UTES DE UTE MOUNTAIN: COMBAT CONTRE L’USINE DE TRAITEMENT D’URANIUM WHITE MESA

Par Christine Prat
In English on Censored News
Photo noir et blanc Theo Koppen
Autres photos Christine Prat

Depuis des années, la communauté Ute de la Réserve de Ute Mountain se bat contre une usine de traitement d’uranium située à proximité, l’usine White Mesa, actuellement propriété d’Energy Fuels, près de la commune (non-Autochtone) de Blanding, dans le sud de l’Utah.

L’usine a été construite en 1979-1980. Elle était supposée traiter l’uranium de la région, qui, d’après le site d’Energy Fuels, (en anglais) “est au centre des mines et dépôts d’uranium les plus riches des Etats-Unis…” Cependant, d’après le site du Grand Canyon Trust, “L’usine, construite en 1979 pour traiter le minerai d’uranium du Plateau du Colorado, fait beaucoup d’affaires en important des déchets radioactifs appelés ‘approvisionnement alternatif’, depuis 1987. Tandis qu’Energy Fuels récupère et vend de l’uranium et du vanadium extraits des déchets, leur principale source de revenus vient des frais comptés pour l’entreposage de matériaux toxiques dans les puits de stockage des déchets de l’usine…”

Le 16 septembre 2017, j’ai rencontré et interviewé Yolanda Badback, Ute de Ute Mountain, au cours d’une conférence organisée par Uplift, une initiative de la Jeunesse du Plateau du Colorado, soutenue par le Grand Canyon Trust. Vous pouvez voir la vidéo de l’interview ci-dessous.

Ce que Yolanda a dit n’est malheureusement pas dépassé, étant donné que la licence de l’usine a été renouvelée par le Service de la Qualité de l’Environnement de l’Utah – DEQ-Utah – le 16 février 2018. On peut voir (en anglais) un PDF de la lettre du DEQ à Energy Fuels, sur le site du DEQ-Utah. Le 27 février 2018, Reuters a publié un article (en anglais) sous le titre “Energy Fuels obtient l’approbation pour étendre les mines d’uranium et de vanadium en Utah”. L’article mentionne d’autres sites que White Mesa, donc d’autres gens subiront les effets de l’uranium.

 

 

Le 9 octobre 2017, le Grand Canyon Trust a également publié un article déprimant (en anglais), écrit par un avocat de l’organisation, Aaron Paul, qui dit avoir dû reprendre courage pendant plusieurs jours avant de l’écrire: l’article annonce que le Grand Canyon Trust a perdu son procès contre Energy Fuels, après trois ans et demi de combat juridique. En 2012, Energy Fuels a racheté l’usine à Denison Mines, et ses porte-parole ont immédiatement annoncé que des puits de déchets émettaient plus de radon que ce que la loi autorise. Alors, les gens et les organisations, entre autres le Grand Canyon Trust, ont pensé qu’Energy Fuels allait nettoyer. Mais non. Ils avaient probablement fait l’annonce uniquement pour pouvoir dire que c’était Denison Mines qui était responsable. Ne voyant rien venir, le Grand Canyon Trust a poursuivi Energy Fuels en justice. En septembre dernier, le Grand Canyon Trust a perdu.

Les Ute de Ute Mountain soutiennent et sont soutenus par le mouvement Haul No! (Non au transport), un mouvement qui s’oppose au transport d’uranium de la mine toujours controversée et officiellement pas encore en activité, appelée Canyon Mine, qui se trouve dans le Parc National du Grand Canyon, et au pied de Red Butte, montagne sacrée pour les Havasupai. Cette mine menace également les sources d’eau qui se jettent dans le Grand Canyon et constituent le principal approvisionnement en eau des Havasupai, qui vivent au fond du Grand Canyon. (Le 10 mars, le Guardian a publié un article – en anglais – disant que la Cour Suprême allait approuver l’annulation du moratoire sur les nouvelles mines d’uranium près du Grand Canyon, prononcé par Obama en 2012 – le Colorado fournit de l’eau à 30 millions de gens). Le transport de Canyon Mine à l’usine White Mesa devant traverser la Réserve Navajo, le mouvement Haul No! a été fondé par des Navajos. Cependant, les Ute de Ute Mountain y participent, vu qu’ils ne veulent plus d’uranium à l’usine.

Malheureusement, les habitants – non-Autochtones – de Blanding soutiennent l’usine, car elle fournit DES EMPLOIS! (C’est comme ça aussi à Bure, et, Petuuche Gilbert, militant anti-nucléaire Acoma, m’a dit aussi que beaucoup de gens soutenaient les mines d’uranium dans sa région, sous prétexte d’emplois…) Comme vous pouvez l’entendre dans la vidéo, Yolanda a été agressée à deux reprises dans l’unique épicerie de Blanding, à cause de son opposition à l’usine…

 

 

La COP23 officielle a plutôt été une reculade par rapport aux précédentes. L’ex-star écolo de la télévision française, Nicolas Hulot, s’est fait remarquer en reportant la diminution de la part du nucléaire dans la production d’énergie, prétendant qu’il fallait choisir entre le nucléaire et le charbon. Tant les pro-nucléaires que les “anti” officiels ont affirmé que le nucléaire était “propre”, les “anti” disant que, cependant, le problème se pose après, quand il faut se débarrasser des déchets. Leona Morgan, Navajo, sait fort bien – comme beaucoup d’Autochtones de tous les continents – que la pollution radioactive, bien plus durable que n’importe quelle autre – se produit dès le début, au cours de l’extraction de l’uranium et du traitement du minerai. Leona est venue à Paris pour participer au Forum Mondial contre le Nucléaire, puis s’est rendue à Bonn, pour rencontrer ceux qui n’étaient pas invités à la COP officielle, mais tenaient à manifester leur opposition à tous les dangers qui menacent l’humanité.

Christine Prat

 

Leona Morgan, de Bonn
Publié sur Censored News
Traduction française Christine Prat

Yá’át’ééh from across the Big water! I’ve traveling internationally to connect uranium mining issues to other anti-nuke fights at the World Anti-Nuclear Social Forum last week in Paris and with climate issues, now at the COP23 in Bonn, Germany. There is much misinformation about nuclear being clean when we all know how dirty uranium mining and processing are, and all the other steps of the fuel chain. Nuclear energy is not clean, and not a solution to Climate Change!! One of my goals is to connect with other indigenous peoples fighting the nuclear monster, so far, so good!! #HaulNo #DontNukeTheClimate #WaterIsLife #DismantleTheNuclearBeast! #StopNuclearColonialism #LeetsohDooda

Ya’at’eeh d’au-delà de la Grande Mer! J’ai fait un voyage international afin de relier les problèmes d’extraction d’uranium aux autres combats anti-nucléaires, la semaine dernière à Paris, au Forum Social Anti-Nucléaire, et aux problèmes climatiques, maintenant, à la COP23, à Bonn, en Allemagne. Il y a beaucoup de désinformation sur le nucléaire supposé propre, alors que nous savons tous combien l’extraction et le traitement de l’uranium sont sales, tout comme tous les autres stades de la production de carburant. L’énergie nucléaire n’est pas propre, et ce n’est pas une solution au Changement Climatique!! L’un de mes buts est d’entrer en contact avec d’autres peuples autochtones qui combattent le monstre nucléaire, et jusqu’à maintenant, ça marche!!

Leona Morgan, 9 novembre 2017

 

 

Leona Morgan est une activiste anti-nucléaire Navajo. Elle réside actuellement à Albuquerque, au Nouveau Mexique. Elle s’occupe essentiellement du développement du nucléaire au Nouveau Mexique, déjà complètement pollué par le pétrole (puits, raffineries, transport, accidents, fuites), et du grave problème causé par les mines d’uranium, en activité ou abandonnées, en territoire Navajo. Elle est membre de Diné No Nukes (Navajo contre le nucléaire) et de Haul No!, une organisation qui combat le transport de minerai d’uranium par camions à travers la réserve Navajo.

Photos prises près de la mine dite ‘zombie’, n’ayant pas d’activités pour le moment. Elle se trouve à l’ouest du Nouveau Mexique, près du Mont Taylor, montagne sacrée pour beaucoup d’Autochtones