En mai-juin 2019, Leona Morgan, Diné, activiste anti-nucléaire, est venue en Europe. A l’initiative de Pascal Grégis, membre du CSIA-nitassinan, elle a été invitée par le CSIA, le CEDRA, Meuse Nature Environnement et le Réseau Sortir du Nucléaire, à visiter Bure, zone menacée par un projet de site d’enfouissement profond pour les déchets hautement radioactifs, et à parler de la situation au Nouveau-Mexique. C’est à Bure qu’elle a commencé son voyage en Europe, le 24 mai 2019. Elle a d’abord visité la zone menacée – dans la mesure où les gendarmes laissaient approcher – et s’est exprimée le soir, au cours d’une réunion organisée à Bettancourt-la-Ferrée.

Conférence par Leona Morgan
Article Christine Prat  English
Photos Bure et Nouveau-Mexique, Christine Prat
Diapos Leona Morgan
Also published in English on Censored News

Bure est un petit village (environs 80 habitants) de la Meuse. En 1994, l’Etat a déclaré son intention d’y ouvrir un soi-disant “laboratoire de recherches scientifiques souterrain”, à 500 mètres sous terre, sur des terres appartenant au village. En fait, le but est d’y enterrer des déchets hautement radioactifs. Le projet, appelé CIGÉO (Centre Industriel de stockage GÉOlogique), est mis en œuvre par l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets RAdioactifs) et est entré en ‘phase de conception industrielle’ en 2012. Le projet est de creuser un site d’enfouissement des déchets à 500 mètres sous terre. Le site devrait être fait de tunnels, s’étendant sur 15 km². Il devrait accueillir à terme 10 000 m³ de déchets de ‘ Haute Activité à Vie Longue’ et 73 500 m³ de déchets de ‘Moyenne Activité à Vie Longue’. Le site doit être creusé dans un petit bois qui a déjà été clôturé (la clôture est à quelques mètres à l’intérieur et cachée par des arbres) et est farouchement gardé par la gendarmerie. Des arbres ont déjà été abattus derrière la clôture. Le projet prévoit aussi de construire un site de stockage temporaire, où les déchets devraient refroidir avant d’être enterrés définitivement. De là, une ‘descenderie’ devrait être construite, sur plusieurs kilomètres, pour transporter les déchets jusqu’au site profond. Il est aussi prévu de creuser des puits verticaux pour amener le personnel et l’équipement au fond. Le Réseau Sortir du Nucléaire dit : “Loin d’être une réelle solution pour ces déchets, l’enfouissement est le seul moyen qu’elle (l’industrie nucléaire) a trouvé pour les cacher.”

LA CONFÉRENCE DE LEONA MORGAN

Remarque: tous les lieus nommés sont sur les cartes incluses dans l’article, s’y reporter. Si c’est trop petit pour lire, cliquer sur la carte pour la voir en plus grand

Après avoir remercié les organisations qui l’avaient invitée et le public, Leona s’est présentée, en Diné, selon la tradition : après avoir dit son nom, elle a nommé le clan de sa mère (“née de”) et celui de son père (“née pour”).

Elle a commencé sa présentation en montrant une photo de Monument Valley, un site mondialement connu, autrefois beaucoup utilisé pour tourner des westerns, mais aussi la région où les premières mines d’uranium en territoire Diné (Navajo) ont été creusées, dans les années 1940, et donc une des premières régions dévastées par les effets de l’uranium.

Son travail contre le nucléaire a commencé en 2007, d’abord contre une mine d’uranium, puis contre toute l’industrie nucléaire.

Elle a d’abord expliqué comment son peuple considère l’univers, et comment les Etats-Unis ont utilisé son peuple et volé leur terre. Leona dit : “Aux Etats-Unis, il y a environs 264 Tribus reconnues par le Gouvernement Fédéral.” (Il y a aussi des petites tribus non reconnues). Elle dit qu’avant la conquête, il y avait des milliers de Nations Autochtones, dans toute l’Amérique, qui ont été terriblement affectées par le colonialisme, mais qu’elle se limiterait à parler de son propre peuple, les Diné. “Les gens de notre peuple vivent traditionnellement. Mes ancêtres viennent d’un territoire que nous appelons ‘Diné Bikeyah’, ‘notre pays’. Notre territoire se situait entre 4 montagnes sacrées. [Les Pics San Francisco, à l’ouest, l’Hesperus, au nord, le Pic Blanca, à l’est, et le Mont Taylor, au sud ; voir carte]. Elles constituaient, pour mon peuple, notre identité et l’endroit où nous devrions vivre pour toujours. Plus tard, après la colonisation, les lignes imaginaires, qui limitent aujourd’hui, pour les Etats-Unis, les états d’Arizona et du Nouveau-Mexique, ont été dessinées, tout comme celles qui définissent ce qu’on appelle la ‘Nation Navajo’.” Elle expliqua la différence entre ce qu’ils appellent ‘Diné Bikeyah’, leur territoire traditionnel, et la Nation Navajo, qui signifie, selon le contexte, la Réserve Navajo ou le Conseil Tribal. La famille de Leona vient de Crownpoint, au nord de Gallup, au Nouveau-Mexique.

La chaîne de l’énergie nucléaire

“Au début, il y a l’extraction de l’uranium. L’extraction peut se faire en creusant et en l’extrayant directement du sol, ou par une autre méthode utilisant des liquides pour l’obtenir, un peu comme la fracturation hydraulique. Ça s’appelle la lixiviation in-situ.” (En anglais, ‘leaching’ signifie ‘infiltration’, mais quand il s’agit de mines, en français ça s’appelle ‘lixiviation’). Le procédé est utilisé pour extraire l’uranium de couches rocheuses dans les nappes phréatiques. Naturellement, le minerai d’uranium ne se dissout pas dans l’eau. Donc, on injecte des produits chimiques dans les roches pour dissoudre l’uranium, puis on filtre l’eau. Qui, bien entendu, devient radioactive. Les roches contenant du minerai d’uranium sont transportées jusqu’aux usines de traitement où l’uranium est séparé du minerai. Leona dit : “Dans notre région, si on extrait une tonne de minerai d’uranium, on obtient à peu près une livre d’uranium, et 1995 livres de déchets.” Elle ajoute : “Quand le minerai a été traité, les déchets de l’usine contiennent de nombreux produits chimiques qui créent encore plus de déchets radioactifs. Ce n’est pas comme dans la roche naturelle, ça a été changé chimiquement et est devenu plus radioactif.” Puis, l’uranium doit être enrichi. Il n’y a qu’une seule usine de retraitement aux Etats-Unis, et c’est au Nouveau-Mexique. Après enrichissement, le carburant est produit pour les centrales nucléaires. “Et les déchets des centrales sont hautement radioactifs. Après enrichissement, c’est envoyé dans des laboratoires pour fabriquer des armes nucléaires. Les outils radioactifs et autres déchets de la fabrication d’armes constituent des déchets ‘trans-uranium’, et finalement du plutonium. Et, bien sûr, nous nous retrouvons avec des armes nucléaires. Les déchets qui en proviennent sont de l’uranium appauvri.”

Les Autochtones considèrent la présence d’activités nucléaires et leurs effets sur leurs territoires comme du colonialisme nucléaire. Leona dit : “En tant qu’Autochtones, nous ne combattons pas seulement l’industrie nucléaire, mais aussi le racisme, le capitalisme et l’impérialisme des Etats-Unis, qui continuent aujourd’hui encore, à confisquer nos terres, à saper notre culture et à utiliser notre peuple et Notre Mère la Terre au profit de l’industrie et de leur cupidité.”

Le processus de conquête du territoire et d’élimination des Peuples Autochtones a commencé en 1493, avec ce qu’on appelle la Doctrine de la Découverte, que les Autochtones combattent toujours aujourd’hui. C’est une Bulle Papale – donc une décision indiscutable du Pape. Le document dit que “l’Eglise a été commissionnée par Dieu pour tuer d’autres peuples et s’emparer de leurs terres, parce qu’ils sont moins qu’humains.” C’est toujours utilisé par les pays colonisateurs en Afrique et ailleurs, et aux Etats-Unis et au Canada. Leona dit que “les Etats-Unis ont fondé certaines de leurs premières lois sur ce document.” Au XVIIIème siècle, quand les Etats-Unis étaient encore en formation, ils ont adopté une politique de génocide, et ont tenté de tuer tous les Peuples Autochtones. A l’époque, ça n’a pas vraiment marché, alors ils ont adopté une politique de déportation, et repoussé les Peuples Autochtones vers l’ouest. A la fin du XIXème siècle – alors qu’ils venaient de se livrer à un nouveau génocide – ils ont mis en route la politique dite ‘d’assimilation’ : cela signifiait détruire la culture Autochtone et changer l’indigène en un individu occidental. L’expression utilisée alors était ‘Tuer l’Indien, Sauver l’Homme’.

“D’autres moyens ont aussi été utilisés pour voler nos terres, comme les chemins de fer et l’extraction minière, ainsi que ce qu’on appelle aujourd’hui le gouvernement tribal. Je tiens à ce que les gens comprennent que l’extraction d’uranium et les tests atomiques d’aujourd’hui sont fondés sur les vieilles lois dont les gens pensent qu’elles appartiennent à l’histoire. Mais elles sont tout à fait à l’ordre du jour et sont utilisées aujourd’hui pour continuer le génocide par ce que nous appelons le colonialisme nucléaire” dit Leona. 85% de l’extraction d’uranium dans le monde a lieu sur des terres Autochtones. Aujourd’hui, les populations touchées sont encore en train de se battre pour que leurs terres soient décontaminées et obtenir de l’aide pour faire face à leurs problèmes de santé. Les Diné qui ont développé des cancers et les familles de ceux qui sont décédés ont dû se battre devant les tribunaux pendant des décennies avant qu’il soit reconnu que leurs maladies étaient dues à l’uranium, et obtenir quelque compensation.

“Nous appelons ça du racisme environnemental” dit Leona. “Ils ont fait la même chose avec les armes nucléaires, les tests ont eu lieu dans des territoires Autochtones ou de gens de couleur.” Aux Etats-Unis, environs 1000 bombes atomiques ont explosé dans le territoire des Shoshone de l’ouest, au soi-disant Nevada [voir plus bas]. Des tests ont également eu lieu sur l’île de Bikini, dans les Iles Marschall, et Bikini est toujours inhabitable. Les Britanniques ont également fait des tests dans le Nevada. Les Français ont effectué leurs tests atomiques à Reggane, en Algérie, en territoire Touareg, jusqu’en 1967. En 1966, ils ont commencé à tester à Mururoa, en Polynésie ‘Française’.

L’extraction minière était également un moyen de coloniser, en encourageant les colons Blancs à partir dans l’ouest. Leona dit “Grâce à l’extractivisme, les gens ont pu prendre des terres à notre peuple, selon une Loi sur les Mines de 1872. Cette loi autorise les gens à exploiter des mines sur les terres publiques des Etats-Unis, ils n’ont rien à payer pour ce qu’ils extraient, seulement un droit de 10 dollars par an, sur des terres ‘publiques’. “De organisations écologistes Blanches, aux Etats-Unis, veulent changer la loi, mais ils ne se préoccupent que de l’environnement, pas des Autochtones ni des Gens de couleur. Ils veulent principalement que les entreprises paient plus cher, mais ça n’inclut pas la protection des sites sacrés Autochtones ni de réparations pour les terres volées.

La loi dite ‘General Allotment Act’

Cette loi a été utilisée pour tenter de faire partir les Peuples Autochtones de leurs terres. Elle avait aussi pour but de détruire la culture autochtone : les Peuples Autochtones n’ont jamais connu la propriété privée et n’ont jamais imaginé pouvoir posséder une quelconque portion de la Terre Mère. Cette loi a créé des portions de terre individuelles, appelées ‘lots’ qui devait appartenir à des propriétaires Indiens individuels. A l’est de la Réserve Navajo, ça a créé la zone qu’on appel ‘l’échiquier’. C’est la zone d’où vient la famille de Leona. Dans cette zone, les terres sont soumises à toutes sortes de juridictions. Aujourd’hui, les lots appartiennent au gouvernement, à des entreprises, à des propriétaires privés ou à des Autochtones, qui peuvent être la Nation Navajo ou des individus appelés ‘attributaires’. Là, Leona explique “‘il y a une grande différence quand je dis la ‘Nation Navajo, c’est-à-dire le gouvernement, et quand je parle des gens.”

Un ‘Gouvernement Navajo’ créé par les Etats-Unis

Le Conseil Tribal Navajo a été créé en 1923, par le Gouvernement des Etats-Unis. Selon Leona “Une étape du processus de colonisation a été la création d’un gouvernement, ce qui est très différent du système que les Peuples Autochtones aient jamais connu. Pour les gens de notre peuple, la Nation Navajo est le nom de notre gouvernement, et aussi parfois du territoire qui constitue ce qu’on appelle la Réserve. Nous avons nos lots de terre, notre système de gouvernement, mais ce n’est qu’une copie des Etats-Unis.” Pourtant, en 2005, la Nation Navajo a adopté une loi interdisant l’extraction d’uranium, la Loi sur la Protection des Ressources Naturelles Diné. Puis, en 2012, une loi interdisant le transport de matériaux radioactifs. Cependant, ces lois ne sont pas respectées par les états (Arizona et Nouveau-Mexique) ni par le gouvernement fédéral. Les sites sacrés entre les quatre montagnes sacrées ne sont pas protégés non plus, parce qu’ils sont hors de la Nation Navajo. Même certaines portions de la Nation Navajo ne peuvent pas être protégés parce qu’elles sont sous la juridiction des états ou du gouvernement fédéral. C’est le cas de routes et voies de chemins de fer qui traversent la Réserve. La Nation Navajo n’a pas non plus le contrôle de son espace aérien.

LE NUCLÉAIRE AU NOUVEAU-MEXIQUE

Au Nouveau-Mexique, on trouve presque toutes les étapes de la chaîne nucléaire, sauf des centrales nucléaires. Il y a aux Etats-Unis plus de 15 000 mines d’uranium abandonnées, quelques-unes dans l’est du pays, mais la plupart dans l’ouest. Ces mines fournissaient principalement de l’uranium pour les armes nucléaires. L’exploitation a eu lieu essentiellement entre les années 1940 et les années 1980. L’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) n’a été créée qu’en décembre 1970. Jusque-là, il n’y avait aucune loi pour protéger l’environnement, les mineurs ou la population. Très peu de mines ont été décontaminées. La Nation Navajo est un des rares endroits ou quelque chose a été fait, le gouvernement Tribal, en coopération avec le gouvernement fédéral est en train de décontaminer environs 500 mines.

La catastrophe de 1979, à Churchrock

Le 16 juillet 1979, la pire catastrophe nucléaire de l’histoire des Etats-Unis a eu lieu à Churchrock, au Nouveau-Mexique. A Churchrock, il y avait deux mines d’uranium et une usine de traitement. L’usine avait un bassin de rétention des déchets. Les déchets d’une usine de traitement sont beaucoup plus radioactifs que ceux des mines. Ce bassin était fermé par un barrage en argile. Il y avait une fissure dans ce barrage, l’entreprise le savait, le gouvernement aussi, mais l’entreprise a continué à mettre des déchets dans le bassin. A l’aube du 16 juillet 1979, le barrage s’est rompu. Plus de 400 millions de litres de déchets radioactifs se sont déversés dans un ravin à sec, puis dans une rivière qui est à sec la plupart de temps, la rivière Puerco. En général, il n’y a pas d’eau, mais après la fuite, il a plu et la rivière s’est remplie d’eau et a coulé jusqu’à 160 km, en Arizona. Ça s’est passé quelques mois après l’accident de la centrale nucléaire de Three-Miles-Island, à Harrisburg. Bien que la fuite de Churchrock ait été le pire accident qui se soit jamais produit, les médias n’en n’ont presque rien dit et ça n’a pas attiré l’attention du public. Harrisburg se trouve dans l’est des U.S.A, dans une zone très peuplée, essentiellement de Blancs (il y a eu un film sur l’accident, avec Meryl Streep dans le rôle principal). A Churchrock, il n’y a pas beaucoup d’habitants et la plupart sont Autochtones.

A ce jour, ce n’a toujours pas été décontaminé. En juillet 2015, Tommy Rock, un chercheur Diné de l’Université de Flagstaff, a découvert que l’eau potable d’une communauté Diné, à Sanders, en Arizona, à 65 km en aval sur la rivière Puerco, contenait deux fois la concentration légale d’uranium. Les enfants de l’école locale ont reçu de l’eau en bouteille pour boire. La communauté se bat toujours pour que ce soit décontaminé. Ils veulent que les déchets soient enlevés des environs de la Nation Navajo, loin de leurs maisons. “Mais” dit Leona, “à cause de l’échiquier, qui est hors de la Réserve, le gouvernement a entreposé les déchets non loin de leurs maisons, et le vent les ramène.” Elle ajouta que “l’extraction d’uranium est interdite depuis 2005, mais ce sont les mines des années 1980 qui continuent d’affecter les animaux et la communauté.” Les gens veulent que les mines soient décontaminées. L’entreprise propose de gratter les déchets radioactifs, de les entreposer sur les déchets de l’usine, et de recouvrir le tout d’argile, affirmant que ça tiendrait au moins mille ans. Mais leur projet ne s’applique qu’au terrain privé de l’entreprise et n’inclue pas toute la zone touchée par la fuite, jusqu’à 160 km à l’ouest. Les gens craignent une autre fuite. Le Puerco est une rivière sèche, mais des pluies abondantes peuvent toujours se produire. (En tous cas, le Puerco n’était pas complètement à sec en septembre 2015, il y avait probablement eu des pluies en juillet…)

Des 15 000 mines d’uranium abandonnées, c’est le lieu le plus gravement touché des Etats-Unis.

Les équipements nucléaires au Nouveau-Mexique

Actuellement, le Nouveau-Mexique est plein d’équipements et de sites nucléaires.

Le site appelé ‘Trinity’ est le lieu où a été testée la première bombe atomique de l’histoire, quelques semaines avant que deux bombes soient larguées sur Hiroshima et Nagasaki.

Il y a aussi des laboratoires nationaux qui fabriquent des armes nucléaires. Leona dit “Nous appelons notre état du Nouveau-Mexique le Mexique Nucléaire.”

Il y a des mines d’uranium et des usines de traitement. Il y a une usine d’enrichissement, la seule des Etats-Unis, gérée par URENCO USA. Il y a un site d’entreposage de déchets hautement radioactifs, utilisés pour fabriquer des armes. Il y a des armes nucléaires entreposées dans plusieurs endroits (l’un d’entre eux étant quasiment à Albuquerque, sous la montagne). Il y a aussi la plus grande mine d’uranium à ciel ouvert du monde (dans la Réserve Laguna). Elle est fermée et on tente de la décontaminer. Et il y a de nouveaux projets d’extraction d’uranium, et ils les veulent à ciel ouvert, obtenues par dynamitage de la montagne.

Le coin sud-est du Nouveau-Mexique

Leona expliqua que “dans le sud-est, il y a le WIPP – Waste Isolation Pilot Plant, Usine Pilote d’Isolation des Déchets – licenciée pour entreposer des déchets radioactifs ‘trans uranium’ pour 10 000 ans. Les déchets viennent de la recherche et de la production des armes nucléaires des Etats-Unis. Ça se trouve dans une zone du sud-est du Nouveau-Mexique, appelée le corridor nucléaire, où se trouvent aussi l’Usine Nationale d’Enrichissement, près de Eunice,” (l’unique usine d’enrichissement des Etats-Unis, gérée par URENCO), “et les Spécialistes du Contrôle des Déchets, un site d’entreposage des déchets de basse activité, juste de l’autre côté de la frontière de l’état, près d’Andrews, au Texas, et l’usine de International Isotopes, Inc., qui doit être construite près de Eunice. Il y a déjà des sites d’entreposage de déchets, et l’usine de traitement ELEA, très proche du WIPP.”

“Actuellement, nous combattons deux projets de sites d’enfouissement pour des déchets hautement radioactifs. Aux Etats-Unis, il n’y a pas de site pour les déchets nucléaires hautement radioactifs. Les deux projets d’entreposage au Nouveau-Mexique sont supposés être ‘intérimaires’ ou ‘temporaires’. Les habitants du Nouveau-Mexique n’y croient pas, ils pensent que ce sera d’abord temporaire, puis deviendra permanent.” (Ce qu’ils appellent ‘temporaire’ peut aller jusqu’à 30 ans).

“Actuellement, les sites temporaires ne sont pas légaux. Alors, ils essaient de changer la loi pour les légaliser, et bien que ce ne soit pas encore légal, la Chambre a approuvé au Congrès, le financement de la firme Holtec. Holtec construit des containers pour les déchets nucléaires, et il y a beaucoup de problèmes avec ces containers. Nous combattons la compagnie à tous les niveaux. Il y a eu 7 plaintes en justice contre Holtec, mais aucune n’a été acceptée par le gouvernement fédéral. Tous nos arguments ont été rejetés. Holtec construit aussi des petits réacteurs et recycle des déchets nucléaires. Nous avons aussi entendu une rumeur selon laquelle Holtec veut amener tous les déchets nucléaires du pays au Nouveau-Mexique, et nous les suspectons aussi de faire du retraitement dans la région. Actuellement, il n’y a pas de retraitement aux Etats-Unis. Notre combat actuel se concentre sur le coin sud-est, où il y a aussi l’un des plus grands gisements de pétrole du monde. Donc ils pratiquent la fracturation, et ce n’est pas vraiment sûr d’y mettre des déchets nucléaires.”

Deux accidents se sont déjà produits dans d’anciennes mines de sel utilisées pour stocker des déchets nucléaires. Une des mines a pris feu en 2014, ensuite un container a explosé.

D’autres combats dans le sud-ouest des U.S.A. : Yucca Mountain et Canyon Mine

Leona explique “qu’il y a aux Etats-Unis un Peuple Autochtone qui se dit lui-même être la Nation la plus bombardée [nucléairement] du monde”. Les Etats-Unis ont fait exploser environs 1000 bombes atomiques dans le territoire des Shoshone de l’Ouest. C’est lié au problème des déchets nucléaires, parce que ça se trouve dans une zone où ils veulent aussi mettre des déchets des centrales nucléaires sur un site appelé Yucca Mountain.” Les Shoshone combattent ce projet de site d’enfouissement profond. Yucca Mountain est très proche du site où les bombes atomiques ont été testées jusqu’en 1992. C’est aussi une région volcanique, il y a 7 volcans actifs au pied de Yucca Mountain. Actuellement, la base légale du combat des Shoshone contre le projet de déchets, est le fait que ça se trouve en Territoire Shoshone non-cédé, selon les traités signés avec le gouvernement des Etats-Unis. (Cependant, les Etats-Unis n’ont jamais respecté un seul traité signé avec les Nations Autochtones).

Un autre combat important, qui dure depuis des années, vise à empêcher l’exploitation de ‘Canyon Mine‘ (la Mine du Canyon), près du Grand Canyon, en Arizona, où une entreprise veut extraire de l’uranium. Plusieurs communautés sont unies contre la mine. Il y a entre autres les Havasupai, qui vivent au fond du Grand Canyon. La mine est proche de Red Butte, un site sacré pour eux. Et ils craignent que les sources d’eau qui coulent vers le Grand Canyon, et fournissent l’eau de la communauté, ne soient polluées. “Des gens se battent aussi contre l’usine de traitement White Mesa, au sud de l’Utah, qui affecte la Réserve Ute de Ute Mountain”. L’entreprise qui gère la Mine du Canyon, veut transporter le minerai jusqu’à l’usine White Mesa, à travers la Nation Navajo. “Ce combat – conduit par ‘Haul No!‘ – réunit plusieurs communautés du Grand Canyon à l’usine de traitement, et celles qui devraient être traversées par le transport” dit Leona, qui est membre et co-fondatrice de ‘Haul No!’

Groupe d’Etude des Problèmes Nucléaires

Leona parla aussi d’un groupe qu’elle a fondé et dans lequel elle travaille, le Groupe d’Etude des Problèmes Nucléaires. “Nous sommes un nouveau groupe de combat, à cause du racisme qui existe dans les groupes écologistes. La plupart de ces groupes sont dirigés par des hommes Blancs d’un certain âge. Notre groupe essaie d’attirer des jeunes gens, nous sommes dirigés par des femmes, des Autochtones et des personnes homosexuelles. Le but est de créer une nouvelle résistance aux armes nucléaires et au monstre nucléaire. Je travaille avec des Autochtones.”

L’énergie nucléaire n’est PAS propre !

“Il y a des gens qui disent que l’énergie nucléaire est propre. Nous nous efforçons d’enseigner aux gens que l’énergie nucléaire n’est pas propre. Aux Etats-Unis et dans d’autres pays, on pousse à la construction de nouvelles centrales nucléaires. Mais lorsqu’on mesure l’empreinte carbone de l’énergie nucléaire, on ne la mesure que dans les centrales. On ne mesure pas l’empreinte carbone de l’extraction, du traitement, du transport et de l’entreposage.” Dit-elle en guise de conclusion.

In May-June 2019, Leona Morgan, Diné [Navajo] and anti-nuclear activist, came to Europe. On initiative of Pascal Grégis, member of the CSIA-nitassinan, she was invited by the CSIA, CEDRA, Meuse Nature Environnement and the Réseau Sortir Du Nucléaire, to visit the Bure area in eastern France, where people are fighting against a project of deep burial, highly radioactive nuclear waste site, and talk about the situation in New Mexico. She started her European trip there, on May 24. She first visited the area – as far as the military police let people go – and talked at a meeting in Bettancourt-la-Ferrée in the evening.

Lecture by Leona Morgan
Article Christine Prat  Français
Photos Bure and New Mexico, Christine Prat
Slides Leona Morgan
Also published on Censored News

Bure is a small village (about 80 inhabitants) in eastern France. In 1994, the French government announced their intention to open a so-called “underground scientific research laboratory”, 1650 ft deep, on land near the village. As a matter of fact, the real purpose is to bury highly radioactive nuclear waste. The project, under the name CIGEO (Industrial Center for GEOlogical storage), is implemented by ANDRA (National Agency for RAdioactive Waste management) and started with the industrial conception phase in 2012. They plan to dig a waste disposal site, 1650 ft under the ground. The site would consist of tunnels covering 3700 acres. It would receive 350 000 cubic feet of ‘high activity, long life’ waste, and 2.6 million cubic feet of ‘medium activity, long life’ waste. The site would be dug in a wood which has already been fenced (the fence being a few feet inside the wood, hidden by trees). Cutting of trees has already started behind the fence. They would also build an interim storage area to store waste until it cools off. From there, they would dig a conveyor, several miles long, to carry the waste from the cooling area to the deep storage site. They also plan to dig vertical pits with lifts to bring workers and equipment down. According to the organization ‘Réseau Sortir du Nucléaire’, burying nuclear waste is not a solution, but the only way to conceal it. The region is thinly populated, that is why it has been chosen as ‘sacrifice zone’.

LEONA MORGAN’S LECTURE

Remark: All places named in the discussion can be found on the maps included in the article. When it is too small to read, click on the map to see it larger.

After having thanked the organizations that invited her and the audience, Leona introduced herself in Diné, according to the traditional way: after telling her name, she named her mother’s clan (that she is born from) and then her father’s clan (that she is born for).

She started her presentation showing a photo of Monument Valley, a world famous site, at a time very much used by Hollywood people for western movies, but also the place where the very first uranium mines in Diné (Navajo) territory were dug, in the 1940’s, and thus one of the first places plagued by uranium mining.

Her work started in 2007, first to fight a uranium mine, later the entire nuclear industry.

She explained how her people view the universe and how the United States used her people and stole their land. Leona said “In the United States, there are about 264 Tribes which are recognized by the Federal Government.” She said that before the conquest there were thousands of Indigenous Nations that were all impacted by colonialism, but that she would only talk about her own people, the Diné. “Our people live traditionally, my ancestors are from an area that we call Diné Bikeyah, ‘our land’. Our territory was between 4 sacred mountains. They identify, for my people, where we are to live forever. So later, after the process of colonization, all the imaginary borders were drawn that identify today, in the United States, the states of Arizona and New Mexico, as well as what we call the Navajo Nation.” She explained the difference between what they call ‘Diné Bikeyah’, their traditional territory, and the Navajo Nation, which means, according to context, the Navajo Reservation or the Tribal Council. Leona’s people come from a place north of Gallup, in New Mexico.

The nuclear fuel chain

“At the beginning, we have uranium mining which takes uranium out of the ground. The mining of uranium can be done through a process of taking it off the ground, or another process where you use liquid to take it out, a bit like fracking, we call it in-situ leaching.” In-situ leaching is a process used to extract uranium from layers of rock in aquifers. Naturally, uranium ore does not dissolve in the water, so they inject chemicals into the rocks and then filter the water to get the uranium ore. From mines, they extract rocks containing uranium ore and take them to a mill where they are processed to separate the uranium from the ore. Leona says “In our region, if you mine a ton of ore out of the ground, you have only about 5 pounds of actual uranium and 1995 pounds of waste.” She adds “When you take the ore from the mine to the mill and process it, the mill waste contains many chemicals and they create more radioactive waste. It’s not like a natural rock, it has been chemically changed and more radioactive.”

Then the uranium itself has to be enriched. There is only one enrichment facility in the United States, and it happens to be in New Mexico. After enrichment, fuel is made for nuclear power plants. “And the waste of a nuclear power plant is high level radioactive waste. After enrichment, if it is for weapons, it goes to labs to make nuclear weapons. Contaminated tools and other waste from weapons constitute “transuranic” waste, ending with plutonium. And of course, we end up with nuclear weapons. The waste from that is depleted uranium.”

 

Indigenous people consider the presence of nuclear facilities and their impacts on their territories as nuclear colonialism. Leona says “As Indigenous persons, we are not just fighting the nuclear industry, but we are also fighting the racism, the capitalism and imperialism of the United States, that continue today to take our land, to hurt our culture, and use our people and our Mother Earth for the industry of war and greed.”

The process of conquest of the land and elimination of the Indigenous Peoples started in 1493, with what is called the Doctrine of Discovery, which Indigenous Peoples are still fighting today. It is a Papal Bull – thus an undisputable decision by the Pope. The document says that “the Church has commission from God to kill other people and take their lands, because they are less than human.” It is still used today by colonizing countries in Africa and by the United States and Canada. Leona says that “the United States based some of their early laws on this document.” In the 18th century, when the United States were forming, they had a policy of genocide, trying to kill all Indigenous Peoples. At the time, it did not really work, so they adopted a policy of relocation, pushing Indigenous Peoples westward. In the late 19th century – while they tried again to exterminate Natives – they started the so-called ‘assimilation’ policy: it meant destroying Indigenous culture and turn the Native into a western person. The phrase used was ‘Kill the Indian, Save the man’.

“Other tools were also used to steal our lands, like the railroads, mining, and now what we call tribal governance. I want people to understand that mining and nuclear testing today are based on these old laws which people think are history. But they are very relevant and they are used today to continue this process of genocide through what we call nuclear colonialism” Leona said. 85% of uranium mining in the world happens on Indigenous land. Today, people affected are still fighting to get their land cleaned up and get help with their health problems. Diné people who developed cancers and family members of those who died, had to fight for decades in court before their diseases were recognized as being caused by uranium and they could get some compensation.

“We call it environmental racism” Leona said. “They did the same thing with nuclear weapons, because the testing of nuclear weapons was done on land of Indigenous Peoples and Peoples of color”. In the United States, about 1000 atomic bombs exploded on Western Shoshone land, in so-called Nevada [see below]. They also had tests on Bikini, Marshall Islands, which is still unhabitable today. The French made their atomic tests in Reggane, Algeria, in Tuareg territory, until 1967. In 1966, they started “testing” in Mururoa, in “French” Polynesia.

Mining was also a colonization tool, encouraging white settlers to move west. Leona says “Through mining, people were able to take away land from our people by that law called Mining Law 1872. This law allows people to mine on U.S. public lands, they are not to pay any royalties, but a fee of only $10 a year on U.S. public lands.” Some white environmental organizations in the United States want to change the law, but they are only concerned about the environment and don’t include Native People or People of color. They mainly want companies to pay more for mining, but it does not include protection of Indigenous Peoples sacred places or reparations for the land that was stolen.

General Allotment Act

The law called General Allotment Act was used to try to remove Native Peoples from their land. It was also meant to destroy native culture, as Native peoples never knew private property, and never believed that they could own any part of Mother Earth. This law created individual portions of land called ‘allotment’ to be owned by individual Indian owners. East of the Navajo Reservation, it created the so-called ‘checkerboard area’. This is the area where Leona’s family is from. In this area, are many types of land jurisdiction. Today, allotments are owned by government, corporations, private persons or Indigenous people, who can be the Navajo Nation or individuals called ‘allotees’. At that point, Leona explains that “there is a big difference when I say ‘Navajo Nation’, which means government, and when I talk about the people.”

United States created ‘Navajo Government’

The Navajo Tribal Council was created in 1923 by the United States government. Leona says “Part of the process of colonization was the creation of government, which was a different system than what Indigenous People ever had. For our people, the Navajo Nation is the name of our government, also of the land that we sometimes call the Reservation. We have our plots, we have our system, but it’s all a copy of the United States.” Still, in 2005, the Navajo Nation passed a law that banned uranium mining, the Diné Natural Resources Protection Act. In 2012, a law prohibiting transport of radioactive materials was passed. However, those laws are not respected by the states (Arizona or New Mexico) or by the federal government. The sacred sites between the four sacred mountains are not protected either, because they are outside the Navajo Nation. Even places inside the Navajo Nation cannot be protected because they are controlled by the states or the federal government, like roads and railroads crossing the reservation. The Navajo Nation does not have control on the airspace either.

THE SITUATION IN NEW MEXICO

New Mexico has almost every step of the nuclear chain, except for nuclear power plants. In the United States are over 15 000 abandoned uranium mines, a few in the east of the country, but most in the west. These mines were mostly supplying uranium for nuclear weapons. Most mining happened from the 1940’s into the 1980’s. The United States Environmental Protection Agency (EPA) was not created before December 1970. Until then, there were no laws to protect the environment, workers or the public. Few of these mines have been cleaned up. The Navajo Nation is one of the few places where something is done, the Tribal government working with the federal government to cleanup about 500 mines.

Churchrock disaster, 1979

On July 16th, 1979, the worst nuclear disaster in the history of the United States, took place in Churchrock, New Mexico. In Churchrock were two uranium mines and a processing mill. The mill had a tailings pond to hold the waste from the mill. Waste from a processing mill is much more radioactive than mine waste. That pond was closed by a dam made of clay. There was a crack in it, the company and the government knew it, but the company kept putting waste in the pond. In the morning of July 16th, 1979, the dam broke. 90 million gallons of radioactive waste spilled into a dry ravine, and further in a mostly dry river, the Puerco River. It usually has no water, but after the spill occurred, it rained, so the river was full of water and flowed 100 miles away into Arizona. It happened only a few months after the Three-Miles-Island accident, in Harrisburg. Although the spill in Churchrock was the worst nuclear accident ever, it got almost no media coverage and no public attention. Harrisburg is in the east, in a densely populated area, mostly white people (there has been a movie about the accident, starring Meryl Streep). In Churchrock, there are not so many people, mostly Indigenous.

Today, it still has not been cleaned up. In July 2015, Tommy Rock, a Diné scholar from the Northern Arizona University, found that the drink water, in a Diné community in Sanders, Arizona, 40 miles downstream on the Puerco River, had two times the legal level of uranium. The children at the local school were given bottled water to drink. The community is still fighting for cleanup. They want the waste to go off the Navajo Nation, away from their homes. “But,” says Leona, “because of the checkerboard area, which is out of the Reservation, the government piled up waste quite close to their homes, and the wind brings it back.” She adds “Uranium mining was banned in 2005, but it is uranium mines from the 1980’s which are still affecting the animals and the community.” People want the mines to be cleaned up. The company is proposing to scrape the radioactive dirt, put it above the mill’s waste and cover it with clay, saying it would be safe for a thousand years. But their plan applies only inside the private land of the company and will not include the whole area of the spill, 100 miles west. People fear another spill. The Puerco is a dry river, but heavy rains can always occur.

Out of the 15 000 abandoned mines, this is the most affected place in the United States.

Nuclear facilities in New Mexico

Right now, New Mexico is filled with nuclear facilities.

The ‘Trinity’ site is where the first atomic bomb was exploded. It was the first test ever, shortly before dropping the bombs on Hiroshima and Nagasaki.

There are also two national labs making nuclear weapons. Leona says “Our state of New Mexico we call nuclear Mexico”.

There are uranium mines and mills. There is an enrichment facility, the only one in the United States, run by URENCO USA. There is a storage facility for highly radioactive waste used for making weapons. There are nuclear weapons stored in several places (one being practically in Albuquerque, under the mountain). There is also the largest open pit uranium mine in the world (in Laguna territory). It is closed and they are trying to clean it up. There are new proposals for uranium mining and they want strip mining.

Southeast New Mexico

Leona explained “In the Southeast, there is the WIPP, Waste Isolation Pilot Plant, licensed to store transuranic radioactive waste for 10,000 years. The waste is from the research and production of United States nuclear weapons. It is located in an area known as the southeastern New Mexico nuclear corridor which also includes the National Enrichment Facility near Eunice, New Mexico,” (the mill named above, run by URENCO), “the Waste Control Specialists low-level waste disposal facility just over the border near Andrews, Texas, and the International Isotopes, Inc. facility to be built near Eunice, New Mexico. There are uranium waste sites, and ELEA processing mill, very close to the WIPP. In Texas, just over the border with New Mexico, there is another waste site for low level radioactive waste.”

“Now, we are fighting two proposals for two high level nuclear waste site. In the United States, there is no site for high level radioactive waste. The two proposals for high level waste storage in New Mexico are called interim or temporary sites. The idea is to bring waste to New Mexico only temporarily. New Mexico people don’t believe this, they think that if it starts temporarily, it will become permanent” (What they call ‘temporary’ can be up to 30 years).

“Currently, temporary storage sites are not legal. So, they are trying to change the law to make it legal, and although it is not legal, the House approved in Congress funding for the company Holtec. Holtec builds containers for nuclear waste, and there are many problems with these containers. We are fighting the company at every level. There were 7 cases filed against Holtec, but none of them was accepted by the federal government. All our arguments have been rejected. Holtec also builds small reactors and recycles nuclear waste. We also heard a rumor that Holtec wants to bring all nuclear waste of the country to New Mexico and we suspect that they also do reprocessing in the area. Currently, there is no reprocessing in the United States. Our fight focusses now on the south east corner, where there is also one of the largest oil deposits in the world. Thus, there is fracking and it is not really safe to put nuclear waste there.”

Two accidents happened in salt mines used to store nuclear waste. One mine took fire, in 2014, then a container exploded.

Other struggles in the Southeast of the U.S.A.: Yucca Mountain and Canyon Mine

Leona explained “In the United States are Indigenous People who call themselves the most bombed Nation in the world. The United States have exploded about 1000 atomic bombs on Western Shoshone land. It is related to the nuclear waste issue, because it is an area where they also want to place nuclear waste from the power plants, at a site called Yucca Mountain. “The Shoshone are still fighting against that project of deep burial waste site. Yucca Mountain is quite close to the site where the atomic bombs tests took place until 1992. It is also a volcanic region, there are 7 volcanos at the foot of Yucca Mountain. Currently, the legal base to fight against the waste project is the fact that it is on non-ceded Shoshone Territory according to the treaties signed with the U.S. government. (However, the United States never respected a single treaty signed with Indigenous Nations).

Another major struggle which has been going on for years is that against the so-called ‘Canyon Mine’, near the Grand Canyon, in Arizona, where a company wants to extract uranium. Several communities are united against the mine. It includes the Havasupai people, who live at the bottom of the Grand Canyon. The mine is close to Red Butte, a sacred site for them. Moreover, they fear that water sources flowing toward the Grand Canyon, which provide water to the community, might be contaminated. “People are also fighting against the White Mesa processing mill, that impacts the Ute Mountain Ute Reservation. The company operating the Canyon Mine wants to transport the ore to White Mesa Mill, across the Navajo Nation. “This fight – led by ‘Haul No!’ – unites several communities from the Grand Canyon, from near the mill and those crossed by transport” says Leona, who is a member and co-founder of ‘Haul No!

Nuclear Issues Study Group

Leona talked about a group she founded and in which she is working, the Nuclear Issues Study Group. “We are a new group fighting because of the racism that exists in environmental groups. Most groups are led by elderly white men. Our group is trying to bring in young people, we are women-led, indigenous-led and queer-led. This is meant to create a new resistance to nuclear weapons and the nuclear monster. The work I do is with Indigenous people.”

Nuclear Power is NOT clean!

“Some people say nuclear power is clean. We are focused in educating people that nuclear power is not clean. In the United States and other countries, there is a push to build new nuclear power plants. But when they measure the carbon print of nuclear energy, they only measure it at nuclear power plants. They don’t measure the carbon print from mining, processing, transport and storage.” She said as a conclusion.

LEONA MORGAN, DINÉ, ACTIVISTE ANTI-NUCLEAIRE, SERA A LA SALLE DES FÊTES DE BETANCOURT-LA-FERREE LE 24 MAI 2019

Nucléarisation d’un territoire et peuples autochtones
Conférence de Leona Morgan à la salle des fêtes de Bettancourt-la-ferrée : vendredi 24 mai 2019, de 20h à 22h30

Avec le CSIA-Nitassinan, CEDRA, Meuse Nature Environnement et le Réseau Sortir Du Nucléaire

Leona Morgan est une organisatrice communautaire autochtone et une activiste en lutte depuis 2007 contre le colonialisme nucléaire dans le sud-ouest des États-Unis. Ses principaux objectifs sont d’empêcher l’ouverture de nouvelles mines d’uranium et de nouvelles décharges nucléaires, ainsi que de lutter contre le transport de matériaux radioactifs.
Leona Morgan a co-fondé et travaille avec Diné No Nukes (http://www.dinenonukes.org), Radiation Monitoring Project (www.radmonitoring.org) et Nuclear Issues Study Group (www.fb.com/NuclearIssuesStudyGroup). Elle collabore également avec des groupes et activistes anti-extractivistes et anti-nucléaires à l’international en organisant des rassemblements dans le but de faire face au cycle complet de l’énergie nucléaire.
Leona est Diné de la nation Navajo, elle vit à Albuquerque au Nouveau-Mexique.

À l’occasion d’une tournée en Europe qui la mènera jusqu’au forum social antinucléaire à Madrid, Leona sera de passage en Meuse et en Haute-Marne, où elle donnera notamment une conférence à Bettancourt-la-ferrée, où elle abordera les sujets de la nucléarisation du Nouveau-Mexique, de la résistance à cette nucléarisation, de la problématique des peuples autochtones face au nucléaire, de la journée d’action du 16 juillet et des outils de mesure des risques radioactifs.

Pour en savoir plus sur Leona, cliquer ici (article de 2017, d’après une interview réalisée à Albuquerque, en septembre 2017) Christine Prat


 

LA CONVENTION DE L’ONG [NAVAJO] DINE CARE DENONCE LES DEGATS DE L’EXTRACTIVISME ET LA POLLUTION EXTREME DES TERRITOIRES AUTOCHTONES

 

La Convention de l’ONG Diné CARE [Citizens Against Ruining our Environment – Citoyens Contre la Destruction de notre Environnement] pour les Gens de l’Ouest de la Nation Navajo, a débuté le 1er juin 2018 à Dilkon dans la Nation [Réserve] Navajo. Une seconde Convention, pour l’Est de la Nation Navajo, a eu lieu du 21 au 23 juin 2018, à Counselor et Lybrook, au Nouveau-Mexique. Diné CARE fête ses vingt-huit ans d’existence.

Brenda Norrell était sur place, en compagnie de Govinda Dalton, de ‘Spirit Resistance Radio’, et elle a transmis des articles sur les sujets discutés. Vous trouverez ci-dessous l’historique du mouvement et un résumé des principales interventions, essentiellement celles qui dénoncent l’extractivisme dont la Nation Navajo est victime depuis des décennies – et même depuis plus d’un siècle, si on prend en considération la déportation, mortelle pour beaucoup, de milliers de Navajos, de 1864 à 1868, suite à une annonce finalement fausse de la probable existence de mines d’or dans leur territoire. Certaines interventions ont déjà été traduites et publiées, si vous ne les avez pas déjà lues, vous les trouverez en cliquant sur le lien “lire la suite”.

Christine Prat

 

 

 

NAISSANCE DU MOUVEMENT POUR LA JUSTICE ENVIRONNEMENTALE, DINE CARE, À DILKON, NATION NAVAJO, EN 1990

Par Brenda Norrell
Publié sur Censored News
6 juin 2018
Traduction Christine Prat

 

DILKON, Nation Navajo – Les photos sont passées et les souvenirs s’effacent. Mais il y a la liste de 127 noms, et les mots des légendes de ce mouvement qui transcendent les années de lutte – 28 ans depuis que la lutte pour la justice environnementale a débuté, comme mouvement de l’époque moderne.

Le Chef Johnny Jackson, Cascade Klickitait, était venu de la Rivière Columbia, le Hopi Thomas Banyacya était présent, et une délégation de Séminoles de Floride s’était jointe à ceux qui combattaient les décharges toxiques, l’extractivisme, l’exploitation forestière, les tests nucléaires, les fuites d’uranium et les attaques secrètes contre les territoires et les peuples Autochtones.

Aujourd’hui, pour célébrer ce mouvement à la Convention de Diné CARE, nous avons lu les paroles de Thomas Banyacya, qui avait prononcé le message des Anciens Hopi lors du premier rassemblement, le 29 juin 1990.

“Peut-être pouvons-nous emmener un peu de ces fuites d’uranium à Washington et les répandre autour de la Maison Blanche et leur dire ‘Ne vous inquiétez pas, ça ne va pas vous faire de mal,’ ” avait dit Banyacya.

Maintenant, 28 ans plus tard, Earl Tulley, vice-président de Diné CARE, revient sur la façon dont le rassemblement original, ici à Dilkon, a donné naissance au mouvement moderne pour la justice environnementale, et comment Indigenous Environmental Network [IEN – Réseau Autochtone pour l’Environnement] et Honor the Earth [Honorez la Terre] sont nés de ce premier rassemblement.

Etaient présentes aujourd’hui, Adella Begaye et Robyn Jackson, respectivement l’épouse et la fille de Leroy Jackson. Leroy a été retrouvé mort en 1993, alors qu’il avait combattu et arrêté l’exploitation forestière dans la forêt aux arbres anciens des Monts Chuska, dans la Nation Navajo.

Adella est aujourd’hui présidente de Diné CARE. Robyn était encore en bas âge quand sont père a été trouvé mort. Elle est actuellement la coordinatrice avec l’extérieur, chargée de l’énergie. Diné CARE veut protéger et défendre le territoire. “Il y a beaucoup de travail à faire. Mon père n’est plus là. C’est pourtant quelque chose dont il faut parler” dit Robyn.

Il y a 28 ans, Wilbur Slockish du Projet de Défense de la Rivière Columbia, à Dalles, dans l’Orégon, et Ray Slockish Sr., de l’état de Washington, étaient parmi ceux qui étaient venus parler des droits de pêche. Beaucoup d’entre eux avaient été en prison pour avoir défendu leurs droits de pêche.

Louise Benally, de Big Mountain, était déjà là il y a 28 ans, et elle l’est de nouveau aujourd’hui. Elle a passé sa vie à lutter, pour combattre la déportation forcée, l’épuisement de la nappe aquifère de Black Mesa par Peabody Coal, la très polluante centrale au charbon appelée Navajo Generating Station [la centrale n’a de Navajo que le nom, ceux qui vivent à proximité ont la pollution mais pas d’électricité – NdT] qui fournit la lumière au sud de l’Arizona – et pour la vérité et la justice. “Ces grandes compagnies mentent” avait dit Louise il y a 28 ans, et elle le répète aujourd’hui.

Parmi les 127 noms de la liste, il y a celui de Winona LaDuke, de Moose Factory dans l’Ontario, et du Réseau des Femmes Autochtones.

Harry H. Lord, Inupiat, était venu du pôle nord, en Alaska, pour le rassemblement d’il y a 28 ans. James Main Sr., Gros Ventre, qui a maintenant rejoint le monde des esprits, était venu de Fort Belknap, dans le Montana. Le Chef Fraser Andrew, de Mount Currie, était venu de Colombie Britannique.

Danny Billie, Séminole de Floride, était venu parce que les producteurs d’agrumes et de canne à sucre défrichaient le territoire et polluaient l’eau. Billie avait dit alors qu’il était venu pour en apprendre plus sur les incinérateurs qui polluaient l’air.

Au cours de ce premier rassemblement, Paul Rodarte, Paiute et Shoshone de Stillwater dans le Nevada, avait expliqué comment le “développement économique” était utilisé pour empoisonner le sol, l’eau et l’air. Rodarte dit que les contractants grassement payés pour amener des déchets hautement toxiques, avaient promis de l’argent et des emplois, puis n’avaient embauché localement que pour des emplois subalternes.

Citoyens Contre la Destruction de notre Environnement [C.A.R.E.]

Le discours du président de C.A.R.E d’alors, Al Joe, qui a été préservé depuis 28 ans, montre à quelle opposition ils ont dû faire face, quand ils se sont rassemblés pour s’opposer à la destruction et la pollution des territoires Amérindiens. “Nous avons été traités de causeurs de troubles et de militants” avait dit Joe, qui succédait à Jane Yazzie au poste de président de CARE.

Lori Goodman, qui a grandi ici à Dilkon, était parmi les fondateurs de Citoyens Contre la Destruction de notre Environnement. Sa sœur Carol et elle, issues d’une famille de neuf enfants, sont ici aujourd’hui. Lori et Carol dirent qu’elles avaient grandi avec des parents qui leur enseignaient les valeurs traditionnelles Diné. Lori a expliqué comment le CARE local avait surgi après le déversement de déchets toxiques, qui avait menacé Dilkon à la fin des années 1980. Le déversement avait été interrompu par cette lutte. Lori dit que le nom était devenu Diné CARE après que l’organisation nationale CARE les y ait forcés. Lori dit que le premier rassemblement de 1990 avait été au départ organisé pour célébrer le fait que la communauté de Dilkon avait interrompu le déversement de déchets toxiques, qui avait été soutenu par le gouvernement tribal Navajo. Après que des Autochtones soient venus de toutes régions, y compris le grand nord, il était clair que les déchets toxiques, les déchets nucléaires, l’extractivisme, la destruction et les arrestations des défenseurs des droits de pêche, concernaient tous les territoires Indiens.

Le mouvement pour la justice environnementale était né.

Les Légendes de 1990

Sur la liste de 127 noms, il y a Jo Ann Tall, Oglala de Porcupine, à Pine Ridge, et Guy White Thunder, Lakota de Pine Ridge. Ron Hill et Clifford Cornelius venaient d’Oneida, dans le Wisconsin. Le Chef Andrew King, de la Bande Lucky Man, de Saskatoon, dans l’Ontario, était venu avec Rod King, en 1990. Suzanne Brent, Mohawk de la Baie de Quinte, était présente. Norman Under Baggage, Oglala, venait de Kyle, à Pine Ridge, Harry Chison venait du Pueblo Zuni. La délégation Havasupai était composée de Leata Watahomigie, Rex Tilousi et sa famille, et M. et Mme Raph Rogers. Joe Sanchez, Shoshone de l’Ouest, venait du Nevada.

Des Navajos de Church Rock, qui avaient survécu à la plus grande catastrophe nucléaire de l’histoire des Etats-Unis, étaient venus, alors que les eaux radioactives de la rivière Puerco coulaient vers l’Arizona, laissant derrière elles une série de cancers pour les Navajos et tous ceux qui vivaient là-bas. [En 2015, le chercheur Navajo Tommy Rock s’est aperçu qu’un puits d’eau ‘potable’, à Sanders, au bord du Puerco, était encore radioactif – NdT]. L’Association Eau Propre pour la Vallée du Puerco [Puerco Valley Clean Water Association], de Wingate, au Nouveau-Mexique, fait partie de la longue liste d’organisations qui méritent d’être honorées.

Des Navajos de toute la Nation Navajo et de la région étaient présents au premier rassemblement. Tom Bedonie de Big Mountain; Eugene Hasgood de Keams Canyon; Nelda Dugi de Teesto; Carol Goldsmith de Kayenta; Ted Silversmith de Church Rock; Raymond Morgan de Fort Wingate; Mary et Lisa Spencer de Winslow; Alfred Joe et Robert Joe Sr. de Winslow. Alva Morrison et Kristi Jo McKnight, de Citoyens Concernés par la Sécurité Nucléaire [Concerned Citizens for Nuclear Safety] étaient venues du nord du Nouveau-Mexique, où le laboratoire de Los Alamos avait depuis longtemps empoisonné la terre, l’eau et l’air des Pueblos et du Nouveau-Mexique. [C’est à Los Alamos qu’ont été mises au point les bombes d’Hiroshima et Nagasaki – NdT].

Parmi les organisations de première ligne qui se sont rassemblées ici en 1990, il y avait le Projet d’Organisation du Sud-ouest d’Albuquerque [Southwest Organizing Project], représenté par Joe Madeline Montoya et Danny Pena. Chris Peters représentait le Seventh Generation Fund [Fonds pour la Septième Génération].

Bertha Mitchell, Hoopa, était venue de Californie. Des Navajos étaient venus de toute la région, parmi eux, Anna Rondon. Mike Flores, Tohono O’odham, était venu de la soi-disant frontière sud, où la Patrouille des Frontières des Etats-Unis maltraite les gens en tant qu'”armée d’occupation”. Laurie Weahkee, du Pueblo Cochiti, était là en 1990 et de nouveau 28 ans plus tard. Lex Gladstone était venu de l’Association Nationale des Indiens Blackfeet de Seattle. Le photographe Hopi/Navajo Larry Gus était là aussi. Il y avait aussi Cate Gilles, longtemps reporter en territoires Navajo et Hopi, trouvée morte à Tucson plus tard. Dès le début, Cate avait fait des reportages de la ligne de front, sur les déportations. Cate a été aussi la première à dénoncer convenablement la pollution à l’uranium dans la région du Grand Canyon.

Vickie McCullough, de Native Americans for a Clean Environment [Amérindiens pour un Environnement Sain], de Tahlequah, en Oklahoma, était présente. Pat Moss était venu d’Oklahoma pour parler des prisonniers Autochtones. Viola Hatch, Cheyenne Arapaho, était venue d’Oklahoma. Des membres de Greenpeace étaient venus de Californie, entre autres Iretta Tiger, des membres Séminoles de Floride, et Bradley Angel, aujourd’hui membre de Green Action, ainsi qu’une délégation de Greenpeace Canada. DNA Legal Services, Public Health Nursing de Dilkon, et Préservation Navajo avaient également envoyé des représentants.

Convention de 2018, La Lutte Continue

Aujourd’hui, en 2018, Nicole Horseherder, Navajo, et sa fille, ont parlé de la lutte ultime pour défendre les droits sur l’eau et la protéger. Nicole Horseherder a expliqué que le but des soi-disant “colonies pour les droits à l’eau” avait souvent été un moyen pour les non-Indiens d’accaparer l’eau des Autochtones.

En cette chaude journée de juin 2018, tandis que les cuisiniers du camp, ici à Dilkon, préparent la bouillie de maïs bleu [blue corn mush, plat traditionnel Navajo] et les crêpes de maïs bleu [plutôt Hopi] pour le petit-déjeuner, les jeunes agriculteurs Nate Etcitty et Roberto Nutlouis, membres de Black Mesa Water Coalition, donnent des nouvelles sur l’alimentation durable, la permaculture et le ‘dry farming’ [agriculture sans irrigation].

Herb Yazzie, ex-président de la Cour Suprême de la Nation Navajo, a parlé de Hweeldi [déportation des Navajos au camp de Fort Sumner, premier camp de concentration, en 1864, beaucoup sont morts en route, les autres sur place], du Traité de 1868 [libération des survivants de Fort Sumner et ‘attribution’ du territoire de la première réserve Navajo], et du lien vers la Souveraineté. Yazzie parlait de Ceux qui Résistent.

Sam Sage, Diné, a parlé de la façon dont les Diné combattent la fracturation hydraulique, le cancer, les émissions mortelles, le bruit insupportable et la violence des ‘camps masculins’, résultant des forages pour le pétrole et le gaz dans la Région de Chaco et l’est de la Nation Navajo.

La Convention de Diné CARE pour les habitants de l’est de la Nation Navajo a eu lieu du 21 au 23 juin, à Counselor et Lybrook, au Nouveau-Mexique.

Brenda Norrell, qui publie Censored News, faisait partie des journalistes qui ont couvert le premier rassemblement à Dilkon, en juin 1990, et a également fait des reportages en direct du rassemblement de 2018. En 1990, elle était journaliste pour Associated Press et vivait dans les Monts Chuska, dans la Nation Navajo.

 

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1er juin:

PREMIER JOUR DE LA CONVENTION DE DINE CARE POUR LES GENS DE L’OUEST, A DILKON, NATION NAVAJO

Par Brenda Norrell
Publié sur Censored News
Transmis en direct par Spirit Resistance Radio
1er juin 2018
Traduction Christine Prat

Ce jour, des membres fondateurs de Diné CARE ont expliqué comment l’organisation avait été fondée, suite aux menaces pesant sur leurs territoires Diné, à la fin des années 1980. Lori Goodman parla des premiers jours, et Anna Frazier, de Dilkon, éducatrice, dit comment elle avait été impliquée. Sam Shepherd, de l’Agence de l’est, raconta comment il avait été mis de force dans un pensionnat et s’était échappé. Adella Begaye, Présidente et membre fondatrice de Diné CARE, a raconté comment elle s’est engagée, alors qu’elle était infirmière à Tsaïle. Adella est la veuve du regretté Leroy Jackson, cofondateur, retrouvé mort après avoir empêché l’abattage d’arbres anciens dans les montagnes de Chuska et près de Tsaïle. Ofelia Rivas, O’odham vivant à la frontière US/Mexique, parla des luttes de son peuple. Earl Tulley, cofondateur, dit comment Diné CARE avait commencé le combat pour la justice environnementale, qui s’est développée en de nombreux mouvements, résultant finalement dans la création de l’IEN, Indigenous Environmental Network [Réseau Autochtone pour l’Environnement] et d’autres.

 

OFELIA RIVAS, O’ODHAM, ET EARL TULLEY, DINÉ: REFLEXIONS SUR LE CARACTERE SACRE DE LA VIE

Interview du 1er juin 2018
Govinda Dalton, Spirit Resistance Radio
Article de Brenda Norrell
Publié sur Censored News
Le 12 juin 2018

Traduction Christine Prat

DILKON, Nation Navajo, 1er juin 2018 – Ofelia Rivas, Tohono O’odham, et Earl Tulley, Diné, ont parlé des modes de vie culturels et des fondements spirituels de leur peuples, au cours de la Convention de Diné CARE pour l’ouest [de la Nation Navajo]. Ofelia commença par décrire les vastes territoires qui constituaient les terres ancestrales des Tohono O’odham dans ce qui est maintenant l’Arizona, Etats-Unis, et le Sonora, Mexique.

“Nos terres sont très vastes” dit Ofelia, au cours de la conversation avec Earl Tulley, un Diné de Blue Gap, pour Spirit Resistance Radio.

Le territoire ancestral Tohono O’odham s’étendait d’Hermosillo, à des centaines de kilomètres de la frontière actuelle, et au nord jusqu’à Phoenix, à l’est jusqu’à Benson, à la Rivière San Pedro, et jusqu’à la Mer de Cortez, dans le Sonora, au Mexique, dit-elle.

[Lire la suite]

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2 juin:

SAM SAGE, DINE: “FRACTURATION HYDRAULIQUE, DESTRUCTION ET CANCER DANS L’EST DE LA NATION NAVAJO ET LA REGION DE CHACO”

Par Brenda Norrell
Publié sur Censored News
Le 6 juin 2018
Résumé et traduction Christine Prat

DILKON, Nation Navajo – Sam Sage décrit comment les forages de pétrole et de gaz et la fracturation hydraulique détruisent le sol et empoisonnent l’air de l’est de la Nation Navajo et la région de Chaco.

Sage, qui s’exprimait au cours de la Convention de Diné CARE pour les Peuples de l’Ouest, samedi 2 juin, a déclaré que le Sénateur Démocrate Tom Udall était dans la poche de l’industrie.

Actuellement, alors que plus de 100 organisations combattent le forage et la fracturation dans la région de Chaco, les Navajos sont assiégés par le bruit, la pollution et la destruction du sol, selon Sage. Les femmes sont atteintes de cancers.

Sage expliqua ce qui s’était passé dans sa propre communauté de Counselor, au Nouveau-Mexique, et dans la zone comprise entre Farmington et Cuba, quand la course au développement a commencé, au Bureau d’Aménagement du Territoire [Bureau of Land Management, BLM] en 2013.

Au début, les compagnies pétrolières et gazières ont dit qu’elles faisaient des forages exploratoires.

“En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, c’était devenu de la fracturation industrielle” dit-il, expliquant comment le sol, qui borde des maisons Navajos, avait été détruit par les forages pour le pétrole et la fracturation pour le gaz.

“Certaines sources ont arrêté de couler.”

Les puits avaient été asséchés depuis les années 1990.

Ce fut seulement lorsqu’une des compagnies eut un accident, et qu’un des ouvriers fut tué, qu’on commença a en parler.

Sage dit que la compagnie avait essayé d’empêcher l’information, selon laquelle un ouvrier était mort sur un terrain du BLM, d’être publiée. La communauté Navajo ne l’a su que six jours plus tard.

Puis il y eut une visite du Sénateur Tom Udall, Démocrate du Nouveau-Mexique. “Tom Udall nous a surpris, en arrivant en hélicoptère.” “Nous lui avons dit: vous avez déjà été acheté et payé. Vous êtes déjà dans la poche de l’industrie.”

Sur le territoire, il y a des camions très lourds. Les traces font jusqu’à 15 cm de profondeur. Quand il pleut, ils utilisent des pneus munis de chaines. Quand ils roulent sur le terrain, ils laissent de grands trous et détruisent la route. Des lumières violentes sont allumées à 23h et il y a beaucoup de bruit.

Des Navajos de la région se sont plaint des dégâts faits au sol et aux routes, et du bruit, mais ça dépendait du responsable sur place du BLM, l’affaire a été transmise à Washington. Le Gouvernement Navajo ne voulait pas aider les gens de la région, il fallait trouver de l’aide à l’extérieur.

Sage dit “Daniel Tso a amené le Sierra Club et les choses ont commencé à bouger.” “Maintenant, il y a 111 groupes qui nous aident et nous assistent” dit-il, parlant de la Coalition de la Région de Chaco [Greater Chaco Coalition]. “Nous avons demandé de l’aide”.

Sage dit que la Coalition voulait formaliser le groupe et avoir des représentants officiels, mais, dit-il “ça ne marcherait pas ici. Beaucoup de gens se retireraient si nous formalisions [la Coalition].” Actuellement, ce n’est pas une organisation formelle.

Ils ont commencé à se rendre compte que des femmes mouraient de cancers. Ils ont commencé à évaluer l’état du sol et à contrôler l’air. Les alliés des Navajos étaient prêts à payer les tests onéreux. L’eau a été testée, l’eau potable a été testé.

“Nous avons dû faire tout ça nous-mêmes” dit Sage.

Des Navajos les ont aidés, entre autres le regretté Larry Emerson, Herbert Benally, David Tsosie et beaucoup d’autres.

Entretemps, les crimes violents augmentaient, à cause des ‘camps masculins’ des compagnies pétrolières et gazières.

Et, étant donné que la fracturation utilise énormément d’eau, et crée beaucoup de déchets, les Navajos posent toujours des questions. Tandis qu’ils se battent contre la fracturation, Daniel Tso emmène des gens pour des ‘tournées réalité’. Tso s’est aperçu que des puits fuyaient.

Et puis il y a la puanteur, et les gaz toxiques. “Quand le temps est couvert et qu’il n’y a pas de vent, ont peut vraiment les sentir.”

Sage remercia la jeune Diné Kendra Pinto, et dit qu’elle comptait beaucoup pour le groupe. “Elle est revenue dans la communauté et a voulu aider,” dit Sage.

Après le discours de Sage, Earl Tulley, de Diné CARE, dit que les forages de pétrole et de gaz causaient des explosions et des fuites de produits chimiques, et qu’il fallait contrôler l’air. Ça touche le bétail et les gens. “Nous n’allons pas émigrer” dit Tulley. “Ici, c’est chez nous.”

 

LEONA MORGAN: LES ETATS-UNIS VISENT LES AUTOCHTONES ET LES PAUVRES AVEC LES DECHETS NUCLEAIRES, LE TRANSPORT ET L’EXTRACTION D’URANIUM

Intervention de Leona Morgan à la Convention de l’ONG Navajo Diné CARE, le 2 juin 2018, diffusée en direct sur Spirit Resistance Radio et transcrite par Brenda Norrell pour Censored News.

Article de Brenda Norrell
Publié sur Censored News
Le 8 juin 2018
Traduction Christine Prat

DILKON, Nation Navajo – Leona Morgan, Diné, a passé sa vie à combattre les mines et le transport d’uranium, et la décharge de déchets. Actuellement, les Etats-Unis visent les pauvres du sud du Nouveau-Mexique pour décharger des déchets nucléaires, et l’extraction d’uranium menace à nouveau le Mont Taylor, site sacré, dans le nord du Nouveau-Mexique.

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3 juin:

BIG MOUNTAIN: LA LUTTE QUI N’EN FINIT PAS, EN DES TEMPS OU IL NE PLEUT PAS – LOUISE BENALLY

Article de Brenda Norrell
Publié sur Censored News
Le 10 juin 2018
Traduction Christine Prat

 

DILKON, Nation Navajo – Louise Benally, de Big Mountain, a raconté la lutte interminable contre la déportation, Peabody Coal et les confiscations de bétail. Maintenant, il ne pleut pas, la nourriture reste absente, et les moulins à vent à sec.

Pendant des décennies de lutte, les Hopis traditionnels se sont joints aux Diné de Big Mountain qui résistent au déménagement forcé. Ils se sont tous rendu compte que la déportation causée par [la compagnie charbonnière] Peabody Coal est un vol de terres, un vol de terres pour le charbon, pour faire de l’électricité pour d’autres gens, ailleurs.

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Tous les articles, ©Censored News, publiés avec autorisation, utilisation commerciale strictement interdite. Photos de 2018 ©Brenda Norrell, Photos de 1990, ©C.A.R.E., prêtées par Lori Goodman.

 

Leona Morgan à la Convention de Diné CARE, samedi 2 juin 2018, photo Brenda Norrell

 

LEONA MORGAN: LES ETATS-UNIS VISENT LES AUTOCHTONES ET LES PAUVRES AVEC LES DECHETS NUCLEAIRES, LE TRANSPORT ET L’EXTRACTION D’URANIUM

 

Intervention de Leona Morgan à la Convention de l’ONG Navajo Diné CARE, le 2 juin 2018, diffusée en direct sur Spirit Resistance Radio et transcrite par Brenda Norrell pour Censored News. (Voir article plus détaillé sur la biographie et le travail de Leona).

Article de Brenda Norrell
Publié sur Censored News
Le 8 juin 2018
Traduction Christine Prat

 

DILKON, Nation Navajo – Leona Morgan, Diné, a passé sa vie à combattre les mines et le transport d’uranium, et la décharge de déchets. Actuellement, les Etats-Unis visent les pauvres du sud du Nouveau-Mexique pour décharger des déchets nucléaires, et l’extraction d’uranium menace à nouveau le Mont Taylor, site sacré, dans le nord du Nouveau-Mexique.

“Nous combattons tout cela” dit Leona à la Convention de Diné CARE samedi 2 juin 2018.

Leona s’est engagée dans la lutte en 2007, lorsqu’un projet de mine d’uranium à Church Rock, au Nouveau-Mexique, impliquait de transporter le minerai près de Crownpoint, où vivait sa famille.

Après une longue lutte, le projet de mine d’Uranium Resources, Inc. a été arrêté, en 2014.

“Les Etats-Unis appellent cela le cycle du combustible nucléaire,” dit Leona, en référence au vocabulaire aseptisé que les Etats-Unis utilisent pour parler du cycle mortel. “Nous sommes au bout de la ligne de front” dit-elle à propos des communautés Navajo.

Leona expliqua comment l’extraction et le traitement d’uranium aboutissent aux armes et au développement nucléaires. Elle dit que le but du colonialisme des Etats-Unis était de contrôler le reste du monde.

Entretemps, une grande partie des déchets et des armes nucléaires, ainsi que l’uranium appauvri, arrive au Nouveau-Mexique. Parmi les plus mortels, il y a le carburant irradié ou carburant usé. C’est le déchet le plus radioactif. “Ils veulent amener tous les déchets nucléaires au Nouveau-Mexique,” dit-elle.

Actuellement, Leona travaille au sein du Groupe d’Etude des Problèmes Nucléaires, à Albuquerque, et avec le groupe Haul No! de Flagstaff [Arizona]. Energy Fuels a le projet d’extraire du minerai dans le Grand Canyon du Colorado, et de le transporter, par Flagstaff et à travers la Nation Navajo, à l’usine de traitement White Mesa, Utah, en territoire Ute.

Leona dit que la Nation Navajo a des lois pour empêcher le transport d’uranium sur son territoire, mais les lois Navajo ne s’appliquent pas aux autoroutes et chemins de fer fédéraux, ce qui laisse les Diné sans protection. “Nous avons une loi contre le transport de matériaux radioactifs.”

Cherchant comment y remédier, Leona se joignit à d’autres pour aller au ministère de la Justice de la Nation Navajo. Cependant la réponse fut celle-ci: “C’est hors de notre juridiction, et nous ne pouvons rien y faire.”

Après s’être rendu compte que la Nation Navajo ne ferait rien, Leona, en compagnie d’autres personnes, alla dans les communautés. Les gens se sont engagés, les chapitres ont adopté des résolutions. La ville de Flagstaff a adopté un mémorandum, mais, encore une fois, il a fallu admettre que les lois fédérales priment sur les lois locales. “Ils ont adopté une résolution, ce qui est formidable,” dit Leona du Conseil Municipal de Flagstaff.

Puis, de bonnes nouvelles sont arrivées. Il y a trois semaines, la compagnie d’uranium a retiré la plupart de ses ouvriers et déclaré un moratoire sur l’exploitation dans le Grand Canyon. En plus de la résistance, Leona fit remarquer que le prix de l’uranium est très bas.

A l’usine de White Mesa, on décharge des déchets nucléaires très sales. “Ils brûlent des déchets à 2h du matin.”

Leona travaille aussi au Projet de Surveillance des Radiations, de Haul No!, qui organisera une séance de formation fin octobre 2018, incluant apprendre à se servir de compteurs Geiger. Etant donné qu’il y a des résidus d’uranium de l’extraction d’il y a des décennies encore disséminés dans la Nation Navajo, les compteurs Geiger peuvent être empruntés et utilisés par les habitants à volonté, pour détecter la radioactivité.

Leona souligna que les radiations causaient le plus de dégâts au plus vulnérable: l’enfant à naître, pendant la grossesse. Elle dit que même les lois qui visent à contrôler la radioactivité aux Etats-Unis sont racistes. Les lois sont fondées sur les effets de la radioactivité sur un sujet masculin blanc de 35 ans.

Maintenant, les communautés, au Nouveau-Mexique, sont à nouveau menacées par une mine qui a actuellement le statut d’attente. La firme Rio Grande Resources y extrayait du minerai d’uranium dans les années 1970-1980. Elle se trouve près de Grants, au nord-ouest du Nouveau-Mexique. La mine est ouverte, émet des radiations, et n’a pas été décontaminée.

A Grants, des gens veulent que cette mine redémarre. Leona dit qu’ils pensent que ça ramènera la grande époque de l’extraction d’uranium. Ils pensent que c’est bon pour l’économie. “Nous savons que c’est mauvais pour l’environnement.” La mine a été autorisée à reprendre le statut d’active. Cette mine devrait être décontaminée, étant près du Mont Taylor, qui est sacré pour les Navajos. Leona, en compagnies d’autres personnes, a assisté à des réunions publiques et dit à l’état du Nouveau-Mexique que cette mine devait être nettoyée.

N’ayant pas de site où déposer les déchets nucléaires hautement radioactifs, les Etats-Unis ont produit la loi sur les ‘Consolidated Interim Storage’ [sites d’Entreposage Temporaire]. Les Etats-Unis n’avaient pas trouvé de solution jusqu’aux années 1990, puis ont eu l’idée d’entreposer les déchets nucléaires sous la montagne Yucca, dans le Nevada. “Les Shoshone de l’ouest sont la nation la plus bombardée sur planète,” dit Leona, à propos du site de tests de bombes atomiques sur leurs terres ancestrales du Nevada. Les Etats-Unis n’ont pas encore de lieu où mettre les déchets hautement radioactifs, ils essaient donc de construire un site temporaire. “Ils veulent les amener au Nouveau-Mexique” dit Leona, parlant de deux sites près de Carlsbad, dans le sud du Nouveau-Mexique. Actuellement, des compagnies ont demandé des autorisations d’entreposer d’énormes quantités de déchets nucléaires, et deux d’entre elles ont demandé des autorisations pour 40 ans, pour décharger près de Carlsbad, et la durée peut en être prolongée. “Nous craignons que ça ne devienne une décharge permanente.”

Le transport de ces déchets hautement radioactifs passerait par la Nation Navajo, par chemin de fer. Actuellement, le Groupe d’Etude des Problèmes Nucléaires travaille très dur, pour collecter des signatures dans les communautés afin de s’y opposer. Ils vont au marché aux puces de Gallup et d’autres endroits pour collecter des signatures et informer les habitants.

Les Etats-Unis veulent se débarrasser des déchets nucléaires au Nouveau-Mexique, des déchets qui proviennent de la production d’électricité pour d’autres gens, ailleurs. Et quand ces décharges nucléaires dangereuses auront des problèmes, ce sont les contribuables des Etats-Unis qui paieront les frais.

Leona termina son intervention en rappelant que Tetra Tech avait déjà été dénoncé pour des infractions et un nettoyage bâclé aux Chantiers Navals de Hunters Point, en Californie, et n’aurait pas dû avoir un contrat pour transporter des matériaux radioactifs dans la Nation Navajo.

Leona faisait partie des intervenants à la Convention de Diné CARE ‘Citoyens Contre la Destruction de Notre Environnement’, pour l’ouest de la Nation Navajo, qui s’est tenue du 1er au 3 juin 2018, à Dilkon, dans la Nation Navajo.

Diné CARE fête ses 30 ans d’existence, comme organisation environnementale de base.

 

 

LEONA MORGAN, DINÉ, UNE VIE CONTRE LE NUCLÉAIRE

 

D’après une interview de Leona Morgan
Albuquerque, Nouveau-Mexique
21 septembre 2017
Par Christine Prat
Traduction Christine Prat

 

Les Territoires Autochtones du sud-ouest des “Etats-Unis” ont été, et sont encore, dévastés par l’extraction d’uranium et les usines de traitement depuis les années 1940, et surtout durant les années 1950 et 1960, pendant la Guerre Froide. Aucune mesure de sécurité n’avait été prise par les compagnies privées, qui ne cherchaient que le profit. De nombreux mineurs, pour la plupart Navajos, et des membres de leurs familles sont morts de cancers et autres maladies. Dans les années 1980, le prix de l’uranium s’est effondré, la plupart des mines ont été abandonnées – mais pas décontaminées. En 2006, le prix de l’uranium a de nouveau explosé. Les compagnies minières ont cherché à rouvrir les mines. Leona Morgan, une jeune Diné [Navajo], dont la famille a été directement touchée, consacre sa vie à organiser les gens contre l’uranium et le nucléaire depuis des années. Actuellement, elle travaille aussi avec des organisations internationales. En novembre 2017, elle est venue à Paris pour des réunions, puis elle s’est rendue à Bonn, pour la COP23, afin d’attirer l’attention sur la question nucléaire, laissée de côté par les participants officiels des COP de ces dernières années, qui veulent limiter la portée de ces évènements à la lutte contre le CO², afin de promouvoir l’énergie nucléaire, en tant que soi-disant ‘énergie propre’. J’ai rencontré Leona en septembre 2017, elle m’a fourni beaucoup d’informations sur son travail (bénévole) et les problèmes d’uranium et de nucléaire au Nouveau-Mexique, où elle vit. En ce moment – printemps 2018 – elle-même et d’autres personnes et groupes anti-nucléaire luttent principalement contre un projet d’enfouissement de déchets extrêmement radioactifs, dans le sud-est du Nouveau-Mexique.

 

ALBUQUERQUE, Nouveau-Mexique, 21 septembre 2017 – Une jeune Diné parle de sa vie et de son travail contre le nucléaire et les mines d’uranium.

“Je m’appelle Leona Morgan. Je travaille sur les problèmes d’uranium depuis environs dix ans, et j’ai commencé à travailler sur les problèmes nucléaires depuis à peu près cinq ans. Dans l’état du Nouveau-Mexique, nous avons plusieurs sites nucléaires. Mon travail se concentre sur les communautés Autochtones. J’ai commencé à organiser les gens à l’université, il y a peut-être 15 ans.”

A l’époque, elle s’est impliquée, comme étudiante, dans une organisation appelée le Conseil SAGE, qui défendait un site sacré, le Monument National des Pétroglyphes, à l’ouest d’Albuquerque. La ville voulait s’étendre, mais elle est limitée à l’est par la montagne, au sud par la Nation Pueblo d’Isleta, et au nord par les Pueblos Sandia. Donc, les autorités voulaient l’étendre vers l’ouest, aux dépens du Monument National des Pétroglyphes. “Pete Domenici (Républicain), un de nos représentants au Congrès, a sacrifié une partie du Parc National, il l’a soustraite au contrôle fédéral pour l’attribuer à la ville. Ils ont fait passer la décision comme amendement d’un projet de loi du Congrès, qui a été adopté pour aider la Bosnie-Herzégovine.” Leona ajouta “C’est comme cela que j’ai appris comment s’organiser, par la protection des pétroglyphes. Ainsi, j’ai entendu parler des Sites Sacrés, j’ai entendu parler de la construction des mouvements Autochtones, et puis, aussi, j’ai appris la différence entre l’organisation et le militantisme. Puis, j’ai rencontré énormément de gens, à Albuquerque et dans l’état. Ils m’ont mis sur la voie, pour avoir des relations avec des organisateurs, des Peuples Autochtones, et c’est comme cela que j’ai commencé, à Albuquerque.”

 

Puis, en 2007, Leona entendit parler de l’extraction d’uranium, et assista à des réunions sur la question.

“… au début des années 2000, ma grand-mère est morte d’un cancer du poumon. Nous étions très surpris, nous nous demandions comment elle pouvait avoir un cancer du poumon, elle ne fumait pas. Et ce n’était pas quelque chose de courant, donc elle est morte, sans savoir pourquoi elle avait un cancer. Ça s’est passé ici, à Albuquerque, à l’Hôpital Universitaire du Nouveau-Mexique, quand j’étais étudiante. J’habitais à la résidence universitaire, donc je rendais visite à ma grand-mère. Quand elle est morte, nous ne savions pas quelle était la cause.

Environs six ans plus tard, j’ai entendu parler de l’extraction d’uranium, après avoir terminé mes études. Ils ne nous apprennent pas l’histoire de l’extraction, ils ne nous apprennent pas rien sur les problèmes nucléaires du Nouveau-Mexique, au lycée ou à l’université.”

“Alors, après avoir terminé mes études universitaires, j’ai entendu parler des mines d’uranium, et j’ai été absolument convaincue que c’était ce qui avait tué ma grand-mère. A la même époque, une de mes tantes a eu un cancer des seins, ils lui ont enlevé les deux, et j’ai pensé que ce devait être à cause des mines d’uranium. Une autre tante – mon oncle, son mari, avait été mineur dans une mine d’uranium – a eu une maladie des reins. C’est aussi quelque chose qui peut être causé par l’extraction d’uranium. Ils attribuaient la maladie au fait que les femmes lavaient les vêtements contaminés de leurs maris, alors elle a dû ingérer de l’uranium comme cela. Et elle est morte, je suis convaincue que c’était aussi à cause de l’uranium…”

D’autres membres de la famille sont morts de cancers, mais vu la période de latence, c’est difficile de prouver que c’était à cause de l’uranium. Les compagnies essaient toujours de nier leur responsabilité dans les maladies qui touchent les régions minières. De plus, les compagnies fusionnent, sont vendues, achetées, changent de noms et même de nationalité, et peuvent rejeter la responsabilité sur leurs prédécesseurs pour ce qui est arrivé dans le passé.

La famille de Leona est de la région de Crownpoint, à l’est de la Réserve Navajo, au Nouveau-Mexique. C’est dans cette région que les compagnies minières voulaient à nouveau extraire de l’uranium en 2006. Il y a eu un projet de mine d’uranium à Crownpoint.

 

Leona est allée à sa première réunion sur l’uranium en 2007. Cette réunion portait sur l’extraction d’uranium sur le Mont Taylor, près de Grants, au Nouveau-Mexique. Le Mont Taylor est une des quatre Montagnes Sacrées pour les Diné, une des limites du Territoire Diné, Dinetah. Il est également sacré pour d’autres Nations Autochtones de la région, qui veulent toutes protéger le Mont Taylor. Actuellement, le territoire de la Nation Navajo se trouve en grande partie au nord de l’Arizona, débordant un peu dans le sud de l’Utah et le nord-ouest du Nouveau-Mexique. Au Nouveau-Mexique, il y a aussi 19 Nations Pueblo, principalement le long du Rio Grande. Les Pueblos ont unifié leur gouvernement, leurs dirigeants se rencontrent une fois par mois. En 2007, à la réunion à laquelle Leona a assisté pour la première fois, ils ont adopté une résolution contre l’extraction au Mont Taylor. Leona se souvient: “Je ne savais pas ce qu’était l’uranium, je n’en connaissais pas l’histoire, mais j’ai appris plus tard qu’il y avait eu beaucoup d’extraction d’uranium au Mont Taylor dans le passé, surtout pour la Guerre Froide, principalement pour les armes. Donc, il y avait beaucoup d’uranium ici. La raison pour laquelle nous avons demandé plus de protection était l’énorme boum du prix de l’uranium en 2006. Donc, les compagnies voulaient recommencer à en extraire. C’est ainsi que j’ai commencé à y travailler.” Mais surtout, Leona s’inquiétait pour la petite ville de Crownpoint, où vit sa famille. “Cette communauté est très petite, mais il y a un hôpital, des facultés, des écoles, des bureaux et des logements, et l’usine de traitement d’uranium était prévue exactement ici:

 

L’entreprise a commencé par projeter d’extraire de l’uranium à Church Rock, dans les années 1980, et de le transporter sur plus de 72 km à l’usine prévue à Crownpoint. Church Rock, près de Gallup, au Nouveau-Mexique, est le lieu de la plus grande catastrophe nucléaire de l’histoire des Etats-Unis, qui s’est produite en 1979: une digue contenant un bassin de déchets nucléaires s’est rompue et les déchets se sont déversés dans la rivière Puerco. Lorsqu’ils ont décidé de reprendre l’extraction, ils ont prétendu qu’ils allaient utiliser une technique totalement différente, qui n’impliquait ni tas de déchets, ni bassins, ni digues: la lixiviation in-situ [en anglais, “leaching” signifie “infiltration”, mais les exploitants de mines d’uranium francophones préfèrent utiliser un mot que personne ne comprend – NdT]. Ça consiste à extraire l’uranium de la nappe aquifère. A l’état naturel, l’uranium colle aux roches et les eaux souterraines ne le dissolvent pas. La “lixiviation” in-situ se fait en injectant des produits chimiques dans la nappe aquifère afin de détacher l’uranium, puis en pompant l’eau et en filtrant l’uranium. Leona remarque: “Nous, nous ne sommes pas idiots, nous savions que si l’eau profonde est irradiée, ils la pompent, mais dès qu’ils font ça, ça se déplace, et notre eau souterraine est contaminée. Donc, nous nous sommes battus contre.”

En 2005, la Nation Navajo a adopté une loi interdisant l’extraction d’uranium. Cependant, Church Rock et Crownpoint se trouvent juste en dehors des limites de la Réserve Navajo, dans une région appelée ‘l’échiquier’. Leona dit “C’est d’où mes parents sont originaires, ils sont de cette région. C’est un chaos. Il y a beaucoup de pression dans cette région pour la fracturation hydraulique, il y a toutes sortes de minéraux, il y a de l’uranium, du pétrole, du gaz et du charbon.” Donc, la région appelée ‘l’échiquier’ a été divisée en petits lots, qui sont soi des propriétés privées, soi des terres d’Etat. Les Amérindiens considèrent que les terres – qui appartiennent à La Terre – ne peuvent pas être des propriétés, mais seulement utilisées en commun par les créatures qui y vivent. Cependant, les pays capitalistes ne reconnaissent pas les terres ‘d’usage commun’, mais seulement la propriété privée ou d’Etat. De plus, les gouvernements Américains croyaient qu’en faisant des Autochtones des propriétaires, ils pourraient les pousser à adopter le Mode de Vie Occidental. Ainsi, en 1887, les Etats-Unis ont adopté le ‘General Allotment Act’ [Loi d’Attribution Générale de Lots]. Cette loi divisait le Territoire Indien en petits lots, dont certains étaient attribués à des chefs de famille Autochtones (masculins), alors que d’autres devenaient terres d’Etat. Les lots attribués à des Autochtones et les lots d’Etat pouvaient être vendus à des propriétaires privés Blancs. En tant que propriétés privées, les petits lots passaient aux héritiers quand le propriétaire initial décédait, et pouvaient ainsi être divisés entre de nombreuses personnes, qui ne pouvaient pas en vivre. Certains Navajos ont soutenu le projet minier parce qu’ils voulaient de l’argent. Leona dit “Il n’y a pas beaucoup d’emplois, pas beaucoup d’écoles, pas beaucoup d’endroits pour faire les courses, les gens ne cultivent plus leur nourriture eux-mêmes, et vont au magasin pour l’acheter. Parfois, les gens n’ont pas beaucoup d’eau, et ils doivent aller quelque part pour acheter de l’eau. Souvent, les gens déménagent, quittent leur terre, et si une compagnie minière leur dit ‘nous voulons extraire de l’uranium de votre terre, et nous vous donnerons tant d’argent’, c’est facile pour les gens d’accepter. S’ils ne vivent pas sur leur terre, ça leur importe peu. Il n’y a pas beaucoup d’emplois, donc c’est de l’argent facile.” Dès que les compagnies ont acheté un terrain, elles peuvent obtenir une ‘exemption aquifère’ sous leur terrain, ce qui signifie que l’eau sous leur terrain privé est exemptée de la Loi sur la Sécurité de l’Eau. Alors que les permis (de polluer) sont normalement attribués pour un temps limité, ceux-ci sont éternels, vu que, comme dit l’Agence pour la Protection de l’Environnement, “une fois que vous avez exempté une nappe aquifère de la loi, vous ne pouvez plus la nettoyer”.

Leona se souvient d’avoir entendu ses parents parler du boom de l’uranium dans les années 1950. C’était la Guerre Froide, l’Etat avait besoin d’uranium pour les armes. “Mes parents disaient que des gens devenaient riches du jour au lendemain. Alors, les gens qui possédaient un terrain, ceux qui avaient reçu des lots, en bénéficiaient immédiatement, dès qu’ils avaient signé un contrat. Mais personne n’imaginait les impacts et les effets négatifs qui allaient durer toujours, la radioactivité, les cancers. Le cancer n’arrive pas comme ça: la période de latence est d’environs 20 ans. Alors, ils avaient empoché un gros chèque, mais 20 ans plus tard, ils avaient le cancer. Beaucoup de gens en sont morts.”

Dans les années 1980, le prix de l’uranium a baissé et la plupart des mines ont cessé d’être exploitées. Mais en 2006, le prix a recommencé à monter et les compagnies ont voulu rouvrir les sites dont elles étaient propriétaires. Depuis, les prix ont monté et descendu, mais la menace de réouverture des mines ou de l’ouverture de nouvelles, existe toujours. Leona a commencé à travailler contre les mines en 2007, à cause de la menace sur la région de Crownpoint.

En février 2014, elle a commencé à travailler avec Diné No Nukes, une organisation qu’elle a co-fondée et qui a pour but de créer “une Nation Navajo Délivrée de la Contamination Radioactive” – , et, en septembre 2014, pour le Projet de Contrôle des Radiations [Radiation Monitoring Project , qui a été fondé par Diné No Nukes avec deux autres organisations –, en décembre 2016 avec Haul No! et en juillet 2016 avec le Groupe d’Etude du Problème Nucléaire [ Nuclear Issue Study Group]. “Notre équipe consiste en trois personnes: David Kraft, Nuclear Energy Information Service; Leona Morgan, Diné No Nukes; Yuko Tonoshira, Sloths Against Nuclear States. Le groupe de David – NEIS – est de Chicago, Diné No Nukes est d’ici, quant à SANS, Yuko Tonoshira, qui fait la plupart de nos graphiques et dessins, s’y est impliquée après Fukushima. David a travaillé sur les problèmes d’énergie nucléaire dans l’Illinois, l’Illinois ayant le plus grand nombre de réacteurs nucléaires des Etats-Unis, 14 réacteurs. Et nous faisons appel à des instructeurs, à l’expertise de nos amis. L’une est Cindy Folkers, l’autre Lucas Hixon. Notre travail porte essentiellement sur l’éducation: Instructions sur les principes de base de la radioactivité et des radiations. Matériel pédagogique approprié. Instruments pour mesurer et informer sur les radiations. Traduire le jargon compliqué et scientifique de l’industrie en langage ordinaire et compréhensible.”

“Ainsi, nous, le Groupe d’Etude du Problème Nucléaire, nous formons une équipe ici, nous ne voulons pas que notre état devienne une ‘zone de sacrifice’, nous pensons que le Nouveau-Mexique ne devrait pas devenir la poubelle des déchets nucléaires de la nation.” Ce groupe diffère des autres organisations anti-nucléaires du Nouveau-Mexique par sa façon de travailler, la composition de ses membres, et les communautés qu’il essaie de toucher. “Il y a de très nombreuses organisations anti-nucléaires au Nouveau-Mexique, la plupart de leurs membres sont âgés, et beaucoup sont des hommes blancs âgés. Trop souvent, ces gens deviennent experts et travaillent beaucoup, mais ils ne partagent pas leurs connaissances de manière accessible, avec les jeunes. Ils voudraient peut-être impliquer des gens plus jeunes, mais ils ne sont pas organisateurs. Nous sommes organisateurs, nous sommes des artistes, des gens de la communauté.” Leona ajoute “Nous incorporons toutes nos cultures différentes, la plupart des dirigeants du groupe sont des femmes. Nous sommes aussi sensibles aux problèmes de la communauté LGBT, pas seulement à ceux des gens de couleur”. Le groupe est nouveau, “…nous sommes encore préoccupés par la façon dont nous allons travailler. Mais, parce que nous sommes nouveaux, nous avons beaucoup de flexibilité, et nous avons beaucoup d’occasions de faire de ce groupe ce que nous voulons qu’il soit. Parce qu’à l’heure actuelle, beaucoup de groupes ne savent pas comment se parler, ne s’aiment pas, tandis que nous, nous voulons travailler avec tout le monde.”

 

Actuellement, juin 2018, le groupe s’occupe essentiellement de la lutte contre un projet d’enfouissement de déchets nucléaires extrêmement radioactifs, dans le sud-est du Nouveau-Mexique. Officiellement, il s’agit d’un site ‘temporaire’, mais les opposants craignent qu’il ne soit permanent (voir article précédent).

 

 

WaterConnectUsOweAku6-3-2016

 

LES EAUX NOUS RELIENT : GRAND RASSEMBLEMENT DE PLUS DE 10 NATIONS A GILA RIVER

COMMUNIQUE DE PRESSE

Des Autochtones de plus de 10 Nations se rassemblent dans la Communauté Indienne de Gila River pour discuter de comment

LES EAUX NOUS RELIENT

Avec un hommage poétique et musical à John Trudell à Phoenix
Publié par Owe Aku
6 mars 2016
Traduction Christine Prat

Communauté Indienne de Gila River, Pii Paash Nyamat, Arizona – Pii Paash Uumish (communauté) de la Communauté Indienne de Gila River invite au rassemblement LES EAUX NOUS RELIENT, pour discuter de comment l’eau sacrée est menacée et protégée dans la région du Sud-ouest et à travers tout le Continent, du 11 au 13 mars 2016. Les points de discussion sont: protéger l’eau sacrée, contamination par les grandes entreprises, impact des industries minières liées à l’énergie, utilisation d’eau recyclée sur nos terres, fuites de déchets miniers dans les nappes aquifères et les rivières, surutilisation des nappes aquifères et barrages sur les rivières, stratégie dans les médias et autres histoires des lignes de front.

L’oratrice d’honneur DEBRA WHITE PLUME, Oglala Lakota/Cheyenne du nord de Pine Ridge devait présenter des histoires du territoire Lakota, entre autres les menaces sur l’eau sacrée par des mines d’uranium nouvelles ou en expansion près de la Réserve de Pine Ridge et des Black Hills, et le transport de pétrole de sables bitumineux par l’oléoduc Keystone XL.

«Ils ne peuvent pas arrêter le tremblement de terre, le volcan et la tornade. Ils ne peuvent pas arrêter la puissance. Nous sommes une connexion spirituelle avec la Terre. Comme individus nous avons de la puissance et, collectivement, nous avons la même puissance que le tremblement de terre, la tornade et les ouragans. » – John Trudell

Le VENDREDI SOIR a été consacré au grand JOHN TRUDELL, qui a dirigé par l’exemple et nous inspire pour continuer le combat… avec des poètes de la résistance, des chanteurs et des musiciens qui ont honoré sa vie et son œuvre. Parmi les poètes et les chanteurs, il y avait Simon Ortiz (Pueblo Acoma), Louise Benally (Diné), Nina Was’te (Nakota/Cree), Mercury Bitsuie (Diné), Maldito Angel y Yolotlce (de Culture O’Muerte), le poète Phil Freedom, l’artiste hip hop Kite 9d3, le poète Dominique Hunter, et l’artiste hip hop Che Christ (Pii Paash, Quechan), et l’hôtesse Rosy Torres de Chicago.

Sujet des Conférences de samedi [12 mars] et dimanche [13 mars]:

– Luttes pour l’eau dans la Communauté Indienne de Gila River, avec Reuben Cruz (Pii Paash) et des membres de la communauté O’odham

– L’héritage des mines d’uranium dans la région de Four Corners, avec Manny Pino (Pueblo Acoma), Leona Morgan (Diné) et Mercury Bitsuie (Diné)

– L’organisation et la mobilisation d’Idle No More avec une fondatrice, Nina Was’te (Nakota/Cree)

– La fuite des déchets de la mine Gold King dans la rivière Animas, mise à jour de Janene Yazzie (Diné)

– Le combat du Bastion Apache pour arrêter Rio Tinto [Resolution Copper – NdT] avec Wendsler Nosie (Apache) et Naelyn Pike (Chiricahua Apache)

– Contre Peabody Coal sur Black Mesa, avec Louise Benally de Big Mountain, dans le nord de l’Arizona (Diné)

– Protéger l’eau des Navajo et être victorieuse contre un projet de centrale au charbon, avec Elouise Brown, de Chaco Rio, Nouveau-Mexique

– L’impact et le rôle des Médias de la Base

Samedi soir [12 mars] il doit y avoir des Chants et Danses d’Oiseau par la Pii Paash Uumish.

Toutes nos précieuses, et limitées, sources d’eau sont reliées, des cours d’eau de surface sur Notre Mère la Terre aux nappes aquifères en dessous de nous, aux gouttes de pluie qui tombent des nuages au dessus, toute l’eau est reliée. Les protecteurs de l’eau et les défenseurs des terres peuvent se rassembler pendant ce temps pour honorer l’eau et les terres ancestrales, et élaborer des stratégies pour renforcer et construire la solidarité afin d’accroître l’efficacité des nombreux mouvements fondés pour protéger les terres et les eaux.

C’est notre devoir en tant que gardiens de la Terre d’apprendre comment les cours d’eau et les nappes aquifères sont menacés, exploités et pollués. Par le savoir et la construction d’une vaste communauté, le mouvement se renforce pour défendre et protéger l’avenir de nos eaux pures, précieuses et sacrées.

Les Pii Paash les accueillent avec le cœur et l’esprit ouverts sur leurs terres à l’extrémité ouest de la Communauté Indienne de Gila River, auprès du lit de la rivière de leurs ancêtres maintenant à sec, au pied des Montagnes Sacrées Estrella.

Les hôtes sont la Pii Paash Uumish, Owe Aku et le Peoples Media Project, avec le soutien de nombreux individus et organisations.

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CONTACTS:

Reuben Cruz, Pii Paash (773) 747-2700, intoxicatedmc@hotmail.com . Pour la presse ou pour joindre les participants, prendre contact avec Kent Lebsock d’Owe Aku, iamkent@me.com
BIOGRAPHIE DE QUELQUES PARTICIPANTS:

LOUISE BENALLY, une grand-mère, mère et mère de clan de 55 ans, de la communauté de Big Mountain sur Black Mesa, au Nord de l’Arizona. Elle est cultivatrice, fait de la permaculture, est herboriste, avocate traditionnelle et conseillère sur divers aliments bio. Louise a chanté lors de l’hommage à John Trudell et parlé de son engagement [de John Trudell] dans la lutte de Black Mesa contre Peabody Coal et les problèmes d’eau qui s’ensuivent en Pays Navajo. Elle a été activiste toute sa vie dans les luttes environnementales pour l’eau, les sites sacrés, l’eau et les mines, et racontera des histoires et des leçons tirées de son travail.

MERCURY BITSUIE est un berger Diné de Sanders, en Arizona, qui a découvert récemment que la fuite de déchets de la mine de Church Rock [en 1979 – NdT] dans le Rio Puerco avait atteint les puits d’eau potable de sa communauté.

ELOUISE BROWN est de Chaco Rio, au Nouveau-Mexique, dans la Nation Navajo. En 2006, elle a découvert qu’un projet d’énorme centrale au charbon nommée ‘Desert Rock’ faisait des forages pour de l’eau près de chez elle. Avec amour pour leur terre, Elouise et sa famille ont érigé une barricade. Deux ans et demi plus tard, le projet de centrale au charbon de 1500 mégawatts a été abandonné. Elouise Brown Présidente, Organisation Doodá (NO) Desert Rock, Chaco Rio, Nation Navajo, Nouveau-Mexique.

REUBEN CRUZ, (Pii Paash/Quechan), les eaux à Gila River
Reuben est Pii Paash (Maricopa), Quechan, et père, musicien, poète, organisateur, humaniste des Montagnes Estrella, à l’ouest de Phoenix, Arizona. En tant qu’emcee [MC, Microphone Controller, DJ, rappeur] (sous le nom de Che Christ), il se sert de ses dons de conteur pour parler de justice sociale et de respect de tous les peuples dans une musique hip-hop positive. Reuben enseigne dans des ateliers d’écriture pour les jeunes des centres urbains et des communautés Autochtones. Il a été publié dans High Times, Waging Non Violence, As Us Journal, Ghazals For Foley et Hinchas de Poesia. Il a publié lui-même HAARP (Heavy Anti-Authoritarian Rap Poems – Poèmes Rap Anti-Autoritaires Lourds) en 2010. Reuben participe à des manifestations qui utilisent la musique, l’art et le film pour célébrer les mouvements sociaux contemporains. Reuben a collaboré avec Prairie Dust Films pour Crying Earth Rise Up et Standing Silent Nation et dans les rues avec le Projet de Médias Populaires. www.chechrist.com

LEONA MORGAN (Diné) de la Nation Navajo, a travaillé comme organisatrice de la communauté et enseignante des problèmes d’uranium depuis 2007. L. Morgan s’est occupée à la base d’empêcher la pollution de l’eau par une opération de Lixiviation In Situ dans l’est du territoire Navajo. En 2014, elle a co-fondé Diné No Nukes (DNN – Pas de Nucléaire Navajo). DNN est une initiative centrée sur l’éducation, sur toute la Chaîne de Carburant Nucléaire avec un intérêt spécial pour les terres comprises entre les Quatre Montagnes Sacrées pour les Diné. http://www.dinenonukes.org/

WENDSLER NOSIE SR. est actuellement Conseiller pour le District de Peridot et ex-Président du Conseil Tribal des Apaches de San Carlos, qui sont environs 15000 dans la Réserve Apache de San Carlos, dans le sud-est de l’Arizona. Wendsler est né en 1959 et a été élevé dans la tradition Apache. En 2000, il a fondé les Coureurs de l’Esprit de la Montagne, une organisation de coureurs traditionnelle. Il a créé le journal Apache Messenger en 2011, dont il est propriétaire et qu’il gère actuellement. Wendsler Nosie est marié à Theresa Beard Nosie, de la Nation Navajo. Ils vivent à Peridot, en Arizona, dans la Réserve Indienne Apache de San Carlos et ils ont six enfants : Lian, Vanessa, Wendsler Jr., Angel, Alicia et Taegan, et 12 petits-enfants. Wendsler Nosie se consacre à la préservation et la protection de la culture et des objets Amérindiens, à l’histoire religieuse et à la tradition. Il a fondé le Bastion Apache, qui occupe toujours Oak Flat depuis plus d’un an. Il s’est battu toute sa vie pour les droits des autochtones et a décidé de se consacrer à la protection de l’avenir pour les générations à venir.

NAELYN PIKE, 16 ans, est membre de la Tribu Apache de San Carlos. Elle est au lycée de Globe et membre de la National Honor Society. Naelyn a été Coureuse de l’Esprit de la Montagne depuis l’âge de 2 ans, un groupe de coureurs traditionnels qui continuent de protéger le Mont Graham, sacré, contre un projet de télescopes de l’Université d’Arizona et du Vatican. Naelyn est membre du Bastion Apache, qui continue d’occuper et défendre Oak Flat contre la compagnie minière étrangère Resolution Copper. Le site Sacré d’Oak Flat a été bazardé par le biais d’un truc de dernière minute fourré dans la Loi d’Autorisation de la Défense Nationale de 2015. Naelyn a témoigné deux fois devant le Congrès sur l’Echange de Terres du Sud-est de l’Arizona et le projet de loi Sauvez Oak Flat. En 2015, elle s’est aussi rendue à Washington avec le Convoi du Bastion Apache pour unifier tous ceux qui se préoccupent de la protection de Notre Mère la Terre et de l’avenir des prochaines générations.

MANUEL PINO est Pueblo Acoma du Nouveau-Mexique. Il est actuellement professeur de sociologie et coordinateur des Etudes Amérindiennes à l’Université Communautaire de Scottsdale. Les recherches de Manuel portent sur les problèmes environnementaux qui touchent les Amérindiens et les Peuples Autochtones du monde entier. Il se concentre surtout sur la chaîne du carburant nucléaire, particulièrement les mines d’uranium, et ses effets sur les Peuples Autochtones. Manuel a été délégué dans de nombreuses conférences internationales sur l’environnement aux Nations Unies et est actuellement membre de plusieurs conseils d’administration d’organisations écologiques dans tous les Etats-Unis. Manuel travaille actuellement avec des ouvriers de l’uranium au Nouveau-Mexique, en Arizona, dans le Dakota du Sud et l’état de Washington, sur les problèmes de santé liés aux radiations et dans des communautés qui s’opposent à l’entreposage de déchets nucléaires et à de nouvelles mines. En 2008, il a reçu le Prix du Futur Sans Nucléaire à Munich, en Allemagne, pour son activisme.

SUREE TOWFIGHNIA, (Grassroots and Mainstream Media Strategies, Stratégies des médias pour la base et le grand public) est réalisatrice, productrice et enseignante en documentaires. Elle a mis en scène et co-produit Crying Earth Rise Up (2015), un documentaire de PBS (Public Broadcasting Service – Service Public de Diffusion) qui révèle les effets de l’extraction d’uranium sur l’eau et les habitants des Grandes Plaines. Suree avait précédemment réalisé Standing Silent Nation (2007), un documentaire de PBS sur la lutte d’une famille Amérindienne pour cultiver du chanvre industriel sur les terres souveraines de leur Réserve. Elle a mis en route le Projet de Médias Lakota (LMP) avec Owe Aku en 2003, pour enseigner à des jeunes filles et des femmes Lakota comment raconter leurs propres histoires dans des documentaires. Suree enseigne aux jeunes, aux Anciens et à quiconque, les techniques du documentaire et la stratégie médiatique dans des organisations, des communautés, des universités et des écoles. Suree est Iranienne, Mexicaine, Polonaise/Allemande, née à Chicago, et réside actuellement en Arizona avec son mari et ses deux enfants.

NINA WAS’TE WILSON est du Territoire du Traité 4 au sud du Saskatchewan. Nina est mère, grand-mère et co-fondatrice du Mouvement Idle No More qui a éclaté partout en 2012. Nina s’est spécialisée dans le mouvement pour enseigner comment devenir meilleur Défenseur de l’Eau Sacrée et de Notre Mère la Terre par la stratégie, l’organisation et le développement des talents nécessaires. Nina est aussi profondément immergée dans sa langue et sa culture et se conforme aux Lois Traditionnelles des Nakota Dakota Nehiyawak. Nina croit et met en pratique la culture et l’émancipation des jeunes femmes de sa communauté, sa famille et sa nation avec le soutien et l’approbation de ses parents [compatriotes] du Territoire du Traité 4 et au-delà. Nina enseigne l’analyse de la propagande, le développement du guerrier et la déconstruction de la pathologie coloniale.

DEBRA WHITE PLUME, née en 1954, est descendante du Tiospaye de Red Cloud du côté paternel, et de la Nation Cheyenne du Nord du côté maternel, et est membre cooptée de la Bande Oglala de la Nation Lakota. Debra a vécu dans la Réserve Indienne de Pine Ridge, dans le Dakota du Sud, toute sa vie, et sur les rives du Ruisseau Wounded Knee depuis 30 ans. Debra a commencé à s’impliquer dans le domaine des Traités et Droits du Sol et la préservation et revitalisation de la culture Lakota dès l’âge de 17 ans, quand elle a obtenu le diplôme d’études secondaires [‘baccalauréat’]. Elle s’occupe de problèmes locaux et internationaux. Sa tribu l’a honorée en lui remettant le Drapeau Tribal dans les années 1990. En 1997, Debra a été co-fondatrice, à Pine Ridge, d’une ONG de base, pour le changement social, appelée ‘Owe Aku’, Bring Back the Way [Retrouvez la Voie]. Debra est mère de 3 enfants, grand-mère de 15 petits-enfants, et Mère et Grand-mère Spirituelle de nombreux jeunes dans beaucoup de Nations. Debra a été publiée en tant qu’écrivaine et poète, a produit des films, a été animatrice à la radio, et rédactrice et éditrice de journaux.

ROSEBUD WHITE PLUME est membre de la Nation Oglala Lakota et du Tiospaye (famille élargie) White Plume. Depuis 2002, Rosebud a étudié la théorie, la technique et la production du film documentaire et dirige actuellement le Lakota Media Project. Rosebud a l’inspiration d’utiliser les médias pour préserver son mode de vie par des documentaires sur des histoires et des problèmes représentant des alternatives aux représentations limitées de son peuple dans les médias officiels. Elle fait de courtes vidéos sur le mode de vie Lakota, les mouvements pour la justice sociale dans les communautés autochtones, la jeunesse de la Réserve de Pine Ridge, et réalise The Indigenous View [le Point de Vue Autochtone], une émission de télévision en ligne. Rosebud est mère de sept enfants qui vivent sur les rives du Ruisseau Wounded Knee.

JANENE YAZZIE est une militante des droits de l’homme et des Autochtones, qui a contribué à fonder Sixth World Solutions [Solutions du Sixième Monde], une entreprise vouée à promouvoir un développement durable de la communauté, dans la Nation Navajo. Originaire de Lupton, Arizona, elle a grandi dans une région de la Nation Navajo fortement touchée par la mine d’uranium de Church Rock. Ses expériences l’ont conduite à collaborer avec d’autres défenseurs de la sécurité de l’eau dans la Nation Navajo pour fonder l’Association des Chapitres du Bassin Hydrologique du Petit Colorado (LCRWCA), dans laquelle elle travaille comme planificatrice pour aider à développer un modèle de planning dirigé et géré par la communauté pour le bassin hydrologique, qui renforce l’autonomie locale et l’autodétermination pour créer la sécurité de l’eau, de la nourriture, et la résilience au changement climatique pour le présent et les générations futures, en utilisant le savoir écologique traditionnel.