Présentation par Leona Morgan  English
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16 février 2020
Rédaction et traduction Christine Prat

Leona Morgan, activiste anti-nucléaire Diné, était invitée par le CSIA-Nitassinan le 16 février 2020. Elle a parlé de son travail, du colonialisme nucléaire et de ses dégâts historiques et présents sur les gens de sa communauté, ainsi que des actions entreprises et à entreprendre pour résister.

Vous trouverez sur ce site plus d’informations sur l’action de Leona et sur sa visite à Bure, en mai 2020 (un site d’enfouissement de déchets nucléaires est également prévu au Nouveau Mexique, où elle vit).

La Nation Navajo [autrefois la « réserve »] et ses environs ont été particulièrement touchés par les mines d’uranium et les industries nucléaires.

[P.S. : cliquer sur les cartes et images pour les voir en grand format, lisible]

Leona a commencé sa présentation en montrant une photo de Monument Valley, une image célèbre dans le monde entier, étant donné que beaucoup de ‘Westerns’ y ont été tournés. C’est aussi où l’uranium a commencé à être exploité dans les années 1940, sans que les habitants soient informés ou protégés des radiations. Les mines y ont été développées sans discontinuer tout au long de la Guerre Froide.

Leona a ensuite donné une définition du colonialisme nucléaire, un terme créé par Winona La Duke et quelques autres. Leona expliqua : « Le colonialisme nucléaire peut être expliqué simplement comme la manière systématique par laquelle les gouvernements ont exploité et détruit les terres de Peuples Autochtones, pour utiliser l’uranium d’abord pour fabriquer des armes nucléaires, puis, aujourd’hui, pour produire de l’énergie nucléaire. C’est une forme de racisme institutionalisé, et également de racisme environnemental. C’est aussi le colonialisme nucléaire qui a causé l’irradiation et de graves dommages aux gens par les tests de bombes atomiques. »

Elle dit aussi « à l’échelle mondiale, la plupart des mines d’uranium sont exploitées sur les terres de Peuples Autochtones. Nous n’avons pas de chiffres exacts, mais nous estimons que 70% des mines d’uranium exploitées sont sur des terres Autochtones. Beaucoup de tests d’armement étaient également réalisés sur les terres de Peuples Autochtones. » [Ne pas oublier que la France testait ses bombes atomiques à Reggane, Algérie, en territoire Touareg, jusqu’en 1967, puis à Mururoa et Fangataufa, en Polynésie ‘Française’. Puis, la compagnie nationale Framatome – qui a changé de nom à plusieurs reprises, pour s’appeler entre autres AREVA – a détruit le territoire Touareg dans le nord du Niger].

Leona a aussi souligné que la plupart des tests de bombes atomiques avaient eu lieu dans le territoire – non-cédé – des Shoshone de l’Ouest, dans le Nevada. Lorsque les médias en parlent, ils disent toujours le ‘Désert du Nevada’, oubliant de préciser que le territoire est toujours celui de communautés Autochtones, principalement Shoshone, mais il y en a d’autres, en particulier une petite réserve Paiute, proche du site de tests.

Leona : « Plus de 900 tests ont eu lieu dans cette zone », « et je tiens à dire qu’un de mes amis [ami commun – Ch. Prat], Ian Zabarte, explique qu’en tant qu’Autochtones, ils ne peuvent pas retourner dans leur pays, à cause des radiations. » [Au début des années 1960, les Etats-Unis ont aussi testé des bombes sur l’Ile de Bikini, qui est toujours inhabitable aujourd’hui. Curieusement, le nom est devenu célèbre comme maillot de bain sexy et comme chanson populaire idiote].

Sur l’histoire du colonialisme nucléaire, Leona dit qu’elle allait « partir des débuts du phénomène par lequel le racisme et le génocide sont devenus la loi. Il y a un document élaboré en 1493, appelé ‘La Doctrine de la Découverte’. Je me demande combien d’entre vous ont entendu parler de ce document ? [Des gens dans l’auditoire lèvent la main]. La plupart du temps peut-être une ou deux personnes lèvent la main, il y en a beaucoup plus ici, c’est magnifique ! » Elle expliqua que le document – en fait, une ‘Bulle Papale’ – avait été créé en Europe afin d’accorder la bénédiction de l’Eglise au colonialisme : « C’était un document élaboré en Europe, qui a fondamentalement ouvert la voie à la colonisation de terres dans d’autres parties du monde. Et c’est ce qui a autorisé divers pays à s’emparer de terres, à s’emparer de gens, à réduire des gens à l’esclavage et à tuer des gens. L’idée était que les Autochtones ne sont pas vraiment humains, que nous sommes moins qu’humain, et que par conséquent, c’est normal de prendre notre pays et de commettre un génocide, au nom, à l’époque, du Christianisme ou pour promouvoir l’influence de l’Eglise. C’est toujours normal aujourd’hui, parce que nous n’avons pas de droits comme les autres, que nous ne sommes pas humains, c’est l’idée derrière cela. Alors, pour en revenir aux Etats-Unis, ce document a aussi été utilisé comme base pour fonder les Etats-Unis et d’autres pays. »

Elle décrivit ensuite les différentes périodes de la politique des colons européens envers les Amérindiens : « Au début – lors de la fondation des Etats-Unis – ils ont établi ce qu’on appelle les périodes fédérales sur les Indiens. Ainsi, aux Etats-Unis, au début, la première période ‘Indienne’ était l’Elimination. Donc, quand les colons sont arrivés, ils voulaient conquérir plus de terre. Pour ‘nettoyer’ le pays, c’est-à-dire le nettoyer des gens qui s’y trouvaient, ils ont instauré un génocide légalisé. Il y avait aussi le ‘Déplacement’ – ou ‘déportation’ – qui voulait dire repousser les Autochtones vers l’ouest. Beaucoup plus tard, ils ont inventé ce qu’ils appellent l’Assimilation, qui consistait à enlever les enfants Autochtones pour les mettre dans des écoles occidentales, où ils étaient forcés de parler anglais et de changer leur mode de vie ». Aux Etats-Unis comme au Canada, les enfants étaient enlevés – kidnappés – à leurs familles et mis dans des Pensionnats Indiens où ils étaient maltraités – quasiment torturés – et beaucoup d’entre eux n’y survivaient pas. Récemment, beaucoup d’Autochtones des Etats-Unis et du Canada ont commencé à parler de l’histoire de leurs parents dans ces écoles, et ont réussi à atteindre les médias et les autorités. [La même chose a existé, jusqu’à fort récemment, en Guyane ‘Française’].

Puis, Leona a cité d’autres ‘outils’ utilisés pour la colonisation, comme les chemins de fer et les mines, et la création de ‘gouvernements tribaux’ : « Il y a eu aussi la création de ce que nous appelons ‘gouvernement tribaux’, tout à fait du type de gouvernement occidental, pas du tout naturel pour nos peuples. Ces gouvernements de style occidental ne servent pas souvent à promouvoir la volonté de la communauté, mais sont la plupart de temps des marionnettes du gouvernement fédéral. » Elle ajouta : « Au début, ils étaient des marionnettes des Etats-Unis, mais aujourd’hui, ils s’orientent vers la décolonisation. Ces gouvernements à l’occidentale, ont commencé par se préoccuper de capitalisme et de choses qui n’avaient rien à voir avec nos traditions. Mais dans les 50 dernières années, il y a eu beaucoup de changement, les gouvernements tribaux ont commencé à adopter leurs propres lois, pour protéger nos traditions, nos sites sacrés et nos droits humains, et cette tendance s’accentue. »

Pour les Européens qui croient que la plupart des Autochtones des Etats-Unis ont disparu, (‘tous tués par John Wayne’) elle dit : « Je tiens à vous rappeler qu’actuellement, aux Etats-Unis, il y a des centaines de Peuples Autochtones. En Amérique du Nord – que nous appelons l’Ile de la Tortue – il y a de très nombreuses Nations Autochtones, qui vivent toujours et parlent leurs propres langues, et suivent toujours nos traditions. Et bien sûr, il y a aussi de nombreux Peuples Autochtones en Amérique du Sud et d’autres régions du monde, qui continuent de mettre en pratique leurs cultures, jusqu’à aujourd’hui. Aux Etats-Unis, il y a 573 Nations reconnues par le gouvernement fédéral. »

Puis, elle dit que, dans sa présentation, elle allait surtout parler de sa propre communauté, la Nation Navajo, et des peuples voisins, aux alentours, des tribus connues sous le nom de ‘Pueblos’, qui sont aussi touchés par l’exploitation d’uranium et autres activités nucléaires.

Elle a commencé par expliquer où vit sa communauté, et la différence entre ce qui s’appelle maintenant la Nation Navajo (à l’origine, la Réserve) et le pays traditionnel des Diné, entre les quatre montagnes sacrées.

Puis elle a parlé de la question du transport – du minerai d’uranium, de l’eau radioactive, des déchets nucléaires – un problème qui a conduit des activistes Navajo à créer la campagne Haul NO! La carte a été distribuée et passée parmi l’assistance:

Puis, elle a « expliqué un peu plus ce qu’implique la différence entre le gouvernement à l’occidentale et les gens traditionnels. C’est très important de comprendre que nous nous appelons ‘Diné’, mais que notre gouvernement est appelé ‘Navajo’. Être Diné et vivre comme un Diné, c’est continuer la façon dont nos ancêtres vivaient. La communauté, chez nous, est plus concernée par la protection de Notre Mère la Terre, parce que c’est où nous vivons, et si nous blessons notre Mère, nous souffrirons aussi. Cependant, la Nation Navajo comme mode de gouvernement, a été créée par des forces extérieures et s’est surtout préoccupée de développement économique. Ça impliquait l’extractivisme, l’exploitation des ressources, comme on peut le voir sur le drapeau de la Nation Navajo, avec des forages de pétrole et autres formes de développement économique.

 

Bien que le sujet de son intervention soit l’extraction d’uranium, elle a tenu à mentionner d’autres types d’extractions qui affectent la Nation Navajo, par-dessus tout, les mines de charbon et les centrales au charbon, mais aussi la fracturation hydraulique pour le gaz et le pétrole. « Il y a de très nombreuses communautés, sur la ligne de front, qui sont touchées directement par les diverses formes d’extraction de ressources. » Elle fit remarquer que la stratégie des gens de la communauté était très différente de celle des grandes ONG. Elle ajouta : « Je parle aujourd’hui en tant qu’Autochtone qui travaille sur ces problèmes, mais je ne me considère pas comme écologiste. Je suis une Autochtone qui s’efforce de protéger nos terres et notre culture Diné. » Elle expliqua en quoi les écologistes diffèrent des Diné : « Le point de vue de beaucoup d’écologistes est qu’ils sont séparés de l’environnement, alors que nous voyons la Terre comme notre Mère, nous protégeons la Terre comme entité vivante, qui respire. Donc, nous faisons partie de la Terre, nous sommes du sol, nous considérons les éléments et les lieux sur terre comme sacrés. Nous considérons que le charbon est le foie de notre Mère, l’eau est son sang, et c’est pareil pour l’uranium, il fait partie de notre Mère et ne devrait pas être extrait, mais laissé dans le sol. L’endroit d’où je viens est aussi touché par beaucoup de fracturation hydraulique. Certains d’entre vous connaissent peut-être le Canyon de Chaco [site archéologique très important], c’est aussi menacé par la fracturation. »

 

Les mines d’uranium en territoire Navajo

« Maintenant, je vais parler des mines d’uranium. N’oubliez-pas que là où il y a des mines d’uranium dans le territoire de mon peuple, il y a aussi des mines de charbon et de la fracturation. Combien d’entre vous sont conscients des utilisations de l’uranium ? Comprenez-vous pourquoi l’uranium est utilisé ? [Tout le public lève la main]. Souvent, les gens ne comprennent pas que l’uranium est utilisé aussi bien pour les armes – pour l’impérialisme et l’oppression – et pour l’énergie, qui est maintenant un grave problème, à cause du changement climatique. Et maintenant, c’est une année importante, parce que c’est le 75ème anniversaire du premier essai de bombe atomique, suivi par le largage de deux bombes atomiques sur le Japon. Le premier test nucléaire a eu lieu au Nouveau Mexique le 16 juillet 1945. Je vis au Nouveau Mexique et ma famille y vit depuis de très nombreuses générations. » « Mon peuple vit ici, dans cette région, en Arizona et au Nouveau Mexique. Il y a de l’uranium dans le Wyoming, le Dakota du Sud et au Texas aussi. Dans les années 1940 jusque dans les années 1980, l’uranium était surtout utilisé pour les armes. A l’époque de la fabrication des armes, les Etats-Unis exploitaient l’uranium dans tout le pays et n’avaient aucune loi sur la décontamination des mines. Une des lois sur les mines du 19ème siècle favorisait la colonisation des Etats-Unis. Cette loi est toujours utilisée et n’a jamais exigé la décontamination des mines. Alors, aujourd’hui, il y a plus de 15000 mines d’uranium abandonnées aux Etats-Unis. Il y a au total 600 000 mines de divers minerais, mais 15000 sont des mines d’uranium. » [Il y a aussi des mines d’uranium abandonnées en France, en particulier dans le Limousin, personne ne sait si elles ont été décontaminées, on n’en a jamais parlé. A l’époque, les gens manifestaient contre les centrales nucléaires, mais personne ne semblait savoir qu’il y avait aussi des mines].

La plupart des mines d’uranium sont dans une région entre le sud de l’Utah et du Colorado, et il y a aussi une zone très impactée au Nouveau Mexique, près de la Montagne Sacrée Mount Taylor, Tsoodził, près de Grants.

Puis Leona explique que l’uranium venait au départ des profondeurs de la terre et se déplaçait naturellement vers la surface. Ça se passe, évidemment, sur des millions d’années, mais à cause de l’extractivisme, le mouvement est anormalement accéléré. Quand il pleut, l’uranium peut toucher les cours d’eau dans les endroits où des gens vivent.

« Dans notre Nation Navajo, sur les terres de notre peuple, nous avons 523 mines d’uranium abandonnées. » Le gouvernement tribal, qui travaille avec le gouvernement fédéral, dit avoir nettoyé environ 200 mines. Le travail a été interrompu à cause de manque de fonds, le nettoyage s’étant avéré beaucoup plus cher que ce qu’ils avaient estimé au départ. Leona : « Ils ont essayé de retrouver les entreprises et de les faire payer. Beaucoup n’existent plus, certaines ont été rachetée par des grandes compagnies comme General Electric. Quand le gouvernement fédéral ou la tribu retrouvent ces compagnies, ils les tiennent pour responsables de payer pour une partie des vieux dégâts. Mais j’ai appris, il y a 15 jours, qu’environ 200 mines avaient été nettoyées, mais qu’il n’y a plus d’argent pour les 300 qui restent. »

Leona dit aussi que les mines ne sont qu’une partie du cycle du carburant nucléaire, la première. La seconde est le traitement. « Une usine de traitement est beaucoup plus sale qu’une mine, parce qu’ils utilisent des produits chimiques pour séparer l’uranium du minerai. » Actuellement, il n’y a plus qu’une usine de traitement encore en activité aux Etats-Unis, dans le sud de l’Utah, sur les terres des Utes de Ute Mountain.

La catastrophe de Church Rock de 1979

Puis, Leona a parlé de la Catastrophe de Church Rock, la plus grande catastrophe nucléaire de l’histoire des Etats-Unis. Les médias n’en n’ont pratiquement pas parlé, alors qu’ils faisaient des gros titres, des émissions, et un film avec Meryl Streep, sur l’accident de Three-Miles-Island, survenu la même année. « Le 16 juillet, le même jour que le test de Trinity, mais en 1979, il y a eu un accident à l’usine de traitement. » Il y avait deux mines d’uranium, qui ont été exploitées des années 1950 à la fin des années 1970. Le minerai d’uranium était traité à l’usine, juste à côté. L’usine produisait beaucoup de déchets, et les déchets liquides étaient entassés dans un bassin de rétention. « Le bassin de rétention était fermé par une digue d’argile. Il y avait des fissures dans la digue, la compagnie le savait, mais continuait à y entreposer les déchets. A environ 5h30 du matin, le 16 juillet 1979, la digue s’est rompue. Plus de 350 millions de litres de déchets radioactifs se sont déversés dans un fossé qui menait à la rivière Puerco. Elle est normalement sèche, il y a rarement de l’eau. Mais quand l’eau radioactive s’est déversée du bassin de rétention, elle a coulé jusqu’à au moins 160 km en Arizona. » La région est toujours polluée. En juillet 2015, un chercheur Navajo, Tommy Rock, de l’Université de Flagstaff, a découvert que l’eau ‘potable’ d’une communauté Navajo à Sanders, à la frontière entre l’Arizona et le Nouveau Mexique, était radioactive. Exceptionnellement, le Rio Puerco avait de l’eau en 2015. La région de la vieille usine est contrôlée par l’EPA [Agence pour la Protection de l’Environnement], mais l’eau de la rivière n’avait jamais été contrôlée.

Le combat de Leona contre les mines d’uranium

Leona a commencé par combattre une nouvelle mine d’uranium en 2007. La nouvelle mine était située près de la petite ville où vivait sa famille, [Crown Point, voir carte à la fin de l’article] . La compagnie disait vouloir utiliser une nouvelle technique d’extraction, appelée en français ‘lixiviation in situ’, en anglais ‘leaching’ qui signifie ‘infiltrer’. Ils prétendaient que c’était beaucoup mieux que les mines explosées à ciel ouvert d’autrefois, qui envoyaient des nuages radioactifs sur des kilomètres. En fait, cette ‘nouvelle’ technique consiste en l’infiltration de produits chimiques (toxiques) dans les nappes aquifères, à travers les roches, afin de dissoudre le minerai d’uranium. Naturellement, le minerai d’uranium ne se dissout pas dans l’eau. Après infiltration de produits chimiques, l’uranium se dissout dans l’eau, qui est pompée et filtrée. Et l’eau souterraine est donc radioactive. Les activistes ont heureusement pu bloquer le projet. (Mais il faut se souvenir que, souvent, les projets d’extraction d’uranium sont bloqués parce que le prix de l’uranium est trop bas sur le marché mondial. Beaucoup de mines qui ont obtenu depuis longtemps un permis d’exploiter attendent encore que le cours de l’uranium remonte). Cependant, Leona est optimiste grâce à cette victoire, elle dit « Nous croyons que si nous pouvons arrêter l’exploitation de mines d’uranium, nous pouvons aussi bloquer la fabrication d’armes nucléaires et d’énergie nucléaire. »

Mais elle fit remarquer que même après la décontamination, le sol n’est plus jamais le même. Et ce changement ébranle tout leur mode de vie. Dans la communauté de Church Rock, les moutons ont été touchés aussi, et les Navajos mangent beaucoup de viande de mouton. Des étudiants Diné font des recherches sur les effets des radiations et recommandent de ne manger que la viande, mais pas les abats – ce qui est assez courant, et délicieux ! « Donc, on peut se rendre compte que le problème ne concerne pas seulement l’environnement, mais aussi la souveraineté alimentaire et la justice reproductive et beaucoup d’autres problèmes. »

La création du Projet de Contrôle des Radiations (« Radiation Monitoring Project »)

Leona a donc mis en route un projet appelé ‘Projet de Contrôle des Radiations’, qui est essentiellement un projet éducatif. Elle explique : « La partie du travail que je fais le plus est l’éducation populaire. » Le groupe a dû collecter des informations et faire des schémas et des images montrant comment les radiations pénètrent dans le corps. Les radiations touchent surtout les femmes et les enfants, et plus que tous, les enfants à naître. Pour le Projet de Contrôle des Radiations, ils organisent des collectes pour acheter des compteurs Geiger que les gens peuvent emprunter pour aussi longtemps que nécessaire pour mesurer le taux de radiations dans leur communauté. Les cours qu’ils donnent sont faits spécialement pour chaque communauté, selon ses besoins. Certaines communautés sont touchées par des mines d’uranium, d’autres par des réacteurs nucléaires ou par une usine de traitement de l’uranium. Le travail d’information et les outils sont dispensés gratuitement.

Combattre tout le cycle du carburant nucléaire

« Nous avons beaucoup parlé de l’extraction d’uranium du passé, qui servait à faire des armes, mais maintenant il y a beaucoup, beaucoup de nouvelles menaces venant du nucléaire. » Leona montra une photo de la Montagne Sacrée du Sud pour les Navajos, le Mont Taylor, qu’ils appellent Tsoodził. La montagne est également sacrée pour tous les Peuples Autochtones de la région. Les Acomas, qui vivent tout près, l’appellent ‘Kaweshti’. C’est une des communautés les plus proches de la montagne. Ils en dépendent pour l’eau qui en descend et alimente leur seul cours d’eau. La zone est pleine de mines abandonnées. En ce moment, il n’y a pas d’extraction d’uranium au Nouveau Mexique, mais il y a des propositions de deux mines d’uranium sur le Mont Taylor [AREVA a été impliqué]. Un autre projet minier près d’un site sacré est la Mine du Canyon, en Arizona, près du Grand Canyon. La compagnie de Canyon Mine, Energy Fuels, a aussi un projet appelé ‘Roca Honda’ sur le Mont Taylor. [Energy Fuels opère aussi l’usine de traitement de White Mesa, en territoire Ute].

La Campagne ‘Haul NO!’, ‘NON au Transport !’

En 2015, des activistes anti-nucléaire ont démarré une campagne appelée ‘Haul NO!’, qui signifie ‘Non au transport’, mais, en anglais, ressemble à l’expression ‘Hell, NO!’ La campagne concernait le transport d’uranium de la Mine du Canyon à l’usine de traitement en Utah, à travers la Nation Navajo. Leona dit : « Nous avons travaillé avec des gens de différents peuples Autochtones, au cours de cette campagne. C’est un combat dirigé par des Autochtones avec le soutien de nombreux alliés non-Autochtones, des supporters et d’autres gens. » L’essentiel de la campagne était de faire prendre conscience et créer de l’action. Les participants sont partis de l’usine dans l’Utah. Ils se sont arrêtés dans les communautés et ont fait des conférences en route. Beaucoup de gens ont pris conscience du problème grâce à cette campagne. La compagnie a prétendu qu’elle ne transportait pas d’uranium, mais les activistes les ont pris sur le fait. Ils ont aussi fait une vidéo montrant la réalité de ce qui se passe à Canyon Mine :

 Canyon Mine

La campagne a reçu le soutien du Sierra Club, mais la compagnie n’a pas eu de problèmes. « L’agence gouvernementale a changé le permis pour y inclure [ce qui avait été révélé]. La mine n’est qu’à 10 km du Grand Canyon. La communauté Havasupai, qui vit au fond du Grand Canyon, dépend de l’eau qui y ruisselle et craint que les sources ne soient contaminées. Et leur site sacré, Red Butte, n’est qu’à 6,5 km de la mine. Ils utilisent aussi le site et les sources d’eau pour des cérémonies.

LE WIPP AND LE WCS

Le WCS est une décharge pour les déchets faiblement radioactifs, au Texas, à la frontière avec le Nouveau Mexique. La compagnie veut construire une nouvelle décharge pour accueillir environ la moitié des déchets des centrales nucléaires de tous les Etats-Unis. Le WIPP est un Projet Pilote pour l’Isolation des Déchets (Waste Isolation Pilote Project). Maintenant, le combat principal est contre la compagnie Holtec. Ils essaient de construire une décharge pour toujours plus de déchets. Holtec achète des déchets pour les recycler ou les enrichir, pour faire de l’argent. Les autorités du Nouveau Mexique sont contre les décharges, mais des amis de la compagnie essaient de faire changer la loi au Congrès. Le Nouveau Mexique n’a que deux Sénateurs et trois Représentants au Congrès, ce qui veut dire qu’ils n’ont pas beaucoup de pouvoir politique. Cependant, les opposants ont un réseau national d’activistes qui travaillent ensemble. Ce qui se passe aux Etats-Unis et dans beaucoup d’autres pays qui ont l’énergie nucléaire, c’est que ça produit beaucoup de déchets et nulle part où les mettre. Leona parla de sa visite à Bure, sur l’invitation de Pascal Grégis, du CSIA, ainsi que de ses visites à des amis Allemands qui luttent aussi contre les déchets nucléaires. Elle dit : « Ce à quoi nous devons tous travailler, c’est de faire qu’on arrête de produire des déchets nucléaires, qu’on arrête de fabriquer des bombes nucléaires, qu’on arrête de produire de l’énergie nucléaire, qu’on arrête d’extraire de l’uranium, et ceci va demander beaucoup de travail en commun. » Malheureusement, il y a actuellement beaucoup de divisions dans ce combat, la lutte contre les armes est séparée de celle contre l’énergie civile. De plus, « en tant que Peuples Autochtones, nous devons aussi faire face au racisme et à d’autres problèmes quand nous parlons de colonialisme nucléaire. »

Un autre problème est le changement climatique. Les dirigeants Occidentaux et les entreprises prétendent que l’énergie nucléaire est sans carbone, ce qui est faux. « Ils ne prennent en compte que le réacteur et disent ‘ce n’est que de la vapeur, pas du carbone’. Ils ne prennent pas en compte l’extraction, le traitement, l’enrichissement et toutes les autres étapes de la production de carburant nucléaire. Ils ne prennent pas en compte le transport, ni le stockage des déchets, qui sont radioactifs pour des millions d’années. »

En conclusion, Leona dit que nous devions imaginer une façon de pousser au changement. Et que cela ne peut se faire qu’en connaissant les problèmes et en connaissant et en informant les communautés directement touchées.

« Nous devons nous soutenir, dans la solidarité, et nous unir pour combattre tous ensembles. Et pour cela, il est très important de respecter les cultures de tous. Je pense qu’en travaillant ensemble, nous pourrions nous comprendre et ça peut se faire en partageant nos histoires et nos expériences. Pour la protection des sites sacrés, la protection de l’eau, la protection de la vie, et pour les générations futures. »

Discussions du 10 juillet 2019 avec Petuuche Gilbert

Mines d’uranium abandonnées, projets de nouvelle mine et de stockages de déchets nucléaires au Nouveau-Mexique

Par François Vallet
Présent le 10 juillet
à la réunion avec Petuuche Gilbert

Le 3 juin 2019, à l’initiative de Daniel, les Amis de la Terre en Savoie organisaient au cinéma Victoria à Aix les Bains une projection du film « Le couvercle du soleil ». Daniel avait invité Sonia et Kurumi, représentantes de l’association « Nos voisins lointains 3.11 », à animer un débat après la projection du film. C’est à cette occasion que Kurumi nous informa de la visite en France de Petuuche Gilbert, militant opposé aux mines d’uranium et à l’enfouissement des déchets nucléaires au Nouveau Mexique.

Le 10 juillet, nous avons été invités par Kurumi à Miribel les Echelles, au pied du massif de la Chartreuse, pour une discussion avec Petuuche. En voici un résumé.

Petuuche fait partie du peuple Acoma Pueblo du Nouveau Mexique et vit à Sky City à proximité du Mont Taylor qui est « la montagne sacrée » de plusieurs peuples autochtones du district de Grants.

C’est dans cette région du Nouveau-Mexique qu’a été fabriquée et testée la première bombe atomique (Trinity) le 16 juillet 1945 à Alamogordo. L’uranium nécessaire à sa fabrication venait alors du Canada et plus précisément du Saskatchewan (les Etats-Unis ont réalisé plus de 200 « essais » atmosphériques de bombes atomiques entre 1945 et 1962 et plus de 1 000 essais au total dont deux en souterrain au Nouveau-Mexique et dans le Colorado).

C’est aussi dans le sud-ouest des Etats-Unis, et dans une quinzaine d’états dont ceux dits « des 4 coins » (Nouveau-Mexique, Utah, Colorado, Arizona), qu’ont été exploitées près de 15 000 mines d’uranium entre 1940 et la fin des années 1990. Ces mines et les usines de traitement de minerai d’uranium servaient alors l’industrie des armes atomiques et du nucléaire « civil ». Les compagnies minières employaient principalement des autochtones, pas ou mal protégés, exposés aux émanations de radon et qui ramenaient avec leurs vêtements des particules radioactives dans leurs habitations. Les mines sont désormais fermées et ont été abandonnées par les compagnies minières qui, pour la plupart, ont disparu. Les peuples indiens Pueblos, Navajo, Apaches, habitent dans les zones où la concentration de mines abandonnées est la plus forte.

A côté des mines et des usines de traitement de minerai ont été stockés des déchets radioactifs, solides et liquides. Le 16 juillet 1979, à Church Rock au Nouveau Mexique, la digue du bassin de décantation de l’usine de traitement de minerai céda et contamina une rivière et la nappe phréatique.

Cet accident est considéré comme ayant entraîné le plus fort relâchement de radioactivité dans l’environnement aux Etats-Unis (en tous cas plus que l’accident de Three Mile Island survenu quelques mois auparavant). Chaque année le 16 juillet est organisée une commémoration de cet accident.

En France un incident similaire s’est produit sur l’ancien site minier des « Bois Noirs » à Saint Priest La Prugne (département de La Loire) avec pollution de la rivière La Besbre. https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/loire/ancienne-mine-uranium-loire-eaux-contaminees-s-ecoulent-vallee-besbre-1458739.html

L’explosion atomique de 1945 à Alamogordo, l’extraction de l’uranium, le traitement du minerai, les transports de minerai concentré (yellow cake), les stockages de déchets miniers et des usines de traitement du minerai, ont disséminé dans l’air et dans l’eau des produits chimiquement toxiques et radiotoxiques. Les sols, les plantes et les aquifères sont contaminés. La santé des habitants, principalement des peuples indigènes, est durablement affectée. Les femmes, les enfants et les bébés sont plus particulièrement touchés. Les principales maladies sont des maladies du sang, des maladies cardiovasculaires, des maladies génétiques et des cancers. Mais l’Etat du Nouveau-Mexique n’a diligenté aucune étude scientifique et épidémiologique sur les conséquences de l’exploitation des mines et usines de traitement du minerai d’uranium. Certains pensent qu’il n’y a pas de problème et qu’il est donc possible d’ouvrir de nouvelles mines. Pourtant il y a de nombreux témoignages de victimes de l’uranium et notamment à l’occasion du festival international du film sur l’uranium organisé depuis 2011 dans différentes villes du monde.

Actuellement il n’y a plus de mine, ni d’usine de traitement de minerai d’uranium en activité au Nouveau Mexique. Mais il y a un projet de nouvelle mine, «  Roca Honda », à proximité du Mont Taylor (montagne sacrée pour les indiens). Ce projet était mené à l’origine par un groupement de deux entreprises, une canadienne et l’autre japonaise. L’entreprise japonaise Sumitomo a abandonné le projet suite à la visite au Japon d’une délégation d’habitants du Nouveau-Mexique opposés au projet.

Celui-ci est assez avancé, l’étude d’impact a été réalisée en 2011-2012 et le dossier soumis aux autorités fédérales (voir le site internet de la compagnie actuellement à la tête du projet : http://www.energyfuels.com/project/roca-honda/).

Deux autres compagnies ont des projets de mine dans la même région, notamment près du Grand Canyon en Arizona, mais le prix de l’uranium est trop bas actuellement pour les réaliser.

La communauté indigène (19 peuples concernés) est mobilisée pour préserver le site du Mont Taylor qui est considéré comme propriété culturelle traditionnelle (TCP). Le Rio San José est aussi considéré comme « rivière sacrée ». Le Mont Taylor produit de l’eau potable depuis une seule source qui coule toute l’année. Il y a des manifestations de la communauté indigène contre le projet de mine et pour protéger le Mont Taylor et le Rio San José. La gouverneure  actuelle du Nouveau-Mexique est opposée au projet mais le gouvernement fédéral est pour. Trump veut relancer l’exploitation de mines d’uranium aux Etats-Unis et interdire l’importation. En 2009 l’uranium utilisé aux Etats-Unis venait, par ordre d’importance, d’Australie, du Canada, de Russie, des Etats-Unis, de Namibie, du Kazakstan, du Niger, d’Ouzbekistan. Mais comme les cours actuels sont très bas produire aux Etats-Unis coûtera plus cher et le nucléaire sera encore moins compétitif par rapport aux autres énergies, renouvelables et gaz de schiste. La motivation de Trump semble être essentiellement nationaliste et militaire.

A l’autre bout de la chaîne, deux centres de stockages de déchets à très haute activité (combustibles usés) sont prévus au Texas et au Nouveau-Mexique. En effet, après l’échec de Yucca Moutain à côté de Las Vegas, le gouvernement cherche un site pour stocker définitivement ces déchets et en attendant un site d’entreposage pour 100 ans.

Les combustibles usés, après refroidissement en piscines, sont actuellement stockés à sec à proximité des centrales dans des enveloppes métalliques enrobées de béton.

Cela conduit à des conflits entre les antinucléaires, ceux de Californie par exemple ne veulent pas conserver les combustibles usés à proximité des centrales et ceux du Nouveau-Mexique ne veulent pas de l’enfouissement.

Le projet au Texas près de la ville d’Eunice est développé par la compagnie WCS (Waste Controls Specialists). Le projet au Nouveau-Mexique, entre les villes de Carlsbad et Hobs, est développé par la compagnie HOLTEC International, spécialisée dans la « décontamination » après arrêt définitif des réacteurs et dans le démantèlement : https://holtecinternational.com/

Cette compagnie achète actuellement des centrales nucléaires en fonctionnement ou définitivement arrêtées (il y a 99 réacteurs nucléaires en fonctionnement aux Etats-Unis). C’est également cette compagnie qui développe le concept de « Small Modular Reactor ».

Une association mondiale des peuples indigènes est intervenue à trois reprises auprès de l’ONU pour s’opposer à ces projets sous l’angle :

  • des droits civiques et politiques,
  • des discriminations raciales,
  • des droits politiques universels.

Dans les 3 cas l’assemblée de l’ONU a demandé au gouvernement américain de respecter ces droits (mais que respecte le gouvernement américain?).

Il serait sans doute possible de saisir également l’UNESCO sous l’angle de la préservation du patrimoine culturel mondial.

 

Petuuche nous indique qu’avec l’extraction du charbon de l’uranium est aussi ramené à la surface et les mineurs exposés à la radioactivité. Par ailleurs les nouvelles techniques de fracturation pour l’extraction de pétroles et gaz de schiste utilisent des charges explosives à l’uranium appauvri. L’eau utilisée pour réaliser les forages puis remontée à la surface est contaminée.

Conclusion de Petuuche :

Du fait de notre relation sacrée à la Terre Mère, quand la santé de la terre est respectée la vie de tous les peuples l’est également. Nous sommes tous des peuples indigènes.

Echanges d’informations sur la situation en France et dans le monde

Philippe nous fait part de la situation à Bure, de l’historique et de l’actualité de l’opposition au projet d’enfouissement de déchets nucléaires de haute activité (Cigéo).

Elisabeth G. indique que le slogan des opposants au projet Cigéo est « Ni ici, ni ailleurs, autrement ».

L’ancien directeur de la Nuclear Regulatory Commission (NRC), équivalent de l’ASN aux Etats-Unis, vient de publier un livre : « Confessions of a Rogue Nuclear Regulator » par Gregory Jaczko, Simon & Schuster, 2019, 208 p., 19,80 €.

https://www.alternatives-economiques.fr/etats-unis-lex-gendarme-nucleaire-passe-a-table/00089674

La NRC vient d’annoncer, un an après l’avoir découvert, que les containers de combustibles usés entreposés sur le site de la centrale nucléaire de San Onofré (arrêtée depuis 2012) étaient endommagés. La cause en serait un tremblement de terre.

Une réunion d’antinucléaires est prévue en novembre à Albuquerque (Nouveau-Mexique) sur le décomissionnement.

Un festival international du film sur l’uranium est organisé annuellement depuis 2011 dans différentes villes du monde : https://uraniumfilmfestival.org/fr/a-propos

En France il y a eu plus de 200 mines d’uranium avec des usines de traitement de minerai à proximité. Actuellement il n’y a plus de mine en exploitation et tout l’uranium utilisé par l’industrie nucléaire française est importé (du Kasakstan, du Canada, du Niger, d’Australie). Il existe un « Collectif Mines d’uranium » constitué de différentes associations qui se préoccupent de la situation autour des anciennes mines et usines de traitement d’uranium. Le Collectif des Bois Noir et la CRIIRAD en font partie : https://www.criirad.org/collectif-mines/sommaire.html

Une liste des associations membres est accessible sur le site de la CRIIRAD : https://www.criirad.org/collectif-mines/Y2_Liste_des_associations_CMU.pdf

La porte d’entrée de l’uranium en France est le site de Malvési dans l’Aude, près de Narbonne, sur lequel sont effectués des traitements chimiques du minerai concentré (yellow cake) avant l’étape suivante d’enrichissement qui est réalisée sur le site du Tricastin à cheval sur les départements du Vaucluse, de la Drôme et du Gard. Un collectif de plusieurs associations est mobilisé pour dénoncer les méfaits de l’industrie atomique sur ce site…et ailleurs : http://www.arretdunucleaire34.org/La-porte-d-entree-du-nucleaire

Sites et pages facebook pour en savoir plus :

http://www.chrisp.lautre.net/wpblog/?tag=petuuche-gilbert

https://www.facebook.com/NuclearIssuesStudyGroup/

Kurumi et son mari Jon Gomon tiennent un blog en anglais et en japonais pour diffuser des informations sur les victimes de la catastrophe nucléaire de Fukushima : https://fukushima311voices.com/

Hervé a été l’interprète des échanges avec Petuuche. Il tient un blog en anglais sur la situation au Japon après Fukushima : https://dunrenard.wordpress.com/

François a rédigé le résumé des échanges et indiqué quelques liens utiles pour rechercher des informations complémentaires.

 

Le Nouveau-Mexique est déjà ravagé par le nucléaire (mines, centrales, stocks d’armes, déchets). La firme Holtec a déposé une demande de licence pour ouvrir un site “temporaire” (ce qui signifie entre 20 et 120 ans) de stockage de déchets de centrales commerciales de tous les Etats-Unis. Comme vous pouvez voir sur la carte, il y a déjà dans la région, le WIPP ou Waste Isolation Pilot Plant, qui a dû fermer en 2014 à cause de problèmes et a rouvert en janvier 2017. Le nouveau site de stockage devrait être aménagé à proximité du WIPP.

Christine Prat

PUBLIC CITIZEN S’OPPOSE A UNE DEMANDE DE LICENCE POUR UN SITE DE DECHETS NUCLEAIRES

Par Public Citizen
14 septembre 2018
Egalement publié sur Censored News
Traduction Christine Prat

Les habitants du Nouveau-Mexique ne veulent pas de déchets hautement radioactifs chez eux

HOBBS, Nouveau-Mexique – Une proposition de stockage de tonnes de déchets nucléaires de réacteurs commerciaux de tous les Etats-Unis, à Hobbs, Nouveau-Mexique, déclenche une opposition féroce de la part de dizaines de milliers d’habitants, d’activistes et d’officiels, a annoncé Public Citizen ce jour, en déposant une requête d’intervention contre la demande de licence de la firme Holtec International auprès de la Commission de Régulation Nucléaire (NRC) des Etats-Unis.

Des membres de Public Citizen et des soutiens ont envoyé plus de 10 000 commentaires s’opposant á la demande de licence de Holtec, dans le cadre d’une campagne plus large, qui a récolté plus de 25 000 commentaires d’opposants. Durant toute la procédure, la Commission de Régulation Nucléaire a marginalisé les voix des habitants et n’a pas pris en compte convenablement les inquiétudes locales.

Lon Burnam, un ex-Représentant de Fort Worth, au Texas, s’est joint à l’intervention en tant que membre de Public Citizen. M. Burnam, qui habite à environs 1,5 km d’un trajet de transport par rail, dit: “Le projet de transport de ces déchets hautement radioactifs et dangereux, présente des risques majeurs, comme des fuites dans les fûts, des actions terroristes dans les zones urbaines, sans parler de l’inadaptation et de nombreux problèmes de sécurité de notre système de transports.”

La demande de licence de Holtec International refuse d’admettre la possibilité d’un accident durant le transport des matériaux nucléaires, qui devrait se faire par rail à travers les Etats-Unis. Chaque wagon contiendra plus de matériau nucléaire que la bombe lâchée sur Nagasaki pendant la IIème Guerre Mondiale. Les trajets de transport des déchets jusqu’au Nouveau-Mexique traversent les Etats-Unis en tous sens, exposant des gens un peu partout au risque de radiation. Au Nouveau-Mexique, un accident touchant un seul wagon pourrait mettre quiconque, dans un rayon de 80 km, en danger d’être exposé à des radiations. Le dossier de Holtec affirme qu’un accident n’est pas possible, alors que la Commission de Régulation Nucléaire estime qu’un accident de train transportant des déchets nucléaires, se produira en moyenne une fois sur mille voyages.

Petuuche Gilbert, de la Tribu Indienne Acoma, membre de Public Citizen et activiste anti-nucléaire, déclare: “Je vis dans la Réserve Indienne Acoma. Toutes les heures, des trains passent près de ma maison et un jour ils pourraient amener des déchets nucléaires de l’ouest. Notre gouvernement tribal serait le premier à réagir et à nous prévenir. Les déchets de carburant nucléaire usagé sont extrêmement dangereux, et je ne veux pas qu’ils traversent notre territoire, ni qu’ils soient entreposés au Nouveau-Mexique.”

“La Commission de Régulation n’a pas écouté le public,” dit Adrian Shelley, directeur du Bureau du Texas de Public Citizen. “S’ils l’avaient fait, ils sauraient que les habitants du Nouveau-Mexique et les gens le long des trajets de transport, ne soutiennent pas le projet. Par cette intervention, nous amplifierons leurs voix.”

Photos ©Christine Prat

Leona Morgan à la Convention de Diné CARE, samedi 2 juin 2018, photo Brenda Norrell

 

LEONA MORGAN: LES ETATS-UNIS VISENT LES AUTOCHTONES ET LES PAUVRES AVEC LES DECHETS NUCLEAIRES, LE TRANSPORT ET L’EXTRACTION D’URANIUM

 

Intervention de Leona Morgan à la Convention de l’ONG Navajo Diné CARE, le 2 juin 2018, diffusée en direct sur Spirit Resistance Radio et transcrite par Brenda Norrell pour Censored News. (Voir article plus détaillé sur la biographie et le travail de Leona).

Article de Brenda Norrell
Publié sur Censored News
Le 8 juin 2018
Traduction Christine Prat

 

DILKON, Nation Navajo – Leona Morgan, Diné, a passé sa vie à combattre les mines et le transport d’uranium, et la décharge de déchets. Actuellement, les Etats-Unis visent les pauvres du sud du Nouveau-Mexique pour décharger des déchets nucléaires, et l’extraction d’uranium menace à nouveau le Mont Taylor, site sacré, dans le nord du Nouveau-Mexique.

“Nous combattons tout cela” dit Leona à la Convention de Diné CARE samedi 2 juin 2018.

Leona s’est engagée dans la lutte en 2007, lorsqu’un projet de mine d’uranium à Church Rock, au Nouveau-Mexique, impliquait de transporter le minerai près de Crownpoint, où vivait sa famille.

Après une longue lutte, le projet de mine d’Uranium Resources, Inc. a été arrêté, en 2014.

“Les Etats-Unis appellent cela le cycle du combustible nucléaire,” dit Leona, en référence au vocabulaire aseptisé que les Etats-Unis utilisent pour parler du cycle mortel. “Nous sommes au bout de la ligne de front” dit-elle à propos des communautés Navajo.

Leona expliqua comment l’extraction et le traitement d’uranium aboutissent aux armes et au développement nucléaires. Elle dit que le but du colonialisme des Etats-Unis était de contrôler le reste du monde.

Entretemps, une grande partie des déchets et des armes nucléaires, ainsi que l’uranium appauvri, arrive au Nouveau-Mexique. Parmi les plus mortels, il y a le carburant irradié ou carburant usé. C’est le déchet le plus radioactif. “Ils veulent amener tous les déchets nucléaires au Nouveau-Mexique,” dit-elle.

Actuellement, Leona travaille au sein du Groupe d’Etude des Problèmes Nucléaires, à Albuquerque, et avec le groupe Haul No! de Flagstaff [Arizona]. Energy Fuels a le projet d’extraire du minerai dans le Grand Canyon du Colorado, et de le transporter, par Flagstaff et à travers la Nation Navajo, à l’usine de traitement White Mesa, Utah, en territoire Ute.

Leona dit que la Nation Navajo a des lois pour empêcher le transport d’uranium sur son territoire, mais les lois Navajo ne s’appliquent pas aux autoroutes et chemins de fer fédéraux, ce qui laisse les Diné sans protection. “Nous avons une loi contre le transport de matériaux radioactifs.”

Cherchant comment y remédier, Leona se joignit à d’autres pour aller au ministère de la Justice de la Nation Navajo. Cependant la réponse fut celle-ci: “C’est hors de notre juridiction, et nous ne pouvons rien y faire.”

Après s’être rendu compte que la Nation Navajo ne ferait rien, Leona, en compagnie d’autres personnes, alla dans les communautés. Les gens se sont engagés, les chapitres ont adopté des résolutions. La ville de Flagstaff a adopté un mémorandum, mais, encore une fois, il a fallu admettre que les lois fédérales priment sur les lois locales. “Ils ont adopté une résolution, ce qui est formidable,” dit Leona du Conseil Municipal de Flagstaff.

Puis, de bonnes nouvelles sont arrivées. Il y a trois semaines, la compagnie d’uranium a retiré la plupart de ses ouvriers et déclaré un moratoire sur l’exploitation dans le Grand Canyon. En plus de la résistance, Leona fit remarquer que le prix de l’uranium est très bas.

A l’usine de White Mesa, on décharge des déchets nucléaires très sales. “Ils brûlent des déchets à 2h du matin.”

Leona travaille aussi au Projet de Surveillance des Radiations, de Haul No!, qui organisera une séance de formation fin octobre 2018, incluant apprendre à se servir de compteurs Geiger. Etant donné qu’il y a des résidus d’uranium de l’extraction d’il y a des décennies encore disséminés dans la Nation Navajo, les compteurs Geiger peuvent être empruntés et utilisés par les habitants à volonté, pour détecter la radioactivité.

Leona souligna que les radiations causaient le plus de dégâts au plus vulnérable: l’enfant à naître, pendant la grossesse. Elle dit que même les lois qui visent à contrôler la radioactivité aux Etats-Unis sont racistes. Les lois sont fondées sur les effets de la radioactivité sur un sujet masculin blanc de 35 ans.

Maintenant, les communautés, au Nouveau-Mexique, sont à nouveau menacées par une mine qui a actuellement le statut d’attente. La firme Rio Grande Resources y extrayait du minerai d’uranium dans les années 1970-1980. Elle se trouve près de Grants, au nord-ouest du Nouveau-Mexique. La mine est ouverte, émet des radiations, et n’a pas été décontaminée.

A Grants, des gens veulent que cette mine redémarre. Leona dit qu’ils pensent que ça ramènera la grande époque de l’extraction d’uranium. Ils pensent que c’est bon pour l’économie. “Nous savons que c’est mauvais pour l’environnement.” La mine a été autorisée à reprendre le statut d’active. Cette mine devrait être décontaminée, étant près du Mont Taylor, qui est sacré pour les Navajos. Leona, en compagnies d’autres personnes, a assisté à des réunions publiques et dit à l’état du Nouveau-Mexique que cette mine devait être nettoyée.

N’ayant pas de site où déposer les déchets nucléaires hautement radioactifs, les Etats-Unis ont produit la loi sur les ‘Consolidated Interim Storage’ [sites d’Entreposage Temporaire]. Les Etats-Unis n’avaient pas trouvé de solution jusqu’aux années 1990, puis ont eu l’idée d’entreposer les déchets nucléaires sous la montagne Yucca, dans le Nevada. “Les Shoshone de l’ouest sont la nation la plus bombardée sur planète,” dit Leona, à propos du site de tests de bombes atomiques sur leurs terres ancestrales du Nevada. Les Etats-Unis n’ont pas encore de lieu où mettre les déchets hautement radioactifs, ils essaient donc de construire un site temporaire. “Ils veulent les amener au Nouveau-Mexique” dit Leona, parlant de deux sites près de Carlsbad, dans le sud du Nouveau-Mexique. Actuellement, des compagnies ont demandé des autorisations d’entreposer d’énormes quantités de déchets nucléaires, et deux d’entre elles ont demandé des autorisations pour 40 ans, pour décharger près de Carlsbad, et la durée peut en être prolongée. “Nous craignons que ça ne devienne une décharge permanente.”

Le transport de ces déchets hautement radioactifs passerait par la Nation Navajo, par chemin de fer. Actuellement, le Groupe d’Etude des Problèmes Nucléaires travaille très dur, pour collecter des signatures dans les communautés afin de s’y opposer. Ils vont au marché aux puces de Gallup et d’autres endroits pour collecter des signatures et informer les habitants.

Les Etats-Unis veulent se débarrasser des déchets nucléaires au Nouveau-Mexique, des déchets qui proviennent de la production d’électricité pour d’autres gens, ailleurs. Et quand ces décharges nucléaires dangereuses auront des problèmes, ce sont les contribuables des Etats-Unis qui paieront les frais.

Leona termina son intervention en rappelant que Tetra Tech avait déjà été dénoncé pour des infractions et un nettoyage bâclé aux Chantiers Navals de Hunters Point, en Californie, et n’aurait pas dû avoir un contrat pour transporter des matériaux radioactifs dans la Nation Navajo.

Leona faisait partie des intervenants à la Convention de Diné CARE ‘Citoyens Contre la Destruction de Notre Environnement’, pour l’ouest de la Nation Navajo, qui s’est tenue du 1er au 3 juin 2018, à Dilkon, dans la Nation Navajo.

Diné CARE fête ses 30 ans d’existence, comme organisation environnementale de base.

 

 

LEONA MORGAN, DINÉ, UNE VIE CONTRE LE NUCLÉAIRE

 

D’après une interview de Leona Morgan
Albuquerque, Nouveau-Mexique
21 septembre 2017
Par Christine Prat
Traduction Christine Prat

 

Les Territoires Autochtones du sud-ouest des “Etats-Unis” ont été, et sont encore, dévastés par l’extraction d’uranium et les usines de traitement depuis les années 1940, et surtout durant les années 1950 et 1960, pendant la Guerre Froide. Aucune mesure de sécurité n’avait été prise par les compagnies privées, qui ne cherchaient que le profit. De nombreux mineurs, pour la plupart Navajos, et des membres de leurs familles sont morts de cancers et autres maladies. Dans les années 1980, le prix de l’uranium s’est effondré, la plupart des mines ont été abandonnées – mais pas décontaminées. En 2006, le prix de l’uranium a de nouveau explosé. Les compagnies minières ont cherché à rouvrir les mines. Leona Morgan, une jeune Diné [Navajo], dont la famille a été directement touchée, consacre sa vie à organiser les gens contre l’uranium et le nucléaire depuis des années. Actuellement, elle travaille aussi avec des organisations internationales. En novembre 2017, elle est venue à Paris pour des réunions, puis elle s’est rendue à Bonn, pour la COP23, afin d’attirer l’attention sur la question nucléaire, laissée de côté par les participants officiels des COP de ces dernières années, qui veulent limiter la portée de ces évènements à la lutte contre le CO², afin de promouvoir l’énergie nucléaire, en tant que soi-disant ‘énergie propre’. J’ai rencontré Leona en septembre 2017, elle m’a fourni beaucoup d’informations sur son travail (bénévole) et les problèmes d’uranium et de nucléaire au Nouveau-Mexique, où elle vit. En ce moment – printemps 2018 – elle-même et d’autres personnes et groupes anti-nucléaire luttent principalement contre un projet d’enfouissement de déchets extrêmement radioactifs, dans le sud-est du Nouveau-Mexique.

 

ALBUQUERQUE, Nouveau-Mexique, 21 septembre 2017 – Une jeune Diné parle de sa vie et de son travail contre le nucléaire et les mines d’uranium.

“Je m’appelle Leona Morgan. Je travaille sur les problèmes d’uranium depuis environs dix ans, et j’ai commencé à travailler sur les problèmes nucléaires depuis à peu près cinq ans. Dans l’état du Nouveau-Mexique, nous avons plusieurs sites nucléaires. Mon travail se concentre sur les communautés Autochtones. J’ai commencé à organiser les gens à l’université, il y a peut-être 15 ans.”

A l’époque, elle s’est impliquée, comme étudiante, dans une organisation appelée le Conseil SAGE, qui défendait un site sacré, le Monument National des Pétroglyphes, à l’ouest d’Albuquerque. La ville voulait s’étendre, mais elle est limitée à l’est par la montagne, au sud par la Nation Pueblo d’Isleta, et au nord par les Pueblos Sandia. Donc, les autorités voulaient l’étendre vers l’ouest, aux dépens du Monument National des Pétroglyphes. “Pete Domenici (Républicain), un de nos représentants au Congrès, a sacrifié une partie du Parc National, il l’a soustraite au contrôle fédéral pour l’attribuer à la ville. Ils ont fait passer la décision comme amendement d’un projet de loi du Congrès, qui a été adopté pour aider la Bosnie-Herzégovine.” Leona ajouta “C’est comme cela que j’ai appris comment s’organiser, par la protection des pétroglyphes. Ainsi, j’ai entendu parler des Sites Sacrés, j’ai entendu parler de la construction des mouvements Autochtones, et puis, aussi, j’ai appris la différence entre l’organisation et le militantisme. Puis, j’ai rencontré énormément de gens, à Albuquerque et dans l’état. Ils m’ont mis sur la voie, pour avoir des relations avec des organisateurs, des Peuples Autochtones, et c’est comme cela que j’ai commencé, à Albuquerque.”

 

Puis, en 2007, Leona entendit parler de l’extraction d’uranium, et assista à des réunions sur la question.

“… au début des années 2000, ma grand-mère est morte d’un cancer du poumon. Nous étions très surpris, nous nous demandions comment elle pouvait avoir un cancer du poumon, elle ne fumait pas. Et ce n’était pas quelque chose de courant, donc elle est morte, sans savoir pourquoi elle avait un cancer. Ça s’est passé ici, à Albuquerque, à l’Hôpital Universitaire du Nouveau-Mexique, quand j’étais étudiante. J’habitais à la résidence universitaire, donc je rendais visite à ma grand-mère. Quand elle est morte, nous ne savions pas quelle était la cause.

Environs six ans plus tard, j’ai entendu parler de l’extraction d’uranium, après avoir terminé mes études. Ils ne nous apprennent pas l’histoire de l’extraction, ils ne nous apprennent pas rien sur les problèmes nucléaires du Nouveau-Mexique, au lycée ou à l’université.”

“Alors, après avoir terminé mes études universitaires, j’ai entendu parler des mines d’uranium, et j’ai été absolument convaincue que c’était ce qui avait tué ma grand-mère. A la même époque, une de mes tantes a eu un cancer des seins, ils lui ont enlevé les deux, et j’ai pensé que ce devait être à cause des mines d’uranium. Une autre tante – mon oncle, son mari, avait été mineur dans une mine d’uranium – a eu une maladie des reins. C’est aussi quelque chose qui peut être causé par l’extraction d’uranium. Ils attribuaient la maladie au fait que les femmes lavaient les vêtements contaminés de leurs maris, alors elle a dû ingérer de l’uranium comme cela. Et elle est morte, je suis convaincue que c’était aussi à cause de l’uranium…”

D’autres membres de la famille sont morts de cancers, mais vu la période de latence, c’est difficile de prouver que c’était à cause de l’uranium. Les compagnies essaient toujours de nier leur responsabilité dans les maladies qui touchent les régions minières. De plus, les compagnies fusionnent, sont vendues, achetées, changent de noms et même de nationalité, et peuvent rejeter la responsabilité sur leurs prédécesseurs pour ce qui est arrivé dans le passé.

La famille de Leona est de la région de Crownpoint, à l’est de la Réserve Navajo, au Nouveau-Mexique. C’est dans cette région que les compagnies minières voulaient à nouveau extraire de l’uranium en 2006. Il y a eu un projet de mine d’uranium à Crownpoint.

 

Leona est allée à sa première réunion sur l’uranium en 2007. Cette réunion portait sur l’extraction d’uranium sur le Mont Taylor, près de Grants, au Nouveau-Mexique. Le Mont Taylor est une des quatre Montagnes Sacrées pour les Diné, une des limites du Territoire Diné, Dinetah. Il est également sacré pour d’autres Nations Autochtones de la région, qui veulent toutes protéger le Mont Taylor. Actuellement, le territoire de la Nation Navajo se trouve en grande partie au nord de l’Arizona, débordant un peu dans le sud de l’Utah et le nord-ouest du Nouveau-Mexique. Au Nouveau-Mexique, il y a aussi 19 Nations Pueblo, principalement le long du Rio Grande. Les Pueblos ont unifié leur gouvernement, leurs dirigeants se rencontrent une fois par mois. En 2007, à la réunion à laquelle Leona a assisté pour la première fois, ils ont adopté une résolution contre l’extraction au Mont Taylor. Leona se souvient: “Je ne savais pas ce qu’était l’uranium, je n’en connaissais pas l’histoire, mais j’ai appris plus tard qu’il y avait eu beaucoup d’extraction d’uranium au Mont Taylor dans le passé, surtout pour la Guerre Froide, principalement pour les armes. Donc, il y avait beaucoup d’uranium ici. La raison pour laquelle nous avons demandé plus de protection était l’énorme boum du prix de l’uranium en 2006. Donc, les compagnies voulaient recommencer à en extraire. C’est ainsi que j’ai commencé à y travailler.” Mais surtout, Leona s’inquiétait pour la petite ville de Crownpoint, où vit sa famille. “Cette communauté est très petite, mais il y a un hôpital, des facultés, des écoles, des bureaux et des logements, et l’usine de traitement d’uranium était prévue exactement ici:

 

L’entreprise a commencé par projeter d’extraire de l’uranium à Church Rock, dans les années 1980, et de le transporter sur plus de 72 km à l’usine prévue à Crownpoint. Church Rock, près de Gallup, au Nouveau-Mexique, est le lieu de la plus grande catastrophe nucléaire de l’histoire des Etats-Unis, qui s’est produite en 1979: une digue contenant un bassin de déchets nucléaires s’est rompue et les déchets se sont déversés dans la rivière Puerco. Lorsqu’ils ont décidé de reprendre l’extraction, ils ont prétendu qu’ils allaient utiliser une technique totalement différente, qui n’impliquait ni tas de déchets, ni bassins, ni digues: la lixiviation in-situ [en anglais, “leaching” signifie “infiltration”, mais les exploitants de mines d’uranium francophones préfèrent utiliser un mot que personne ne comprend – NdT]. Ça consiste à extraire l’uranium de la nappe aquifère. A l’état naturel, l’uranium colle aux roches et les eaux souterraines ne le dissolvent pas. La “lixiviation” in-situ se fait en injectant des produits chimiques dans la nappe aquifère afin de détacher l’uranium, puis en pompant l’eau et en filtrant l’uranium. Leona remarque: “Nous, nous ne sommes pas idiots, nous savions que si l’eau profonde est irradiée, ils la pompent, mais dès qu’ils font ça, ça se déplace, et notre eau souterraine est contaminée. Donc, nous nous sommes battus contre.”

En 2005, la Nation Navajo a adopté une loi interdisant l’extraction d’uranium. Cependant, Church Rock et Crownpoint se trouvent juste en dehors des limites de la Réserve Navajo, dans une région appelée ‘l’échiquier’. Leona dit “C’est d’où mes parents sont originaires, ils sont de cette région. C’est un chaos. Il y a beaucoup de pression dans cette région pour la fracturation hydraulique, il y a toutes sortes de minéraux, il y a de l’uranium, du pétrole, du gaz et du charbon.” Donc, la région appelée ‘l’échiquier’ a été divisée en petits lots, qui sont soi des propriétés privées, soi des terres d’Etat. Les Amérindiens considèrent que les terres – qui appartiennent à La Terre – ne peuvent pas être des propriétés, mais seulement utilisées en commun par les créatures qui y vivent. Cependant, les pays capitalistes ne reconnaissent pas les terres ‘d’usage commun’, mais seulement la propriété privée ou d’Etat. De plus, les gouvernements Américains croyaient qu’en faisant des Autochtones des propriétaires, ils pourraient les pousser à adopter le Mode de Vie Occidental. Ainsi, en 1887, les Etats-Unis ont adopté le ‘General Allotment Act’ [Loi d’Attribution Générale de Lots]. Cette loi divisait le Territoire Indien en petits lots, dont certains étaient attribués à des chefs de famille Autochtones (masculins), alors que d’autres devenaient terres d’Etat. Les lots attribués à des Autochtones et les lots d’Etat pouvaient être vendus à des propriétaires privés Blancs. En tant que propriétés privées, les petits lots passaient aux héritiers quand le propriétaire initial décédait, et pouvaient ainsi être divisés entre de nombreuses personnes, qui ne pouvaient pas en vivre. Certains Navajos ont soutenu le projet minier parce qu’ils voulaient de l’argent. Leona dit “Il n’y a pas beaucoup d’emplois, pas beaucoup d’écoles, pas beaucoup d’endroits pour faire les courses, les gens ne cultivent plus leur nourriture eux-mêmes, et vont au magasin pour l’acheter. Parfois, les gens n’ont pas beaucoup d’eau, et ils doivent aller quelque part pour acheter de l’eau. Souvent, les gens déménagent, quittent leur terre, et si une compagnie minière leur dit ‘nous voulons extraire de l’uranium de votre terre, et nous vous donnerons tant d’argent’, c’est facile pour les gens d’accepter. S’ils ne vivent pas sur leur terre, ça leur importe peu. Il n’y a pas beaucoup d’emplois, donc c’est de l’argent facile.” Dès que les compagnies ont acheté un terrain, elles peuvent obtenir une ‘exemption aquifère’ sous leur terrain, ce qui signifie que l’eau sous leur terrain privé est exemptée de la Loi sur la Sécurité de l’Eau. Alors que les permis (de polluer) sont normalement attribués pour un temps limité, ceux-ci sont éternels, vu que, comme dit l’Agence pour la Protection de l’Environnement, “une fois que vous avez exempté une nappe aquifère de la loi, vous ne pouvez plus la nettoyer”.

Leona se souvient d’avoir entendu ses parents parler du boom de l’uranium dans les années 1950. C’était la Guerre Froide, l’Etat avait besoin d’uranium pour les armes. “Mes parents disaient que des gens devenaient riches du jour au lendemain. Alors, les gens qui possédaient un terrain, ceux qui avaient reçu des lots, en bénéficiaient immédiatement, dès qu’ils avaient signé un contrat. Mais personne n’imaginait les impacts et les effets négatifs qui allaient durer toujours, la radioactivité, les cancers. Le cancer n’arrive pas comme ça: la période de latence est d’environs 20 ans. Alors, ils avaient empoché un gros chèque, mais 20 ans plus tard, ils avaient le cancer. Beaucoup de gens en sont morts.”

Dans les années 1980, le prix de l’uranium a baissé et la plupart des mines ont cessé d’être exploitées. Mais en 2006, le prix a recommencé à monter et les compagnies ont voulu rouvrir les sites dont elles étaient propriétaires. Depuis, les prix ont monté et descendu, mais la menace de réouverture des mines ou de l’ouverture de nouvelles, existe toujours. Leona a commencé à travailler contre les mines en 2007, à cause de la menace sur la région de Crownpoint.

En février 2014, elle a commencé à travailler avec Diné No Nukes, une organisation qu’elle a co-fondée et qui a pour but de créer “une Nation Navajo Délivrée de la Contamination Radioactive” – , et, en septembre 2014, pour le Projet de Contrôle des Radiations [Radiation Monitoring Project , qui a été fondé par Diné No Nukes avec deux autres organisations –, en décembre 2016 avec Haul No! et en juillet 2016 avec le Groupe d’Etude du Problème Nucléaire [ Nuclear Issue Study Group]. “Notre équipe consiste en trois personnes: David Kraft, Nuclear Energy Information Service; Leona Morgan, Diné No Nukes; Yuko Tonoshira, Sloths Against Nuclear States. Le groupe de David – NEIS – est de Chicago, Diné No Nukes est d’ici, quant à SANS, Yuko Tonoshira, qui fait la plupart de nos graphiques et dessins, s’y est impliquée après Fukushima. David a travaillé sur les problèmes d’énergie nucléaire dans l’Illinois, l’Illinois ayant le plus grand nombre de réacteurs nucléaires des Etats-Unis, 14 réacteurs. Et nous faisons appel à des instructeurs, à l’expertise de nos amis. L’une est Cindy Folkers, l’autre Lucas Hixon. Notre travail porte essentiellement sur l’éducation: Instructions sur les principes de base de la radioactivité et des radiations. Matériel pédagogique approprié. Instruments pour mesurer et informer sur les radiations. Traduire le jargon compliqué et scientifique de l’industrie en langage ordinaire et compréhensible.”

“Ainsi, nous, le Groupe d’Etude du Problème Nucléaire, nous formons une équipe ici, nous ne voulons pas que notre état devienne une ‘zone de sacrifice’, nous pensons que le Nouveau-Mexique ne devrait pas devenir la poubelle des déchets nucléaires de la nation.” Ce groupe diffère des autres organisations anti-nucléaires du Nouveau-Mexique par sa façon de travailler, la composition de ses membres, et les communautés qu’il essaie de toucher. “Il y a de très nombreuses organisations anti-nucléaires au Nouveau-Mexique, la plupart de leurs membres sont âgés, et beaucoup sont des hommes blancs âgés. Trop souvent, ces gens deviennent experts et travaillent beaucoup, mais ils ne partagent pas leurs connaissances de manière accessible, avec les jeunes. Ils voudraient peut-être impliquer des gens plus jeunes, mais ils ne sont pas organisateurs. Nous sommes organisateurs, nous sommes des artistes, des gens de la communauté.” Leona ajoute “Nous incorporons toutes nos cultures différentes, la plupart des dirigeants du groupe sont des femmes. Nous sommes aussi sensibles aux problèmes de la communauté LGBT, pas seulement à ceux des gens de couleur”. Le groupe est nouveau, “…nous sommes encore préoccupés par la façon dont nous allons travailler. Mais, parce que nous sommes nouveaux, nous avons beaucoup de flexibilité, et nous avons beaucoup d’occasions de faire de ce groupe ce que nous voulons qu’il soit. Parce qu’à l’heure actuelle, beaucoup de groupes ne savent pas comment se parler, ne s’aiment pas, tandis que nous, nous voulons travailler avec tout le monde.”

 

Actuellement, juin 2018, le groupe s’occupe essentiellement de la lutte contre un projet d’enfouissement de déchets nucléaires extrêmement radioactifs, dans le sud-est du Nouveau-Mexique. Officiellement, il s’agit d’un site ‘temporaire’, mais les opposants craignent qu’il ne soit permanent (voir article précédent).

 

 

Leona Morgan, Diné, photo Censored News

 

Par Ramona Blaber, du Sierra Club
Publié sur Censored News
17 mai 2018
Traduction Christine Prat

 

Des réunions publiques supplémentaires sont prévues, à cause de l’inquiétude croissante due au projet de site de déchets nucléaires hautement radioactifs

Contacts:
Karen Hadden, SEED Coalition
Rose Gardner, Alliance for Environmental Strategies
Leona Morgan, Nuclear Issues Study Group
Pat Cardona, Sierra Club Rio Grande Chapter
Angel Amaya, Press Officer, Public Citizen’s Texas Office

 

L’inquiétude croissante dans tout l’état, à propos des risques posés par un site de déchets hautement radioactifs et l’opposition du public à l’installation projetée dans le sud-est du Nouveau Mexique, ont conduit à ajouter deux réunions publiques de la Commission de Régulation du Nucléaire [NRC – Nuclear Regulatory Commission] et à l’extension du délai pour les commentaires publics du 29 mai au 30 juillet.

Les réunions sont prévues à Gallup et Albuquerque. De plus, le Comité Intérimaire pour les Matériaux Dangereux et Radioactifs du Nouveau Mexique devait se réunir le 18 mai pour examiner les impacts du projet dans l’état. Ce dangereux projet de déchets radioactifs est aussi devenu une question importante dans la campagne électorale pour le poste de gouverneur.

La firme Holtec International veut ouvrir un entrepôt de déchets supposé “temporaire”, pour les déchets hautement radioactifs mortels de la nation, sur un site situé entre Hobbs et Carlsbad, au Nouveau Mexique. Mais il y a fort peu de chances que les déchets soient à nouveau déplacés, vu qu’il n’y a plus de volonté politique de créer un site permanent ni de fonds pour le faire. La compagnie a l’intention de transporter 10 000 silos de barres combustibles de réacteurs irradiées de tout le pays et de les entreposer juste sous la surface du sol et en partie au-dessus. Ça représente plus de déchets que tous les réacteurs nucléaires des Etats-Unis ont produit jusqu’à maintenant.

“Nous ne voulons pas être le dépotoir nucléaire de la nation. L’opposition s’accroît dans tout l’état. A une réunion récente de la NRC, les opposants au projet étaient beaucoup plus nombreux que ceux qui étaient pour: 133 contre 49” dit Rose Gardner de Eunice, membre fondatrice de l’Alliance pour les Stratégies Environnementales. Mme Gardner a assisté à toutes les réunions récentes de la NRC à propos du projet de Holtec, la première par téléphone, les trois autres au Nouveau Mexique.

  • Le 25 avril, la NRC s’est réunie à son siège, dans le Maryland et a rassemblé des commentaires publics par webinar et call-in. Les 23 personnes qui se sont exprimées étaient toutes opposées à la demande de Holtec.
  • Le 30 avril, la NRC a tenu une réunion à Roswell. Plus de 95 personnes ont y ont assisté, la salle était pleine et les portes ont dû être fermées, ce qui a empêché plus de gens d’y assister. Parmi ceux qui se sont exprimés, 45 étaient opposés au projet, 7 étaient pour, et un était neutre.
  • Le 1er mai, à la réunion de la NRC à Hobbs, 33 personnes ont exprimé leur opposition au projet de Holtec. Seulement 14 personnes étaient pour, parmi elles des porte-parole de Holtec et de leur partenaire, Eddy-Lea Energy Alliance LLC.
  • A la dernière réunion, le 3 mai à Carlsbad, 32 résidents ont exprimé leur opposition et 28 ont dit être en faveur du projet. Parmi les partisans du projet, il y avait des employés de la compagnie et d’autres personnes qui devraient en profiter économiquement.

Dans une déclaration du 7 mai, dans “Holtec Highlights”, la compagnie n’a pas mentionné le fait que les partisans du projet étaient en minorité dans les quatre réunions publiques de la NRC.

“Ceux qui conspirent pour construire cet entrepôt de déchets ont travaillé derrière des portes verrouillées depuis des années” dit Leona Morgan co-fondatrice du Groupe d’Etude des Questions Nucléaires [Nuclear Issues Study Group]. “Notre organisation travaille pour informer le public, par des présentations, en utilisant les médias sociaux et en parlant à chacun personnellement lors d’évènements dans les communautés. Une immense majorité de gens ne savent rien de ce projet ni du transport possible à travers leurs communautés. Maintenir les gens dans le noir est la seule façon de faire avancer le projet. Dès que les gens en entendent parler, non seulement ils sont choqués, mais ils veulent en savoir plus. Beaucoup veulent s’engager pour aider à l’empêcher.” A la réunion de la NRC à Carlsbad, Leona Morgan a apporté plus de 1300 lettres d’opposition au projet, signées par des résidents d’un peu partout dans l’état.

“Ce dépôt de déchets nucléaires hautement radioactifs peut signifier la fin de l’eau potable, la terre et les récoltes, la vie sauvage, qui fournissent la nourriture des habitants du Nouveau Mexique” dit Patricia Cardona du Sierra Club du secteur de Rio Grande. “Les déchets peuvent causer des cancers, des malformations congénitales et des décès. Le Sierra Club du secteur de Rio Grande ne soutient pas le projet à cause de ses effets sur la population et du fait qu’il est malencontreusement situé près des “karst”, c’est-à-dire des cavernes, des lacs sans fond, et des puits salins, dont il a déjà été prouvé qu’il était problématique d’y entreposer des déchets dangereux et de créer les conditions d’un effondrement possible.”

En 2016, le Ministère de l’Energie a tenu huit réunions dans tout le pays, pour chercher à obtenir du consentement pour l’entreposage de ces déchets. Il n’y a pas eu de réunions au Nouveau Mexique ni au Texas. Les opposants au projet de Holtec ont dû voyager pour aller à la réunion la plus proche, à Phoenix, pour dire au Ministère de l’Energie que les résidents du Nouveau Mexique et du Texas ne consentaient pas à ce qu’on amène les déchets de réacteurs nucléaires de tout le pays dans leurs communautés, en dépit des affirmations contraires de l’administration. Les données récentes sur les nombres d’opposants et de partisans dénoncent les affirmations de l’industrie selon lesquelles les habitants du Nouveau Mexique soutiennent la proposition d’avoir chez eux un site d’entreposage “temporaire”.

Ce problème a commencé à créer des divisions en vue de la prochaine campagne électorale pour le poste de gouverneur du Nouveau Mexique. Le 10 mai, la Chambre des Représentants a voté pour la proposition de loi H.R.3053, un changement dans la politique actuelle concernant les déchets nucléaires, qui rendrait le projet de dépôt de déchets de Holtec autorisable par la loi. Les Représentants du Nouveau Mexique Ben R. Luján et Michelle Lujan Grisham ont voté contre le projet de loi, qui lèverait les obstacles pour les dépôts de déchets nucléaires temporaires, tandis que le Représentant Steve Pearce a voté pour les autoriser.

“Les réunions de Gallup et d’Albuquerque sont de grandes occasions pour ceux mis en danger par le transport de ces déchets d’élever la voix et de dire ‘Non!’ C’est important que les gens assistent aux réunions de la NRC et envoient leurs commentaires, particulièrement ceux des zones rurales le long des rails de chemin de fer” dit Petuuche Gilbert du Pueblo d’Acoma.

Sept accidents de chemin de fer graves se sont produits au Nouveau Mexique au cours des trois dernières années. D’après un rapport du Ministère de l’Energie, l’échappement d’une petite quantité de radioactivité pourrait contaminer plus de 100 km² et le nettoyage de chaque portion de 2,6 km² d’une zone urbaine pourrait coûter jusqu’à 9,5 milliards de dollars.

“Des incendies récents près des sites de déchets radioactifs existants d’Urenco et de WCS montrent à quel point ce genre de déchets est soumis au risque de catastrophes naturelles imprévisibles et de plus en plus graves au fur et à mesure que le climat change” dit Mme Gardner.

“Nous avons tout à perdre, avec ce projet d’amener les déchets les plus radioactifs de la nation au Nouveau Mexique. Les risques pour la santé, la sécurité, et le bien-être financier sont immenses, et les gens doivent agir maintenant pour bloquer cette erreur colossale qui met en danger les gens du Nouveau Mexique et ceux qui se trouvent le long de trajets de transport dans tout le pays” dit Karen Hadden, directrice de la Coalition pour une Energie et un Développement Economique Durables (SEED). La Coalition SEED travaille avec des partenaires locaux pour s’opposer à ce projet et à un autre similaire, juste de l’autre côté de la limite de l’état, dans le Comté d’Andrews, au Texas.

 

Les principales raisons de s’opposer au site de déchets de Holtec

  1. L’exposition aux radiations peut causer des cancers, des problèmes génétiques, des malformations congénitales et des décès. Une partie des déchets qui pourraient être importés resteront dangereux pour des millions d’années.
  2. C’est un train attendant de dérailler. Plus de 10 000 wagons trop lourds transporteraient des barres de combustible nucléaire irradiées jusqu’au site, ce qui prendrait au moins 20 ans. On peut prévoir qu’au moins un accident se produira. Les déchets seraient transportés sur des rails très proches du gouffre de Carlsbad.
  3. Un seul wagon transporterait autant de plutonium que la bombe de Nagasaki.
  4. Si le projet obtenait une licence, le Nouveau Mexique hebergerait vraisemblablement un site de déchets de facto permanent, pour les déchets radioactifs les plus dangereux, un site prévu pour un entreposage seulement temporaire. Dans des silos vieillissants, il est peu probable que les déchets soient déménagés un jour. Les caissons, les silos et le site lui-même ne sont pas conçus pour un entreposage à long terme. Des fuites, des lézardes pourraient se produire.
  5. Quand les silos commenceront à se détériorer ou s’ils fuient, ils devront être reconditionnés. Actuellement, il n’y a pas de cellule chaude ni d’unités de reconditionnement pour les silos détériorés dans le projet déposé par Holtec.
  6. La plupart des sites de dépôt de déchets à basse émission ont fui et les coûts de réhabilitation se sont élevés à plus d’un milliard de dollars.
  7. Le Congrès n’accordera pas les fonds adéquats s’il y a des fuites ou des accidents. Le coût du nettoyage d’une pollution radioactive pourrait être un désastre financier pour les gens du Nouveau Mexique.
  8. Les gens qui vivent près de réacteurs nucléaires existants connaissent les risques et ne veulent pas que les déchets restent près de chez eux.
  9. Pourquoi le Nouveau Mexique ou le Texas devraient-ils les prendre? Le Nouveau Mexique n’a reçu aucun profit des réacteurs nucléaires qui les ont produits. Larguer les déchets au Nouveau Mexique serait une injustice environnementale de la pire espèce.
  10. Ces déchets mortels pourraient avoir un impact économique extrêmement négatif sur les industries du pétrole et du gaz, des produits laitiers, des noix de pécan et du tourisme, qui emploient plus de 20 000 personnes dans la région. Le projet de Holtec ne promet que 55 emplois. [NdT: je traduis, mais je n’approuve pas forcément ce dernier point…]

 

Ramona Blaber

Coordinatrice des communications du Secteur de Rio Grande du Sierra Club, 505 660-5405

 

 

 

 

Petuuche Gilbert, Acoma, a ouvert le symposium intitulé Le Dernier Pétrole, au Nouveau-Mexique la patrie des bombes nucléaires américaines, avec des prières et des paroles de respect pour toute vie.

 

Par Brenda Norrell
Censored News
22 février 2018
Traduction Christine Prat

 

ALBUQUERQUE, Nouveau Mexique – Petuuche Gilbert, Acoma, a ouvert le symposium Le Dernier Pétrole, avec une prière et un appel à la paix et au respect, tout en demandant pourquoi les Etats-Unis continuent à construire des armes nucléaires pour tuer les gens du monde.

“Comment les bombes nucléaires peuvent-elles rendre à l’Amérique sa grandeur? Demanda Petuuche, en ouvrant le symposium de trois jours Le Dernier Pétrole, qui devait se poursuivre avec 26 intervenants, à l’Université du Nouveau Mexique, jusqu’à vendredi soir, 23 février.

Petuuche dit que l’industrie nucléaire avec commencé au Nouveau Mexique. “Pourquoi voudrions nous continuer à avoir des bombes pour détruire d’autres peuples, pour tuer d’autres gens?” demanda-t-il.

Le Nouveau Mexique et les Pueblos ne sont pas seulement le foyer de l’industrie de l’énergie nucléaire, la région continue d’être le foyer des déchets radioactifs disséminés, résidus de l’extraction d’uranium pour la Guerre Froide.

Petuuche commença sa déclaration d’ouverture en expliquant que les Espagnols avaient vu les communautés d’ici quand ils étaient arrivés, elles étaient semblables à celles d’Europe, et ils ont utilisé le terme ‘Pueblos’ pour décrire son peuple.

“Nous sommes toujours là”, dit-il, à propos des Acoma, l’un des Dix-neuf Pueblos.

“Nous vous souhaitons la bienvenue ici. Vous êtes les bienvenus si vous nous rendez visite.”

Dans le Parc National des Pétroglyphes, gravés sur les rochers, il y “le travail artisanal et les empreintes des mains de nos ancêtres” dit-il.

Le Canyon de Chaco est sans aucun doute lié aux Acoma, et Mesa Verde [Colorado] est un autre lieu où ses ancêtres ont résidé.

“Nous sommes anciens ici” dit-il, parlant de la longévité du peuple Pueblo.

Quand des Chinois sont venus visiter son pays, il a dit au groupe: “Enfin deux peuples anciens se rencontrent”.

“Nous sommes toujours là aujourd’hui” dit Petuuche au cours de l’ouverture du “Dernier Pétrole”.

Il souhaita la bienvenue à d’éventuels visiteurs, disant “Surtout, venez visiter Acoma.”

Petuuche parla de l’activisme pour l’environnement, et des préoccupations des peuples les uns pour les autres, pour la terre, l’eau et l’air autour d’eux. Il dit que la pensée Autochtone pouvait contribuer à sauver l’humanité. “En tant qu’êtres humains, nous sommes tous reliés.” “Nous sommes tous Autochtones sur cette planète, nous sommes tous des Autochtones de notre Mère la Terre.”

Petuuche travaille avec une organisation de la région de Grants, au Nouveau Mexique, une région qui a connu 50 ans d’extraction d’uranium.

“Nous essayons toujours de nettoyer les mines et les usines de retraitement radioactives.” Il dit que ça avait affecté le sol, l’eau et les vies des gens.

Tout le développement de l’énergie nucléaire a en fait commencé ici, au Nouveau Mexique, dit-il.

Petuuche dit que, lorsqu’il avait entendu parler de cette conférence, Le Dernier Pétrole, il s’était demandé si le Sénateur Tom Udall serait présent.

“J’aurais vraiment voulu l’affronter.” “Ce que nous voyons ici, au Nouveau Mexique, c’est la dépendance de l’énergie nucléaire.” Il dit que le “pouvoir absolu du dollar” était utilisé pour financer les Laboratoires Nationaux Sandia et le Laboratoire National de Los Alamos.

Petuuche dit qu’il avait des questions à poser au Sénateur Tom Udall. “J’aurais voulu demander en quoi les bombes nucléaires faisaient la grandeur de l’Amérique?” “Pourquoi voulons-nous continuer à faire des bombes nucléaires pour détruire d’autres gens, pour tuer d’autres gens.” Petuuche dit que les charges de plutonium [le cœur des bombes atomiques] et les détonateurs, étaient toujours fabriqués au Nouveau Mexique pour faire exploser des bombes atomiques.

Aujourd’hui, dit-il, le terme employé est “bombes intelligentes”, appelées armes nucléaires de faible puissance. “Beaucoup de recherche en la matière continue toujours” dit-il de l’industrie nucléaire des Laboratoires Nationaux Sandia, à Albuquerque, et du Laboratoire National de Los Alamos.

Les Etats-Unis développent leur arsenal nucléaire, et augmentent les dépenses. Maintenant, le Congrès prévoit un budget 1,2 mille milliards au cours des 30 années à venir. “Pourquoi cet argent ne va-t-il pas à la santé, l’éducation et l’infrastructure, au lieu de construire ce pouvoir nucléaire des Etats-Unis?” demanda t’il.

Petuuche dit qu’à des conférences comme celle-ci, le dialogue est important, ainsi que la question du respect – pas seulement le respect entre humains, mais celui des humains pour la terre, et l’environnement, l’air, le sol et l’eau.

Petuuche a parlé de l’interrelation de toute vie. “Le changement climatique en est une partie énorme, causée par des impacts humains.” Insistant sur la nécessité de comprendre cela d’urgence, il a souligné la responsabilité de tous les humains. “Nous y contribuons tous, d’une manière ou d’une autre.” “Nous devons tous le comprendre.”

Les Peuples Autochtones comprennent la nécessité du spirituel. “Toutes les choses naturelles sur terre sont des cadeaux à l’usage des humains.”

A propos de la relation des Peuples Autochtones avec le monde naturel qui les entoure, il dit: “Ça a toujours été une relation pacifique et respectueuse avec la terre, l’eau, l’air, la vie sauvage et les animaux qui se trouvent ici – notre place dans cet univers.”

Petuuche dit que la prière d’ouverture de la Conférence Le Dernier Pétrole s’adressait à tout le monde et à toute la vie sauvage.

A Acoma, les guides religieux sont là pour la prière. Aujourd’hui, comme tous les jours, les grands guides sont allés prier, pour tout le monde, pour leurs familles. “Leur prière disait que nous avons la paix et le respect, et que nous sommes capables de maintenir cette merveilleuse façon de vivre.”

 

Notes (Christine Prat):

Les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki ont été développées à Los Alamos, Nouveau Mexique

Le premier essai de bombe atomique a eu lieu sur un site nommé ‘Trinity’, au Nouveau Mexique, seulement trois semaines avant que les vraies bombes soient larguées sur Hiroshima et Nagasaki. On a pu entendre encore récemment sur Radio France que ça avait eu lieu dans le désert, dans une région dépleuplée. Cependant, à vol d’oiseau, c’est très proche de la Réserve Apache Mescalero. Racisme environnemental…

La plus grande fuite radioactive de l’histoire a eu lieu en territoire Navajo, à Church Rock, Nouveau Mexique. La digue d’une piscine de rétention des déchets a cédé. L’eau contaminée s’est déversée dans le Rio Puerco. En 2015, un chercheur Navajo, Tommy Rock, s’est aperçu que le puits d’eau “potable” de la communauté Navajo de Sanders, à proximité du Rio Puerco, était radioactive.

Le Sénateur Tom Udall, s’est, comme quelques autres, complètement retourné récemment: il a été célèbre – et son père avant lui – pour avoir défendu les victimes de l’uranium. Tout comme le Sénateur Pete Domenici, qui a plus tard oeuvré au déclassement du Parc National des Pétroglyphes, afin de permettre l’extension d’Albuquerque, et le Sénateur Orrin Hatch (Utah), qui défendait aussi les victimes des mines d’uranium, mais qui maintenant a demandé – et obtenu – la réduction du Monument National de Bears Ears (Utah), ouvert récemment par Trump à l’exploitation minière. Tout récemment, des archéologues y ont découvert des restes de dinosaures inconnus, mais maintenant hors de la zone protégée…