fait part de la situation à Bure, de l’historique et de l’actualité de l’opposition au projet d’enfouissement de déchets nucléaires de haute activité (Cigéo).

Elisabeth G. indique que le slogan des opposants au projet Cigéo est « Ni ici, ni ailleurs, autrement ».

L’ancien directeur de la Nuclear Regulatory Commission (NRC), équivalent de l’ASN aux Etats-Unis, vient de publier un livre : « Confessions of a Rogue Nuclear Regulator » par Gregory Jaczko, Simon & Schuster, 2019, 208 p., 19,80 €.

https://www.alternatives-economiques.fr/etats-unis-lex-gendarme-nucleaire-passe-a-table/00089674

La NRC vient d’annoncer, un an après l’avoir découvert, que les containers de combustibles usés entreposés sur le site de la centrale nucléaire de San Onofré (arrêtée depuis 2012) étaient endommagés. La cause en serait un tremblement de terre.

Une réunion d’antinucléaires est prévue en novembre à Albuquerque (Nouveau-Mexique) sur le décomissionnement.

Un festival international du film sur l’uranium est organisé annuellement depuis 2011 dans différentes villes du monde : https://uraniumfilmfestival.org/fr/a-propos

En France il y a eu plus de 200 mines d’uranium avec des usines de traitement de minerai à proximité. Actuellement il n’y a plus de mine en exploitation et tout l’uranium utilisé par l’industrie nucléaire française est importé (du Kasakstan, du Canada, du Niger, d’Australie). Il existe un « Collectif Mines d’uranium » constitué de différentes associations qui se préoccupent de la situation autour des anciennes mines et usines de traitement d’uranium. Le Collectif des Bois Noir et la CRIIRAD en font partie : https://www.criirad.org/collectif-mines/sommaire.html

Une liste des associations membres est accessible sur le site de la CRIIRAD : https://www.criirad.org/collectif-mines/Y2_Liste_des_associations_CMU.pdf

La porte d’entrée de l’uranium en France est le site de Malvési dans l’Aude, près de Narbonne, sur lequel sont effectués des traitements chimiques du minerai concentré (yellow cake) avant l’étape suivante d’enrichissement qui est réalisée sur le site du Tricastin à cheval sur les départements du Vaucluse, de la Drôme et du Gard. Un collectif de plusieurs associations est mobilisé pour dénoncer les méfaits de l’industrie atomique sur ce site…et ailleurs : http://www.arretdunucleaire34.org/La-porte-d-entree-du-nucleaire

Sites et pages facebook pour en savoir plus :

http://www.chrisp.lautre.net/wpblog/?tag=petuuche-gilbert

https://www.facebook.com/NuclearIssuesStudyGroup/

Kurumi et son mari Jon Gomon tiennent un blog en anglais et en japonais pour diffuser des informations sur les victimes de la catastrophe nucléaire de Fukushima : https://fukushima311voices.com/

Hervé a été l’interprète des échanges avec Petuuche. Il tient un blog en anglais sur la situation au Japon après Fukushima : https://dunrenard.wordpress.com/

François a rédigé le résumé des échanges et indiqué quelques liens utiles pour rechercher des informations complémentaires.

One Response to Discussions du 10 juillet 2019 avec Petuuche Gilbert

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