LE MUR DE TRUMP A LA FRONTIERE US/MEXIQUE SIGNIFIE LA MORT DES ESPECES MENACEES ET DES SITES SACRES

Photos ©Ofelia Rivas, Tohono O’odham
Article de Brenda Norrell
©Censored News
31 août 2019
Traduction Christine Prat

AJO, Arizona – Tandis que les bulldozers de Trump détruisent le Désert encore vierge du Sonora, à proximité du site classé du Cactus “Tuyau d’Orgue” [Organ Pipe Cactus National Monument], les Tohono O’odham et des habitants d’Arizona manifestent contre ces destructions inhumaines.

Ofelia Rivas, Tohono O’odham qui vit à la frontière, a déclaré à Censored News “C’est un beau jour dans le pays O’odham, un groupe de gens unis est venu pour être le porte-parole des terres et de la nature contre la politique génocidaire d’un système de gouvernement inhumain, qui attaque toute forme de vie.”

“La Société de ces terres volées devrait condamner en justice les crimes inhumains de cet infâme individu.”

“Le groupe continuera à être une voix pour l’honneur des abeilles, des animaux sacrés menacés, des plantes, et de tout le territoire et des gens qui l’habitent” dit Ofelia Rivas.

Toutes les lois sur les espèces menacées et toutes les lois qui protègent les sites sacrés des Autochtones ont été pulvérisées. La construction du mur de frontière utilise déjà une quantité énorme d’eau du désert pour faire du béton.

Ces défenseurs du territoire protestent aussi contre les tours d’espionnage Israéliennes qui visent maintenant la Nation Tohono O’odham. L’entreprise Israélienne Elbit Systems projette de construire d’autres tours d’espionnage et de détruire des sites funéraires sacrés et des lieux de cérémonie de la Nation Tohono O’odham. Le gouvernement tribal a approuvé ces tours en mars dernier, mais le District de Gu-Vo continue de s’opposer à ce qui constitue une oppression et des destructions. Elbit se charge déjà de la sécurité de l’Apartheid en Palestine.

Ofelia Rivas est la fondatrice de “Voix O’odham contre le Mur” [O’odham Voice Against the Wall], et a passé sa vie à combattre les méfaits de la Patrouille des Frontières des Etats-Unis. Ofelia vit à la frontière, dans la Nation Tohono O’odham et est porte-parole des droits humains.

Vous pouvez faire des dons à Ofelia sur son site, pour payer l’essence nécessaire à son action, sur:

http://tiamatpublications.com/

Les photos ©Ofelia Rivas, Tohono O’odham,
pour Censored News,
ne peuvent être utilisées sans autorisation.

 

 

Le gouvernement Trump vient d’envoyer des bulldozers à la frontière pour faire un coup d’éclat avant les prochaines élections. Ils ont déjà commencé à détruire des espèces rares. En fait, il ne s’agit pas de construire un mur, mais de le rehausser, d’ajouter des barbelés, etc. On l’appelle en France le “Mur de Trump” parce qu’avant que Trump arrive au pouvoir, les médias n’en parlaient pas. Cependant, la construction a commencé bien avant, et n’a certainement pas été ralentie sous les gouvernements Obama.

En 1846, les Etats-Unis ont attaqué le Mexique et conquis beaucoup de territoire. La frontière actuelle a été dessinée à la plume et à la règle sur une carte d’état-major lors de la signature du traité de Guadalupe-Hidalgo. Bien entendu, elle traverse des communautés Autochtones et des villages. Pendant longtemps, les habitants des communautés coupées par la frontière pouvaient passer facilement d’un côté à l’autre. Dans les années 1990, la propagande anti-immigration s’est intensifiée, et des mesures ont été concoctées pour que les réfugiés ne puissent plus passer, ce qui a créé des problèmes pour les habitants de la région. Cependant, une habitante de la frontière dit que la situation s’est soudain aggravée au lendemain du 11 septembre 2001. Trump ne fait que surenchérir, comme tous les politiciens de droite quand ceux “de gauche” ont fait une politique peu différente de la leur.

Les humains sont menacés, des espèces rares d’animaux et de plantes aussi.

Christine Prat

LES SOURCES DE QUITOBAQUITO : LA CONSTRUCTION DU MUR A LA FRONTIERE DETRUIT DES SITES SACRES ET LE FRAGILE ECOSYSTÈME DU DESERT DE SONORA

Par Brenda Norrell
Publié sur Censored News
Le 27 août 2019
Photos ©photographe résident
Pour plus de photos, voir Censored News
Traduction Christine Prat

Quitobaquito est une rare oasis dans le désert, qui fournit de l’eau vitale à de nombreuses espèces animales. La tortue Sonoyta n’existe nulle part ailleurs dans le monde. A proximité, la construction du Mur frontière a déjà commencé, près de Lukeville, en Arizona.

Trump utilise des fonds militaires détournés pour construire le monstre qu’est ce mur frontière, et a ignoré toutes les lois qui protègent les lieux et espèces sacrés ou menacés. Dans le désert de Sonora, particulièrement fragile, c’est un crime contre la nature, un crime contre toutes les formes de vie.

Ces portions du mur qui coûtent si cher – entre l’est du Texas et la côte de Californie – menacent les régions les plus fragiles, et serviront seulement à repousser les migrants vers des zones mortelles. Au lieu de mettre un terme à l’immigration, ces portions du mur ne seront qu’un symbole du nationalisme Blanc et de la destruction.

Ofelia Rivas, une Tohono O’odham qui vit à la frontière qui coupe la Nation Tohono O’odham, a demandé “Où sont les Protecteurs de l’Eau ?”

“Les sources d’information disent que chaque 30 cm de mur exigera 1530 litres de béton. 30 cm de béton signifie 177 litres d’eau. Ce qui signifie que chaque mile – 1,6 km – de mur coûte environs 1,9 millions de litres d’eau” dit Ofelia Rivas à Censored News.

Alors que la construction se poursuit à proximité, le photographe, un résident, expliqua que la barrière anti-véhicules est déjà en place et que l’énorme mur n’est pas nécessaire dans cette région fragile.

“La barrière anti-véhicules permet à la vie sauvage de se déplacer librement à travers la frontière, dans le Monument National des Cactées “tuyaux d’Orgue” [Organ Pipe Cactus National Monument]. Ça empêche les véhicules de franchir la frontière, ce qui serait très dommageable pour l’environnement particulièrement fragile.”

SAUVER LA TORTUE SONOYTA

Le Centre pour la Diversité Biologique dit que “la tortue Sonoyta a évolué d’une espèce aquatique dans une des zones les plus sèches du Désert de Sonora. Avec des pattes palmées et le don inné de nager, cette tortue dépend totalement du peu d’eau qui reste dans le Sud-ouest des Etats-Unis. On peut identifier une tortue Sonoyta d’après l’endroit où elle se trouve, étant donné que c’est la seule tortue dans cette zone très limitée. L’espèce aux Etats-Unis a été réduite à une seule réserve, dans le Monument National des Cactées “tuyaux d’Orgue” [Organ Pipe Cactus National Monument], une zone appelée Quitobaquito Springs. Au Mexique, ces tortues habitent quelques petites sections du Rio Sonoyta.”

Parmi les créatures menacées de Quitobaquito Springs, il y a aussi le “pupfish” [si rare qu’il n’y a pas de nom en français, seulement le terme latin Cyprinodontidae, donc de la famille des cyprins comme les poissons rouges, mais beaucoup plus rare]. “La plus grande quantité d’eau du Monument National des Cactées se trouve dans les sources et la mare de Quitobaquito, habitat du “pupfish” écrit le site Wild Sonora.

“L’importance culturelle de la zone de Quitobaquito remonte approximativement à 11 000 ans avant le temps présent, c’est-à-dire 1950. “La mare habite l’escargot de Quitobaquito, la tortue Sonoyta, et le câprier du désert. C’est le seul endroit aux Etats-Unis où ces espèces peuvent être trouvées à l’état naturel” selon le Service des Parcs Nationaux [National Park Service].

“les câpres du désert font vivre le papillon des câpres (ascia Howarthi) qui existe qu’avec la plante. Les escargots de Quitobaquito sont si petits qu’ils sont durs à trouver.”

“On peut parfois voir l’escargot, à peu près de la taille d’un grain de poivre, dans les petits cours d’eau alimentés par les sources, qui se jettent dans la mare. Quitobaquito est aussi le seul endroit des Etats-Unis où on trouve la tortue Sonoyta qui est candidate pour être protégée par la Loi sur les Espèces Menacées.”

La Section 102 d’une loi de 2005 permet de passer outre à 28 lois sur l’environnement et autres (voir ci-dessous) en cas d’urgence nationale ou de menace terroriste. Le #45 ayant déclaré qu’il y avait un état d’urgence à la frontière afin de pouvoir financer le mur, les constructeurs n’ont pas à se conformer aux lois qui s’appliquent à tous les autres types de construction.

Les lois délibérément ignorées :

1) Loi sur la Politique Nationale Environnementale

2) Loi sur les Espèces Menacées

3) Loi sur la qualité de l’Eau

4) Loi sur la Préservation Historique Nationale

5) Loi sur le Traité sur les Oiseaux Migrateurs

6) Loi sur la Protection des Oiseaux Migrateurs

7) Loi sur la qualité de l’Air

8) Loi sur la Protection des Ressources Archéologiques

9) Loi sur la Préservation des Ressources Paléontologiques

10) Loi sur les Ressources des Grottes Fédérales

11) Loi sur la Salubrité de l’Eau Potable

12) Loi sur le Contrôle du Bruit

13) Loi sur les Déchets Solides

14) Loi Générale sur l’Action, Compensation et Responsabilité Environnementales

15) Loi sur la Préservation Archéologique et Historique

16) Loi sur les Antiquités

17) Loi sur les Sites Historiques, les Bâtiments et les Antiquités

18) Loi sur la Politique de Protection des Terres Cultivées

19) Loi sur la Gestion des Zones Côtières

20) Loi sur la Politique et la Gestion des Terres Fédérales

21) Loi sur le Système d’Administration des Refuges Nationaux pour la Vie Sauvage

22) Loi Nationale sur la Pêche et la Vie Sauvage

23) Loi de Coordination de la Pêche et de la Vie Sauvage

24) Loi sur la Procédure Administrative

25) Loi sur les Fleuves et les Ports

26) Loi sur la Protection des Aigles

27) Loi sur la Protection et le Rapatriement des Tombes Autochtones

28) Loi sur la Liberté Religieuse des Amérindiens

Le 28 août, Democracy NOW! titrait (publié sur Censored News):

Parmi d’autres informations sur l’immigration, le Washington Post écrit que le Président Trump a ordonné à son équipe d’accélérer la construction de son mur de frontière, même si ça implique d’enfreindre des lois. Trump aurait dit à ses collaborateurs qu’il les gracierait s’ils devaient être confrontés à des répercussions légales suite à cette demande, qui pourrait impliquer la confiscation de terres privées, la signature immédiate de contrats de construction pour des milliards de dollars et la négation de règlements sur l’environnement. Trump aurait balayé les inquiétudes concernant les implications qu’il y aurait à contourner les procédures appropriées, entre autres en utilisant l’expropriation, disant à ses collaborateurs de simplement “prendre les terres”.

Voir l’article de Democracy NOW! (en anglais)


Ofelia Rivas en Jamaïque, photo Brenda Norrell

LA SECURITE INTERIEURE U.S. MALTRAITE LES TOHONO O’ODHAM DANS LEUR PROPRE TERRITOIRE. TEMOIGNAGE D’OFELIA RIVAS EN JAMAIQUE.

Photos et article par Brenda Norrell
Censored News
19 mai 2019
Traduction Christine Prat

KINGSTON, Jamaïque – Ofelia Rivas, Tohono O’odham, a dit dans son témoignage que les gens de son peuple étaient maltraités par la Sécurité Intérieure des Etats-Unis, et que son territoire était militarisé, tout comme c’est le cas à Standing Rock.

S’adressant à la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme en Jamaïque, Ofelia parla de 500 ans de politiques génocidaires qui aboutissent aujourd’hui à ce que son peuple soit constamment attaqué par les Etats-Unis. “La Sécurité Intérieure des Etats-Unis a criminalisé les Tohono O’odham” dit Ofelia.

A la suite de son témoignage, lorsqu’elle est retournée chez elle, elle a été retardée pendant deux jours, subissant des fouilles répétées, les autorités des Etats-Unis ayant mis le statut ‘SSSS’ sur ses cartes d’embarquement, de Miami à l’Arizona.

Elle commença son témoignage en Jamaïque en saluant le Peuple Arawak, ancêtres des Autochtones de l’île. Ofelia dit qu’elle parlait en tant que descendante et témoin direct de plus de 500 ans d’atroces politiques de génocide contre les Peuples Autochtones, de la part des gouvernements des Etats-Unis.

Le Traité de Guadalupe Hidalgo en 1848, et l’Acquisition Gadsden en 1953, ont divisé son territoire d’origine entre deux pays, les Etats-Unis et le Mexique, ont déplacé des O’odham et les ont exilés, dit-elle dans son témoignage. “Aujourd’hui, aux Etats-Unis, nous existons sur un dixième de nos territoires d’origine.”

Ofelia dit comment les territoires O’odham au Mexique avaient été perdus. “Nos terres ont été volées et vendues par le gouvernement de l’état, et reprises par les cartels de la drogue” dit-elle dans son témoignage.

Dans la Nation Tohono O’odham [la Réserve dirigée par le Conseil Tribal, dans le sud de l’Arizona – NdT], l’impact le plus récent a été la militarisation de nos territoires, après le 11 septembre [2001]. “Des lois racistes et inhumaines, comme le Patriot Act, et les lois sur l’immigration” ont conduit à des maltraitances constantes des Tohono O’odham. “Maintenant, des gens sont attaqués avec des chiens.” “Leurs domiciles sont envahis et ils sont détenus dans leur propre maison, avec leurs enfants.” “Les gens sont attaqués par des militaires armés, forcés de quitter la route, et détenus sans raison.” “La Sécurité Intérieure des Etats-Unis a criminalisé les Tohono O’odham.”

Ofelia dit avoir été témoin de comment des Anciens O’odham, de plus de 80 ans, avaient été mis à genoux près de la route, les bras en l’air, parce qu’ils n’avaient pas compris les exigences de prouver leur citoyenneté. “Ils parlent leur propre langue et ne comprennent pas les ordres de parler Anglais ou Espagnol” dit-elle dans son témoignage.

Elle dit que l’intention des Etats-Unis était d’éradiquer les gens dits ‘inférieurs’ par sa politique génocidaire. Ofelia dit aussi que l’intention des Etats-Unis était d’appliquer leur politique de ‘destiné manifeste’, comme le monde entier avait pu le voir lors de l’attaque des Protecteurs de l’Eau à Standing Rock.

“Je prie pour que tous les animaux, les plantes, les êtres vivants soient reconnus et protégés” dit-elle pour conclure.

Ofelia a témoigné de la criminalisation des Peuples Autochtones avec Michelle Cook, avocate et organisatrice Diné, Casey Camp, membre du Conseil Tribal Ponca, et Leoyla Cowboy, Diné, épouse du Protecteur de l’Eau emprisonné Michael Little Feather Giron.

La délégation de femmes Autochtones a témoigné le 9 mai, à Kingston, à l’Université des Indes Occidentales.

La Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme a entendu des témoignages de l’ensemble des Amériques.

©Brenda Norrell

 

Des Agents de la Patrouille des Frontières ont attaqué un camp d’aide médicale aux migrants à Arivaca. Jeudi 15 juin 2017, 30 agents armés ont pénétré dans le camp avec au moins 15 camions, deux escadrons et un hélicoptère, et ont arrêté quatre migrants qui recevaient une aide médicale, alors qu’une chaleur mortelle atteint le sud de l’Arizona, avec des températures proches de 50 degrés.

 

Sur cette vidéo tournée en février 2017 par Unicorn Riot, on peut voir la tente (clinica) qui servait à l’aide médicale d’urgence – attaquée le 15 juin –  et une interview d’une doctoresse bénévole

 

LA PATROUILLE DES FRONTIERES SACCAGE UN CAMP D’AIDE HUMANITAIRE AU COURS D’UNE ATTAQUE CIBLEE

 

Par No More Deaths
Publié sur Censored News
Le 16 juin 2017
Traduction Christine Prat
Zie Nederlandse vertaling door Alice Holemans

Contact: media@nomoredeaths.org

 

Un hélicoptère, 15 camions et 30 agents armés se sont jetés sur une station d’aide médicale pour arrêter 4 personnes qui y recevaient des soins, par une chaleur estivale mortelle.

Jeudi 15 juin 2017, à 18h [heure locale], Arivaca, Arizona – Par des températures dépassant les 38 degrés, la Patrouille des Frontières de Etats-Unis a attaqué le camp d’aide médicale de l’organisation humanitaire No More Deaths, et détenu quatre personnes qui y recevaient une aide médicale. L’obstruction de l’aide humanitaire est un délit flagrant de l’administration de l’Intérieur, une violation évidente de la loi humanitaire internationale et une violation de l’accord écrit de l’organisation avec la Patrouille des Frontières du Secteur de Tucson.

Les agents de la Patrouille des Frontières ont commencé à surveiller le camp de No More Deaths mardi 13 juin, vers 16h30. Des agents motorisés, à pied et munis de caméras de surveillance, ont encerclé le site et érigé un point de contrôle temporaire sur la limite du camp, pour fouiller et interroger ceux qui en sortaient, pour vérifier leur nationalité. La présence massive des forces de l’ordre a découragé des gens de se rendre à ce centre d’assistance humanitaire cruciale, en cette période de temps mortellement chaud. Ces évènements correspondent aussi au schéma de surveillance accrue de l’aide humanitaire au cours des derniers mois, depuis l’avènement du gouvernement de Trump.

Cet après-midi [15 juin], en une démonstration de force jamais vue, environs 30 agents armés ont attaqué le camp avec au moins 15 camions, 2 escadrons et un hélicoptère, pour arrêter quatre malades qui étaient sous traitement médical.

Au cours des 13 dernières années, No More Deaths a fourni de la nourriture, de l’eau, et une assistance médicale aux gens qui traversent le Désert du Sonora à pied. La crise humanitaire causée par la politique appliquée à la frontière a causé la mort de plus de 7000 personnes depuis 1998. Des restes humains sont retrouvés, en moyenne, tous les trois jours dans le désert du sud de l’Arizona.

Kate Morgan, d’Abuse Documentation, coordinatrice de la défense légale de l’organisation dit: “No More Deaths a enregistré des informations sur la mort et la disparitions de centaines de migrants dans le couloir d’Arivaca le long de la frontière. L’attaque d’aujourd’hui contre le poste médical est inacceptable et interrompt nos accords de bonne foi avec la Patrouille des Frontières, visant à respecter le travail vital de No More Deaths”.

John Fife, un des fondateurs de No More Deaths, a dit dans un commentaire que “depuis 2013, le secteur de Tucson de la Patrouille des Frontières avait un accord écrit avec No More Deaths, stipulant qu’ils respecteraient le camp d’aide médicale selon les standards de la Croix Rouge internationale, qui interdit aux gouvernements de se mêler des centres d’aide humanitaire. Cet accord a été violé par la Patrouille des Frontières dans des circonstances extrêmement louches. La Patrouille des Frontières a admis avoir suivi le groupe sur 29 km, mais c’est seulement après que les migrants aient demandé de l’aide médicale que la Patrouille des Frontières a cherché à les arrêter. Le choix de poursuivre ces gens seulement après qu’ils aient atteint le camp de No More Deaths est une preuve évidente qu’il s’agissait d’une attaque directe contre l’aide humanitaire. Pendant ce temps, les prévisions météorologiques prévoient des températures record (donc mortelles)”.

Les gens qui traversent les régions éloignées et mortelles de la frontière US/Mexique, évitent souvent de demander de l’aide médicale urgente, par peur d’être expulsés ou emprisonnés. C’est pour cette raison qu’un poste d’aide humanitaire dans le désert est essentiel pour sauver des vies. Prendre pour cible cette aide médicale cruciale est un exemple honteux du mépris du gouvernement actuel pour la vie des migrants et des réfugiés, et rend leur voyage déjà dangereux de plus en plus mortel.

En dépit de cela, No More Deaths reste fidèle à sa mission de mettre un terme aux décès et à la souffrance dans le désert, et continuera à fournir de l’aide humanitaire, comme nous l’avons fait depuis 13 ans.

 

ARIVACA, EN ARIZONA, SE REVOLTE CONTRE L’ARMEE D’OCCUPATION DE LA PATROUILLE DES FRONTIERES

Les droits des photographes sont mis en cause, tandis qu’une communauté d’Arizona se rebelle contre «l’Armée d’Occupation» des agents de la Patrouille des Frontières

Par Jay Stanley, analyste politique du Projet sur l’Expression, la Vie Privée et la Technologie de l’ACLU [American Civil Liberties Union]
16 avril 2014
Publié sur Censored News
See original article in English
Traduction Christine Prat

 

L’ACLU d’Arizona a envoyé ce jour une lettre à la Patrouille des Frontières des Etats-Unis demandant que ce service cesse immédiatement d’entraver les droits, garantis par le Premier Amendement [liberté d’expression – NdT], des habitants d’Arivaca, Arizona, de protester et de photographier les activités gouvernementales qui se déroulent à la vue de tous dans une rue publique.
Le conflit s’inscrit dans un contexte plus large et ce qui se développe à Arivaca, est une incroyable histoire de citoyens qui se rebellent contre les violations et la répression gouvernementales dans leur communauté. J’ai parlé récemment avec James Lyall, un avocat de l’ACLU d’Arizona, qui m’a décrit la situation :

« Arivaca est une communauté d’environs 700 personnes, située à 80 km au sud-ouest de Tucson. C’est une petite ville, dans une très belle région du désert de Sonora. Mais quand vous allez là-bas, vous avez parfois l’impression d’être dans un autre pays ou quelque part où la loi martiale a été déclarée, simplement à cause de la présence écrasante de la Patrouille des Frontières. Il y a un nombre incroyable d’agents fédéraux armés – çà donne l’impression que toutes les autres voitures ou personnes que vous rencontrez sont de la Patrouille des Frontières – ainsi que de nombreuses tours de surveillance, de drones, et d’hélicoptères. Notre bureau reçoit régulièrement des appels d’habitants qui ont été interpelés sans raison, détenus et interrogés à un point de contrôle, ou ont eu la visite d’agents de la Patrouille des Frontières qui ont coupé leurs clôtures pour pénétrer dans leur propriété. Les habitants disent avoir l’impression de vivre dans un état policier ou sous une armée d’occupation. Des agents disent aux gens ‘Vous n’avez pas de droits ici’ et ‘vous êtes suspect parce que vous vivez ici.’
On comprend facilement que les gens sont excédés par cette militarisation extrême de leur communauté. C’est pourquoi certains habitants d’Arivaca se sont unis pour former une organisation intitulée Les Gens Aident Les Gens. C’est vraiment une organisation de la base, dirigée par des membres de la communauté, et l’an dernier ils ont lancé une campagne pour exiger la suppression du point de contrôle sur la route d’Arivaca. Ce n’est qu’un des trois points de contrôle de la Patrouille des Frontières autour de la ville et çà a eu un effet dévastateur sur la communauté. Les habitants subissent depuis années un harcèlement routinier et des violations de leurs droits civils au point de contrôle de la Route d’Arivaca, qui se trouve à 40km au nord de la frontière. Ils disent aussi avoir remarqué une chute de la valeur des propriétés, un déclin du tourisme et des préjudices aux commerces locaux. Une commerçante locale a fait faillite récemment, d’après elle à cause du déclin du tourisme dû au poste de contrôle, qui existe depuis plus de sept ans, bien qu’il soit supposé être « temporaire ». Ils s’opposent aussi au fait que le point de contrôle fasse partie d’une stratégie plus large visant à repousser les immigrants vers des régions plus désolées du désert, ce qui cause d’innombrables décès. »

Lyall dit que les violations des droits à ces points de contrôle – et d’autres dans tout le Sud-ouest – consistent en retenues prolongées et des détentions, de longs interrogatoires qui n’ont rien à voir avec la vérification de la nationalité, des chiens supposés chercher de la drogue qui donnent de fausses alertes afin de justifier les fouilles, des insultes verbales, un usage excessif de la force et le profilage racial des habitants latinos.
En janvier, l’ACLU d’Arizona a déposé une plainte au Service de la Sécurité Intérieure pour des violations perpétrées à six points de contrôle dans le sud de l’Arizona, parmi lesquels le point de contrôle de la Route d’Arivaca. La lecture de la plainte donne une idée de ce que c’est pour les citoyens vivant dans la région – bien qu’il soit noté dans la plainte que les violations par la Patrouille des Frontières ne se limitent pas à l’Arizona ni même à la frontière du Sud-ouest – et indique comment les agents de la Patrouille des Frontières vont bien au-delà des limites de leur autorité aux points de contrôle, qui, selon l’Arizona Republic [quotidien de Phoenix – NdT] sont au nombre de 170 dans l’ensemble des Etats-Unis.
Ces points de contrôle de l’intérieur résultent d’une législation remontant à des décennies qui donne à la Patrouille des Frontières l’autorité pour opérer à une « distance raisonnable » de la frontière. Cette distance a été définie dans les années 1950 – sans consultation publique ni débats, à une époque où la Patrouille des Frontières comptait à peine 1100 agents – comme étant de 160 km de toute frontière extérieure des Etats-Unis. Cette zone comprend aujourd’hui les deux tiers de la population des Etats-Unis, neuf des dix plus grandes villes, et certains états en entier. La loi autorise aussi la Patrouille des Frontières à pénétrer dans des propriétés privées jusqu’à 40 km de la frontière.
En pratique, cependant, la Patrouille des Frontière va souvent encore plus loin à l’intérieur du pays. En 2008, un Sénateur Démocrate du Vermont a été arrêté à un point de contrôle à 200 km de la frontière canadienne, et c’est un des nombreux exemples d’agents outrepassant les limites géographiques et légales de leur autorité. […]

Lyall explique comment les gens d’Arivaca se sont organisés contre le point de contrôle :

« Ces gens doivent passer le point de contrôle quotidiennement – pour se rendre au travail, conduire les enfants à l’école, faire les courses. Et chaque jour ils doivent répondre aux questions d’un agent fédéral armé. Et ils ne savent pas s’ils vont pouvoir passer ou si les agents vont dire « je veux fouiller votre coffre ». Ils ont le droit de refuser la fouille, mais ils pourraient alors être détenus pendant que des chiens cherchant prétendument de la drogue démolissent leur voiture. Et c’est arrivé, à répétition. Ainsi ils ne savent jamais, quand ils arrivent au point de contrôle quotidiennement, ce qui les attend.
La première partie de leur campagne a été une pétition demandant la suppression du point de contrôle : la pétition a été signée par plus de 200 personnes et 10 commerces – donc environs un tiers des habitants de la ville, parmi lesquels la plupart des propriétaires de commerces. Leur Représentant au Congrès, Raùl Grijalva, a écrit une lettre pour soutenir leur pétition. La Patrouille des Frontières a répondu que leurs inquiétudes étaient prises au sérieux, mais qu’ils pouvaient aller se faire voir – c’est ce qu’ils disaient en substance. Rien au sujet d’une enquête sur les violations des droits civils. La Patrouille des Frontière a même refusé de publier les données qui permettrait de juger si le point de contrôle correspond à un besoin. »

Ce fut donc la première étape. L’étape suivante, selon Lyall, a été de démarrer une campagne de surveillance du point de contrôle, à la lumière de toutes les violations qui y avaient été commises :

« Ils ont commencé la surveillance du point de contrôle le 26 février. Cinq ou six surveillants en vestes jaunes, avec des caméras vidéo et des carnets de notes – ainsi qu’une douzaine de supporters – sont allés protester et surveiller le point de contrôle. Des médias locaux et le Los Angeles Times ont couvert l’évènement.
Ils sont arrivés au point de contrôle à pied, et se sont installés près de la zone d’inspection secondaire, où les agents de la Patrouille des Frontières demandent quelques fois aux gens de se garer pour fouiller leur voiture. Ils ont formé un piquet et ont commencé à filmer et noter les interactions des agents avec les automobilistes. Des agents se sont approchés d’eux et leur ont dit qu’ils ne pouvaient pas rester là, donnant toutes sortes de raisons vagues et incohérentes : que la Patrouille des Frontières avait un permis, qu’ils avaient l’autorité exclusive sur cette zone. Le sheriff est venu et leur a seulement demandé de se mettre de l’autre côté de la rue, ce qu’ils ont fait. Mais peu de temps après le départ du sheriff, les agents de la Patrouille des Frontières ont dit « vous devez reculer de 300 mètres ou nous vous arrêtons ». Donc, sous la menace, ils ont été forcés de s’éloigner du point de contrôle, derrière une barricade construite à la hâte, d’où ils ne pouvaient pas vraiment voir ou filmer ce qui se passait.
Quelques jours plus tard, ils sont revenus, et la Patrouille des Frontières avait placé un panneau ‘Interdit aux piétons’ et ajouté des barrières et des cordes empêchant le passage du public. La Patrouille des Frontières prétend maintenant que cette route publique et leur zone d’autorité exclusive et que les piétons n’y sont pas autorisés. Ils avaient aussi garé leurs véhicules derrière la barrière pour obstruer la vue des photographes et des manifestants. Une fois, ils ont laissé tourner pendant des heures le moteur d’un véhicule de la Patrouille des Frontières, afin que les gaz d’échappement atteignent directement les activistes qui les surveillaient, pour essayer de les faire partir. Ils ont aussi autorisé les gens qui soutiennent la Patrouille [les anti-immigration – NdT] – mais pas les autres – à s’installer dans la nouvelle zone. C’est un bon exemple de ‘discrimination au point de vue’, et c’est anticonstitutionnel.
La Patrouille des Frontières n’est pas habilitée à venir dans cette communauté et dire ‘maintenant c’est à nous et vous devez rester à 450 mètres derrière nos véhicules afin de ne pas pouvoir voir ce que nous faisons à vos voisins’. Ce n’est pas différent des autres points de contrôle, au sujet desquels les tribunaux ont exprimé clairement que l’application de la loi ne pouvait pas restreindre au-delà de limites raisonnables les droits reconnus par le Premier Amendement des manifestants et des photographes, et encore moins d’exercer des représailles pour avoir mis ces droits en pratique. Et des tribunaux ont souvent répété qu’un trottoir publique comme celui-ci était ‘l’archétype du forum publique traditionnel’, où la capacité du gouvernement à restreindre l’expression pour quelque raison que ce soit, est strictement limitée.
Ainsi, maintenant, en plus de tous les abus et violations de la Patrouille des Frontières auxquels cette communauté est confrontée, les agents enfreignent les droits fondamentaux à la liberté d’expression garantis par le Premier Amendement – le droit de protester contre un point de contrôle qui a des effets profondément négatifs sur leurs vies quotidiennes, et le droit de faire des vidéos d’un service connu pour des violations commises de façon routinière à l’encontre des habitants. Je ne pense pas que la démonstration pourrait être plus claire : au lieu de faire quelque chose contre ces violations des droits et de répondre aux inquiétudes de la communauté, ils interdisent littéralement aux habitants d’Arivaca de voir de que ces agents fédéraux armés font à leurs amis, leur famille, leurs voisins – dans leur propre communauté.
Donc, le travail des gens d’Arivaca est un précédent important et il est important que l’ACLU les soutienne – surtout maintenant que la Patrouille des Frontières violent les droits garantis par le Premier Amendement, en plus des autres violations de droits civils et humains que nous-mêmes et d’autres rapportent depuis des années. »
[…]