DES ORGANISATIONS DES DROITS DE L’HOMME PROTESTENT: LES ETATS-UNIS NE FONT RIEN POUR IDENTIFIER LES MIGRANTS DÉCÉDÉS DANS LE DÉSERT DE SONORA

Plusieurs organisations et des familles demandent qu’une procédure soit appliquée pour leur permettre d’identifier les migrants disparus en tentant de gagner les Etats-Unis. Je ne suis certainement pas pour le fichage systématique de l’ADN, mais dans la mesure où ça se fait aux dépens de nombreuses personnes dont les états se méfient, il faut admettre qu’il est injuste de ne pas utiliser les mêmes possibilités pour renseigner les familles de migrants décédés. La plupart des points de passage étant fermés par un mur ou une haute barrière, les migrants essaient de passer par le désert de Sonora et la Réserve Tohono O’odham, coupée par la frontière, où il n’y a qu’une barrière anti-véhicules. Mais cela les oblige à traverser le désert, sans véhicule, sans nourriture, et surtout sans eau potable.
Je ne sais pas ce que font les autorités des pays européens pour identifier les migrants disparus dans la Méditerranée et informer leurs proches. Probablement pas grand-chose.
La situation à la frontière sud des Etats-Unis existe depuis des décennies. Les médias français n’en parlaient jamais, aujourd’hui, ils appellent ça “le mur de Trump”. Tout ce qui a été construit à la frontière l’a été avant l’élection de Trump, ce qui ne l’a pas été a été abandonné faute de budget. Trump s’est vanté de faire payer des constructions supplémentaire par le gouvernement mexicain, qui a tout de suite fait savoir qu’il n’en était pas question. Ce qui s’est aggravé depuis l’élection de Trump, c’est que des agents de la Police des Frontières, les néo-nazis et les milices d’extrême droite se croient tout permis. Ça fait courir encore plus de dangers aux migrants, mais aussi aux habitants non-blancs des régions frontalières.

Christine Prat

Communiqué de Presse
Par Forensic Border Coalition
26 septembre 2018
Publié sur Censored News
Traduction française Christine Prat

 

Un groupe pour les Droits de l’Homme doit se réunir le 5 octobre à Boulder, dans le Colorado, pour examiner le fait que les Etats-Unis ne fassent rien pour faciliter l’identification de migrants portés disparus.

 

Boulder, Colorado – La Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (IACHR), organise une consultation sur l’identification des restes de migrants qui ont disparu le long de la frontière des Etats-Unis. Des médecins légaux, des experts des Droits de l’Homme et des familles de migrants disparus doivent témoigner et répondre à des questions. Des représentants du gouvernement des Etats-Unis devraient aussi être présents. La consultation doit avoir lieu le vendredi 5 octobre 2018, à la Faculté de Droit de l’Université du Colorado.

Chaque année, des centaines de migrants de l’Amérique Centrale et du Mexique vers les Etats-Unis disparaissent après avoir franchi la frontière.

La Forensic Border Coalition (FBC – Coalition Médico-légale pour la Frontière), un groupe de médecins légaux, d’universitaires et d’organisations des Droits de l’Homme partenaires, enquête sur les rapports concernant des personnes disparues et utilise la science médico-légale pour aider à identifier les restes de migrants et fournir une réponse à leurs proches. La FBC a demandé que cette consultation appelle à une meilleure coopération des Etats-Unis, consistant à adopter un mécanisme formel, pour fournir à grande échelle et au-delà de la frontière, des informations génétiques sur les restes non-identifiés.

Actuellement, la comparaison génétique transfrontalière, de proches qui recherchent un parent disparu, avec celle de restes non-identifiés trouvés aux Etats-Unis, se fait au cas-par-cas – un cadavre est trouvé et comparé avec une famille particulière, sur la base d’informations circonstancielles. Une comparaison à grande échelle – de l’ADN de tous les parents de migrants disparus avec toutes les données sur l’ADN de restes non-identifiés trouvés aux Etats-Unis – n’a jamais été faite. La FBC demande la création d’une procédure formelle permettant des comparaisons à grande échelle, qui résulteraient en un grand nombre d’identifications, permettant à des centaines – si ce n’est des milliers – de familles de connaître enfin le sort de leurs proches disparus.

La consultation de la FBC est soutenue par 46 groupes pour les Droits de l’Homme et autres associations des Etats-Unis, du Mexique et d’Amérique Centrale, mais aussi par l’Equipe Argentine d’Anthropologie Médico-légale (Equipo Argentino de Antropoligia Forense, EAAF), le Centre Colibri pour les Droits de l’Homme, le Centre des Droits de l’Homme du Sud du Texas, le Centre d’Anthropologie Médico-légale de l’état du Texas, la Clinique Légale des Droits de l’Homme (IHRLC) de la Faculté de Droit de Berkeley, la Fundación para la Justicia y el Estado Democrático de Derecho (FJEDD), Procurador de los Dereches Humanos (PDH) du Guatemala, Procuraduría para la Defensa de los Derechos Humanos (PDDH), du Salvador, plusieurs comités représentant des familles de migrants disparus du Honduras, du Salvador, du Guatemala et du Mexique, et des groupes de défense des droits des immigrés et réfugiés basés aux Etats-Unis, et d’autres encore.

Immédiatement après la consultation, la FBC accueillera une veillée pour les migrants disparus, sur le campus de l’Université du Colorado. Des membres de familles de disparus, des membres de la FBC et d’autres, s’y exprimeront.

Titre de la consultation: Identification des Restes de Migrants Disparus le long de la Frontière des Etats-Unis.

La Forensic Border Coalition (FBC) a été créée au printemps 2013. La Coalition inclut des médecins légaux, des universitaires, et des organisations des Droits de l’Homme partenaires, qui s’efforcent de s’attaquer globalement aux barrières qui empêchent d’identifier les restes de migrants disparus à la frontière US/Mexique. La mission de la FBC est de soutenir les familles de disparus qui recherchent leurs proches et d’améliorer la solution des problèmes d’identification de ceux qui sont morts en traversant la région particulièrement dangereuse de la frontière sud des Etats-Unis.

 

Ofelia Rivas photo copyright Jason Jaacks

 

HARMONIE ET SURVIE: OFELIA RIVAS, O’ODHAM, INTERVIEWEE PAR TIOKASIN DE LA RADIO FIRST VOICES

 

Les missionnaires chrétiens les ont réduits en esclavage et torturés. Le gouvernement des Etats-Unis leur a imposé un gouvernement tribal du Bureau des Affaires Indiennes, complice de la Patrouille des Frontières des Etats-Unis. Cependant, les O’odham traditionnels survivent avec leurs chants et leurs cérémonies, dans leur pays.

 

Article de Brenda Norrell
Censored News
D’après une émission de Tiokasin Ghosthorse, Lakota de Cheyenne River, pour la Radio First Voices
10 mai 2018
Traduction Christine Prat

 

L’émission est à réécouter sur le site de First Voices Indigenous Radio, WBAI
https://firstvoicesindigenousradio.org/program/20180510

ou sur WPKN
http://archives.wpkn.org/bookmarks/listen/223033/first-voices-radio

 

L’animateur de First Voices, Tiokasin Ghosthorse, a parlé avec Ofelia Rivas, O’odham, de la vie des O’odham, actuellement, à la frontière.

Ofelia a décrit la façon de vivre en harmonie avec toute vie: “Nous connaissons les noms de tous les animaux et de toutes les plantes.”
Ofelia a décrit le quatrième niveau de la vie O’odham aujourd’hui. “Cette frontière n’a pas de place dans notre mode de vie O’odham.”

Dans leur territoire traditionnel, les O’odham sont forcés d’avoir toujours des papiers d’identité sur eux.

Quand la barrière pour bloquer les véhicules a été construite à travers son village, les anciens vivaient encore. Ofelia se souvient d’un ancien O’odham disant: “Quand le vent souffle, ces gens l’arrêteront-ils pour lui demander ses papiers?”
Cette remarque rappelle le pouvoir de la connexion au monde naturel. Ofelia rappelle la force de ces gens, qui vient de ce qu’ils savent qui ils sont.

Ofelia dit que les migrations ont toujours existé depuis la nuit des temps. Elle parle des voyages pour le commerce du sel. “Cette frontière n’est pas un de nos concepts.” Et “imposer ces lois à notre peuple cause beaucoup de dégâts.”
Elle dit que les immigrants viennent dans ce pays parce qu’ils cherchent un endroit sûr.

Puis, Ofelia décrivit comment la question de papiers avait causé des problèmes aux gens. Maintenant, la Patrouille des Frontières U.S. restreint le transport de nourriture vers la partie sud du territoire O’odham. Les O’odham du côté sud de la frontière souffrent de l’insuffisance de nourriture.

Du côté de la frontière situé en Arizona, certains membres de la tribu vivent dans le confort et sont réticents à l’idée de perdre leur dépendance de l’argent du gouvernement fédéral.
Ofelia dit que sa famille, son peuple, ne reconnaissent pas le gouvernement tribal Tohono O’odham mandaté par les Etats-Unis. Le gouvernement tribal Tohono O’odham a travaillé avec le Bureau des Affaires Indiennes et la Patrouille des frontières pour faire les fondations pour les tours de contrôle, les tours fixes, en approuvant des routes, des détournements de cours d’eau et des relevés archéologiques.
Pour la construction de ces tours d’espionnage, des sépultures O’odham devaient être forées. Les restes humains avaient déjà été dérangés et réenterrés pendant la construction de la barrière contre les véhicules.

Ofelia dit qu’elle souhaitait la bienvenue à des migrants du Honduras fuyant la violence. Récemment, elle avait souhaité la bienvenue aux migrants de la caravane venant d’Amérique Centrale.
Elle dit que le gouvernement tribal Tohono O’odham n’approuvait pas qu’elle accueille ces réfugiés, mais c’est la véritable façon de faire des O’odham.
Elle dit qu’au Chiapas elle avait vu les terres des gens accaparées par des firmes privées, et dans d’autres pays, des guerres qui avaient résulté dans la saisie des terres et le déplacement des Autochtones.
“J’ai fait passer un message aux gens, pour dire que le peuple Autochtone du pays les accueillait avec joie.”
Elle dit que son peuple avait toujours accueilli les autres, avec de la nourriture et de l’eau. Dans sa région, les migrants devaient avoir beaucoup de mal à trouver de l’eau dans ces montagnes désertiques. “C’est un mode de vie très simple” dit-elle.

En avril dernier, Ofelia a récolté des fonds pour les O’odham de la frontière, qui sont coupés de leur source d’alimentation par la Patrouille des Frontières. Elle dit que son frère avait aidé à livrer de la nourriture. Ils ont crevé un pneu et cassé une traverse de son camion quand ils ont fait la première livraison d’urgence au sud de la frontière, en avril. “Je ne fais qu’essayer de faire le mieux que je peux pour aider” dit-elle.

Tiokasin fit remarquer que le gouvernement tribal mandaté par les Etats-Unis n’était pas le gouvernement traditionnel. Ils n’entretiennent pas et ne protègent pas notre mode de vie, dit Ofelia.

Tiokasin rappela les mots de John Trudell: “Il y a une façon de vivre avec la Terre, et une façon de ne pas vivre avec la Terre.”
Ofelia dit qu’avec les années, les conditions étaient toujours les mêmes. Mais les O’odham survivent. “Nous sommes le peuple de la Terre.” “Je récolte toujours des aliments sauvages” dit-elle, ajoutant qu’elle plante toujours des graines traditionnelles et célèbre toujours les cérémonies.

Quand des missionnaires chrétiens sont arrivés dans leurs territoires, les O’odham ont été réduits en esclavage et forcés de devenir chrétiens, dit-elle. “Si vous ne faisiez pas le signe de croix correctement, vous perdiez un membre.”
Les O’odham se sont révoltés contre cette blessure physique et spirituelle que constituait la conversion.

“Toutes ces choses que les gens ont subies – et ils survivent toujours.”
Elle dit que c’est un testament montrant combien les O’odham sont forts, ils pouvaient faire le signe de croix pour survivre, puis continuer à célébrer leurs cérémonies.

Maintenant, les chants O’odham transmettent la connaissance.

 

O’odham Solidarity Project accepte les dons pour fournir d’urgence de la nourriture aux O’odham au sud de la frontière. Faire les dons par PayPal sur le site d’Ofelia, pour la nourriture et l’essence pour la livrer.

http://www.solidarity-project.org/

 

 

Le 4 avril 2018, des réfugiés du Honduras étaient signalés au Mexique, se dirigeant vers le Nord. Trump a déclaré vouloir leur envoyer la Garde Nationale. La vidéo ci-dessous est une réaction à cette annonce. Ofelia Rivas, une Tohono O’odham qui vit près de la frontière, et dont la famille est divisée depuis que le passage est quasiment impossible, rappelle qu’il s’agit du territoire O’odham, que c’est à eux de décider de qui peut y venir, et que la tradition des O’odham est d’accueillir les réfugiés. La vidéo a été tournée par Michelle Cook, Diné [Navajo].

 

 

OFELIA RIVAS, O’ODHAM, ‘BIENVENUE A LA CARAVANE DE MIGRANTS DU HONDURAS’

Article de Brenda Norrell
Censored News
Traduction Christine Prat

Pays O’odham – Ofelia Rivas, O’odham, et Michelle Cook, Diné, se sont exprimées en direct du Pays O’odham. Ofelia réagissait à l’annonce de Trump, qui disait vouloir envoyer l’armée à la frontière. Elle a aussi répondu aux fausses accusations de Trump, sur la caravane de migrants venus du Honduras, alors arrivés au Mexique et voyageant vers le nord.

Ofelia a souhaité la bienvenue à ces réfugiés, qui luttaient pour survivre, en territoire O’odham.

“Cette militarisation n’est pas notre façon de vivre dans notre pays.”
“Nous connaissons les conditions qui règnent là d’où ils viennent.”
“Accueillez-les, c’est la façon de faire O’odham.”

Michelle a demandé à Ofelia de parler des tours de surveillance qui maintenant visent sa communauté, dans la Nation Tohono O’odham. Les tours de surveillance, des tours permanentes, sont en projet pour le district où vit Ofelia. La firme de défense d’Israël, pays d’Apartheid, Elbit Systems, a signé un contrat avec la Sécurité Intérieure des Etats-Unis pour construire ces tours d’espionnage dans la Nation Tohono O’odham.

Ofelia parle de la barrière empêchant les véhicules de passer la frontière, qui rend très difficile pour les familles de traverser et de célébrer des cérémonies. Maintenant, les O’odham doivent avoir des papiers d’identité dans leur propre pays.

Les agents de la Patrouille des Frontières des Etats-Unis visent la tête des O’odham avec leurs fusils, exigeant des papiers, quand les gens ne comprennent pas l’anglais.

Ofelia raconte que, récemment, un agent de la Patrouille des frontières s’est garé sur la route, de façon à bloquer l’entrée de sa maison. Il a sorti son arme et l’a menacée quand elle lui a demandé de partir.

Ofelia décrit les tours, et les ondes magnétiques, qui affecteront tout ce qui vit à la frontière, entre autres les abeilles et autres insectes qui amènent le pollen.

“Nous serons toujours là” dit-elle, “et nous avons une voix.”

Ofelia dit que les O’odham traditionnels peuvent recevoir des gens en terre O’odham, sans que la politique s’en mêle.

Michelle demanda à Ofelia de parler du Mur de frontière que Trump dit vouloir construire. Ofelia dit que les O’odham continueront de s’opposer à ces menaces, qui n’amèneraient que la dévastation.

Elle dit que, quand ils ont creusé la terre pour y mettre les pieux métalliques pour la barrière contre les véhicules, elle entendait crier la nuit. “Le son était comme si Notre Mère la Terre pleurait.”

Elle dit que c’était effrayant pour les gens de réagir, à cause du Gouvernement Tribal, de la police tribale et de la Patrouille des Frontières.

Michelle dit que l’intervention militaire, quand elle était à Standing Rock, était très choquante, mais qu’ici, à la frontière, la militarisation était en cours depuis de nombreuses années.

Michelle parla de Jose Matus, un guide de cérémonies Yaqui, qui est passé dans le Monde des Esprits récemment. Jose avait passé sa vie à aller en voiture chez les Pueblos Yaqui du Sonora, à six heures de route de Tucson, pour ramener les Danseurs Yaqui traditionnels, pour conduire leurs cérémonies.

“Ce sont des cérémonies anciennes,” dit Michelle. “Avec cette escalade de la militarisation, ils ne peuvent plus pratiquer leurs cérémonies.”

Ofelia dit que les Autochtones n’ont pas “eu de siège à la table” [de négociations sur leur sort].

La Patrouille des Frontière a jeté des femmes enceintes hors de leurs véhicules et braqué des armes sur des personnes âgées et les a forcées à se mettre à genoux, ce qui est inhumain.

Ofelia dit aux gens de prendre contact avec leurs dirigeants élus et de parler de ces violations.

Les Etats-Unis ont décrété que les tours de surveillance n’auraient “pas d’impact significatif” sur les O’odham et leur terre. Ofelia a demandé aux gens de signer la pétition pour empêcher l’installation de ces tours.

Michelle dit que les migrants du Honduras venant vers le nord ne devraient pas être maltraités, parce que ce sont des gens qui souffrent. “Il faut qu’ils sachent qu’il y a ici des gens qui les aiment et se soucient d’eux.”

“Les femmes et les enfants ne devraient pas être mis en danger.” Michelle dit qu’ils essayaient de trouver de la sécurité et ne devraient pas se faire entendre dire que Trump envoie la Garde Nationale à la frontière.

“Ces gens viennent de très loin,” dit Ofelia, “accueillez-les.”

Ofelia a demandé aux gens d’accueillir ces migrants avec de l’eau, de la nourriture, des vêtements et des chaussures. “Accueillez-les. C’est la façon de faire O’odham.”

 

Ofelia Rivas, O’odham, s’adressa à la caravane de migrants du Honduras: “C’est le territoire O’odham. Nous ne reconnaissons pas de gouvernement étranger. Je leur souhaite la bienvenue.” (Ofelia réagissait aux bizarres accusations de Trump, sur la caravane de migrants, essentiellement des femmes et des enfants, venant vers le nord d’Amérique Centrale, pour échapper à la violence et à la faim.)

Le Site du Projet de Solidarité d’Ofelia Rivas:
http://www.solidarity-project.org/
Contacter Ofelia:
4oodhamrights@gmail.com

 

Voir d’autres articles en français sur la Frontière

UNE REFORME COMPLETE DE L’IMMIGRATION AUX USA EST ANTI-IMMIGRANTS ET ANTI-AUTOCHTONES

Par Franco Habre et Mari Garza
Publié sur Indigenous Action Media
1er mai 2014
See original article in English

Contact : mgarza418@yahoo.com et francohabre@yahoo.com

La Réforme Complète de l’Immigration est intrinsèquement anti-immigrants. Elle est présentée comme ‘une voie vers la citoyenneté’ et comme une solution temporaire pour stopper l’incarcération ou la déportation de certains migrants, mais elle est en fait une attaque déguisée. Le projet de réforme connu sous le nom de Proposition du Sénat S.744 est un complot flagrant pour immobiliser, forger et réduire la vie des migrants. La Réforme Complète de l’Immigration ou ‘CIR’ [Comprehensive Immigration Reform] n’a pas pour but de restaurer la dignité et les droits humains des migrants. C’est, cependant, une occasion de renforcer la suprématie blanche ; la force de la loi ; les frontières racistes et impérialistes ; le libre échange et l’exploitation du travail du sud, ainsi que l’invisibilité de l’existence des Peuples Autochtones ou Premières Nations vivant aux alentours de la soi-disant frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, qui lors de sa création, a divisé les territoires de quatre tribus Autochtones.

L intitulé de la Proposition Sénatoriale S.744 est « Loi sur la Sécurité de la Frontière, les Opportunités Economiques et la Modernisation de l’Immigration ». Ce titre permet d’inférer la priorité de la sécurité de la frontière. Le maintien de l’ordre et la surveillance des 3111 km de limite coloniale appelée frontière US/Mexique, se sont accrus exponentiellement au cours de la dernière décennie. Les communautés le long de cette frontière ont subi l’invasion incessante et de plus en plus provocante des agents de la Patrouille des Frontières, des drones, des points de contrôle armés à l’intérieur du pays, dans la vie quotidienne de leurs quartiers, ainsi qu’un trafic accru de camions de marchandises. De plus, malgré l’accroissement de la sécurité à la frontière, des gens meurent toujours dans les déserts de la région frontalière, des gens immigrant vers le nord du Mexique et d’Amérique Centrale pour fuir l’injustice économique et politique. Cette loi continuera à limiter la liberté de mouvement des Peuples Autochtones, étant donné qu’elle prévoit des mesures d’intensification de la militarisation de leurs territoires, et continuera donc à repousser ceux qui traversent la frontière vers les déserts dangereux des territoires Apaches Lipan, Kickapoo, Tohono O’odham et Yaqui.

S.744 amplifie cette réalité mortelle en appelant à une ‘poussée à la frontière’ qui fera presque doubler le nombre d’agents de la Patrouille des Frontières de 21000 à 40000. Actuellement, plus de la moitié des agents de la Patrouille des Frontières sont latino, et si le nombre d’agents est doublé, quelles seront les conséquences pour la solidarité dans nos communautés, sinon nous diviser d’avantage ? Cette ‘poussée à la frontière’ appelle aussi à construire plus de 1000 km de clôture sur la frontière, rendant ridicules les 155 km du Mur de Berlin. Des amendements comprennent un plan de surveillance high-tech de 3,2 milliards de dollars, entre autres des drones d’attaque, des capteurs d’infrarouge au sol, des caméras thermiques de longue portée, un programme électronique de vérification d’emploi pour tous les employeurs, et un système de visas d’entrée et de sortie dans tous les ports maritimes et aéroports afin de limiter les possibilités pour les immigrants de rester au-delà de la limite de leur visa.
Ceci représente un ‘big business’, de gros contrats fédéraux avec les firmes de défense et de technologies de surveillance. Est-ce que cela ressemble à la ‘voie vers la citoyenneté’ dont vous avez entendu parler ?
S.744 est une attaque déguisée utilisant les antiques tactiques de diviser pour conquérir. La loi confère arbitrairement une ‘voie vers la citoyenneté’ avec très peu de chance d’acquérir effectivement cette citoyenneté, vu les processus bureaucratiques ridiculement longs et ardus auxquels il sera demandé aux gens de se soumettre. Ce processus laborieux forcera en fait les gens à se faire connaître comme sans-papiers, ce qui rendra plus facile pour le gouvernement de les incarcérer ou de les déporter au lieu de leur accorder le séjour. C’est certainement un Catch-22 que les auteurs du projet de loi avaient en tête, car depuis quand les politiciens ont-ils à cœur la libération de nos gente [en espagnol dans le texte] ? Comment pouvons-nous pousser à l’intégration dans un système qui nous considère déjà comme jetables ? S.744 a pour but d’extirper ceux que le système voit comme des migrants indésirables (ceux qui sous de fausses accusations sont taxés de ‘criminels’ par l’état policier, et les travailleurs journaliers) et d’incorporer les migrants qu’ils considèrent plus intéressants tels que les universitaires et autres considérés comme ‘travailleurs hautement qualifiés’. Ce projet de loi est présenté comme un soulagement à tous les sans-papiers, alors qu’en fait il n’aidera que quelques-uns qui sont considérés comme ayant une valeur par un corps législatif majoritairement blanc. Ceci crée une division parmi les gens qui essaient d’obtenir la citoyenneté et divise toujours plus notre communauté, renforçant par là la suprématie blanche.

Alors pourquoi les gens acceptent-ils le CIR alors que çà fait plus de mal que de bien ? L’argent. Beaucoup pourraient faire de gros profits grâce à cette loi. A part les compagnies de défense et de technologie de surveillance, l’industrie des prisons privées a fait un énorme commerce des déportations de nos gente [en espagnol dans le texte] depuis sa création dans les années 1980, avec des milliards de dollars de profits annuels. L’industrie des prisons privées a exercé de fortes pressions sur le Congrès et le Sénat par des dons énormes pour les campagnes de représentants-clef (qui devraient être visés par nos exigences), afin de continuer à profiter financièrement des déportations. Il n’est pas étonnant que le projet de loi S.744 rende extrêmement difficile pour les gens d’avoir accès au statut d’Immigrant Enregistré Provisoirement (RPI), ce qui conduira à l’incarcération d’un plus grand nombre de gente [en espagnol dans le texte] dans des prisons privées, comme condition pour avoir abandonné leur statut de sans-papiers au gouvernement.

Le projet S.744 exige aussi qu’ « une Stratégie Complète de Sécurité de la Frontière Sud soit déployée et opérationnelle » avant qu’une seule personne ayant obtenu le statut de RPI puisse déposer une demande de citoyenneté légale permanente. Comme nous l’avons déjà indiqué, l’accroissement de la militarisation de la frontière nourrit l’industrie des prisons pour le profit, et l’accroissement du déploiement de la Patrouille des Frontière signifie l’augmentation des incarcérations. Le projet S.744 stipule aussi que 90% des immigrants restés plus longtemps que leur visa le permettait soient détenus avant que quiconque puisse entamer le processus d’acquisition de la résidence permanente, ce qui pourrait conduire finalement à un programme de ‘mouchardage’ pour dénicher les gens considérés comme irréguliers. Toutes ces mesures continueront à faire augmenter la population de sans-papiers incarcérés. Est-ce que cela ressemble au grand compromis politique sur la citoyenneté dont vous avez entendu parler ?

Comment pouvons-nous en tant que mouvement espérer des victoires alors qu’au fil des années les mêmes tactiques d’organisations (des marches co-organisées avec la police, des protestations symboliques des médias sociaux, et des demandes adressées aux pouvoirs blancs autoritaires) continuent à être employées ? Notre communauté a constaté les mêmes résultats inefficaces depuis plusieurs années, particulièrement au sein de la lutte pour les droits des migrants. La demande actuelle de réforme de l’immigration mènera inévitablement à une militarisation accrue de la frontière, et à plus de morts parmi les migrants. Le CIR continuera à déporter les Autochtones venus du sud et les Autochtones dont le seul ‘crime’ est d’exister sur leurs territoires le long de la frontière. Nous devons reconnaître que la lutte pour l’immigration fait partie de la lutte globale des Autochtones.

Il est temps de cesser de plaider pour les droits de l’homme et de commencer à exiger la justice. Nous devons identifier et attaquer à la racine les causes (entre autres les politiques de commerce bilatéral US/Mexique) de l’oppression à laquelle nous sommes confrontés qui continue à nous diviser en tant que mouvement, et identifier ces politiciens vendido [en espagnol dans le texte] qui concoctent plus de lois (racistes) et plus d’emprisonnements d’êtres humains. Nous devons en dire beaucoup plus sur les politiques de commerce international qui continuent à déraciner des gens. Il est clair que la Réforme Complète de l’Immigration n’est pas une solution pour le peuple. Profiter de notre défaite en tant que gente [en espagnol dans le texte] et convertir les territoires Autochtones en états policiers paramilitaires représentent de grosses affaires pour les officiels du gouvernement et les compagnies qui soutiennent ces réformes. Nous devons nous mettre à poser les questions cruciales pour devenir une force plus puissante et unie pour réagir à cette attaque et la combattre !

 

 

LA PATROUILLE DES FRONTIERES US A OUVERT LE FEU SUR UN JEUNE DE 16 ANS QUI JETAIT DES PIERRES A NOGALES, MEXIQUE, IL A ETE TUE

Le groupe Frontera NorteSur News appelle au contrôle de la Sécurité à la Frontière

 

17 octobre 2012
Human Rights News / Nouvelles des Droits de l’Homme
Par Frontera NorteSur

Publié par Censored News
Traduction Christine Prat

 

Une organisation d’El Paso défendant les immigrants et les droits de l’homme a renouvelé une demande adressée à Washington d’établir une commission de contrôle indépendante chargée d’examiner la transparence des procédures, la violence institutionnelle et « la stratégie générale d’application de la loi à la frontière et ses implications sur les communautés et familles vivant près de la frontière ».

Le Réseau Frontalier pour les Droits de l’Homme a fait cet appel suite à la mort par arme à feu du jeune Jose Antonio Elena Rodriguez, âgé de seize ans, apparemment tué par un agent de la Patrouille des Frontières, sur la ligne de démarcation internationale séparant la ville de Nogales, en Arizona, de la ville jumelle de Nogales, dans l’état du Sonora, au Mexique.

Le jeune homme a reçu six coups de feu provenant du côté U.S. de la frontière alors qu’il se trouvait au Mexique, d’après l’avocat qui représente la famille de la victime. Citée dans la presse locale, la Patrouille des Frontières a dit que les coups de feu avaient été tirés du territoire des Etats-Unis lorsque ses agents avaient été visés par des lanceurs de pierres après qu’ils aient observé des trafiquants balançant de la drogue au dessus de la barrière marquant la frontière.

« Les ordres des agents exigeant que cela cesse ont été ignorés » dit la Patrouille des Frontières. Le porte-parole des Douanes et de la Protection de la Frontière U.S. Victor Brabble a ajouté qu’une vidéo de l’incident avait été remise au FBI.

L’Ambassade du Mexique aux Etats-Unis a promptement condamné la fusillade du 10 octobre, ajoutant que l’enquête préliminaire « soulevait une fois de plus de sérieux doutes sur l’usage meurtrier de la force par des agents de la Patrouille des Frontières… »

J. Elena Rodriguez a été enterré dimanche 14 octobre après que 200 personnes aient assisté à la messe à Nogales. Sa famille a engagé un avocat des Etats-Unis et envisagent des poursuites légales.

« Nous attendons les conclusions de l’enquête des deux côtés de la frontière » dit l’avocat de la famille Luis Parra cette semaine. « La famille veut la justice, la transparence et une réponse aux doutes qu’ils ont encore sur la mort du jeune homme ».

Parra a décrit J. Elena Rodriguez comme « un jeune homme très bien » sans fichier criminel qui avait l’intention de terminer sa scolarité et de s’engager dans l’armée Mexicaine. L’adolescent était peut-être en route pour rencontrer son frère quand il a été tué, selon Parra.

La fusillade de Nogales est le troisième meurtre connu d’un citoyen mexicain par la Patrouille des Frontières depuis l’été. Le 7 juillet, les tirs de la Patrouille des Frontières ont été jugés responsable de la mort de Juan Pablo Perez Santillan, 29 ans, au passage de la frontière de Brownsville-Matamoros, entre le Texas et le Tamaulipas. Guillermo Arevalo Pedraza, 36 ans, a été tué au cours d’une fusillade de la Patrouille des Frontières, le 3 septembre au passage de Laredo/Nuevo Laredo, toujours dans le corridor entre le Texas et le Tamaulipas.

Le Réseau Frontalier a mis en question le fait de jeter des pierres comme justification standard pour des tirs mortels, craignant que la décision d’un juge des Etats-Unis qui a rejeté la plainte de la famille d’un jeune de 15 ans, Sergio Adrian Hernandez Guereca, tué par un agent de la Patrouille des Frontières à Ciudad Juarez – côté mexicain – en 2010 pour avoir prétendument jeté des pierres, ne puisse résulter en un dénie de justice dans l’affaire de Nogales de ce mois-ci.

Le Directeur Exécutif du Réseau Frontalier a replacé, dans une déclaration, les fusillades dans le contexte plus large de l’ « échec » de la stratégie des Etats-Unis à la frontière. « Nous avons répété que les conséquences de la répression et de la militarisation massives de la frontière, et plus spécialement le manque de responsabilité et de contrôle, nous avaient menés à une situation des droits de l’homme et civils désastreuse à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique » dit Garcia.

D’après le groupe de Garcia, des demandes passées au Président Obama d’utiliser son pouvoir exécutif pour mettre en place un corps indépendant pour surveiller, enquêter et superviser les activités du Ministère de la Sécurité Intérieure et celles d’autres services de sécurité actifs à la frontière, sont toujours restées sans réponse.

 

Autres sources (dans d’autres langues) : Laopinion.com/EFE, October 16, 2012. Nuevo Dia/El Universal, October 16, 2012. Nogalesinternational.com, October 15, 2012. Article by Jonathan Clark. Meganoticias.mx, October 15, 2012. Proceso/Apro, October 11, 2012. Frontera.info/Notimex, October 11, 2012. La Jornada, September 7, 2012. Article by Martin Sanchez, Carlos Figueroa and Notimex.

Frontera NorteSur: on-line, U.S.-Mexico border news
Center for Latin American and Border Studies
New Mexico State University
Las Cruces, New Mexico

 

Publié par Brenda Norrell le 18 septembre 2012
See original article in English

 

EN SECRET, LA PATROUILLE DES FRONTIERE DES ETATS-UNIS DEVELOPPE UN PROJET DE COMPLEXE GIGANTESQUE POUR INTENSIFIER LA MILITARISATION DU TERRITOIRE TOHONO O’ODHAM

Article et photo : copyright Brenda Norrell
Traduction Christine Prat

 

SELLS, Arizona, 18 septembre 2012 – Ignorant les appels pour les droits de l’homme et l’indignation causée par les exactions subies par les Tohono O’odham de la part des agents de la Patrouille des Frontières US, la Sécurité Intérieure a le projet de construire un énorme complexe sur le territoire souverain des Tohono O’odham dans le district de Pisinemo.

Le complexe hébergerait 32 agents de la Patrouille des Frontières, une aire de décollage pour hélicoptères, des chevaux, des chiens, une tour d’espionnage, selon des documents fédéraux découverts en fin de journée [18 septembre 2012].

Comme d’habitude, un rapport déclarant que l’impact serait sans conséquence a été établi en août, bien que les cactus saguaro de la région hébergent une espèce protégée au niveau fédéral de chauve-souris rare. Bien que le projet ait été délibérément caché, la période ouverte aux commentaires publiques s’achève aujourd’hui, mardi 18 septembre 2012.

Le complexe projeté sur plus de 12000 mètres carrés comprendrait une aire de décollage pour hélicoptères, des logements, des écuries, des niches pour les chiens, des véhicules tout terrain et une tour de surveillance.

D’après le document fédéral, le site du district de Pisinemo est une alternative, les O’odham ayant rejeté le complexe dans les communautés de Dirtburn et Kupk sur le territoire Tohono O’odham.

Dans cette région, il y a des plantes importantes culturellement pour les Tohono O’odham, comme le saguaro, la cholla, le Palo Verde, le figuier de barbarie, le mesquite et la baie du lyciet.

Le gigantesque complexe augmenterait le bruit et les risques pour la population locale O’odham à cause des hélicoptères, de la pollution accrue, de l’augmentation de la consommation d’eau par la Patrouille des Frontières, et troublerait la terre fragile du Désert du Sonora. De plus, une portion de territoire O’odham serait à nouveau confisquée pour aménager un corridor pour une ligne de transmission électrique séparée qui devrait être construite au nord, d’après les documents.

Les O’odham protestent contre la militarisation, le harcèlement constant et les exactions des agents de la Patrouille des Frontières US ici. Un O’odham a été battu devant des écoliers près d’un bus scolaire, et d’autres agents ont menacé des femmes et des Anciens O’odham de leurs fusils. D’autres agents ont éclairé au flash l’intérieur de maisons de femmes O’odham la nuit, harcelé des femmes O’odham, mis en danger les vies de O’odham en circulant à grande vitesse et détruit le sol fragile du désert avec leurs 4×4. De plus, l’espionnage constant et les fouilles des agents fédéraux font vivre de nombreux O’odham dans un état constant de peur.

Le Tohono O’odham Bennett Patricio, 18 ans, a été renversé et tué par un véhicule de la Patrouille des Frontières dans cette région. Bennett a été écrasé alors qu’il rentrait chez lui à l’aube. La famille de Bennett a demandé justice dans une cour fédérale, jusqu’au 9ème Circuit et a accusé les agents de la Patrouille des Frontières US de l’avoir assassiné intentionnellement. Ils croient que Bennett est tombé sur des agents impliqués dans un trafique de drogue dans le désert. Les agents de la Patrouille des Frontières n’ont jamais été poursuivis.

Les O’odham qui protestent contre la Patrouille des Frontières disent ne pas pouvoir compter sur leur gouvernement tribal pour les protéger car il aurait été coopté par le gouvernement des Etats-Unis.

Des centaines d’agents de la Patrouille des Frontières US ont été arrêtés pour trafique de drogue, conspiration et pour avoir touché des pots de vin au cours des deux années passées et les faits ont été révélés par des témoignages devant le Congrès. Le Service de l’Alcool, des Tabacs et Armes à feu (ATF) des Etats-Unis a déjà été dénoncé pour le Projet Gunrunner, qui a fourni des armes d’assaut aux cartels de la drogue depuis qu’il a été initié à Laredo, au Texas, en 2005, puis étendu à la frontière de l’Arizona.

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