REMARQUES SUR L’ARTICLE PRÉCÉDENT

On 13/04/2020, in COVID-19, Navajos, by Chris P

QUELQUES CRITIQUES DES POSITIONS DU GOUVERNEMENT NAVAJO

Le gouvernement de la Nation Navajo a pris des mesures de confinement, d’isolement, d’interdiction d’entrer dans la Réserve, et de couvre-feu pour tout le weekend de Pâques 2020. Ces mesures sont nécessaires, mais ont néanmoins suscité des critiques pertinentes chez ceux qui craignent l’autoritarisme. Il faut savoir que beaucoup d’habitants de la Réserve sont âgés, invalides, chômeurs, isolés, et que les routes ne sont pas toutes praticables. On redoute un manque d’eau et de nourriture. Sans parler des médicaments… Cet article est un commentaire critique de l’article précédent.

Christine Prat

Le 9 avril 2020, Klee Benally (d’Indigenous Action) a écrit sur Facebook :

Nous devons prendre les mesures nécessaires pour que cette maladie ne se propage pas davantage sur nos territoires.

Nous devons aussi parler de l’autoritarisme.
Un état policier temporaire ne nous sauvera pas.

Plus de membres de notre communauté remplissant les prisons ? Des amendes quand les gens sont au chômage ou se débattent pour payer ce dont ils ont besoin pour « rester sur place » ?

Et qu’en est-il de ceux qui n’ont pas de logement ? Et de ceux/celles qui sont confronté(e)s à la violence domestique ?

C’est ce que nous voulons dire quand nous parlons de violence structurelle. D’après Galtung, la violence structurelle est « une forme de violence dans laquelle une structure sociale ou une institution sociale peut nuire aux gens en les empêchant d’accéder à leurs besoins de base. »

Ainsi, quand la Garde Nationale (qui a une longue histoire de racisme anti-Autochtones) et d’autres forces de l’ordre interviennent, certains célèbrerons le soulagement qu’elles apportent, mais n’oubliez pas ce qu’elles représentent et à qui elles ont prêté serment.

En clair, il ne s’agit pas d’exprimer de la méfiance lorsqu’il est utile de rester chez soit afin de se protéger les uns les autres.

Il s’agit de défier l’ordre social qui nous a laissé tomber il y a fort longtemps.

Le fait que la respiration des membres de notre communauté soit entravée par les cendres de charbon brûlé à Black Mesa et « Four Corners ». Avec un nuage de méthane de la taille du Delaware au-dessus de nos têtes à cause des centrales électriques de San Juan et Four Corner.

Le fait qu’il n’y ait jamais eu d’étude sérieuse de la santé en Dinétah, pour remédier aux effets de résider près de plus de 2000 mines d’uranium abandonnées. Nous connaissons le désastre du cancer. Avec 22 puits fermés à cause de hauts niveaux de radioactivité, avec toute une génération qui a travaillé dans ces mines sans aucune protection. Ce gouvernement colonial avide de ressources n’a pas de dossier ayant fait une priorité de la santé des membres de notre peuple, il a profité des la destruction de Notre Mère la Terre qui a diminué nos systèmes immunitaires.

Ma grand-mère disait « le charbon est le foie de Notre Mère la Terre, l’uranium est ses poumons. »

Mes Anciens à Big Mountain m’ont appris que je ne devais jamais faire confiance au gouvernement, mais que nous devions avoir confiance en Dził Leezh et Ké’, ou en nos montagnes sacrées comme dirigeants et en nous tous réciproquement…

Nous nous en tirerons, mais c’est à nous tous de travailler ensemble et de nous aider les uns les autres, spécialement les plus vulnérables, même si ça signifie rester à distance, porter un masque, ne pas se serrer la main, laisser nos feux allumés, offrir des prières, entretenir ou apprendre nos médecines [traditionnelles], et réfléchir et rétablir ce que c’est qu’être Nohookáá Diyin Dine’é.

Respectez et entretenez nos enseignements culturels traditionnels, ils nous ont aidé à traverser tant de souffrances. Ce sont les pas de nos ancêtres, sa’ah naagháí bik’eh házhóón.

Ceux d’entre vous qui connaissent mon père savent que se sont plus ses mots que les miens.

Je vous souhaite d’aller bien, vous et tous mes parents.

Ahe’hee’ nitsaago.

###

Le 10 avril, Klee Benally a prévenu :

« Le gouvernement de la Nation Navajo a refusé d’accorder des dérogations aux groupes qui veulent apporter des services pendant le couvre-feu de ce week-end pour faire face à la crise humanitaire. Etant donné que les cas de COVID-19 sont supposé atteindre un pic à la mi-mai, c’est très inquiétant. » Pourtant, les gens isolés risquent de manquer de nourriture, d’eau, de médicaments…

###

Toujours le 10 avril, quelqu’un postait sur la page Facebook Navajo Politics une copie d’une lettre officielle du gouvernement Navajo autorisant un rassemblement religieux à Ganado [Dans la Nation Navajo] ce même 10 avril.

Le même jour, le Commandement du Centre d’Opérations du Service de Santé Navajo publiait un communiqué :

10 avril 2020 – Le Commandement du Centre d’Opérations du Service de Santé Navajo est au courant de la lettre et de l’approbation du service religieux « drive-in » tenu plus tôt dans la journée à Ganado, Arizona. Le Commandement du Centre d’Opérations du Service de Santé Navajo a reçu et pris en compte le tollé général, par les médias sociaux et la hotline du centre. En conséquence, de nouvelles approbations ne seront ni prises en considération ni accordées.

La priorité du Commandement du Centre d’Opérations du Service de Santé Navajo est la santé et le bien-être des citoyens Navajo.

D’après un article du 10 avril dans le Navajo Times, le Président Jonathan Nez a dit que l’autorisation n’émanait pas du Bureau du Président et du Vice-Président.

Comments are closed.