Publié par Indigenous Action
(D’abord publié par It’s Going Down)
Auteur anonyme, 12 octobre 2020
Traduction Christine Prat

Reportage de Kinłání (soi-disant Flagstaff) sur une marche militante qui a défilé dans les rues en solidarité avec Le Jour de Rage des Peuples Autochtones Contre le Colonialisme

De 75 à 100 personnes se sont rassemblées sur Heritage Square, dans le centre de Kinłání (Flagstaff), Arizona, le soir du dimanche 11 octobre, pour participer à l’appel national pour un « Jour de Rage des Peuples Autochtones Contre le Colonialisme ».

Des Autochtones de tout Turtle Island (Amérique du Nord) avaient appelé à cette manifestation, des complices s’y étant joints en soutien. Il y avait eu des appels à manifester de Nova Scotia jusqu’à Hawaï, de Tampa en Floride jusqu’en Colombie Britannique et beaucoup d’endroits entre ces pays. Les diverses localités participant à l’appel à l’action avaient en commun le déplacement violent et la tentative d’extermination des Peuples Autochtones au cours des cinq siècles passés, qui continue aujourd’hui.

Une foule s’était rassemblée sur Heritage Square, au centre de Kinłání, au milieu des chants et des tambours.

Les participants se sont rassemblés vers 17h30, chantant, jouant du tambour et brûlant de la sauge, tandis qu’ils maintenaient une présence militante sur toute la place. La plupart des participants étaient en noir et portaient des masques pour protéger leur identité et pour éviter la dissémination du COVID-19, quelques-uns portaient des treillis, style militaire. La foule était multigénérationnelle et multiraciale, avec une forte présence de jeunes et d’Autochtones qui dirigeaient les évènements. Des banderoles ont été déroulées, sur lesquelles on pouvait lire « Rendez la Terre », « Le Colonialisme est la Peste », « Quelque soit Celui pour lequel ils Votent, Nous sommes Ingouvernables » et d’autres slogans.

Une banderole attirait l’attention sur la crise des Femmes, Filles, Trans et 2Esprits Autochtones Disparues ou Assassinées.

Au bout de quinze minutes, la foule partit pour marcher dans les rues du centre de Kinłání, perturbant la circulation et scandant : « À qui est le pays ? C’est le pays Autochtone ! »

La police a maintenu une présence limitée toute la soirée, quelques agents suivaient la marche à pied, d’autres plus nombreux tentaient d’anticiper les mouvements de la foule qui risquaient de bloquer la circulation. Ceux-là ont largement échoué, car la foule ne s’est pas tenue à un trajet prévisible, elle a zigzagué à travers les rues, entrant et sortant de la circulation et perturbant le quartier touristique congestionné.

Quelquefois, les rapports avec les automobilistes et les passants étaient enthousiastes et solidaires, d’autres fois ils étaient hostiles. Au cours de la soirée, la marche a gonflé en nombres de participants, des gens descendaient des trottoirs pour la rejoindre. Au milieu de la soirée, alors que le soleil se couchait et que la foule se tenait au croisement de la rue de San Francisco Nord et de l’avenue d’Aspen Est, deux femmes blanches d’âge moyen se sont jointes en scandant « hey hey, ho ho, ces flics racistes doivent partir. »

La foule tient le croisement de la rue de San Francisco Nord et de l’avenue d’Aspen Est au centre de Kinłání.

Tandis que la soirée s’écoulait, il y eu plus d’agitation, des cônes de signalisation, des chevalets et d’autres équipements routiers furent tirés dans les rues, des feux d’artifice furent allumés, et il y eut de brèves confrontations avec la police. En passant près du patio bondé d’une pizzeria chique, quelqu’un dans la foule jeta un ballon à eau rempli d’un liquide rouge tandis que la foule scandait « le silence des blancs est de la violence ».

D’une barrière de circulation renversée, de l’eau coulait dans la rue.

Quand la foule a défilé autour de l’Hôtel de Ville de Flagstaff, et s’est retrouvée devant les agents à pied qui suivaient la marche, des manifestants ont tambouriné contre les fenêtres du bâtiment et jeté des ballons remplis de peinture contre les murs. Quand les flics se sont précipités pour protéger le bâtiment et tenter d’arrêter ceux qui causaient les dégâts, la foule est vite intervenue pour se protéger mutuellement.

Les évènements qui se déroulent dans tous les soi-disant Etats-Unis, ont attiré l’attention sur divers problèmes touchant les communautés Autochtones, des effets hors de proportion du COVID-19 sur les Autochtones à la construction du « Mur de l’Apartheid » en territoire Tohono O’odham, le long de la frontière US/Mexique, et à la dévastation continuelle de l’environnement sur les terres Autochtones perpétrée par le gouvernement des Etats-Unis et les grandes compagnies privées.

La foule se maintient devant l’Hôtel de Ville de Flagstaff.

« Nous ne croyons pas que nous pouvons sortir de cette crise par le vote » peut-on lire dans leur déclaration. « Nous n’allons pas mendier aux politiciens une réforme du système même qui s’est fondé sur notre génocide et la destruction de Notre Mère la Terre. Nous exigeons quelque chose de plus efficace menant à l’éradication du colonialisme sur nos terres. »

Toute la soirée, les organisateurs ont aussi exprimé leur solidarité avec le mouvement Black Lives Matter, contre le racisme et les violences policières. « Nous avons célébré et soutenu la rage des soulèvements spontanés et puissants de Black Lives Matter, qui ont entrainé la chute de monuments aux colonisateurs et mis à genoux l’équipe Nationale de Football raciste de Washington* » peut-on lire dans la déclaration nationale. Pendant la marche, la foule scandait « Black Lives Matter ! Justice Autochtone ! » et on pouvait lire sur une grande banderole « Des Gens Volés, Un Pays Volé – Solidarité Autochtone/Black ».

Les banderoles et les slogans pendant toute la manifestation, ont exprimé la solidarité avec les luttes des Noirs pour la libération.

La marche a eu lieu la veille au soir de la célébration officielle de la Journée des Peuples Autochtones par la ville, qui devait avoir lieu en ligne sur Zoom pendant toute la journée du lundi 12 octobre, et semblait être à beaucoup d’égards, le contrepoint des évènements officiels. « Nous sommes de plus en plus frustrés par la politique assimilationniste mal inspirée de la Journée des Peuples Autochtones. Des corporations à but non lucratif et des organisations essaient de pacifier et d’assimiler nos Peuples plus profondément dans la politique de colonialisme de population » peut-on lire dans la déclaration nationale.

Aujourd’hui, tandis que l’état d’Arizona célèbre pour la toute première fois sa Journée officielle « des Peuples Autochtones », avec des politiciens bafouilleurs qui font des tentatives maladroites pour pacifier les appels urgents à régler leurs comptes avec l’histoire sanglante de l’Amérique, les rues de Kinłání renvoient encore l’écho des slogans de la nuit dernière : « Que faites-vous quand vos parents meurent de faim dans les rues ? Résistez, ripostez ! »

*L’équipe de foot de Washington s’appelait « les Redskins » (les Peaux-Rouges) jusqu’en juillet 2020. Les Autochtones protestaient contre ce nom depuis des années. Suite aux évènements racistes de cette année et aux réactions qu’ils ont provoquées, le club a enfin accepté de changer de nom.

Les Autochtones des Etats-Unis sont entièrement solidaires du mouvement Black Lives Matter. Il faut dire qu’ils subissent le même sort depuis 1492, quelques soient les gouvernements. Malheureusement, en France, les médias dominants ont depuis longtemps fait croire à l’opinion publique que les Autochtones étaient en voie de disparition, quasiment inexistants, et qu’hélas il est trop tard pour s’en préoccuper. En fait, depuis que ça ne se fait plus d’exterminer des populations ouvertement, la population Autochtone a recommencé à augmenter, et ne veut plus se laisser faire. En proportion de la population, encore plus d’Autochtones sont incarcérés et tués par des flics que de Noirs. Actuellement, non seulement les flics n’hésitent pas à tuer dans les manifestations, mais des groupes fascistes, racistes et néo-nazis, convaincus de leur impunité, attaquent les manifestants, les gens de couleur, les LGBTQ, et, bien sûr, les Autochtones.

Christine Prat

PARLEZ AUX FASCISTES DANS UN LANGAGE QU’ILS PEUVENT COMPRENDRE

Par Indigenous Action
Septembre 2020

Notre interprétation de la classique assertion antifasciste, à savoir que des protestations pacifiques n’arrêteront pas le fascisme.

Ceux qui appellent à des « manifestations pacifiques » ignorent la réalité, que la guerre de colonisation brutale et sanglante n’a jamais cessé. Honorer nos ancêtres et les générations à venir signifie défendre activement nos communautés et nos terres.

Pour les vies perdues au cours du puissant soulèvement #BlackLivesMatter . Pour tous ceux qui, dans les rues, ne reculerons pas face à la violence fasciste. La solidarité signifie attaquer.

Un poster réalisé par Indigenous Action Media, pour lutter contre l’alcoolisme chez les Autochtones.

Par Indigenous Action
Septembre 2020

NOTRE CULTURE EST PLUS FORTE QUE LEUR POISON

L’alcool est une arme économique et politique utilisée par les colonisateurs pour manipuler, contrôler et anéantir les Peuples Autochtones. Par des actes racistes déshumanisants, beaucoup des nôtres sont devenus un stéréotype haï par la société colonialiste de peuplement. Cette déshumanisation permet à la violence perpétrée contre nous et le territoire de devenir une pratique acceptée. C’est aussi une violence que certains des nôtres internalisent et redirigent contre eux-mêmes, leurs familles et leurs communautés. Nous encourageons à limiter ces dommages et cherchons à briser la stigmatisation sociale en politisant la discussion autour de la sobriété. En nous efforçant de maintenir nos vies indépendantes de l’influence des poisons du colonisateur, nous célébrons le caractère sacré de la sobriété et honorons nos ancêtres. Brisez le cercle pour les générations futures. Un Autochtone sobre est un Autochtone dangereux.

 

POUR UNE ACTION ANTICOLONIALE ET ANTIFASCISTE ‘FAITES QU’IL LEUR SOIT IMPOSSIBLE DE GOUVERNER EN TERRE VOLEE’

 

Publié par Indigenous Action
9 novembre 2016
Ook in het Nederlands
Traduction française Christine Prat

 

Pour ceux d’entre vous qui sont surpris des résultats de ce spectacle tumultueux, bienvenue dans l’ ‘Amérique’ que nous avons toujours connue.
C’est l’aveuglante ‘grandeur de l’Amérique’ aujourd’hui amplifiée par la droite nationaliste islamophobe et anti-immigrants.

Qu’un démagogue fasciste, élitiste et misogyne puisse être nommé à la tête d’un système politique, économique et social construit sur le capitalisme, le colonialisme, la suprématie des blancs, l’hétéro-patriarcat, l’esclavage et le génocide n’est pas une surprise. Ça n’a rien d’exceptionnel. C’est ce que ce pays a toujours représenté. Après tout, c’est un pays volé construit avec des vies volées.

Le mince amortisseur, récolté comme récompense d’être blanc, ou gagné en étant quelques échelons plus haut dans la hiérarchie socioéconomique, n’est qu’un voile qui fournit un degré de séparation subtil, permettant aux gens de se hisser juste au-dessus de la souffrance que nous avons connue pendant le régime néolibéral précédent.
Les 8 dernières années n’ont pas été un soulagement pour les immigrants. Le gouvernement Obama est responsable de l’expulsion de plus de gens qu’aucun autre gouvernement US de l’histoire. Entre 2009 et 2015, Obama a expulsé de force plus 2,5 millions de gens, ce qui dépasse le total de tous les présidents du XXème siècle. Les communautés Tohono O’odham ont été soumises à une forte militarisation et séparées par la frontière US/Mexique. Des villages entiers ont été déplacés et des sites sacrés ont été profanés. Ce sera amplifié par le ‘mur frontière’ dont Trump menace.
Ça n’a pas été non plus 8 années de soulagement pour ceux qui ont été bombardés et attaqués par des drones en Afghanistan, dans 90% des cas, des civils innocents.
Et comptabilisons aussi les incarcérations de masse et les meurtres de Noirs et de basanés commis impunément par la police. Ces 8 années n’ont pas changé la violence raciale d’état, elles n’ont fait que l’exciter par des proclamations obscènes d’une société ‘post-raciale’ alors que les Noirs se font tirer dessus par la police 2,5 fois plus que les Blancs.
Ajoutez-y que les Autochtones sont le ‘groupe racial le plus susceptible d’être tué par les forces de l’ordre’ aux Etats-Unis et qu’en plus, les femmes Autochtones se font agresser sexuellement et assassiner dans des proportions incomparables aux autres communautés, et vous aurez une idée plus claire de combien ces problèmes sont créés par le système.

Bien que le régime précédent reconnaisse la menace de réchauffement climatique, la réduction d’émissions de CO2 par l’extraction de charbon, en déclarant en même temps la saison ouverte pour la fracturation hydraulique et en permettant à l’industrie nucléaire de continuer ses attaques mortelles contre notre avenir, n’a pas été un acte significatif de développement ‘durable’. Le but de l’empire des Etats-Unis est de maintenir sa domination politique et économique, et ce but a toujours été alimenté par une guerre écocide contre Notre Mère la Terre aka colonialisme de ressources. Même le programme dans l’impasse de l’industrie à but non lucratif voudrait nous faire aller du blanchiment au ‘verdissement’ du capitalisme. Mais dans cette guerre contre Notre Mère la Terre, pouvons-nous risquer de recycler des tactiques inefficaces dans l’espoir que des actions symboliques changeront l’état d’esprit de nos oppresseurs ? Spécialement depuis que Trump a déclaré que le changement climatique était un ‘canular’ ?

Mais ce sont les deux faces de la même médaille. Les actes et attitudes fascistes, islamophobes, anti-immigrants, anti-Noirs, anti-Autochtones et misogynes de Trump représentent un système, pas seulement une personne ou un parti.

Un certain discours parle de moindre mal et se perd en diatribes sur un vague espoir, quelque part, mais ces thèmes nous ont été assénés, dans notre chair, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus cicatriser. C’est comme si nos corps étaient la terre profanée à chaque action de nos persécuteurs. Dans le cas de la politique électorale, ce processus n’est pas mis en question, les torts infligés non plus. Seule la mesure dans laquelle le voile couvre les blessures importe. La question n’est pas de voir les torts, mais de voir leur effet varier de la zone de confort jusqu’à la limite de l’insupportable. Ce processus est extrêmement réifiant et beaucoup d’entre nous jouent le rôle, parce que, aussi inquiétant que soit le fait d’être objectivé, l’alternative est d’être rendu invisible, inconnu, non-existant. Mais les luttes de résistance se dessèchent quand elles ne sont nourries que par un régime réduit de reconnaissance.
C’est une chose que la lutte générale, ininterrompue, contre le fascisme sait très bien.

« Nous devons rendre impossible pour Trump de gouverner le pays, et devons mettre le pouvoir dans les mains du peuple dans les rues. » –  Lorenzo Komboa Ervin

Des mouvements récents comme les Vies des Noirs Comptent (en particulier les émeutes comme celles de Baltimore et de Milwaukee) et les luttes de résistance pour les sites sacrés et l’eau comme NoDAPL (Red Warrior Camp), ont touché des nerfs de la domination coloniale et de l’exploitation des Etats-Unis.
Des combats pour nos vies dans les rues contre le terrorisme de la police, aux ripostes des gens de LGBTQI2-S contre les attaques fascistes, et aux luttes pour défendre nos terres et notre eau sacrées contre les infrastructures développées par des entreprises privées soutenues par la violence d’état et le colonialisme de ressources, tous ces moments et mouvements sont le résultat de la résistance ininterrompue qui combat depuis des centaines d’années sur ces terres.

Nous avons cessé de parler d’espoir quand nous avons dû nous concentrer sur la survie.

Alors que les réformistes s’occupaient surtout de prolonger l’agonie, nous avons commencé à nous imprégner nous-mêmes de la conviction que la souffrance va empirer. Ce n’était pas renoncer à notre pouvoir, mais une affirmation de notre capacité de guérir à nos conditions. Nous nous sommes mis à préparer nos esprits, notre intellect et nos corps avec cette conviction. Nous nous sommes reconnectés à l’idée que nous n’avons jamais eu d’autre choix que de combattre. Que la colonisation a toujours été la guerre. Que nous sommes des survivants de sa violence. Que nous n’avons jamais cessé de nous battre.

Nous comprenons la différence entre le pouvoir sur et le pouvoir avec. Et qu’il y a plus de pouvoir dans le pouvoir du peuple que dans le fait de choisir qui règnera sur lui. Qu’aucun politicien ne pourra jamais représenter les modes de vie Autochtones dans le contexte d’un système politique établi par le colonialisme. Que les politiques représentatives/électorales s’opposent à la libération de l’oppression coloniale. Que les luttes de nos ancêtres pour défendre Notre Mère la Terre et ses êtres vivants avec des prières et les armes à la main, sont toujours la même lutte que nous poursuivons aujourd’hui.

Trump a doublé la mise sur la fragilité coloniale pendant ce spectacle et a gagné. Mais cette fragilité même démontre en même temps à quel point, ceux qui ont bénéficié historiquement le plus de ce système, sont en fait désespérés et effrayés.

Lorenzo Komboa Ervin a déclaré: « Nous devons rendre impossible pour Trump de gouverner le pays, et devons mettre le pouvoir dans les mains du peuple dans les rues. »

Assumez votre rôle dans ces luttes et organisez-vous. Nous sommes ingouvernables et devons rendre impossible pour le système de gouverner sur des terres volées et occupées.