Indigenous Action
31 juillet 2020
Traduction Christine Prat

Flagstaff, Arizona – Les accusations portées contre trois des onze manifestants visés pour avoir participé à une manifestation en 2018 le ‘Jour des Peuples Autochtones’ à Flagstaff, ont été rejetées.

Ale Becerra, Klee Benally et Sumayyah Dawud, connus comme “les Trois du Jour des Peuples Autochtones » (IPD3), avaient choisi de combattre les accusations et rejeté tout accord de plaider coupable ou autre.

Klee Benally, depuis longtemps défenseur des droits des Autochtones à Flagstaff, déclare: «Je remercie tous ceux qui ont soutenu ceux d’entre nous qui ont été accusés, pour leur solidarité. Vos appels téléphoniques à la Ville et votre engagement constant à lutter pour la justice, pour les terres et les gens, ont eu un effet certain.

Les politiciens de Flagstaff ont déclaré un ‘Jour des Peuples Autochtones’, puis essayé de nous mettre sous les verrous quand nous avons lutté pour la justice. Ils ont utilisé d’énormes ressources pour enquêter et nous poursuivre, mais nous n’avons pas cédé et nous avons eu gain de cause. Aujourd’hui, nos actions sont reconnues comme justes, mais nous ne célébrons pas de victoire. Que la police de Flagstaff et la police dans toute l’île de la Tortue occupée continue d’attaquer et de tuer des gens Noirs ou basanés en toute impunité ne nous donne pas de raison de célébrer. Que les injustices perpétrées par la Ville de Flagstaff – le profit flagrant tiré de la destruction des cultures Autochtones, le profilage racial et la violence extrêmes et la criminalisation de nos frères SDF – continuent en pleine pandémie, ne nous permettent pas de célébrer. Nous célébrons les soulèvements de Black Lives Matter et les actions anticoloniales qui vont au-delà de réformes vides et des gesticulations des politiciens. Nous célébrons et continuons à accélérer le mouvement pour la justice pour la terre et tous les gens.»

Sumayyah Dawud, une militante des droits de l’homme, vivant à Phoenix, Arizona (territoire Akimel O’odham), déclare : « Je suis contente de ce que la Ville de Flagstaff ait pris la bonne décision en rejetant ces accusations. Cependant, elles n’auraient jamais dû être faites, pour commencer, et nous n’aurions jamais dû subir presque deux ans de poursuites. Ce n’est pas une victoire. Je suis consternée de ce que le jour que Flagstaff avait déclaré ‘Jour des Peuples Autochtones’, la police de Flagstaff ait agressivement poursuivi des Autochtones qui défilaient sur leur propre terre, utilisant des méthodes de surveillance extrêmes et qu’elle ait entamé des poursuites sélectives contre ceux qui s’étaient exprimés contre les nombreuses formes d’oppression et de violence anti-Autochtones auxquelles la Ville refuse de cesser de participer, et surtout de reconnaitre. La Ville doit entreprendre une action effective au lieu de s’engager dans une rhétorique insignifiante. Les attaques contre des Autochtones et autres protestataires ne doivent plus jamais se produire.»

Ale Becerra dit: «Il n’y a jamais eu aucun doute pour moi que cette affaire était un acte d’application sélective de la loi, l’unité du Service de Police de Flagstaff qui a décidé de poursuivre s’appelle comme ça. C’est plutôt comique que leurs arguments n’aient pas tenu au tribunal, mais c’est aussi comique pour tout le monde que le tribunal municipal se prononce contre soi-même. La Ville et le tribunal ne font qu’un et sont conçus pour dépouiller la classe ouvrière de Flagstaff d’argent et de liberté. Les accusations sont arrivées à un moment où la Ville de Flagstaff était sous pression à cause de sa collaboration avec l’ICE [Forces de l’Immigration et des Douanes] alors que l’ICE avait un accord avec la prison. J’ai tenu un discours pendant la manifestation, c’est très probablement pourquoi j’ai été visée. Dans ce discours, j’ai été très claire sur ma position de solidarité, en tant que mère immigrée, avec les Autochtones du pays où ma famille est venue quand elle a été déplacée par les effets violents du capitalisme. L’état, et tous ses acteurs, sont la menace contre nos communautés. A tous les niveaux auxquels nous n’avons pas d’autonomie, et où les institutions des suprémacistes blancs ont le pouvoir sur nos corps, ils arment leurs moyens quand ils veulent, comme ils veulent. Que ce soit le Service de Police de Flagstaff, qui criminalise les gens et leur fait craindre même de sortir dans leur propre quartier, ou l’ICE qui s’en prend à ceux qui s’organisent contre leurs raids violents, le FBI installé dans des bâtiments municipaux pour surveiller Mutual Aid [aide aux victimes du virus], les procureurs, les juges, les membres du conseil municipal, les prisons, etc. Ils ont tout un système construit pour nuire à tous ceux qui ne se plient pas à leur agenda.
Nous voyons des mouvements appelant à mettre un terme à leur violence se développer dans tout le pays. Certains diront «ce n’est pas la réalité à Flagstaff.» On les emmerde. Les problèmes qui touchent nos familles et nos proches sont réels, ce sont les vies des gens. Le moment présent exige rien moins que la solidarité active parmi ceux d’entre nous qui travaillent, vivent, aiment et ont toujours résidé dans cette communauté.»

L’avocat de Flagstaff, Lee Phillips, qui représente les trois (ex-)accusés a dit: «Je suis fier d’avoir pu aider à défendre les droits selon le Premier Amendement des manifestants pacifiques qui ont participé à la marche du ‘Jour des Peuples Autochtones’ et je suis heureux que ces trois derniers cas aient finalement été rejetés.»

Le 8 octobre 2018, au moins 40 personnes se sont rassemblées et ont défilé dans le centre de Flagstaff pour dénoncer la déclaration ‘hypocrite’ de la Ville de Flagstaff d’un ‘Jour des Peuples Autochtones’. Le rassemblement avait été tenu pour demander justice pour les Femmes Autochtones Disparues ou Assassinées, les jeunes filles, les Transsexuels et les Frères à Deux-Esprits, pour dénoncer la criminalisation des migrants qui conduit à des déportations et des détentions de masse, la responsabilité de la Ville de Flagstaff pour son rôle dans la profanation des Pics San Francisco, pour mettre un terme à la criminalisation des membres de la communauté SDF, et pour souligner le niveau hors de proportion du profilage racial et des arrestations d’Autochtones. Selon des rapports annuels, la police de Flagstaff arrête en moyenne 6000 personnes par an. Environ la moitié des personnes arrêtées sont des Autochtones, alors qu’ils ne constituent que 11% de la population.

L’attaque politiquement ciblée contre des manifestants était le résultat d’une surveillance par internet et l’emploi d’un opérateur secret par le Service de Police de Flagstaff, ‘l’Unité d’Application Sélective [de la Loi]’ et de la ‘Mission d’Application de l’Equipe de Renseignement sur les Gangs et l’Immigration’ (GIITEM), avant et après les faits.

Près d’une douzaine d’agents du Service de Police de Flagstaff ont utilisé des caméras portatives pour surveiller et documenter la manifestation, puis ont lancé une enquête de plusieurs semaines, utilisant des médias sociaux, comme les mots-dièse et les annonces sur Facebook, ainsi que la liste des invités à la manifestation, et un informateur non-identifié, le tout pour déposer un dossier d’accusations criminelles pour ‘Obstruction d’une Voie de Passage Publique’. Au total, onze personnes ont été initialement accusées le 11 novembre 2018. Sept d’entre elles ont accepté un accord de plaidoyer avec le choix entre 40 heures de service civil ou une amende de 150 dollars.

L’enquête a été conduite par Lance Roberts et Dustin Khuns, de ‘l’Unité d’Application Sélective’ du Service de Police de Flagstaff et ‘l’Analyste de Renseignements Criminels’ Susan Chacon, du GIITEM d’Arizona. L’avocat de Flagstaff Lee Phillips, qui représentait les trois accusés, a déposé une motion contre les poursuites sélectives. La motion affirmait que «les trois individus restant accusés disaient qu’eux-mêmes, et d’autres accusés plus tard, avaient été sélectionnés par la police et les Officiels de la Ville pour être poursuivis, à cause de leur participation connue à de nombreux évènements publiques similaires, visant à attirer l’attention sur divers problèmes de justice sociale.»

Une autre motion a été déposée pour attaquer la décision du Procureur général de la Ville de poursuivre, qui ne révélait pas une série d’emails entre le Service de Police, le Conseil Municipal de Flagstaff et le bureau du Directeur Municipal, tous obtenus par un journaliste de The Progressive, qui a écrit un article sur la surveillance continuelle de ceux qui protestent. Un agent des forces de l’ordre disait dans un des emails: «Pas d’exemption de prison pour eux. Ils ont causé des problèmes et doivent affronter les conséquences!».

Les motions ontété rejetées par la Juge de Flagstaff Amy Criddle.

Les accusés devaient passer au tribunal le 30 juillet 2020. Plus d’un an et demi après que les accusations aient été enregistrées.

Le 9 juillet 2020, une motion demandant de rejeter les accusations a été déposée par le Bureau du Procureur Général de la Ville de Flagstaff, et l’ordre a été signé le 20 juillet 2020.

La défense était prête à citer 23 témoins au procès, parmi lesquels des membres actuels ou précédents du Conseil Municipal de Flagstaff et d’autres cités dans des rapports sur lesquels l’Etat comptait pour l’accusation.

Les organisateurs du rassemblement initial, le Jour des Peuples Autochtones, appelaient à ces actions:

  • Continuer de boycotter la station de ski Arizona
    Snowbowl et exiger que la Ville de Flagstaff annule son contrat avec la station.
  • Mettre fin au profilage racial et à la
    collaboration avec l’ICE et s’efforcer d’abolir la police dans nos communautés
    en établissant des réseaux de soutien communautaires et des options de justice
    transformatrice/réparatrice.
  • Abroger l’ordonnance anti-camping et toutes les
    politiques anti-SDF.
  • Dons de sacs de couchage et de vêtements d’hiver
    pour nos frères SDF à Táala Hooghan Infoshop (1704 N 2nd St).

Voir plus d’infos sur la journée du 8 octobre 2018
Et sur les poursuites.

 

QUE LES PONTS QUE NOUS BRULONS ECLAIRENT NOTRE ROUTE

Par Indigenous Action Media
30 décembre 2018
Traduction Christine Prat

 

Que les ponts que nous brûlons…

“Que les ponts que je brûle éclairent ma route” est une affirmation populaire contre les compromis avec ceux qui veulent nous baiser, c’est notre offrande de carburant aux feux de l'”art de la résistance”. Nous ne voyons aucune utilité à naviguer prudemment selon la géographie de la respectabilité politique et du mouvement vers une fausse destination d'”unité”. Peindre en rouge ou blanchir la construction de ponts du capitalisme et du colonialisme par les complexes à but non lucratif ou l’industrie des alliances ne fait qu’acculturer notre domination.

Nous ne désirons pas réformer et prolonger ce système fondé sur notre destruction.

Un peu de division est nécessaire à nos calculs de la physique de la libération.

En commençant une nouvelle année (selon les conventions coloniales), nous voyons bien que les voies de nos communautés et de Notre Mère la Terre sont attaquées: de l’escalade des attaques xénophobes, la violence hétéro-patriarcale, la profanation des sites sacrés, des incarcérations massives et de la violence d’état à la déportation forcée, et bien d’autres formes d’usurpations extrêmes. Nous célébrons tout acte farouche et revendiqué, même infime ou “symbolique”, de résistance radicale et fanatique. Nous sentons l’odeur de la sauge et de l’essence qui brûlent.

Pour ceux qui partagent notre passion profonde et intense de la libération totale, que les ponts que nous brûlons éclairent la route.

 

Commander le t-shirt

 

Bande Annonce sous-titrée en français:

Photo de Klee par Marthe Sobczak

‘POWER LINES’ A OBTENU DEUX PRIX AU FESTIVAL DU FILM AMERINDIEN DE SAN FRANCISCO! ET UN AUTRE AU FESTIVAL DE DURANGO!

DURANGO, MARS 2017

SAN FRANCISCO, NOVEMBRE 2016

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kleeprincesshollywood21-11-2016Le film a été montré durant le festival, le 8 novembre 2016.

Il a obtenu le prix du meilleur film, et KAYLA DAILEY a obtenu le prix du meilleur second rôle féminin.

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La Première avait eu lieu à Flagstaff, Arizona, le 21 mai 2016. (Voir plus bas).

tkt04870La deuxième projection a eu lieu le 31 juillet, à la Comedia, à Montreuil, en Première française, européenne et internationale.

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Le film est également passé le 20 août à Santa Fe (Nouveau-Mexique), le 13 octobre à Kayenta (Nation Navajo, Arizona), et le 15 novembre à Tsaïle (Nation Navajo).

Power Lines: La Premiere!
Samedi 21 mai 2016
7:30pm – $11
Orpheum Theatre
15 W Aspen Ave, Flagstaff, Arizona 86001
Avec discussion, Poésie et Musique!

PREMIERE DE POWER LINES SAMEDI 21 MAI A FLAGSTAFF, ARIZONA

Le film de Klee Benally ‘Power Lines’ est passé en Première à l’Orpheum Theater, à Flagstaff, Arizona, samedi 21 mai 2016.

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Klee a écrit, le 22 mai :

KleeRoland18-2-2015Débordant de gratitude pour tous ceux qui sont venus pour soutenir la première du film Power Lines, ‪#‎powerlinesmovie , hier soir! Et plus spécialement pour la merveilleuse équipe technique et les acteurs qui ont rendu ce film possible. Remerciements aux gens d’Outta Your Backpack Media pour avoir maintenu la pression, à mon extraordinaire compagne @pinonblossom, et à l’indomptable @rolannnddd. Je pense que la moitié de la salle était remplie par des Benally 😉 ahe’hee la !

Mise à jour du 16 mai 2016 (article publié sur Indigenous Action Media)

[… Annonce de la Première …] Une partie de la recette des projections ira directement aux familles de Black Mesa touchées par les récentes confiscations de bétail.

Halee (Nezbahe Ragdoll) est une réfugiée Diné déplacée [de Big Mountain] de 16 ans qui se sert de la poésie pour s’évader de son passé et de son présent douloureux. Quand le père violent (Tony Skrelunas) de Halee dépasse les bornes, sa meilleure amie Selma (Kayla Dailey) l’aide à fuguer. Leur voyage au pays d’origine de Halee connaît un coup de théâtre lorsqu’elle découvre que son père lui a caché un secret qui a le pouvoir de changer sa vie pour toujours.

Power Lines a été écrit, mis en scène, dirigé et monté par Klee Benally et filmé grâce aux talents des mentors d’Outta Your Backpack Media (OYBM), Shelby Ray, Steven Toya esq., Hillary Abe, et Keemara Bahe. OYBM est une association à but non-lucratif de Flagstaff qui propose des ateliers de tournage de films gratuits pour la jeunesse Autochtone. Le film a été fait avec des acteurs locaux, de Flagstaff, Nezbahe Ragdoll, Kayla Daily, Tony Skrelunas, Belinda Ayze, Sam Minkler, et avec de la poésie de Rowie Shebala et Layla June Johnston.

Power Lines a été filmé en partie à Las Vegas et dans tout le nord de l’Arizona, avec un budget limité, qui a été atteint grâce aux dons par Internet.

« Les effets sociaux de la déportation forcée de Black Mesa sur la Nation Diné n’ont jamais été traités dans un film de fiction jusqu’à maintenant. » dit le réalisateur Klee Benally, « Je voulais partager une fiction centrée sur les impacts sociaux et culturels qui sont souvent laissés de côté. »

  1. Benally a produit des documentaires, entre autres le film couronné par un prix, « The Snowbowl Effect », qui traite de la profanation des San Francisco Peaks, sacrés pour plus de 13 Nations Autochtones, par une station de ski. Power Lines est son premier film de fiction.

« Travailler sur une fiction est libérateur, mais aussi un incroyable défi. » dit K. Benally, « Notre équipe de production a travaillé dur pour arriver à mélanger la justice dans les médias au punk rock et à une forte éthique d’indépendance et de ‘tout faire soi-même’. Cette histoire et la réalisation du film est à la fois collective et un trajet politique, et j’espère qu’elle sera perçue comme distrayante, provocante et poussant à l’action. »

Pour plus d’infos sur le film, voir plus bas. En anglais voir www.powerlinesmovie.com

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Production: Indigenous Action Media, Outta Your Backpack Media

Distribution: Nezbahe Ragdoll, Kayla Daily, Tony Skrelunas, Belinda Ayze, Sam Minkler

Réalisateur-scénarist, montage, musique: Klee Benally

Production : Princess Benally, Crystal Zevon

Cameramen/women: Shelby Ray, Hillary Abe, Steven Toya esq., Klee Benally, Taylor Hall

Preneur de son: Steven Toya, esq.

Assistant de production, conception des décors, ravitaillement : Roland Begay

Durée : 75 minutes (A l’attention des parents: il y a des mots crus)

LE FILM ‘POWER LINES’: PREMIERE LE 21 MAI, A FLAGSTAFF!

Ya’at’eeh,

Il y a beaucoup trop longtemps que je n’ai pas mis de mises à jour sur mon site, donc je vous en donne quelques unes rapidement. (Si vous voulez vraiment savoir tout ce que je fais à temps, voir [en anglais] www.indigenousaction.org ou www.chrisp.lautre.net/wpblog, en français et ma page Facebook).

JonesRecordingPowerLines

Jones Benally enregistrant pour la bande son

Mon film Power Lines est quasiment prêt à sortir! Nous pensons que la Première aura lieu en mai (oui, c’est le mois qui vient)! Je sais, ça fait un an de retard, pour le dire brièvement, j’avais au départ réservé du temps pour travailler au film l’an dernier et je pensais que j’allais être très occupé avec d’autres projets et campagnes. Mais en plus, je n’avais pas vraiment compté que ça prendrait tant de temps pour écrire et enregistrer la bande son, pour le montage et la correction de la couleur… donc, voilà, ça a été un peu désordonné. Mais la bande son nous a procuré beaucoup de plaisir, et je sais que ça vous plaira. J’ai même épousseté mes guitares électriques pour quelques morceaux qui arrachent pas mal.

Nous annoncerons la Première bientôt [le 21 mai, donc – NdT] et ferons une tournée avec le film!

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Mes autres activités pendant ce temps:
Une œuvre intitulée « Tirer sur Christophe Colomb ». Bientôt disponible en grand format, à commander! 🙂

PowerLines03L’un des projets dans lesquels j’ai été impliqué était le projet de Collaboration pour la Confluence au Musée Heard (voir en anglais, en français). J’ai été amené à travailler avec une mentor formidable, Shaandiin ShaandiinYazzieYazzie, et nous avons fait une courte vidéo, et, à grande échelle, des collages, t-shirts, logos, stickers, et une poupée, dans le cadre d’une campagne pour mettre fin à l’exploitation de la culture des Peuples Autochtones. J’ai aussi eu l’occasion de montrer quelques unes de mes productions artistiques. Je remercie infiniment Jaclyn Roessel (www.grownupnavajo.com ) pour avoir organisé cette collaboration!

J’ai aussi beaucoup travaillé avec l’organisation Clean Up The Mines! qui fait campagne pour la décontamination de plus de 15000 mines d’uranium abandonnées dans tous les soi-disant Etats-Unis. L’an dernier, nous avons participé à plusieurs actions visant à éveiller la conscience du problème, et cette année, j’ai organisé une délégation d’Autochtones qui s’est rendue à Washington D.C. Beaucoup de café, le manque de sommeil et des amis formidables ont rendu l’entreprise extrêmement efficace (malgré une petite tempête de neige qui a posé des problèmes). Pour en savoir plus, voir http://www.chrisp.lautre.net/wpblog/?p=3197 . Et j’ai fait aussi une présentation à Los Angeles pendant tout ce cirque…

TaalaHooghanHomeless2016Un autre projet auquel j’ai travaillé avec un groupe de gens, a été de restructurer Táala Hooghan Infoshop, de réorganiser, nettoyer, et de nous occuper de nos proches à la rue. Nous avons reçu une quantité incroyable de dons et avons distribué des produits de base absolument nécessaires à nos proches qui avaient été littéralement laissés dehors dans le froid. Nous avons vraiment besoin de dons pour continuer cette action et maintenir l’existence d’Outta Your Backpack Media! Vous pouvez envoyer vos dons à: www.indigenousaction.org/donate/

Pour des dons déductibles des impôts ou des dons importants (nous avons aussi acheté un bâtiment!) ou pour les donateurs/subventions: www.oybm.org/donate/

NoColumbusDay2016Un groupe de gens de Flagstaff ont aussi beaucoup travaillé pour dénoncer la célébration colonialiste du génocide connu sous le nom de Jour de Christophe KKKolomb. Avec le soutien de la conseillère municipale Eva Putzova, nous avons obtenu que le Conseil Municipal approuve le processus qui consiste aussi à chercher des contributions directes et des solutions à une série de problèmes qui affectent la Communauté Autochtone locale.

ShootingColumbusCollectiveEn plus, je travaille avec un groupe de mauvais sujets qui ont formé un collectif artistique autour d’une œuvre intitulée « Tirer sur Christophe Colomb » http://indigenouscycles.tumblr.com/shootingcolumbus . C’est une production multimédia qui ira en première l’année prochaine en territoire Tohono O’odham occupé (Chuckson/Tucson).

J’ai aussi participé au soutien médiatique et au design pour une série de campagnes, comme www.protectmedicinelake.org, www.doodafracking.org/, www.protectthepeaks.org, et quelques autres.

Tout cela (et bien plus) m’a tenu terriblement occupé, au point que j’ai perdu le fil des commandes (beaucoup ont été dirigées vers le dossier spam, en plus!). Je m’occuperai sans aucun doute de vos commandes, si vous avez un avis de commande en attente, veuillez s’il vous plait patienter, vu que tous les t-shirts sont sérigraphiés à la main par notre équipe de Táala Hooghan. Les commandes de t-shirts de ce site (http://kleebenally.com/ ) et de http://design.indigenousaction.org/ sont destinées à soutenir toutes ces actions!

[…]

Il y aura encore d’autres actions (entre autres une tournée européenne cet été), consultez ma page Facebook ou Instagram @kleebenally https://www.instagram.com/kleebenally/ pour cela et le reste. J’organiserai bientôt la Première de Power Lines, donc restez branchés!

Ahe’hee’,

Klee

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LE FILM

NezbaheKayla18-2-2015Power Lines est une histoire à connotation politique du passage à l’adolescence d’une jeune poétesse Diné (Navajo) qui fugue et trouve son véritable foyer.
Flagstaff, Arizona, United States Film
Produit par Indigenous Action Media en association avec Outta Your Backpack Media .

Halee est une réfugiée Diné de 16 ans, victime de la déportation des Navajo de Black Mesa, qui se sert d’une Nezbahe28-12-2015poésie féroce pour échapper à son passé et son présent douloureux.

Lorsque le père violent et incestueux de Halee dépasse les bornes, sa meilleure amie l’aide à s’enfuir. Leur voyage vers le pays d’origine de Halee connaît un rebondissement lorsqu’elle découvre que son père a gardé un secret qui a le pouvoir de changer la vie de Halee pour toujours.

PowerlinesCrew18-2-2015L’équipe du film, et les acteurs

MERCI A TOUS CEUX D’ENTRE VOUS QUI ONT CONTRIBUE A RENDRE CE FILM POSSIBLE!

A PROPOS DE KLEE BENALLY

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Quelques mots à mon sujet et sur les circonstances entourant l’histoire :
Je suis né au cœur d’un conflit territorial et politique créé par les intérêts des grandes compagnies pour accéder au charbon sous la terre natale de ma famille à Black Mesa, Arizona.
En 1974, le Congrès des Etats-Unis a adopté le projet de loi PL93-531, également connu comme « Loi de Déplacement », obligeant plus de 20000 Diné (Navajo) à quitter leur terre ancestrale.

Pendant 20 ans, j’ai fait des tournées internationale avec le groupe Blackfire, un groupe punk-rock politisé qui a obtenu plusieurs prix, et que j’avais fondé avec mon frère et ma sœur.
Nous avions fondé Blackfire comme un moyen créatif de transformer notre propre colère suscitée par le fait d’avoir été témoins de ce que notre famille avait été disloquée par la déportation forcée. Nous utilisions la musique comme outil de changement social. Je considère ce film comme un prolongement de ce travail.

En tant que bénévole pour Indigenous Action Media depuis 2001, j’ai réalisé des documentaires politiques, entre autres le film couronné par des prix, « The Snowbowl Effect ». J’ai aussi produit des court-métrages, des vidéos de musique et fais partie de l’encadrement d’Outta Your Backpack Media (OYBM), un projet pour la jeunesse Autochtone que j’avais aidé à fonder en 2004 et où je continue à travailler comme bénévole. Au total, j’ai aidé à produire plus de 60 court-métrages par l’intermédiaire d’OYBM.

Les effets de la déportation forcée et de l’extraction de charbon sur Black Mesa, entre autres le traumatisme historique et le colonialisme, n’ont jamais été traités sous forme de fiction jusqu’à maintenant. Mon intention est que ce projet ait un effet profond et durable sur les jeunes Autochtones affectés par cette crise, et aussi sur un public beaucoup plus large.


Klee Benally, réalisateur et musicien Diné, dit: “J’annonce avec enthousiasme ma première courte vidéo en réalité virtuelle, ‘Poise/End'”. Elle sera installée au Centre Coconino pour les Arts, dans le cadre de l’exposition Hope and Trauma in a Poisoned Land [Espoir et Traumatisme sur une Terre Empoisonnée], qui aura lieu du 15 août au 28 octobre 2017. (Photos Klee Benally)

 

ESPOIR ET TRAUMATISME SUR UNE TERRE EMPOISONNEE

 

Par le Conseil des Arts de Flagstaff (Arizona)
Centre Coconino pour les Arts
Publié sur Censored News
Le 4 août 2017
Traduction Christine Prat

 

Espoir et Traumatisme sur une Terre Empoisonnée montrera l’impact de l’extraction d’uranium sur les terres et les habitants Navajos. L’exposition présentera des œuvres de plus de deux douzaines d’artistes, Navajos et Autochtones. Le samedi 12 août, il y aura une Réception pour les membres du Conseil pour les Arts. L’exposition sera ouverte au public du 15 août au 28 octobre 2017.

Par l’intermédiaire des artistes participants, Hope and Trauma fera connaître des histoires et points de vue de Navajos sur leurs expériences résultant d’impacts radioactifs, sur leurs corps, leurs terres, leur eau, leurs animaux, et les objets et matériaux naturels qu’ils utilisent dans la vie quotidienne. Les œuvres d’art auront pour base une série d’interactions, d’histoires relatées, et de programmes éducatifs qui ont eu lieu à Cameron et à Flagstaff, en Arizona, en octobre 2016. Les artistes ont participé à un programme éducatif de quatre jours, au cours duquel ils ont été immergés dans le paysage où l’uranium a été extrait et où la pollution radioactive s’est produite, dans la Nation Navajo. Ils ont appris de membres de la communauté Navajo, de scientifiques, de professionnels de la santé, de spécialistes de la santé mentale et autres experts, ce qu’étaient les impacts de l’extraction d’uranium.

Cette exposition de grande envergure est financée en partie par une subvention du National Endowment for the Arts [Fonds National pour les Arts].


Chip Thomas

 

De 1944 à 1986, près de 30 millions de tonnes de minerai d’uranium ont été extraites des terres Navajo. A l’époque, les mineurs Navajos et les habitants n’avaient pas été informés des effets sur la santé du travail dans les mines, ni de l’impact sur les terres. De nombreux Navajos sont décédés d’insuffisance rénale ou de cancers à cause de la pollution par l’uranium. Des recherches par les Centres pour le Contrôle des Maladies montrent qu’il y a encore de l’uranium dans le corps de bébés nés aujourd’hui.

Il y a plus de mille mines d’uranium abandonnées dans la Réserve Navajo, en Arizona, en Utah et au Nouveau-Mexique. Des centaines se trouvent à moins de 80 km de Flagstaff, et à Cameron, en Arizona. Le gouvernement fédéral a récemment accepté de consacrer plus d’un milliard de dollars pour nettoyer 94 mines abandonnées dans la Nation Navajo. Le coût d’un nettoyage de toutes les mines abandonnées est vraisemblablement trop élevé pour être calculé.

 

Hope and Trauma in a Poisoned Land est organisée en partenariat entre le Siège du Chapitre de Cameron, dans la Nation Navajo, le Conseil pour les Arts de Flagstaff, le Programme pour la Santé Environnementale Communautaire de l’Université du Nouveau Mexique, et l’Université du Nord de l’Arizona [à Flagstaff].

Les partenaires du projet ont suivi le modèle bien établi pour des expositions artistiques, qui a commencé avec Fires of Change [expo présentée par le Conseil des Arts de Flagstaff en 2015]. L’exposition a aussi compris un entrainement d’une semaine pour les artistes participants, sur l’écologie des forêts et le feu, donnant aux artistes des informations sur la taille et la fréquence des incendies dans le Sud-ouest américain, et plus particulièrement dans le nord de l’Arizona. Ceci assure que les artistes participants ont été suffisamment informés du problème complexe posé par l’extraction d’uranium, avant de créer des œuvres pour l’exposition.

Hope and Trauma comprendra plusieurs séances informatives qui seront planifiées au cours de l’exposition.

 

 

A propos de la bombe larguée sur ordre de Trump en Afghanistan, la bombe non-nucléaire la plus puissante de l’histoire, baptisée MOAB, Mother Of All Bombs (Mère De Toutes les Bombes).

 

Par Indigenous Action Media
Publié le 13 avril 2017
Traduction Christine Prat

 

Toutes justifications et légitimité des cibles mises à part (et allez-vous faire foutre si vous pensez qu’il n’y a pas eu de victimes civiles), nous ne devons pas considérer le largage de la plus puissante bombe non-nucléaire de l’histoire, sans le mettre en relation avec la capacité et le potentiel de violence qui constituent l’existence même des soi-disant Etats-Unis.

Cette « Mère De Toutes les Bombes » – larguée par le seul pays au monde qui ait utilisé des armes nucléaires au combat, toutes les deux au Japon, sur des villes très peuplées, comme point final brutal, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale – n’est pas seulement une démonstration de force, elle représente un narratif apocalyptique menaçant toute vie, et pas seulement celle des tristes rejetons de l’Etat Islamique ou de l’Impérialisme des Etats-Unis.

En décembre 2016, Trump a twitté que « les Etats-Unis devaient grandement renforcer et étendre leur capacité nucléaire, jusqu’à ce que le monde ait repris ses esprits en ce qui concerne le nucléaire. » La détonation de la “Mère De Toutes les Bombes” démontre clairement que le Fasciste en Chef n’a aucune inhibition le retenant d’utiliser une arme encore plus puissante.

Souvenez-vous que le potentiel pour une violence d’Etat globale existe quel que soit le parti au pouvoir : par exemple, il y a eu dix fois plus d’attaques aériennes (surtout avec des drones qui ont éradiqué des centaines de vies de civiles) sous la présidence d’Obama que sous celle de George W. Bush.

Pendant la guerre froide, les Etats-Unis ont employé une stratégie militaire et nationale connue sous le nom de Destruction Mutuelle Assurée (MAD – qui veut dire ‘fou’ NdT – Mutually Assured Destruction; dans la France de de Gaulle, ça s’appelait juste ‘dissuasion’ – NdT). Selon Wikipédia, « MAD est une doctrine de politique de stratégie militaire et de sécurité nationale dans laquelle l’utilisation illimitée d’armes nucléaire par deux ou plusieurs parties opposées causerait l’annihilation complète de l’attaquant comme de l’attaqué… »

C’était, littéralement, une doctrine de « l’annihilation. »

L’imaginaire théologique, pop-culturel et politique d’annihilation totale a occupé l’espace entre les rêves et les cauchemars pendant des générations, mais c’est l’invention des armes nucléaires qui rendu l’apocalypse techniquement possible.

Les entreprises qui produisent ces armes et les industries minières qui les alimentent, et de façon plus large l’incontournable Complexe Militaro-Industriel, ont toutes fait de l’argent de cette fervente croyance.

Les partisans du refus radical de la guerre et du nucléaire ont longtemps résisté et attaqué ces armes de destruction massive, les systèmes politiques qui les engendrent, et les entreprises qui profitent de leur prolifération.

Dans les années 1980, le Mouvement Plowshares [Chrétiens pacifistes et anti-nucléaires, s’intitulant ‘socs de charrues’, référence biblique – NdT] organisait des actions telles que s’introduire par effraction dans des bâtiments militaires, détruire des ogives et des têtes de fusées nucléaires, et verser du sang sur les documents et les dossiers.

De 1986 à 1994, des Shoshone du Nevada et un groupe appelé Nevada Desert Experience, ont entrepris des actions directes sur le Site de Tests du Nevada, le premier site de tests des armes nucléaires des soi-disant Etats-Unis : il y eut près de 16000 arrestations. Plus de 1000 tests de détonation de bombes atomiques ont été perpétrés à Newe Segobia (terres des Shoshone de l’Ouest – lieu introuvable sur Google Maps, NdT), et des dizaines dans les Iles Marshall. La radioactivité produite par ces tests a causé des cancers et autre contamination directe aux communautés locales ou vivant sous le vent des sites. Les Autochtones des Iles Marshall ont refusé de se reproduire, à cause des extrêmes handicaps congénitaux résultant des actions effroyables du colonialisme nucléaire.

En 2006, les Etats-Unis ont menacé de tester la « Frappe Divine », bombe non-nucléaire, une arme capable d’  « exploser les bunkers », de la même catégorie mais beaucoup plus puissante que la MOAB, sur l’ancien site de Newe Segobia occupée. Les Shoshone et les groupes anti-nucléaires sont intervenus et ont finalement réussi à empêcher le test, affirmant que c’était un précurseur à l’utilisation d’armes nucléaires.

Historiquement, des groupes de libération militants comme les Black Panthers pour l’Autodéfense, l’American Indian Movement, Women of All Red Nations, Weather Underground, et d’autres, ont tous reconnu que des formes d’action diverses et plus directes étaient nécessaires face à la violence d’état généralisée.

Aujourd’hui, tandis que des centaines d’espèces disparaissent chaque jour, et que les voies de l’impérialisme américain sont pavées d’héritages d’écocides et de génocides, nous avons apparemment trouvé le moyen de fétichiser l’apocalypse avec des fantasmes et des scenarii de survie de zombies. A bien des égards, il parait être plus facile d’imaginer l’annihilation que de créer des solutions, de s’organiser et d’y faire quelque chose.

Historiquement, les activistes anti-guerre et anti-nucléaire radicaux n’avaient rien à foutre de la « politique de la respectabilité » ni de la destruction de la propriété considérée comme « violence », comparées à cette menace. Ils ont littéralement pris une massue contre la source de la violence d’état, et par là, l’ont, symboliquement et matériellement, neutralisée.

Tout comme il y a des points d’intervention dans tous les aspects de ce qu’on appelle la chaîne nucléaire (extraction d’uranium, transport, retraitement, énergie, armes et déchets), il y a des points d’intervention dans toutes les activités du complexe militaro-industriel; des entreprises qui produisent les composants électroniques pour les armes, jusqu’aux centres de recrutement de l’armée, aux transports de machines militaires par route et rail, et aux bases militaires dans tous ces territoires volés.

Alors que Michael Franti chante « nous pouvons bombarder le monde pour le réduire en éclats, mais nous ne pouvons pas le bombarder pour le réduire à la paix », peut-être que notre adaptation du refrain pourrait être « vous ne pouvez pas bombarder le monde pour le réduire en éclats si nous bousillons vos machines. »

 

#anticolonialisme #pouvoirauxantiimpérialistes #nonaunucléaire #meredetouteslesbombes #combattezlaguerre

#powertotheanticolonial #powertotheantiimperial #nonukes #moab #fightwarnotwars

 

kleecapitalismistheenemysmall

LA COLONISATION C’EST LA GUERRE!

Par Klee Benally
Publié sur Facebook
28 octobre 2016
Traduction Christine Prat

kleecolonizationC’est un instantané de la résistance au 21ème siècle au colonialisme des ressources. Cette lutte n’a pas commencé et ne s’arrêtera pas avec le pipeline Dakota Access.

Il y a un contexte, profondément inscrit avec des mots qui sont des cicatrices sur notre Mère. Nous pouvons les lire, c’est l’histoire de la souffrance et du traumatisme du pays.

C’est notre traumatisme.

Là où il y a de la douleur, il y a une cause. Les praticiens de la médecine traditionnelle Diné disent de rechercher ce qu’est la cause essentielle puis recommandent quelle prière ou cérémonie serait appropriée pour un patient en particulier. Dans notre culture, nous ne traitons pas les symptômes. C’est comme ça que nous guérissons.

De la même manière, il est crucial de comprendre que le réchauffement climatique est une conséquence de la guerre contre Notre Mère la Terre et que les sites sacrés sont parties intégrales pour le maintien de l’équilibre avec le monde naturel. Il y a des dimensions physiques et spirituelles dans cette guerre coloniale qui, quand nous sommes confrontés à la police, la font paraître presque sans fin.

Ce système ne comprend pas le caractère sacré de l’eau ou de la terre, à moins que ça ne rapporte. La réalité est que tant que Notre Mère la Terre sera considérée comme une marchandise, ce conflit durera.

Cela signifie que pour arrêter complètement ces oléoducs, nous devons mettre un terme à la machine politique et aux systèmes qui les engendrent.

Il est aussi crucial de comprendre que la police existe pour conserver et imposer la loi coloniale. Leur institution, qui prend ses racines dans une histoire de suprématisme blanc, n’a servi que ceux qui cherchent à profaner et exploiter la terre et l’eau sacrées. Ils assassinent les Noirs et les Basanés en toute impunité, ils protègent les entreprises qui commettent des actes de génocide et écocide culturels. Ils serrent la main des milices blanches armées ‘d’occupation’ et tirent des balles de caoutchouc, des lacrymogènes, des grenades assourdissantes, et arrêtent des Anciens en train de prier pacifiquement.

Ce système n’est pas cassé, il a été fait pour fonctionner comme cela.

La société dominante se débat pour comprendre cette lutte, mais pour que ça arrive, il faut qu’ils reconnaissent et résolvent l’écocide, le génocide, l’esclavage.

La justice environnementale et sociale ne peut pas être complètement réalisée dans le contexte du colonialisme de peuplement. Ceci signifie que la conscience anticoloniale, ou conscience de colon, doit être à l’intersection de l’analyse et de l’action concernant les terres Autochtones volées.

Quand il s’agit de luttes Autochtones historiques pour la survie, il se peut que le plus grand défi organisationnel pour l’esprit du combat #nodapl soit de s’assurer qu’il n’est pas engagé en tant qu’exception ou coopté et absorbé dans le milieu politique progressiste de l’industrie à but non-lucratif, mais comme référence à laquelle nous pouvons nous connecter, réfléchir, construire et continuer à combattre pour la libération de Notre Mère la Terre et de tous ses êtres. A travers la fumée des feux sacrés, des machines brûlées, et des barricades fumantes, nous voyons que c’est possible. Que c’est comment guérir.

#nodapl #defendthesacred #waterislife #thefrontlineiseverywhere #capitalismistheenemyofmotherearth #acab #accomplices

kleepeaks24-6-2016

 

Par Klee Benally
Publié sur Indigenous Action Media
9 septembre 2016
Traduction Christine Prat

 

Le texte de la déclaration Fédérale (en anglais): https://www.justice.gov/opa/pr/joint-statement-department-justice-department-army-and-department-interior-regarding-standing

 

Les San Francisco Peaks, Arizona – Le gouvernement Fédéral a beaucoup de choses à prouver s’il est sincère quand il exprime son intérêt pour la protection des terres sacrées des Peuples Autochtones. La Déclaration commune des Ministères de la Justice, de l’Armée et de l’Intérieur admet que le combat contre le pipeline Dakota Access (DAPL) « a mis en lumière la nécessité d’une discussion sérieuse sur l’opportunité d’une réforme nationale de la façon de considérer le point de vue des tribus sur ce type de projets d’infrastructure. » Une discussion sérieuse a eu lieu et des réformes réalisées, cependant il est clair que le Gouvernement Fédéral n’écoute pas à moins que nous ne mettions nos vies en danger entre les machines et les terres sacrées. Apparemment, c’est ce qu’il doit arriver, mais jusqu’à quel degré de mise en danger devons nous aller avant d’avoir assuré la protection de tous les sites sacrés ?

Le gouvernement Fédéral a démontré à de nombreuses reprises que les Peuples Autochtones aux Etats-Unis n’avaient aucune protection de leur liberté de culte dès qu’il s’agit de sites sacrés et de terres ‘publiques’. Au moment où j’écris, les promoteurs de la zone skiable déchirent les San Francisco Peaks, une montagne du Nord de l’Arizona « gérée » par le gouvernement Fédéral et considérée comme sacrée par plus de 13 Nations Autochtones, pour construire de nouveaux remonte-pente et poursuivre des opérations qui incluent le déversement de millions de litres d’eau d’égouts recyclée pour fabriquer de la neige artificielle. Les bulldozers doivent aussi commencer à profaner la Montagne du Sud, dans le Sud de l’Arizona, dès lundi [12 septembre].

Le Gouvernement des Etats-Unis a déjà établi des règles (limitées) pour la protection des terres sacrées et les consultations préalables, mais dans la lutte pour protéger Sacred Rock et le Fleuve Missouri, ces règles ont été clairement ignorées. En 2012, cinq institutions Fédérales ont signé protocole d’accord [MOU, Memorandum of Understanding] pour « améliorer la protection et l’accès Indien aux sites sacrés grâce à la coordination et la collaboration entre les institutions ».

Voir texte (en anglais) : www.fs.fed.us/spf/tribalrelations/sacredsitesmou.shtml, www.achp.gov/docs/SS%20MOU%20Action%20Plan%20%20March%205%202013.pdf

Si le gouvernement Fédéral était sincèrement intéressé par la protection des sites sacrés, il pourrait au minimum se conformer à et appliquer avec conséquence ses propres lois, mais ça n’a pas été le cas pour les luttes pour des sites sacrés comme le Mont Graham, Mauna Kea, Bear Butte, Oak Flat, la Montagne du Sud, Red Butte, Medicine Lake, le Mont Taylor, les San Francisco Peaks et beaucoup d’autres.Que le gouvernement Fédéral ait entrepris une étude de politique nationale pour les sites sacrés en 2011, APRES près d’une décennie de litiges légaux et d’action directe pour bloquer le développement du domaine skiable sur les San Francisco Peaks, a démontré qu’il y avait un manque de consultations effectives et un échec des cadres statutaires existants.Le problème a été si controversé que même les Nations Unies ont appelé à la révocation immédiate des permis Fédéraux de la station de ski sur les Pics sacrés. Vu leur inaction constante, il est clair que les Etats-Unis ignorent délibérément les conventions des Nations Unies applicables et les déclarations ‘non-contraignantes’.La déclaration fédérale commune dit: « Il nous incombe à tous d’ouvrir une voie qui serve l’intérêt publique le plus large. » Cependant, le gouvernement Obama a approuvé la profanation des San Francisco Peaks sacrés comme servant « l’intérêt publique le plus large. »

Nous pouvons déjà répondre à deux questions du projet de consultations de gouvernement à gouvernement: 1. Les cadres statutaires existants sont de toute évidence le problème, étant donné que nous n’avons pas de possibilité d’action légale pour assurer la protection des sites sacrés. 2. La Loi sur la Liberté Religieuse des Amérindiens, la Loi sur la Protection et le Rapatriement des Sépultures Autochtones, la Loi sur la Préservation du Patrimoine Historique National, la Loi sur la Politique Environnementale Nationale, la Loi sur la Protection des Ressources Archéologiques, la Loi sur le Rétablissement de la Liberté Religieuse, l’Ordre Exécutif 13007, ont tous échoué, sinon nous n’aurions pas à risquer nos vies pour défendre nos terres contre des bulldozers privés. Une législation a été proposée au Congrès en 1993 afin de résoudre les manquements statutaires par une Loi sur l’Exercice Libre de leur Religion par les Autochtones, mais elle a en fait avorté en commission. Qu’est-ce qui leur a pris si longtemps pour se rendre compte qu’une procédure d’action légale manquait ?

Si les consultations proposées doivent avoir un sens (au minimum):
. Le gouvernement Fédéral des Etats-Unis doit mettre un terme à toutes les menaces pesant sur des sites sacrés Autochtones. Arrêter immédiatement la profanation de la Montagne du Sud, de Mauna Kea, des San Francisco Peaks et de tous les autres sites sacrés menacés.
. Les consultations doivent aller au-delà des dirigeants Tribaux officiels et inclure les praticiens traditionnels.

 

La puissante résistance à Cannon Ball, dans le Dakota du Nord, a amené le gouvernement Fédéral à se rendre compte que son attitude et sa politique vis-à-vis des terres sacrées des Peuples Autochtones avaient échoué une fois de plus. Ceci démontre que l’action directe est un moyen nécessaire et efficace pour la protection de notre survie culturelle. Ça avait déjà été démontré clairement et fortement par les actions directes culturelles entreprises par les Hawaiiens Autochtones contre le Télescope de Trente Mètres de Mauna Kea.

Finalement, nous devons faire admettre définitivement que la profanation des sites sacrés est poussée par les forces du capitalisme, du colonialisme et du suprématisme blanc. Pour bloquer définitivement ces pipelines, nous devons en finir aussi avec la machine politique et les systèmes qui les produisent.
Ces systèmes continueront à délégitimer, criminaliser, éliminer, exploiter et détruire toutes les vies et terres Autochtones qui se trouveront en travers de leur route. En fait, les mêmes flics qui protègent les entreprises qui ravagent nos terres sacrées, sont aussi ceux qui assassinent des Noirs et des gens basanés en toute impunité. Nous savons trop bien comment les tribunaux et les cadres statutaires sont intrinsèquement contre nos intérêts en tant que Peuples Autochtones, c’est pourquoi nous déclarons « Il n’y a pas de justice sur des terres volées. »

La dynamique engendrée par le puissant mouvement contre DAPL résonne profondément et se relie à toutes les luttes pour défendre des terres sacrées, c’est une force issue des prières de nos ancêtres pour les générations futures. C’est une force qui ne sera pas arrêtée.

 

Au pied des San Francisco Peaks sacrés,

Klee Benally

www.protectthepeaks.org
#defendthesacred

 

 

Par Klee Benally
Publié sur Facebook
Le 24 août 2016

 

#thefrontlineiseverywhere #defendthesacred #NoDAPL

C’est difficile de ne pas éprouver des sentiments conflictuels lorsque des politiciens de la Nation Navajo envoient un message de solidarité à la résistance au Pipeline d’Accès Dakota, tout en continuant à perpétrer la profanation et l’exploitation des ressources de terres sacrées et à en bénéficier.

Nous avons un nuage de méthane de la taille du Delaware au-dessus de nos têtes dans la région de Four Corners et plus de 20 000 Diné touchés par la déportation forcée liée à l’extraction de charbon de la plus grande mine à ciel ouvert d’Amérique du Nord, à Black Mesa; alors oui, je suis sceptique.

 

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En une déclaration géopolitique claire de comment l’exploitation des ressources est au centre de son identité nationale, le drapeau de la Nation Navajo exhibe des images d’un puits de pétrole et d’une centrale électrique.

En fait, les politiciens de la Nation Navajo ont historiquement pris position contre ceux qui défendaient les terres sacrées, à part quelques exceptions limitées (particulièrement le combat contre Snowbowl sur Dooko’ooslííd ou la campagne actuelle pour protéger Bears Ears). Souvenez-vous quand le Porte-parole du Conseil de la Nation Navajo, Lorenzo Bates, déclarait devant le Comité des Affaires Indiennes du Sénat U.S. que « la guerre contre le charbon est une guerre contre l’économie Navajo et notre capacité à agir en Nation souveraine. » Oh oui, et en 2009, quand le président d’alors, Joe Shirley Jr. proclamait: « Comme jamais auparavant, les militants et les organisations écologistes sont parmi les plus grandes menaces pour notre souveraineté tribale, notre autodétermination tribale et notre quête d’indépendance. »

NavajoFlagKleeVersion24-8-2016SmallDepuis qu’il a été imposé en 1923, le rôle du gouvernement de la Nation Navajo a été de légitimer et de maximiser l’extraction de ressources par le gouvernement des Etats-Unis. D’après un rapport déposé par la Commission des Droits Civils, le conseil tribal a été « créé en partie pour que les compagnies pétrolières aient des représentants Navajos légitimes dont ils pourraient obtenir des concessions sur des terres de la réserve où du pétrole avait été découvert. »

C’est dans un contexte particulier, et les apparences changent certainement avec de nouveaux politiciens et des réformes, mais jusqu’à quel point? Spécialement maintenant que nous avons notre propre pipeline pour du pétrole obtenu par fracturation menaçant la Terre Diné [Diné Bikeyah].

Le pipeline de 225 km de Piñon doit transporter jusqu’à 18,25 millions de barils par an de pétrole obtenu par fracturation, à travers des terres sacrées et menace d’ouvrir la voie à plus de 500 puits de fracturation hydraulique.

Alors, où est le soutien inébranlable à la résistance à cette menace capitale pour les terres sacrées et l’eau?

La Nation Navajo est économiquement empêtrée dans ses liens avec Peabody Energy (actuellement en faillite, mais qui fonctionne toujours) par les activités de la mine de Kayenta, et la mine actuellement dormante de Black Mesa où des millions d’objets sacrés et des restes d’ancêtres ont été profanés. Ces activités sur Black Mesa ont précipité la déportation forcée de plus de 20 000 Diné, bien qu’une résistance perpétuelle continue la lutte. Puis il y a la Centrale Navajo [Navajo Generating Station], Four Corners et San Juan, des centrales au charbon qui continuent d’empoisonner notre terre, notre eau et notre air, avec une pollution au carbone extrême qui cause cette crise climatique. Il y a la Mine Navajo, que la Nation Navajo a acheté récemment à BHP Billiton. Vous vous souvenez peut-être qu’en 2003, l’Autorité de l’Energie Diné a présenté le projet énergétique Desert Rock, une centrale de 1500 mégawatts qui devait être construite près de Shiprock, au Nouveau-Mexique, mais a finalement été mis en échec par la forte résistance de la communauté.

Il y a le Funiculaire du Grand Canyon – le projet Escalade – avec des entrepreneurs et d’anciens leaders Tribaux qui poussent le conseil de la Nation Navajo à s’engager dans ce projet de profanation de la Confluence sacrée du Colorado et du Petit Colorado près du Grand Canyon. Et il y a Snowbowl qui après des années de batailles juridiques, de prières et d’action directe, continue à commettre des actes de profanation de Dooko’ooslííd EN CE MOMENT, sans soutien significatif de la Nation Navajo à la résistance toujours en cours. Et que dire des accords pour acheter et cultiver des OGM de Monsanto sur le site de la firme Industrie des Produits Agricoles Navajo? Et qu’en est-il du projet d’‘accords’ sur l’eau du Petit Colorado et de la Rivière San Juan (à un moment, pendant les consultations publiques, des snipers de la police Navajo étaient sur les toits)? Et les tentatives actuelles d’Energy Fuels de transporter de l’uranium à travers nos terres déjà empoisonnées par l’uranium?

Le mandat de la Nation Navajo n’a jamais été vraiment tourné vers les intérêts de protéger Notre Mère la Terre, mais à certains moments son gouvernement a été forcé de faire face à la crise identitaire de ses buts géopolitiques. Par exemple, après des années de réclamations de la communauté, la Loi de Protection des Ressources Diné de 2005 a été adoptée pour interdire toute extraction ou traitement d’uranium sur ses terres (bien qu’il y ait toujours des milliers de mines d’uranium abandonnées et que seulement une poignée a été dépolluée). Ou les considérations actuelles de bannir la fracturation hydraulique à l’intérieur des frontières de la Nation Navajo. Ces moments de dissonance cognitive les ont forcés à une légère révision de leur politique et à réconcilier son orientation avec les implications culturelles de Hozhó (harmonie et équilibre) enracinées dans la protection de Notre Mère la Terre, mais tout cela est toujours extraordinairement contradictoire.

Ceci doit être compris comme un diagnostique sur un système, étant donné que ça va bien au-delà des machinations de cette seule Nation dépendante.

Pour arrêter complètement ces pipelines, nous devons aussi arrêter la machinerie politique et les systèmes qui les engendrent. Le capitalisme, le racisme, le colonialisme et l’hétéro-patriarcat sont anti-Terre et donc anti-Autochtone et par leur nature, ces systèmes chercheront à délégitimer, criminaliser, effacer, exploiter et détruire toute vie, et toutes les vies, Autochtones et les terres qui sont sur leur route. De ce point de vue, les luttes Autochtones pour la terre et l’eau ont été ignorées par les médias dominants avant que nous n’oublions que l’efficacité et la légitimité de nos luttes n’est pas déterminée par la reconnaissance des médias dominants. Comme il est clairement et magnifiquement démontré à Standing Rock, le pouvoir de lutter est affirmé et progresse avec et à travers nos prières, ce qui veut dire que ce pouvoir est toujours avec notre peuple et les autres êtres, en relation avec Notre Mère la Terre (et non, comme certains pourraient le dire, seulement entre les mains de politiciens Tribaux ou ONG ou autres associations à but non lucratif).

Il y a tant de choses que beaucoup d’entre nous peuvent faire effectivement en ce moment même, où que nous soyons.

La ligne de front, dans les luttes pour protéger des terres et l’eau sacrées face au colonialisme et au capitalisme d’exploitation des ressources, est partout. Nous pouvons par exemple penser à la Montagne du Sud, à Medicine Lake, au Mont Taylor, à Red Butte, au Mont Graham, à Black Mesa/Big Mountain, aux Montagnes Chuska, à la Confluence du Grand Canyon, à la Rivière San Juan, au Mont Tenabo, Panhe, Sogorea Te, Bear Butte, Oak Flat, Hickory Ground, Topock Maze, Yucca Mountain, au Canyon de Chaco, à Mauna Kea, aux Chutes de Snoqualmie, et au-delà.

Alors, quand nous nous rassemblons et offrons notre force et nos cœurs, quand nous cliquons et partageons, quand nous formons des caravanes et des camps, quand nous faisons des offrandes et des prières, quand nous risquons l’arrestation ou soutenons ceux en prison, nous devons reconnaître que soutenir Standing Rock signifie défendre tous les sites sacrés.

 

 

 

LA DESTRUCTION ECOLOGIQUE NE SIGNIFIE PAS LA SOUVERAINETE DINE (NAVAJO)

Par Klee Benally, Indigenous Action Media
18 avril 2015
Traduction Christine Prat

En 2009, Joe Shirley Jr., alors président de la Nation Navajo, a publié un communiqué de presse dans lequel il déclarait : « Comme jamais auparavant, les activistes et organisations écologistes sont parmi les pires menaces contre la souveraineté tribale, l’autodétermination, et notre quête d’indépendance. » Afin de protéger l’extraction de charbon et les intérêts des compagnies d’énergie dans la Nation Navajo, il déclarait que les militants écologistes n’étaient « pas les bienvenus » dans la réserve.

La position de Shirley semblait contraire à son travail antérieur pour protéger Dooko’osliid [San Francisco Peaks], l’une des quatre montagnes sacrées des Diné, et pour proscrire l’extraction d’uranium, tout cela ayant été accompli à cause de et aux côtés des écologistes. Mais le problème était en fait la dépendance historique de la Nation Navajo du charbon.

A l’époque, la Centrale Mojave, une centrale du Nevada qui brulait du charbon et pompait l’eau des mines à ciel ouvert de Black Mesa, avait été fermée depuis quelques années et le combat contre Desert Rock Energy, un projet d’énorme centrale au charbon dans la région de Four Corners, faisait rage. Desert Rock a finalement été fermé grâce à la résistance de la communauté, suscitée par Doodá Desert Rock. La proclamation de Shirley démontrait clairement que l’appareil politique de la Nation Navajo est responsable vis-à-vis de l’extraction de charbon et des intérêts des compagnies d’énergie plutôt que vis-à vis des Diné.

Le Président du Conseil de la Nation Navajo, Lorenzo Bates, a affirmé récemment cet engagement et a fait monter d’un cran la rhétorique et la politique antérieure par son témoignage écrit présenté au Comité du Sénat des Etats-Unis pour les Affaires Indiennes, disant que « la guerre contre le charbon est une guerre contre l’économie Navajo et notre capacité à agir en Nation souveraine. »
Bates a déclaré que l’industrie du charbon représentait « 60% des Revenus [de la Nation Navajo]. » et que « ces revenus représentent notre capacité à agir en Nation souveraine et à subvenir à nos propres besoins. »
Quelques jours avant sa déclaration, la compagnie Navajo Transitional Energy a perdu une bataille devant une cour de district, contre des groupes environnementaux, à propos d’une tentative d’expansion de la Mine Navajo, qui a récemment été rachetée à BHP et fournit en charbon la Centrale notoirement toxique de Four Corners. En 2012, le Bureau des Mines de Surface (OSM) des Etats-Unis a approuvé l’expansion de la mine, mais des groupes écologistes, entre autres Diné Care, ont engagé des poursuites, imposant une nouvelle évaluation environnementale, évaluant adéquatement les risques du mercure sur la santé publique et l’environnement. La Nation Navajo fait appel de cette décision.

Tandis que les politiciens de la Nation Navajo font pression et vont en justice en faveur de l’industrie du charbon, un nuage de près de 6500 km², flottant au-dessus de la Nation Navajo dans la région de Four Corners [point rouge sur la carte], est l’objet d’une enquête de chercheurs de la NASA qui ont déclaré : « L’origine est vraisemblablement l’extraction et le traitement du gaz, du charbon et du méthane houiller. » Le méthane est le deuxième gaz à effet de serre émis aux Etats-Unis et peut être jusqu’à 84 fois plus puissant que le gaz carbonique.

Il y a actuellement plus de 20000 puits de gaz naturel et des milliers de projets d’en ouvrir d’autres, dans et à proximité de la Nation Navajo, dans le Bassin de San Juan, une structure géologique de près de 20000 km² dans la région de Four Corners. D’après l’Agence de Protection de l’Environnement des Etats-Unis, le Bassin de San Juan a « le bassin de méthane houiller le plus productif de l’Amérique du Nord. » Rien qu’en 2007, les compagnies ont extrait environs 37000 milliards de m² de gaz naturel de la région, en faisant la plus grande source des Etats-Unis. Halliburton, ‘pionnier’ de la fracturation hydraulique en 1947, a introduit la ‘refracturation’ des puits de la région. La fracturation gaspille et pollue une énorme quantité d’eau. Un seul puits de méthane houiller peut épuiser jusqu’à 1,3 millions de litres d’eau, et un puits de gaz de schistes forant horizontalement peut épuiser jusqu’à 40 millions de litres d’eau.

Le Bassin de San Juan est aussi considéré comme « le producteur d’uranium le plus prolifique des Etats-Unis. » L’uranium est un métal lourd radioactif utilisé comme carburant dans les réacteurs nucléaires et dans la production d’armes. On estime que 25% de l’uranium accessible restant dans le pays est dans la Nation Navajo. Bien que l’extraction d’uranium soit interdite dans la réserve, les politiciens Navajo ont récemment cherché à autoriser à nouveau l’extraction dans des régions déjà contaminées par l’héritage empoisonné de l’industrie. En 2013, le Délégué du Conseil de la Nation Navajo Leonard Tsosie a proposé une résolution visant à saper l’interdiction, mais ses entreprises ont été bloquées par Diné No Nukes [Pas de Nucléaire Navajo], une organisation de base « vouée à créer une Nation Navajo débarrassée des dangers de la radioactivité et de la prolifération nucléaire. » On estime qu’il y a plus de 2000 mines d’uranium abandonnées toxiques dans et autour de la Nation Navajo. 22 puits qui fournissent de l’eau à plus de 50000 Diné ont été fermés par l’Agence de Protection de l’Environnement à cause de leur fort taux de radioactivité. Les pressions récentes pour l’énergie nucléaire considérée comme ‘énergie propre’ ont rendu la région plus vulnérable à un renouvellement de l’extraction d’uranium, y compris la lixiviation in situ (qui utilise un procédé similaire à la fracturation hydraulique) juste à côté du Mont Taylor, une autre des quatre montagnes sacrées pour les Diné.

Des politiciens de la Nation Navajo veulent nous faire croire que la dépendance de centrales extrêmement polluantes et de mines à ciel ouvert qui ont causé la déportation forcée de plus de 20000 Diné de Black Mesa et une grave dégradation de l’environnement, est de la « souveraineté ». La Nation Navajo affirme son rôle de nation domestique dépendante qui sert les Etats-Unis et les intérêts des grandes entreprises privées au prix de notre santé et de la destruction de Notre Mère la Terre. Ce n’est pas de la souveraineté, c’est une colonie économique avec une entité politique établie pour maintenir l’exploitation des ressources. D’après le site web de la Compagnie du Pétrole et du Gaz de la Nation Navajo (NNOGC), « En 1923, un gouvernement tribal Navajo a été créé à l’origine par le Bureau des Affaires Indiennes pour approuver les contrats avec les compagnies pétrolières américaines, qui désiraient ardemment entamer des opérations de forage de pétrole sur les terres Navajo. » On ne peut pas être plus explicite.

En représentant la Nation Navajo, Bates a ajouté de mauvaise grâce une tentative d’éco blanchiment dans son témoignage, en déclarant que NTEC « … a reçu le mandat d’effectuer la transition de notre Nation vers notre avenir énergétique en investissant pas moins de 10% de ses profits dans le développement d’énergie alternative et renouvelable. » Même si l’économie verte (ou plus clairement le capitalisme vert) était une étape viable pour sortir de cette folie insoutenable, pourquoi le rôle de la Nation Navajo est toujours supposé être d’exploiter l’environnement pour alimenter les profits des grandes entreprises et maintenir un mode de vie non-durable ?

Une économie verte ne rompt pas les relations coloniales avec les industries d’extractions, elle les promeut. La bataille en cours pour protéger les terres sacrées d’Oak Flat de la firme Resolution Copper est un exemple proche de nous. Le site sacré, situé en Arizona sur des terres ‘publiques’ volées à la Nation Apache San Carlos, a été privatisé par des politiciens d’Arizona pour extraire du cuivre bien que la zone ait été protégée au niveau fédéral de toute extraction de ressources depuis 1955. La page d’ouverture du site de Resolution Copper déclare : « Le cuivre extrait de la mine projetée aidera à câbler un monde en croissance rapide et à pousser la nouvelle économie verte, en fournissant de l’énergie à toutes les innovations, des éoliennes aux voitures électriques. » Des Apaches rejoints par d’autres Peuples Autochtones occupent toujours Oak Flat.

La marchandisation de la nature continuera à nous placer dans une guerre interminable contre Notre Mère la Terre. Les sites sacrés, comme les San Francisco Peaks, le Mont Taylor, la Confluence du Grand Canyon, le Mont Graham, Oak Flat, le Mont Tenabo, Yucca Mountain, Medicine Lake, Mauna Kea [Hawaï]. Hickory Grounds, Black Mesa, la Montagne du Sud, Red Butte, Bear Butte, les Black Hills et beaucoup d’autres, sont sur la ligne de front de la lutte des Peuples Autochtones pour leur survie et leur vitalité culturelle et sont des cibles directes de ces industries d’exploitation.

La destruction en gros de Notre Mère la Terre et de ses êtres vivants pour la consommation et les profits de l’énergie est anti-Autochtone et donc anti-souveraineté Autochtone.
Bates a plus l’air d’un démarcheur de l’industrie du charbon que d’un partisan de la souveraineté quand il déclare que notre ‘avenir dépend’ du charbon. Face à la catastrophe climatique globale, si nous continuons à extraire et bruler du charbon, si nous choisissons des modes de vie liés à la destruction de l’air que nous respirons, de l’eau que nous buvons et du sol dont nous produisons notre nourriture – nous n’aurons pas de futur.

Lien vers mon commentaire sur le communiqué de presse de Shirley en 2009 (en anglais) :
http://www.indigenousaction.org/democracy-unwelcome-on-navajo-and-hopi-nations/

Klee Benally, Indigenous Action Media

 

‘Nation Navajo’ désigne la réserve Navajo (par opposition à ‘Dinetah’, le territoire traditionnel des Diné) ou le gouvernement tribal. Ici, il s’agit du gouvernement. NdT