Petuuche Gilbert et Kurumi Sugita

PETUUCHE GILBERT, ACOMA, PARLE DES PROBLEMES NUCLEAIRES AU NOUVEAU-MEXIQUE LORS DE SON PASSAGE EN FRANCE

DE L’OUEST DES ETATS-UNIS A FUKUSHIMA, DES GENS LUTTENT CONTRE LE NUCLÉAIRE

Photo publiée le 8 juillet 2019 en solidarité avec Fukushima, par “Diné No Nukes”

Le 10 juillet 2019, Petuuche Gilbert, Acoma, activiste anti-nucléaire, a été invité, à l’occasion de sa visite annuelle en Europe, à participer à une réunion organisée par Kurumi Sugita, d’origine Japonaise, et son mari Jon Gomon, du Michigan. La réunion a eu lieu chez eux, en Isère, où ils vivent maintenant.
Kurumi Sugita est socio-anthropologue et chercheur retraitée du CNRS. Elle a fait de la recherche sur les victimes de Fukushima. Elle a créé le blog et l’Association “Nos Voisins Lointains 3.11” en 2013, dans le but de développer les relations entre les populations Françaises et Japonaises, menacées par l’omniprésence du nucléaire.
Petuuche Gilbert était accompagné par Hervé Courtois, également activiste anti-nucléaire, qui a vécu au Japon et dont la fille Franco-Japonaise vit à Iwaki, dans le district de Fukushima, à environs 50 km de la centrale Daiichi de Fukushima. Il est membre de la C.A.N. (Coalition Against Nukes), et blogger sur Nuclear News et Fukushima 3.11 Watchdogs. Au cours des dernières années, il s’est rendu plusieurs fois dans le sud-ouest des Etats-Unis. Lors de son dernier voyage, il a rencontré Petuuche Gilbert et Leona Morgan, au cours du Festival International de Films sur l’Uranium, qui, l’en passé, a eu lieu à Window Rock, capitale de la Nation Navajo, en Arizona. Il a assuré la traduction simultanée de la présentation de Petuuche Gilbert, lors de la réunion du 10 juillet.
Je suis moi-même allée à de nombreuses reprises dans le sud-ouest des Etats-Unis. En 2017, j’ai effectué un long périple passant par les principaux sites concernés par le nucléaire. J’étais accompagnée par Ian Zabarte, Shoshone, dans le Nevada ; Klee Benally, Navajo, dans le nord de l’Arizona et le sud de l’Utah ; et par Petuuche Gilbert, Acoma, et Leona Morgan, Navajo, au Nouveau-Mexique. La plupart des photos ont été prises au cours de ce voyage.
L’assistance était composée d’activistes anti-nucléaire et de gens directement menacés par une centrale nucléaire ou une mine d’uranium abandonnée.

Christine Prat

 

Miribel-les-Echelles, Isère, 10 juillet 2019
Article basé sur la transcription de la présentation de Petuuche Gilbert
Enregistrement, transcription, traduction et photos Christine Prat
La plupart des lieux cités figurent sur les cartes au bas de l’article, cliquer pour voir les cartes en plus grand.

In English on Censored News

Voir aussi l’article de François VALLET, également présent à la réunion avec Petuuche.

Le Nouveau-Mexique est particulièrement touché par l’industrie nucléaire. Comme Petuuche l’a rappelé “la première bombe atomique a été fabriquée et testée au Nouveau-Mexique”. C’était la bombe ‘Trinity’, développée par des scientifiques à Los Alamos, et testée au centre du Nouveau-Mexique, sur le site de tir de White Sands. Ce premier test a eu lieu le 16 juillet 1945, seulement quelques semaines avant que des bombes soient larguées sur Hiroshima et Nagasaki. Les médias continuent de prétendre que ce site se trouve dans le désert du Nouveau-Mexique, dans une région dépeuplée, mais en réalité ce n’est pas loin de la Réserve Apache Mescalero. Depuis, les sites nucléaires se sont multipliés au Nouveau-Mexique : armes, laboratoires, et maintenant sites d’enfouissement. Partout dans le monde, les territoires Autochtones sont les plus touchés. Il ne faut cependant pas oublier que la France, comme le Japon, vit sous la menace permanente de centrales nucléaires, et d’armes dont on peut difficilement connaître exactement le nombre et l’emplacement.

L’uranium

Petuuche a commencé son intervention en disant “Au Nouveau-Mexique aussi, il y a de l’uranium pour faire des bombes. L’uranium a nui à mon peuple, à leur terre, l’eau et l’air, là où nous vivons. Cette région, le District Minier de Grants, c’est là où il y avait des mines d’uranium et des usines de traitement. Donc, je vais parler de l’uranium, qui est le premier stade de la chaîne du carburant nucléaire. Et je veux dire à quel point ça touche les Autochtones, là où je vis, aux Etats-Unis.”

“Cette région, c’est l’Ouest des Etats-Unis.” C’est ce que les films d’Hollywood appellent le ‘far-west’. “Dans l’ouest des Etats-Unis, il est dit qu’il y a près de 15 000 mines d’uranium abandonnées. Le terme mines ‘abandonnées’ signifie que la compagnie minière s’est retirée et que personne ne sait qui a ouvert les mines.” Les compagnies changent souvent de nom et de nationalité, ce qui rend toute poursuite ou demande d’indemnités extrêmement difficiles.

Petuuche ajouta “Ils veulent reprendre l’extraction d’uranium, par exemple dans le Grand Canyon. Et pas loin de chez moi, ils veulent rouvrir des mines d’uranium. Aux Etats-Unis, il n’y a plus qu’une usine de traitement, où ils produisent le ‘yellow cake’, elle se trouve dans l’Utah.” “Autrefois, près des mines d’uranium, il y avait cinq usines de traitement, pour le minerai d’uranium, pour faire le ‘yellow cake’. A l’époque, quand on extrayait l’uranium, il fallait qu’il y ait des usines de traitement.” A une question du public demandant d’où vient l’uranium maintenant, Petuuche répondit que ça venait principalement du Canada et d’Australie. Le traducteur, Hervé Courtois, ajouta que le territoire des Déné, au Saskatchewan, était totalement contaminé.

Donc, Petuuche Gilbert commença par la question “Qu’est-ce que l’uranium ?” Il expliqua “C’est un minerai qui se trouve dans le sol. C’est naturel, c’est là, c’est dans le sous-sol. Ça a toujours été là, depuis des milliers d’années, ça fait partie de la géologie du sol. Certains Autochtones, comme les Navajos et des Autochtones du Canada ont des noms pour l’uranium. Pour les Navajos, c’est łeetso, ‘saleté jaune’.” Hervé Courtois ajouta que les Déné du Canada l’appellent ‘pierre noire’, ce qui signifie ‘poison’.

Puis il expliqua qu’une fois que l’uranium a été extrait, les roches devaient être broyées dans une usine de traitement, pour fabriquer le ‘yellow cake’. “L’uranium, lorsqu’il est dérangé, est instable et se répand partout. Ça envahit l’air, que nous respirons, l’eau et le sol. Evidemment, nous buvons l’eau, les plantes aussi, alors qu’elle est devenue radioactive.”

Petuuche expliqua comment l’uranium s’introduisait dans l’organisme. “Que ce soit par la peau, les cheveux, ou en buvant. Les ouvriers qui travaillaient dans les usines de traitement pour broyer le minerai, avaient de la poussière d’uranium dans leurs vêtements.” A l’époque, les ouvriers Autochtones, principalement Navajos, n’avaient aucune protection, ni masque ni combinaison. “Ils ramenaient leurs vêtements chez eux, ça contaminait leurs femmes et leurs enfants, et, bien sûr, leur maison.” “En plus, le minerai d’uranium produit du gaz radon.” Le radon est un gaz produit dans les mines d’uranium, dès que l’uranium est remué et entre en contact avec l’air. Le radon a une existence très courte, moins de 3 jours, après quoi il se change en infimes particules, appelées ‘les filles du radon’, qui sont assez fines pour pénétrer les poumons et d’autres organes très profondément. “Ensuite, après que l’uranium ait été transformé en ‘yellow cake’, les déchets se retrouvent entassés à proximité. L’uranium nuit à la santé, les radiations nuisent à la santé. Et il est dit que quand l’uranium s’introduit dans l’organisme, ça peut prendre beaucoup d’années avant que des maladies, comme différentes sortes de cancer, ne se déclarent. Et si l’uranium est laissé sur le sol, ou après des tests de bombes atomiques, ça continue d’affecter l’environnement et les gens 50 ans après. Actuellement, ils font des tests sur des femmes et des bébés, qui montrent qu’il y a de l’uranium dans leur sang et leur urine. L’uranium cause toutes sortes de maladies.” “Les gens qui vivent à proximité des zones, les gens eux-mêmes, ont dit de quoi ils souffraient : de cancers des poumons et des os, de leucémie, de maladies des reins, de maladies cardiaques, de tension trop haute, de diabète, de maladies auto-immunes ; conséquences de l’uranium et des produits chimiques utilisés pour séparer l’uranium de la roche. Beaucoup de gens ont eu des problèmes pulmonaires, ou de thyroïde, de reins, d’estomac, etc. à cause de ce qu’ils respiraient.”

“Certaines de ces usines étaient à 100 m des maisons. Les gens qui vivaient dans les villages autour de l’usine ont eux-mêmes établi une carte qui montrait combien de gens de la région étaient morts de cancers.”

“Maintenant, ils essaient un autre procédé pour extraire l’uranium, ils enfoncent des tuyaux dans le sol et pompent le minerai. Mais ça contamine l’eau souterraine.”

“Un autre problème posé par l’uranium, est qu’il coexiste avec le charbon. Donc, quand le charbon est brûlé dans les centrales électriques, ça émet des matériaux radioactifs. On dit aussi, que quand on utilise la fracturation hydraulique pour obtenir du charbon, du pétrole ou du gaz, ça remue aussi l’uranium du sous-sol et le fait remonter à la surface.” En plus, ils utilisent de l’uranium ‘appauvri’ pour fracturer… “Le problème avec la fracturation, est l’eau usée, l’eau contenant de l’uranium, qu’ils arrosent sur le sol pour maintenir la poussière. Les routes peuvent devenir radioactives.” “L’uranium va sur le sol et même dans ce que vous buvez, partout. Particulièrement quand il pleut, l’eau se répand, les animaux la boivent, les plantes aussi. Et, bien sûr, ça contamine l’eau souterraine”.

Puis, Petuuche montra sur une carte le District de l’Uranium de Grants, où il vit. Il ajouta “Et voilà d’autres mines. La Nation Navajo a environ 1000 mines abandonnées.” “Quand les Etats-Unis fabriquaient des bombes atomiques, ils extrayaient l’uranium du territoire Navajo. Aujourd’hui, les Navajos essaient toujours de les décontaminer.” Petuuche Gilbert a participé à des manifestations organisées par un groupe appelé ‘Clean Up the Mines’, ‘Nettoyer les Mines’.

“Nos voisins, les Laguna, notre tribu sœur, a eu la plus grande mine d’uranium à ciel ouvert au monde. La compagnie aime à prétendre qu’elle a été décontaminée. Mais ça continue à irradier le sol, l’air et l’eau. A la grande époque de l’extraction d’uranium, des années 1950 aux années 1990, dans notre région, la petite ville de Grants se définissait elle-même comme capitale mondiale de l’uranium.”

Puis, Petuuche montra sur une carte les montagnes de lave, de basalte, dans le District de Grants. “La Montagne Sacrée de mon peuple est ici, dans une forêt nationale, ça s’appelle le Mont Taylor.” En Acoma, ça s’appelle Kaweshti, dans la langue des Navajos, pour qui c’est aussi une montagne sacrée, ça s’appelle Tsoodził. “Mon peuple, les Acoma, vivent ici.” [Voir cartes].

La radioactivité est toujours là

“La radioactivité émise par l’uranium continue de toucher les villages et les communautés.” “Les maisons sont très proches des mines. Quand les mines et les usines étaient en activités, elles ont irradié les gens et leurs maisons.” “Et les gens utilisaient l’eau souterraine, qui était irradiée.” Par exemple, dans la région de Cameron, dans la Nation Navajo, les gens n’avaient pas d’autre eau que celle des puits irradiés. Même après qu’ils s’en soient aperçus, ils ne pouvaient pas vivre sans eau, dans un climat désertique. Il y a quelques années encore, les endroits radioactifs n’étaient pas indiqués, et des enfants jouaient dans des déchets d’uranium. Petuuche ajoute “Même après des décennies d’extraction d’uranium, la radioactivité nuit toujours aux gens. Le gouvernement des Etats-Unis et l’état du Nouveau-Mexique n’ont jamais fait d’études sérieuses sur la santé des gens touchés. Alors, aujourd’hui, il n’y a toujours pas d’études scientifiques fiables qui montrent comment et pourquoi les gens meurent de cancers.”

En 2015, un taux de radioactivité anormal a été mesuré dans l’eau ‘potable’ d’une communauté Autochtone à Sanders, en Arizona. Les gens devaient collecter de l’argent pour acheter de l’eau en bouteille. Les recherches menées pour comprendre d’où venait la radioactivité ont abouti à la conclusion qu’elle devait venir de la très vieille usine de Churchrock, où un bassin de rétention de déchets s’était rompu en 1979 !

La catastrophe de Churchrock de 1979

Le 16 juillet 1979, le bassin de rétention des déchets de l’usine de Churchrock, au Nouveau-Mexique, s’est rompu. C’était un bassin en terre, fermé par une digue en argile [comme à Malvési]. Il y avait des fissures dans le barrage, l’Etat fédéral et la compagnie le savaient, mais n’ont rien fait. Le 16 juillet 1979, le barrage s’est rompu, causant la plus grande catastrophe nucléaire de l’histoire des Etats-Unis. L’eau radioactive s’est répandue dans un arroyo qui se déversait dans le Rio Puerco, une rivière généralement à sec, mais peut se remplier s’il y a des pluies abondantes, ce qui s’est produit en 1979. L’eau radioactive a coulé jusqu’à 160 km en Arizona. En juillet 2015, il y avait de toute évidence eu des pluies abondantes aussi, il restait encore de l’eau et des traces de courant abondant à Sanders, en septembre 2015.

La catastrophe de Churchrock a eu lieu la même année que l’accident de Three-Miles-Island, mais bien que ça ait été plus grave, les médias n’en ont pratiquement pas parlé.

Chaque 13 juillet, les Autochtones commémorent la catastrophe. Cette année, Leona Morgan a demandé aux associations européennes – entre autres au CSIA – d’envoyer des déclarations de solidarité.

Nouveaux projets de mines d’uranium

Actuellement, des compagnies minières présentent de nouveaux projets d’extraction d’uranium dans la région. “C’est ce contre quoi nous nous battons” dit Petuuche. “Etant donné qu’il n’y a pas d’études sanitaires montrant que l’extraction et le traitement d’uranium nuisent à la santé et à l’environnement, certains trouvent très bien de rouvrir des mines d’uranium, parce que les gens veulent de l’argent et du travail.”

“Cette compagnie [Strathmore] est l’une de celles qui veulent exploiter de nouvelles mines d’uranium : le projet s’appelle Roca Honda. Ainsi, depuis dix ans, ils ont mené une étude, gouvernementale, pour s’approprier cette nouvelle mine. A l’époque, la firme Sumitomo, du Japon, possédait environs 40% de la mine Roca Honda. Puis nous sommes allés au Japon, et nous leur avons dit que nous nous opposions à ce qu’ils soient propriétaires de cette mine. Finalement, Les Japonais ont vendu leurs intérêts. Mais le gouvernement des Etats-Unis, qui est propriétaire du terrain où la mine Roca Honda sera construite, ont réussi à faire dire au Service des Forêts des Etats-Unis, qu’il allait accorder un permis pour la mine. Mais il y a encore deux autres mines d’uranium qu’ils veulent exploiter, dans le même secteur. Et la seule raison pour laquelle ils n’extraient pas d’uranium aujourd’hui, c’est que le cours de l’uranium est trop bas. Pour ma tribu, c’est sur notre territoire et la mine sera là, sur la portion gérée par le Service des Forêts. C’est sur le flanc ouest de notre Montagne Sacrée, le Mont Taylor.” “Cette montagne n’est pas seulement sacrée pour notre tribu, elle l’est aussi pour les Navajos, les Zuni, les Laguna et les 19 autres tribus du Nouveau-Mexique. C’est pourquoi les tribus l’appellent une Propriété Culturelle Traditionnelle, TCP.” [Ce statut est reconnu par la loi Américaine]. “Ça n’empêche pas l’extraction minière, mais ça nous donne un siège à la table de négociations. Toutes les terres autour, sont des territoires Autochtones. Cette montagne, le Mont Taylor, produit de l’eau, qui vient de ses sources, [qui coulent dans le Rio San Jose]. C’est la seule eau qui coule chaque jour de chaque année. Et c’est une toute petite rivière. C’est de l’eau sacrée. Alors nous continuons de nous battre pour protéger ce peu d’eau que nous avons”.

“Un autre exemple est la mine qu’ils veulent exploiter près du Grand Canyon.” Ça concerne directement les Havasupai, qui vivent au fond du Grand Canyon et vivent de l’eau des sources qui s’y jettent. Et pour eux, Red Butte – juste à côté de la mine – est leur Montagne Sacrée. Mais les Hopi et d’autres tribus se sentent aussi concernés par cette région. Petuuche dit “Ils ont beaucoup d’amis dans tout les Etats-Unis, qui protègent le Grand Canyon et disent ‘Non aux mines d’uranium’. Le Président Obama avait gelé l’extraction d’uranium dans la région du Grand Canyon, mais le Président Donald Trump l’a à nouveau autorisée.”

“Aujourd’hui, nous nous battons au Nouveau-Mexique, où ils veulent entreposer les déchets des centrales nucléaires au Nouveau-Mexique et au Texas. Le nom sur le t-shirt que je porte, est celui de la compagnie, Holtec International. Ils travaillent avec une compagnie Canadienne. Ils sont du New-Jersey, et ils achètent des centrales pour récupérer les déchets. C’est pourquoi ils se sont intéressés à Yucca Mountain, mais l’état du Nevada n’en veut pas. Alors, ils cherchent toujours un endroit, et disent qu’ils veulent un site de stockage temporaire, temporaire pour 10 ou 150 ans ! L’un de ces sites est au Nouveau-Mexique.”

“Il y a 97 centrales nucléaires aux Etats-Unis. Ils veulent trouver un site pour entreposer les déchets, au Nouveau-Mexique et au Texas, et ils veulent les transporter par rail. Au Nouveau-Mexique, les grandes villes s’y opposent, et beaucoup de communautés disent ‘pas par notre ville’.”

Protestations et actions

“Quelques fois, nous protestons, pour protéger la montagne et l’eau.” Petuuche montra une photo de coureurs et expliqua qu’il s’agissait d’une course de protestation. Il ajouta “Des gens de chez les Hopi, les Navajos, les autres Pueblos nous rejoignent. Et aussi quelques Blancs. Nous avons beaucoup d’alliés et de soutiens, qui nous aident et se joignent à nos manifestations.”

Ils se sont aussi tournés vers les Nations Unies. Petuuche expliqua “Mon ONG s’appelle Association Autochtone Mondiale. Nous avons fait trois présentations aux Nations Unies – je viens chaque année aux Nations Unies – l’une à l’occasion du Pacte International Relatif aux Droits Civiques et Politiques. La suivante était pour le Comité sur l’Elimination de la Discrimination Raciale, et la troisième, pour le Droit Politique Universel, sur ce que le Mont Taylor est une Montagne Sacrée qui ne devrait pas être profanée par l’extraction d’uranium, afin de respecter les droits des Autochtones. Cependant les Etats-Unis n’écoutent pas.”

“Des activistes étaient contre le fait que le Nouveau-Mexique participe à l’élaboration d’armes nucléaires. Au Nouveau-Mexique, il y a deux laboratoires nationaux qui font de la recherche sur les armes nucléaires. Et c’est une chose à laquelle nous nous opposons aussi, l’utilisation d’uranium pour faire des bombes atomiques. Même au Nouveau-Mexique, à Carlsbad, ville polluée depuis 50 ans, ils sont tous d’accord avec le site d’enfouissement. La gouverneure du Nouveau-Mexique a dit non. Mais c’est le gouvernement des Etats-Unis qui combat les états, les activistes et bien d’autres gens. Ils utilisent le terme ‘consentement’. Le Nouveau-Mexique ne consent pas, mais le gouvernement fédéral et Holtec font pression. Le Congrès des Etats-Unis a passé une loi, et 340 Représentants ont voté en faveur du transport des déchets nucléaires au Nouveau-Mexique et à Yucca Mountain. Le Sénat doit encore voter. Il y a une forte opposition à cette loi.”

Il y a eu une manifestation le 16 juillet, pour commémorer le tout premier test atomique de ‘Trinity’, au Nouveau-Mexique.

Petuuche a également participé à la tournée de protestation de ‘Clean Up the Mines’ [Nettoyez les Mines] avec, entre autres, Leona Morgan (Diné), Klee Benally (Diné), Ian Zabarte (Shoshone) et Sarah Fields (militante anti-nucléaire).

Conclusion

Petuuche a expliqué pourquoi, selon lui, les Etats-Unis et leur Président veulent reprendre l’extraction d’uranium. Aujourd’hui, l’extraction d’uranium est reportée parce que le cours de l’uranium est bien trop bas pour que les compagnies fassent des bénéfices. Cependant, le Gouvernement et le Président font pression pour reprendre l’extraction. Le Président Trump “dit que nous utilisons beaucoup trop d’uranium venant d’autres pays, que nous devrions le prendre dans nos propres terres. Il s’efforce de dire que le minerai d’uranium est un risque pour la sécurité nationale.” Petuuche expliqua “les compagnies prêtes à exploiter l’uranium subissent aussi des pressions de la part du Gouvernement Fédéral et du Président Trump pour le faire. Le Président a déclaré que c’était un risque pour la sécurité nationale, afin d’extraire de l’uranium, de créer des emplois et de l’argent.” A propos des compagnies, Petuuche dit “Ils pensent que les centrales nucléaires ont besoin d’uranium. Ainsi, ils croient que si les Etats-Unis obtiennent plus d’uranium local, ça fera monter les prix.” Cependant, “ça coûte très cher d’entretenir des centrales nucléaires, et encore plus d’en construire. Il n’y a eu que deux centrales en construction au cours des 30 dernières années. Il y a plus d’énergie solaire, d’éoliennes, de centrales géothermiques, mais Trump veut aider les compagnies charbonnières, alors pour lui, même le charbon est bon. Mais les centrales électriques disent non, parce que c’est trop cher et que ça pollue l’air.”

Petuuche dit “Je pense que tout le monde doit être instruit sur ce qu’est la chaîne nucléaire, de l’uranium aux centrales et aux déchets, et aux armes nucléaires.”

Puis il montra une diapositive d’un slogan, en expliquant “Tous les gens sont des Autochtones de la Terre, vous tous, nous tous, nous devons protéger notre sol, notre eau, notre air, et nous protéger les uns les autres. C’est pourquoi nous faisons ce travail contre l’énergie nucléaire. C’est trop dangereux pour la terre, pour tous les humains et pour toute la vie sauvage.”

Cartes (La première carte donne la localisation des cartes détaillées. Si elles ne sont pas lisibles, cliquer pour les voir en plus grand formats)

En mai-juin 2019, Leona Morgan, Diné, activiste anti-nucléaire, est venue en Europe. A l’initiative de Pascal Grégis, membre du CSIA-nitassinan, elle a été invitée par le CSIA, le CEDRA, Meuse Nature Environnement et le Réseau Sortir du Nucléaire, à visiter Bure, zone menacée par un projet de site d’enfouissement profond pour les déchets hautement radioactifs, et à parler de la situation au Nouveau-Mexique. C’est à Bure qu’elle a commencé son voyage en Europe, le 24 mai 2019. Elle a d’abord visité la zone menacée – dans la mesure où les gendarmes laissaient approcher – et s’est exprimée le soir, au cours d’une réunion organisée à Bettancourt-la-Ferrée.

Conférence par Leona Morgan
Article Christine Prat  English
Photos Bure et Nouveau-Mexique, Christine Prat
Diapos Leona Morgan
Also published in English on Censored News

Bure est un petit village (environs 80 habitants) de la Meuse. En 1994, l’Etat a déclaré son intention d’y ouvrir un soi-disant “laboratoire de recherches scientifiques souterrain”, à 500 mètres sous terre, sur des terres appartenant au village. En fait, le but est d’y enterrer des déchets hautement radioactifs. Le projet, appelé CIGÉO (Centre Industriel de stockage GÉOlogique), est mis en œuvre par l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets RAdioactifs) et est entré en ‘phase de conception industrielle’ en 2012. Le projet est de creuser un site d’enfouissement des déchets à 500 mètres sous terre. Le site devrait être fait de tunnels, s’étendant sur 15 km². Il devrait accueillir à terme 10 000 m³ de déchets de ‘ Haute Activité à Vie Longue’ et 73 500 m³ de déchets de ‘Moyenne Activité à Vie Longue’. Le site doit être creusé dans un petit bois qui a déjà été clôturé (la clôture est à quelques mètres à l’intérieur et cachée par des arbres) et est farouchement gardé par la gendarmerie. Des arbres ont déjà été abattus derrière la clôture. Le projet prévoit aussi de construire un site de stockage temporaire, où les déchets devraient refroidir avant d’être enterrés définitivement. De là, une ‘descenderie’ devrait être construite, sur plusieurs kilomètres, pour transporter les déchets jusqu’au site profond. Il est aussi prévu de creuser des puits verticaux pour amener le personnel et l’équipement au fond. Le Réseau Sortir du Nucléaire dit : “Loin d’être une réelle solution pour ces déchets, l’enfouissement est le seul moyen qu’elle (l’industrie nucléaire) a trouvé pour les cacher.”

LA CONFÉRENCE DE LEONA MORGAN

Remarque: tous les lieus nommés sont sur les cartes incluses dans l’article, s’y reporter. Si c’est trop petit pour lire, cliquer sur la carte pour la voir en plus grand

Après avoir remercié les organisations qui l’avaient invitée et le public, Leona s’est présentée, en Diné, selon la tradition : après avoir dit son nom, elle a nommé le clan de sa mère (“née de”) et celui de son père (“née pour”).

Elle a commencé sa présentation en montrant une photo de Monument Valley, un site mondialement connu, autrefois beaucoup utilisé pour tourner des westerns, mais aussi la région où les premières mines d’uranium en territoire Diné (Navajo) ont été creusées, dans les années 1940, et donc une des premières régions dévastées par les effets de l’uranium.

Son travail contre le nucléaire a commencé en 2007, d’abord contre une mine d’uranium, puis contre toute l’industrie nucléaire.

Elle a d’abord expliqué comment son peuple considère l’univers, et comment les Etats-Unis ont utilisé son peuple et volé leur terre. Leona dit : “Aux Etats-Unis, il y a environs 264 Tribus reconnues par le Gouvernement Fédéral.” (Il y a aussi des petites tribus non reconnues). Elle dit qu’avant la conquête, il y avait des milliers de Nations Autochtones, dans toute l’Amérique, qui ont été terriblement affectées par le colonialisme, mais qu’elle se limiterait à parler de son propre peuple, les Diné. “Les gens de notre peuple vivent traditionnellement. Mes ancêtres viennent d’un territoire que nous appelons ‘Diné Bikeyah’, ‘notre pays’. Notre territoire se situait entre 4 montagnes sacrées. [Les Pics San Francisco, à l’ouest, l’Hesperus, au nord, le Pic Blanca, à l’est, et le Mont Taylor, au sud ; voir carte]. Elles constituaient, pour mon peuple, notre identité et l’endroit où nous devrions vivre pour toujours. Plus tard, après la colonisation, les lignes imaginaires, qui limitent aujourd’hui, pour les Etats-Unis, les états d’Arizona et du Nouveau-Mexique, ont été dessinées, tout comme celles qui définissent ce qu’on appelle la ‘Nation Navajo’.” Elle expliqua la différence entre ce qu’ils appellent ‘Diné Bikeyah’, leur territoire traditionnel, et la Nation Navajo, qui signifie, selon le contexte, la Réserve Navajo ou le Conseil Tribal. La famille de Leona vient de Crownpoint, au nord de Gallup, au Nouveau-Mexique.

La chaîne de l’énergie nucléaire

“Au début, il y a l’extraction de l’uranium. L’extraction peut se faire en creusant et en l’extrayant directement du sol, ou par une autre méthode utilisant des liquides pour l’obtenir, un peu comme la fracturation hydraulique. Ça s’appelle la lixiviation in-situ.” (En anglais, ‘leaching’ signifie ‘infiltration’, mais quand il s’agit de mines, en français ça s’appelle ‘lixiviation’). Le procédé est utilisé pour extraire l’uranium de couches rocheuses dans les nappes phréatiques. Naturellement, le minerai d’uranium ne se dissout pas dans l’eau. Donc, on injecte des produits chimiques dans les roches pour dissoudre l’uranium, puis on filtre l’eau. Qui, bien entendu, devient radioactive. Les roches contenant du minerai d’uranium sont transportées jusqu’aux usines de traitement où l’uranium est séparé du minerai. Leona dit : “Dans notre région, si on extrait une tonne de minerai d’uranium, on obtient à peu près une livre d’uranium, et 1995 livres de déchets.” Elle ajoute : “Quand le minerai a été traité, les déchets de l’usine contiennent de nombreux produits chimiques qui créent encore plus de déchets radioactifs. Ce n’est pas comme dans la roche naturelle, ça a été changé chimiquement et est devenu plus radioactif.” Puis, l’uranium doit être enrichi. Il n’y a qu’une seule usine de retraitement aux Etats-Unis, et c’est au Nouveau-Mexique. Après enrichissement, le carburant est produit pour les centrales nucléaires. “Et les déchets des centrales sont hautement radioactifs. Après enrichissement, c’est envoyé dans des laboratoires pour fabriquer des armes nucléaires. Les outils radioactifs et autres déchets de la fabrication d’armes constituent des déchets ‘trans-uranium’, et finalement du plutonium. Et, bien sûr, nous nous retrouvons avec des armes nucléaires. Les déchets qui en proviennent sont de l’uranium appauvri.”

Les Autochtones considèrent la présence d’activités nucléaires et leurs effets sur leurs territoires comme du colonialisme nucléaire. Leona dit : “En tant qu’Autochtones, nous ne combattons pas seulement l’industrie nucléaire, mais aussi le racisme, le capitalisme et l’impérialisme des Etats-Unis, qui continuent aujourd’hui encore, à confisquer nos terres, à saper notre culture et à utiliser notre peuple et Notre Mère la Terre au profit de l’industrie et de leur cupidité.”

Le processus de conquête du territoire et d’élimination des Peuples Autochtones a commencé en 1493, avec ce qu’on appelle la Doctrine de la Découverte, que les Autochtones combattent toujours aujourd’hui. C’est une Bulle Papale – donc une décision indiscutable du Pape. Le document dit que “l’Eglise a été commissionnée par Dieu pour tuer d’autres peuples et s’emparer de leurs terres, parce qu’ils sont moins qu’humains.” C’est toujours utilisé par les pays colonisateurs en Afrique et ailleurs, et aux Etats-Unis et au Canada. Leona dit que “les Etats-Unis ont fondé certaines de leurs premières lois sur ce document.” Au XVIIIème siècle, quand les Etats-Unis étaient encore en formation, ils ont adopté une politique de génocide, et ont tenté de tuer tous les Peuples Autochtones. A l’époque, ça n’a pas vraiment marché, alors ils ont adopté une politique de déportation, et repoussé les Peuples Autochtones vers l’ouest. A la fin du XIXème siècle – alors qu’ils venaient de se livrer à un nouveau génocide – ils ont mis en route la politique dite ‘d’assimilation’ : cela signifiait détruire la culture Autochtone et changer l’indigène en un individu occidental. L’expression utilisée alors était ‘Tuer l’Indien, Sauver l’Homme’.

“D’autres moyens ont aussi été utilisés pour voler nos terres, comme les chemins de fer et l’extraction minière, ainsi que ce qu’on appelle aujourd’hui le gouvernement tribal. Je tiens à ce que les gens comprennent que l’extraction d’uranium et les tests atomiques d’aujourd’hui sont fondés sur les vieilles lois dont les gens pensent qu’elles appartiennent à l’histoire. Mais elles sont tout à fait à l’ordre du jour et sont utilisées aujourd’hui pour continuer le génocide par ce que nous appelons le colonialisme nucléaire” dit Leona. 85% de l’extraction d’uranium dans le monde a lieu sur des terres Autochtones. Aujourd’hui, les populations touchées sont encore en train de se battre pour que leurs terres soient décontaminées et obtenir de l’aide pour faire face à leurs problèmes de santé. Les Diné qui ont développé des cancers et les familles de ceux qui sont décédés ont dû se battre devant les tribunaux pendant des décennies avant qu’il soit reconnu que leurs maladies étaient dues à l’uranium, et obtenir quelque compensation.

“Nous appelons ça du racisme environnemental” dit Leona. “Ils ont fait la même chose avec les armes nucléaires, les tests ont eu lieu dans des territoires Autochtones ou de gens de couleur.” Aux Etats-Unis, environs 1000 bombes atomiques ont explosé dans le territoire des Shoshone de l’ouest, au soi-disant Nevada [voir plus bas]. Des tests ont également eu lieu sur l’île de Bikini, dans les Iles Marschall, et Bikini est toujours inhabitable. Les Britanniques ont également fait des tests dans le Nevada. Les Français ont effectué leurs tests atomiques à Reggane, en Algérie, en territoire Touareg, jusqu’en 1967. En 1966, ils ont commencé à tester à Mururoa, en Polynésie ‘Française’.

L’extraction minière était également un moyen de coloniser, en encourageant les colons Blancs à partir dans l’ouest. Leona dit “Grâce à l’extractivisme, les gens ont pu prendre des terres à notre peuple, selon une Loi sur les Mines de 1872. Cette loi autorise les gens à exploiter des mines sur les terres publiques des Etats-Unis, ils n’ont rien à payer pour ce qu’ils extraient, seulement un droit de 10 dollars par an, sur des terres ‘publiques’. “De organisations écologistes Blanches, aux Etats-Unis, veulent changer la loi, mais ils ne se préoccupent que de l’environnement, pas des Autochtones ni des Gens de couleur. Ils veulent principalement que les entreprises paient plus cher, mais ça n’inclut pas la protection des sites sacrés Autochtones ni de réparations pour les terres volées.

La loi dite ‘General Allotment Act’

Cette loi a été utilisée pour tenter de faire partir les Peuples Autochtones de leurs terres. Elle avait aussi pour but de détruire la culture autochtone : les Peuples Autochtones n’ont jamais connu la propriété privée et n’ont jamais imaginé pouvoir posséder une quelconque portion de la Terre Mère. Cette loi a créé des portions de terre individuelles, appelées ‘lots’ qui devait appartenir à des propriétaires Indiens individuels. A l’est de la Réserve Navajo, ça a créé la zone qu’on appel ‘l’échiquier’. C’est la zone d’où vient la famille de Leona. Dans cette zone, les terres sont soumises à toutes sortes de juridictions. Aujourd’hui, les lots appartiennent au gouvernement, à des entreprises, à des propriétaires privés ou à des Autochtones, qui peuvent être la Nation Navajo ou des individus appelés ‘attributaires’. Là, Leona explique “‘il y a une grande différence quand je dis la ‘Nation Navajo, c’est-à-dire le gouvernement, et quand je parle des gens.”

Un ‘Gouvernement Navajo’ créé par les Etats-Unis

Le Conseil Tribal Navajo a été créé en 1923, par le Gouvernement des Etats-Unis. Selon Leona “Une étape du processus de colonisation a été la création d’un gouvernement, ce qui est très différent du système que les Peuples Autochtones aient jamais connu. Pour les gens de notre peuple, la Nation Navajo est le nom de notre gouvernement, et aussi parfois du territoire qui constitue ce qu’on appelle la Réserve. Nous avons nos lots de terre, notre système de gouvernement, mais ce n’est qu’une copie des Etats-Unis.” Pourtant, en 2005, la Nation Navajo a adopté une loi interdisant l’extraction d’uranium, la Loi sur la Protection des Ressources Naturelles Diné. Puis, en 2012, une loi interdisant le transport de matériaux radioactifs. Cependant, ces lois ne sont pas respectées par les états (Arizona et Nouveau-Mexique) ni par le gouvernement fédéral. Les sites sacrés entre les quatre montagnes sacrées ne sont pas protégés non plus, parce qu’ils sont hors de la Nation Navajo. Même certaines portions de la Nation Navajo ne peuvent pas être protégés parce qu’elles sont sous la juridiction des états ou du gouvernement fédéral. C’est le cas de routes et voies de chemins de fer qui traversent la Réserve. La Nation Navajo n’a pas non plus le contrôle de son espace aérien.

LE NUCLÉAIRE AU NOUVEAU-MEXIQUE

Au Nouveau-Mexique, on trouve presque toutes les étapes de la chaîne nucléaire, sauf des centrales nucléaires. Il y a aux Etats-Unis plus de 15 000 mines d’uranium abandonnées, quelques-unes dans l’est du pays, mais la plupart dans l’ouest. Ces mines fournissaient principalement de l’uranium pour les armes nucléaires. L’exploitation a eu lieu essentiellement entre les années 1940 et les années 1980. L’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) n’a été créée qu’en décembre 1970. Jusque-là, il n’y avait aucune loi pour protéger l’environnement, les mineurs ou la population. Très peu de mines ont été décontaminées. La Nation Navajo est un des rares endroits ou quelque chose a été fait, le gouvernement Tribal, en coopération avec le gouvernement fédéral est en train de décontaminer environs 500 mines.

La catastrophe de 1979, à Churchrock

Le 16 juillet 1979, la pire catastrophe nucléaire de l’histoire des Etats-Unis a eu lieu à Churchrock, au Nouveau-Mexique. A Churchrock, il y avait deux mines d’uranium et une usine de traitement. L’usine avait un bassin de rétention des déchets. Les déchets d’une usine de traitement sont beaucoup plus radioactifs que ceux des mines. Ce bassin était fermé par un barrage en argile. Il y avait une fissure dans ce barrage, l’entreprise le savait, le gouvernement aussi, mais l’entreprise a continué à mettre des déchets dans le bassin. A l’aube du 16 juillet 1979, le barrage s’est rompu. Plus de 400 millions de litres de déchets radioactifs se sont déversés dans un ravin à sec, puis dans une rivière qui est à sec la plupart de temps, la rivière Puerco. En général, il n’y a pas d’eau, mais après la fuite, il a plu et la rivière s’est remplie d’eau et a coulé jusqu’à 160 km, en Arizona. Ça s’est passé quelques mois après l’accident de la centrale nucléaire de Three-Miles-Island, à Harrisburg. Bien que la fuite de Churchrock ait été le pire accident qui se soit jamais produit, les médias n’en n’ont presque rien dit et ça n’a pas attiré l’attention du public. Harrisburg se trouve dans l’est des U.S.A, dans une zone très peuplée, essentiellement de Blancs (il y a eu un film sur l’accident, avec Meryl Streep dans le rôle principal). A Churchrock, il n’y a pas beaucoup d’habitants et la plupart sont Autochtones.

A ce jour, ce n’a toujours pas été décontaminé. En juillet 2015, Tommy Rock, un chercheur Diné de l’Université de Flagstaff, a découvert que l’eau potable d’une communauté Diné, à Sanders, en Arizona, à 65 km en aval sur la rivière Puerco, contenait deux fois la concentration légale d’uranium. Les enfants de l’école locale ont reçu de l’eau en bouteille pour boire. La communauté se bat toujours pour que ce soit décontaminé. Ils veulent que les déchets soient enlevés des environs de la Nation Navajo, loin de leurs maisons. “Mais” dit Leona, “à cause de l’échiquier, qui est hors de la Réserve, le gouvernement a entreposé les déchets non loin de leurs maisons, et le vent les ramène.” Elle ajouta que “l’extraction d’uranium est interdite depuis 2005, mais ce sont les mines des années 1980 qui continuent d’affecter les animaux et la communauté.” Les gens veulent que les mines soient décontaminées. L’entreprise propose de gratter les déchets radioactifs, de les entreposer sur les déchets de l’usine, et de recouvrir le tout d’argile, affirmant que ça tiendrait au moins mille ans. Mais leur projet ne s’applique qu’au terrain privé de l’entreprise et n’inclue pas toute la zone touchée par la fuite, jusqu’à 160 km à l’ouest. Les gens craignent une autre fuite. Le Puerco est une rivière sèche, mais des pluies abondantes peuvent toujours se produire. (En tous cas, le Puerco n’était pas complètement à sec en septembre 2015, il y avait probablement eu des pluies en juillet…)

Des 15 000 mines d’uranium abandonnées, c’est le lieu le plus gravement touché des Etats-Unis.

Les équipements nucléaires au Nouveau-Mexique

Actuellement, le Nouveau-Mexique est plein d’équipements et de sites nucléaires.

Le site appelé ‘Trinity’ est le lieu où a été testée la première bombe atomique de l’histoire, quelques semaines avant que deux bombes soient larguées sur Hiroshima et Nagasaki.

Il y a aussi des laboratoires nationaux qui fabriquent des armes nucléaires. Leona dit “Nous appelons notre état du Nouveau-Mexique le Mexique Nucléaire.”

Il y a des mines d’uranium et des usines de traitement. Il y a une usine d’enrichissement, la seule des Etats-Unis, gérée par URENCO USA. Il y a un site d’entreposage de déchets hautement radioactifs, utilisés pour fabriquer des armes. Il y a des armes nucléaires entreposées dans plusieurs endroits (l’un d’entre eux étant quasiment à Albuquerque, sous la montagne). Il y a aussi la plus grande mine d’uranium à ciel ouvert du monde (dans la Réserve Laguna). Elle est fermée et on tente de la décontaminer. Et il y a de nouveaux projets d’extraction d’uranium, et ils les veulent à ciel ouvert, obtenues par dynamitage de la montagne.

Le coin sud-est du Nouveau-Mexique

Leona expliqua que “dans le sud-est, il y a le WIPP – Waste Isolation Pilot Plant, Usine Pilote d’Isolation des Déchets – licenciée pour entreposer des déchets radioactifs ‘trans uranium’ pour 10 000 ans. Les déchets viennent de la recherche et de la production des armes nucléaires des Etats-Unis. Ça se trouve dans une zone du sud-est du Nouveau-Mexique, appelée le corridor nucléaire, où se trouvent aussi l’Usine Nationale d’Enrichissement, près de Eunice,” (l’unique usine d’enrichissement des Etats-Unis, gérée par URENCO), “et les Spécialistes du Contrôle des Déchets, un site d’entreposage des déchets de basse activité, juste de l’autre côté de la frontière de l’état, près d’Andrews, au Texas, et l’usine de International Isotopes, Inc., qui doit être construite près de Eunice. Il y a déjà des sites d’entreposage de déchets, et l’usine de traitement ELEA, très proche du WIPP.”

“Actuellement, nous combattons deux projets de sites d’enfouissement pour des déchets hautement radioactifs. Aux Etats-Unis, il n’y a pas de site pour les déchets nucléaires hautement radioactifs. Les deux projets d’entreposage au Nouveau-Mexique sont supposés être ‘intérimaires’ ou ‘temporaires’. Les habitants du Nouveau-Mexique n’y croient pas, ils pensent que ce sera d’abord temporaire, puis deviendra permanent.” (Ce qu’ils appellent ‘temporaire’ peut aller jusqu’à 30 ans).

“Actuellement, les sites temporaires ne sont pas légaux. Alors, ils essaient de changer la loi pour les légaliser, et bien que ce ne soit pas encore légal, la Chambre a approuvé au Congrès, le financement de la firme Holtec. Holtec construit des containers pour les déchets nucléaires, et il y a beaucoup de problèmes avec ces containers. Nous combattons la compagnie à tous les niveaux. Il y a eu 7 plaintes en justice contre Holtec, mais aucune n’a été acceptée par le gouvernement fédéral. Tous nos arguments ont été rejetés. Holtec construit aussi des petits réacteurs et recycle des déchets nucléaires. Nous avons aussi entendu une rumeur selon laquelle Holtec veut amener tous les déchets nucléaires du pays au Nouveau-Mexique, et nous les suspectons aussi de faire du retraitement dans la région. Actuellement, il n’y a pas de retraitement aux Etats-Unis. Notre combat actuel se concentre sur le coin sud-est, où il y a aussi l’un des plus grands gisements de pétrole du monde. Donc ils pratiquent la fracturation, et ce n’est pas vraiment sûr d’y mettre des déchets nucléaires.”

Deux accidents se sont déjà produits dans d’anciennes mines de sel utilisées pour stocker des déchets nucléaires. Une des mines a pris feu en 2014, ensuite un container a explosé.

D’autres combats dans le sud-ouest des U.S.A. : Yucca Mountain et Canyon Mine

Leona explique “qu’il y a aux Etats-Unis un Peuple Autochtone qui se dit lui-même être la Nation la plus bombardée [nucléairement] du monde”. Les Etats-Unis ont fait exploser environs 1000 bombes atomiques dans le territoire des Shoshone de l’Ouest. C’est lié au problème des déchets nucléaires, parce que ça se trouve dans une zone où ils veulent aussi mettre des déchets des centrales nucléaires sur un site appelé Yucca Mountain.” Les Shoshone combattent ce projet de site d’enfouissement profond. Yucca Mountain est très proche du site où les bombes atomiques ont été testées jusqu’en 1992. C’est aussi une région volcanique, il y a 7 volcans actifs au pied de Yucca Mountain. Actuellement, la base légale du combat des Shoshone contre le projet de déchets, est le fait que ça se trouve en Territoire Shoshone non-cédé, selon les traités signés avec le gouvernement des Etats-Unis. (Cependant, les Etats-Unis n’ont jamais respecté un seul traité signé avec les Nations Autochtones).

Un autre combat important, qui dure depuis des années, vise à empêcher l’exploitation de ‘Canyon Mine‘ (la Mine du Canyon), près du Grand Canyon, en Arizona, où une entreprise veut extraire de l’uranium. Plusieurs communautés sont unies contre la mine. Il y a entre autres les Havasupai, qui vivent au fond du Grand Canyon. La mine est proche de Red Butte, un site sacré pour eux. Et ils craignent que les sources d’eau qui coulent vers le Grand Canyon, et fournissent l’eau de la communauté, ne soient polluées. “Des gens se battent aussi contre l’usine de traitement White Mesa, au sud de l’Utah, qui affecte la Réserve Ute de Ute Mountain”. L’entreprise qui gère la Mine du Canyon, veut transporter le minerai jusqu’à l’usine White Mesa, à travers la Nation Navajo. “Ce combat – conduit par ‘Haul No!‘ – réunit plusieurs communautés du Grand Canyon à l’usine de traitement, et celles qui devraient être traversées par le transport” dit Leona, qui est membre et co-fondatrice de ‘Haul No!’

Groupe d’Etude des Problèmes Nucléaires

Leona parla aussi d’un groupe qu’elle a fondé et dans lequel elle travaille, le Groupe d’Etude des Problèmes Nucléaires. “Nous sommes un nouveau groupe de combat, à cause du racisme qui existe dans les groupes écologistes. La plupart de ces groupes sont dirigés par des hommes Blancs d’un certain âge. Notre groupe essaie d’attirer des jeunes gens, nous sommes dirigés par des femmes, des Autochtones et des personnes homosexuelles. Le but est de créer une nouvelle résistance aux armes nucléaires et au monstre nucléaire. Je travaille avec des Autochtones.”

L’énergie nucléaire n’est PAS propre !

“Il y a des gens qui disent que l’énergie nucléaire est propre. Nous nous efforçons d’enseigner aux gens que l’énergie nucléaire n’est pas propre. Aux Etats-Unis et dans d’autres pays, on pousse à la construction de nouvelles centrales nucléaires. Mais lorsqu’on mesure l’empreinte carbone de l’énergie nucléaire, on ne la mesure que dans les centrales. On ne mesure pas l’empreinte carbone de l’extraction, du traitement, du transport et de l’entreposage.” Dit-elle en guise de conclusion.