Par Brenda Norrell
Censored News
5 janvier 2021
Traduction Christine Prat

Le soleil se couchait sur Eureka, Nevada, et les routes étaient gelées et traitresses. C’était en février et je m’inquiétais pour Carrie Dann, septuagénaire, qui faisait seule la longue route jusqu’à son ranch. Je l’avais accompagnée jusqu’à son camion blanc, essayant de ne pas glisser sur le trottoir, transformé en une feuille de glace. En souriant, elle m’assura que ça irait bien.

Photo Right Livelihood Award

Carrie avait voyagé dans le monde et était une force globale, qui s’était rendue à la Conférence pour Notre Mère la Terre, à Cochabamba, en Bolivie, en 2010 ; cependant, elle tenait un ranch, c’était une éleveuse qui travaillait dur, se battait pour protéger ses chevaux, et la terre, l’air et l’eau.

Carrie a rejoint le Monde des Esprits le 2 janvier 2021. Sa sœur Mary était partie en 2005.

Simon J. Ortiz, poète et auteur Acoma, Professeur retraité de l’Université d’état d’Arizona, rendit hommage à Carrie.

« Quelle grand-mère, mère, fille et sœur c’était, Carrie Dawn, » écrivit Ortiz aujourd’hui.
« Une force de vie »
« La Vie de la vie. »
« Génération après génération, avant, après. »
« Nous, tous les gens – tous les êtres – sommes avec elle, toujours. Et elle sera toujours avec nous. »
« Elle sera toujours avec tous les gens – même ceux qui sont mal guidés et destructeurs – parce que c’est la voie du savoir originel – qui sont liés au Mode de Vie Sacré d’être responsable pour que la vie soit durable pour toujours. »

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Lorsque nos chemins se sont croisés, à Phoenix en 2004, Carrie dit: «Nous ne renoncerons jamais à notre résistance. Nous ne pouvons pas. Ce n’est pas pour nous, mais pour ceux qui sont encore à venir.»

Quand on lui demanda ce qu’elle désirait le plus, Carrie dit: «la Libération.»

«J’attend toujours le jour où les Autochtones seront libérés du contrôle du Gouvernement des Etats-Unis,» dit-elle.

Quand Carrie reçut une notification fédérale de la saisie de son troupeau, en mai 2004, elle dit que c’était du terrorisme domestique visant à voler la dignité des gens.

«Economiquement, nous sommes un peuple autosuffisant. Avec ces actions récentes pour voler notre subsistance, nous faisons face à une famine provoquée pour nous faire partir de nos terres.»
«Pour moi, c’est du terrorisme. Du terrorisme domestique. Cette conduite a pour but de voler notre dignité, notre honneur, et nous faire sentir que nous sommes moins qu’humains – nous sommes traités comme des animaux. Nous sommes déshumanisés.»

Combattant le vol du territoire des Shoshone de l’Ouest, Carrie n’a jamais abandonné.

«En tant que Shoshone de l’Ouest, nous nous sommes battus depuis bien des années, simplement pour rester qui nous sommes – les Shoshone de l’Ouest. La terre est notre mère, et le sol nous procure la vie, comme l’eau et l’air. Nous prendre ce territoire sera nous conduire à une mort spirituelle.»

Earl Tulley, Diné [Navajo], se souvient de ses camarades défenseuses du front, les sœurs Mary et Carrie Dann, qui, comme Earl, ont passé leur vie à défendre les droits Autochtones et le monde naturel.
Earl dit, «les sœurs Dann étaient totalement unies et travaillaient en parfaite unité pour défendre la terre ancestrale. Leur slogan mélodieux était – et est toujours – « Tout ce qui brille n’est pas or.»
«Toutes les deux y travaillaient mieux que quiconque.»

Ofelia Rivas, Tohono O’odham, tout comme les sœurs Dann en territoire Shoshone de l’Ouest, se bat pour les droits humains et la protection du territoire et de ce qui est sacré à la frontière sud.
Ofelia dit de Carrie: «Elle était une force.»
«Quand une grande force rejoint les ancêtres, nous qui restons ici recevons une bénédiction universelle. J’espère que les gens comprennent que Carrie Dann n’est plus réduite à une quelconque pauvreté, à une souffrance physique ni à des déceptions causées par des décisions politiques. Sa présence a été un grand honneur sur cette Terre Mère.»
«Que toute sa famille et ses amis, et de nombreux soutiens, continuent son travail pour défendre les terres pour les générations à venir.»

De retour sur les routes glacées, à Eureka, Nevada, en février 2008, Carrie, la force globale, travaillait comme éleveuse et rendait hommage aux jeunes Autochtones qui participaient à la Longue Marche.

Sur le trajet nord de la Longue Marche à travers le continent de 2008, Carrie rendit hommage aux marcheurs, quand ils sont arrivés à pied d’Austin, Nevada.

Les jeunes Miwok, les chanteurs de Round Valley, et le Cheyenne Arapaho Calvin Magpie, ont chanté des chants traditionnels pour Carrie, dans le large cercle de la Longue Marche, rendant hommage à sa lutte sans fin pour les droits des Indiens.

Carrie dit que les Shoshone de l’Ouest étaient confrontés à la profanation de leurs sites sacrés, y compris le Mont Tenabo, parce que l’extraction industrielle d’or étendait ses destructions en territoire Shoshone. De plus, les essais nucléaires et l’industrie nucléaire empoisonnent le sol, l’air et l’eau.

Carrie se souvenait du passage de la Longue Marche sur les terres Shoshone 30 ans plus tôt. Elle s’était jointe aux marcheurs à Austin, Nevada.
Alors que les marcheurs et les coureurs étaient réunis en cercle à Eureka, elle dit qu’elle avait été encouragée par les jeunes Indiens et leur courage.
«Je veux que vous sachiez que je suis fière de vous,» leur dit-elle.

Le marcheur Tomas Reyes dit aux autres marcheurs que Carrie était l’une des grandes Indiennes de notre temps et qu’on pouvait apprendre beaucoup de son exemple.

Le film Notre Terre, Notre Vie raconte la véritable histoire.

Dans ce film, Carrie dit que le gouvernement des Etats-Unis a commis un génocide spirituel. Avec la séquence de l’horrible confiscation par le BLM des chevaux de la famille Dann, le film révèle que le but des Etats-Unis était de s’emparer du territoire au profit des grandes corporations d’extraction d’or.

Tout comme les gens que le gouvernement des Etats-Unis juge superflus, les chevaux de la famille Dann étaient considérés comme superflus. Après la capture cruelle, beaucoup de poulains et de chevaux n’ont pas survécu.

Le territoire des Shoshone de l’Ouest avait déjà été frappé par les essais nucléaires et les détonations de bombes atomiques sur le site de tests, ce qui a résulté en une dissémination de radioactivité et la mort par cancers de nombreux Shoshone de l’Ouest.

Les Etats-Unis ont refusé d’appliquer le Traité de Ruby Valley [qui reconnaissait que le Territoire Shoshone dans le Nevada, Newe Segobia, n’avait jamais été cédé aux Etats-Unis].

Vous pouvez voir 25 minutes du film «Our Land, Our Life» sur YouTube. (La version d’une heure, ‘American Outrage’, est disponible en DVD).

https://youtu.be/JJ2N9-n-ka0

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Au cours de notre conversation à Phoenix, en mars 2004, Carrie dit que les Etats-Unis voulaient qu’un règlement international soit tenu secret.

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Article de Brenda Norrell de mars 2004

PHOENIX, Arizona – Les Etats-Unis essaient de tenir secret une règle internationale qui concerne les Indiens d’Amérique et les droits à la propriété. La règle, dans le cas des Shoshone de l’Ouest, exige une révision de toutes les lois et politiques des Etats-Unis concernant les peuples Autochtones, et en particulier le droit à la propriété.

Le Jour des Peuples Autochtones, la Shoshone de l’Ouest Carrie Dann dit: «Les Etats-Unis ont été pris en train de violer de la loi internationale – pris en train de violer nos droits à la propriété, à une procédure légale, et à l’égalité devant la loi.
« Il leur a été dit de remédier à cette situation et de revoir toutes les lois et politiques concernant les peuples autochtones des Etats-Unis.»

La Commission Interaméricaine des Droits Humains, l’Organisation des Etats Américains, publia son rapport final dans l’affaire Dann contre les Etats-Unis. C’était le premier rapport juridique sur la loi et la politique des Etats-Unis concernant les peuples autochtones à l’intérieur de leurs frontières.
Julie Fishel, avocate du Projet de Défense des Shoshone de l’Ouest, dit que les Etats-Unis ne voulaient pas que les Amérindiens soient mis au courant de la décision.
«Ça les rend nerveux», dit Julie Fishel.

La décision de l’Organisation des Etats Américains visait le droit des Dann à leur terre ancestrale et la violation de leurs droits humains. Dans sa déclaration du 11 mars, C. Dann dit que les Etats-Unis violaient le Traité de Ruby Valley de 1863.

«Ils nous disent que nos terres sont des terres fédérales,» dit C. Dann, s’exprimant dans le ranch où sa famille avait vécu depuis des générations, dans Crescent Valley.

Les Shoshone de l’Ouest vivent sur le territoire, aujourd’hui appelé Nevada, depuis plus de 4000 ans. Pourtant, les terres des Shoshone de l’Ouest sont confisquées pour une mine d’or à ciel ouvert, extrayant par lixiviation au cyanure, et pour un stockage de déchets nucléaires dans la Montagne Yucca, une montagne sacrée pour les Shoshone.

C. Dann dit: «Sur le site de tests du Nevada, le gouvernement actuel veut recommencer les tests nucléaires et font des tests [d’armes] biologiques et chimiques et développent le nouvel équipement pour le Contre-terrorisme Fédéral.
«Pour nous, ces activités ne sont développées que pour le profit des corporations multinationales, pas pour bénéficier aux gens. Rien que sur nos terres, des entreprises comme Placer Dome, Newmont, Barrick, Halliburton, Bechtel et Lockheed Martin empoisonnent notre air et notre eau, et déchire Notre Mère la Terre.»

Les troupeaux de centaines de familles ont été confisqués par l’Intérieur, au cours d’attaques de style militaire.

«Nous sommes sous surveillance constante, par des rangers fédéraux armés et des vols d’hélicoptères. Nous restons sur la terre de nos ancêtres.
«Le Congrès des Etats-Unis et les grandes entreprises mettent de l’argent et autres marchés sous le nez de notre peuple,» C. Dann dit que la responsabilité du peuple est de préserver la vie pour les générations futures.

Photo Intercontinental Cry

Carrie et sa sœur Mary ont combattu les Etats-Unis jusqu’à la Cour Suprême. Après dix ans de procédures judiciaires, l’Organisation des Etats Américains a tranché en faveur des Shoshone de l’Ouest.

Le rapport de l’Organisation des Etats Américains a été publié le 9 janvier 2003, dix ans après que les sœurs Mary et Carrie Dann ait présenté une pétition. Au cours de la procédure judiciaire, plusieurs autres communautés Shoshone de l’Ouest se sont jointes à la pétition. Le Conseil de la Nation Shoshone de l’Ouest, l’instance dirigeante traditionnelle, a déposé une motion de soutien.

Le rapport déclare que les Etats-Unis avaient plaidé auprès de la Commission des Réclamations Indiennes, que les Shoshone de l’Ouest avaient perdu leur territoire à cause « d’un empiètement graduel » par des blancs, colons et autres. Les Shoshone de l’Ouest ont plaidé que l’argument des Etats-Unis était en violation de leurs propres lois et des lois internationales sur les droits humains, qui lient les Etats-Unis en tant que membre de l’Organisation des Etats Américains.

La Commission Interaméricaine des Droits Humains était d’accord avec les Shoshone de l’Ouest. Le rapport définitif stipulait que les Etats-Unis violaient le droit à la propriété, le droit à une procédure judiciaire, et le droit à l’égalité devant la loi.

Le Rapport définitif exprimait deux recommandations aux Etats-Unis. La première était de remédier à la situation des Shoshone de l’Ouest, soit par une législation, soit en organisant une audience sur le problème du titre.

L’Organisation des Etats Américains recommandait aussi que toute la législation et la politique des Etats-Unis concernant les Peuples Autochtones, et en particulier le droit à la propriété, soient révisées.

Carrie Dann dit: «Nous ne renoncerons jamais à notre résistance. Nous ne pouvons pas. Ce n’est pas pour nous, c’est pour ceux encore à venir.»

Il fut demandé à Carrie Dann ce qu’elle désirait le plus.

«La Libération» dit-elle.
«J’ai attendu toute ma vie d’être libérée du gouvernement fédéral.»

Se souvenant des paroles du Président Bush, elle dit: «Bush dit, ‘Nous ne sommes pas des conquérants, nous sommes des libérateurs.’
«J’attend toujours le jour où les Autochtones seront libérés du contrôle du gouvernement des Etats-Unis.»

Copyright de l’article ©Brenda Norrell. Copyright de l’hommage de ©Simon J. Ortiz. Photos ©Brenda Norrell, Ilka Hartmann, ©Intercontinentalcry, ©Womensearthalliance, ©Rightliverlihoodaward.

Le professeur, poète et écrivain Pueblo Acoma Simon Ortiz, réagit au projet irrationnel de Trump de s’imposer dans les Black Hills et de s’autoglorifier avec des feux d’artifice pendant une pandémie. Ortiz loue les mots de l’auteure Lakota Dakota Ruth Hopkins dans son article ‘Le voyage de Trump au Mont Rushmore met des vies et un écosystème fragile en danger.’

Par Simon Ortiz
2 juillet 2020
Publié sur Censored News
Traduction Christine Prat

Ruth Hopkins écrit : « Typique de sa façon de faire, caractérisée par une arrogance irrationnelle, mêlée de mémoire défaillante et d’indifférence, Trump n’arrive pas à comprendre ou à se soucier de ce que le Mont Rushmore est au milieu de la Forêt Nationale des Black Hills. »

C’est un fait et une opinion, et c’est toute la vérité. Et c’est aussi un fait et une opinion d’un genre bien particulier, puissamment souligné par l’égocentrisme de Trump – et une nouvelle expression de la croyance nationale, dès qu’il s’agit des Peuples Autochtones des Etats-Unis et des Amériques.

Le Mont Rushmore est une déclaration statufiée d’impérialisme, de pouvoir et, finalement, d’une fierté égomaniaque et fanatique. Et faussement exprimée par Trump qui est probablement inconscient de ce qu’il fait, n’applaudissant que lui-même ! Et, dans ce cas, dans le but d’autocélébrer effrontément la présidence de Trump.

Alors, les citoyens qui tombent dans le panneau, peuvent bien voter pour lui en novembre.

Biographie de Simon Ortiz

L’écrivain mondialement connu Simon Ortiz, a été Professeur d’Anglais et d’Etudes Amérindiennes à l’Université d’Etat d’Arizona. A Censored News, nous célébrons Ortiz pour ses poésies et ses livres, et pour résister, s’exprimer en faveur des Zapatistes, et avoir porté des croix avec les noms des Zapatistes massacrés à Acteal, Chiapas, lors d’une marche à Tucson.

Ortiz, Indien Pueblo Acoma, est né et a été élevé près d’Albuquerque, au Nouveau-Mexique, et a grandi en parlant la langue Acoma. « Ce premier langage, de ma naissance à l’âge de six ans, dans ma famille Acoma et la communauté, » écrivit-il, « a été la base et la source de tout ce que je ferai plus tard. » Ironie, il était puni pour le parler à l’école. Surnommé ‘le reporter’ par son père à cause de l’attention qu’il portait, enfant, aux histoires des Anciens, il a continué à fonder son œuvre créatrice sur la forte tradition orale de son peuple.

Après avoir étudié au Fort Lewis College et à l’Université du Nouveau-Mexique, il suivit le Programme d’Ecriture de l’Université d’Iowa pendant une année. Dans les années soixante, il a aussi été à l’armée, ou il a souffert de discrimination et travaillé dans une entreprise de mines d’uranium, et protestera énergiquement plus tard contre les profanations de la terre causées par leur course au profit. Au début des années 1970, il commença à écrire, tout en enseignant dans diverses universités, et en 1982, il obtint un Prix Pushcart et une grande influence sur le public avec ‘From Sand Creek’. Son livre le plus important est peut-être ‘Woven Stone’, de 1992 – un mélange de poésie et de prose de trois volumes précédents, qui constitue une autobiographie spirituelle – La Fondation Simon Ortiz