LES COMPAGNIES PROFITENT DE L’ÉPIDÉMIE POUR CONTRUIRE LEURS OLÉODUCS, ELLES NE RESPECTENT NI LES ORDRES DE CONFINEMENT, NI LES MESURES DE PROTECTION

Par Christine Prat
9 avril 2020

Depuis les derniers évènements relatifs à la lutte d’Autochtones des Premières Nations contre la construction d’oléoducs à travers leurs territoires, la pandémie du COVID 19 a frappé le Canada. Les multinationales en ont profité pour construire plus que jamais. Elles ne respectent ni les ordres de confinement, ni les précautions de base telles que la distance entre les personnes (2m au Canada), ou les interdictions de rassemblement des travailleurs dans des camps. Les Autochtones se sentent menacés et comparent ce qui se passe actuellement à la distribution consciente de couvertures infectées par la variole au 19ème siècle.

Coastal GasLink profite du confinement pour continuer à construire son oléoduc en territoire (non-cédé) Wet’suwet’en. Kinder Morgan, qui construit l’oléoduc dit « TransMountain », est en train de construire un nouveau « camp masculin » près de Clearwater, en Colombie Britannique, en territoire (non-cédé) Secwepemc.

La multinationale bien connue des Français, Vinci, a été choisie par la corporation LNG (Liquified Natural Gas) Canada pour construire d’énormes cuves pour stocker du gaz liquéfié et du pétrole.

Les oléoducs construits en Colombie Britannique ont pour but de transporter les carburants jusqu’à la côte ouest, afin de les exporter vers l’Asie.

La pandémie ayant fait oublier tous les autres problèmes, il est bon de rappeler brièvement la situation qui prévalait lorsque le Canada a été touché par le virus.

(Vous pouvez trouver des articles sur les luttes du début de l’année sur ce site.)

Le 1er mars, des discussions entre les chefs Wet’suwet’en, les autorités de la Province et les autorités fédérales, avaient débouché sur une proposition d’accord. Cela a causé une certaine confusion qui a pu faire croire qu’une solution au conflit était sur le point d’aboutir. Cependant, cette proposition ne concernait que les droits et titres des Wet’suwet’en et ne disait rien de l’oléoduc de Coastal GasLink. De ce fait, les groupes qui organisaient des actions contre le projet ont prévenu que rien n’était changé et que la lutte continuait. Il n’y a donc jamais eu d’accord.

Le 7 mars, les administrateurs de la page Facebook Unist’ot’en Camp publiaient un article disant :

« A la suite de pourparlers limités entre les chefs héréditaires Wet’suwet’en et des représentants de l’Etat Canadien, une certaine confusion a vu le jour. L’Etat et les médias dominants ont ajouté à cette confusion en décrivant ces pourparlers comme point final des actions de protestation qui duraient depuis des semaines, en soutien aux Wet’suwet’en et contre l’oléoduc de Coastal GasLink.

Mais la réalité est qu’il n’y a pas eu d’accord autorisant la construction de l’oléoduc et qu’aucun appel n’a été lancé, demandant aux gens de démonter leurs barricades. En dépit de ce qu’ils veulent que vous croyiez… ce n’est pas fini. »

Cependant, le COVID 19 est arrivé au Canada. Ça a détourné l’attention des médias de ce qui se passait chez les Autochtones, mais, en même temps, gravement augmenté les risques que constituaient pour eux les constructeurs d’oléoducs et leurs travailleurs, venus d’on ne sait où et logés dans ces « camps masculins » où règne la promiscuité. Il y a un ordre de confinement au Canada, et l’exigence d’une distance de 2 mètres entre les individus, cependant les compagnies n’en tiennent aucun compte, et, au contraire, profitent du confinement pour accélérer les constructions. Voir l’excellente vidéo – malheureusement pas encore sous-titrée en français – tournée les 30 mars et 1er avril et publiée sur le site Unist’ot’en Camp.

Dans l’est du Canada, des gens ont remercié les Mohawks qui avaient bloqué les chemins de fer en soutien aux Wet’suwet’en, car ça a probablement ralenti la propagation du virus. Par contre, en Colombie Britannique, les compagnies continuent à essayer de faire de l’argent avec ce qu’il reste de la planète.

Les Wet’suwet’en et les Secwepemc se sentent extrêmement menacés par le virus. Cependant, les employés et agents de sécurité des compagnies continuent à se promener dans leurs territoires sans aucune précaution. Les Autochtones se protègent comme ils peuvent, mais notre amie Secwepemc Kanahus Manuel, qui a été arrêtée pour cause de manifs et est en liberté conditionnelle, n’a pas le droit de se couvrir le visage !

Le 24 mars, Amanda Follett Hosgood écrivait sur le site canadien « The Tyee » : « Les camps de travailleurs de Colombie Britannique restent ouverts malgré les risques de pandémie. Des travailleurs propageant le virus pourraient inonder le système de santé, disent des experts. » Le 31 mars, elle écrivait : « L’oléoduc et la pandémie : ‘le plus grand risque que nous courons à ce moment’. L’Union des Chefs Indiens de Colombie Britannique appelle Coastal GasLink à arrêter le travail pour réduire les risques du COVID-19. […] ‘Nous devons répéter à la CGL qu’elle est par effraction sur notre territoire’ dit Dsta’Hyl, son nom anglais étant Adam Gagnon. ‘Mais ils reviennent tout le temps’. » (Chef Héréditaire Wet’suwet’en).

Le 3 avril, le National Observer écrivait : « BC Hydro a suspendu la navette pour le barrage du Site C, et six personnes sont en auto isolation dans le camp, suite à l’application des mesures devant faire barrière au Coronavirus.

La décision du service provincial arrive au moment où une dirigeante éminente des Premières Nations avait déclaré qu’elle était toujours inquiète à cause des camps de travailleurs des projets miniers, qui, comme le barrage du Site C sur la Peace River, dans le nord-est de la Colombie Britannique, continuent leurs travaux. »

LES COMPAGNIES

Les deux oléoducs en construction, respectivement en territoire Secwepemc et en territoire Wet’suwet’en :

TransMountain : construit par la branche canadienne de Kinder Morgan Energy Partners.

Coastal GasLink : TC Energy Corporation (ex-TransCanada).

Le barrage du site C : Financement publique.

LNG (Liquified Natural Gas) Canada : Groupe étranger, « joint venture » formé par la Royal Dutch Shell, la 4ème compagnie pétrolière dans le monde, 40%, Petronas, qui appartient au gouvernement malaysien, 25%, PetroChina Company, la compagnie nationale chinoise, 15%, et Korean Gas Corp., 5%. Le gouvernement Coréen est le principal importateur de gaz liquéfié dans le monde.

Enfin, Vinci (branche britannique) construit d’énormes cuves pour stocker le gaz liquide.

Christine Prat

Sources:

Page Facebook We Support the Unist’ot’en and the Wet’suwet’en Grassroots Movement
Page Facebook Unist’ot’en Camp
Page Facebook de Kanahus Freedom Manuel
Site Unist’ot’en Camp
Site The Tyee, Canada
Site The Narwhal, Canada
Site National Observer, Canada

 

Communiqué
Wet’suwet’en Access Point on Gidimt’en Territory
Censored News
Traduction Christine Prat
28 février 2020

Nous voyons beaucoup d’articles pleins d’anticipations et de présomptions dans la presse, qui « confirment » à tort que nous sommes arrivés à un accord avec la Police Montée et l’état. Avant même que les discussions aient commencé, les médias dominants et de droite annonçaient la fin des discussions, dans le but d’étouffer les désaccords et de réduire au silence le soutien de notre position.

Nous confirmons que les pourparlers ont commencé aujourd’hui, mais les termes des discussions doivent encore être déterminés et acceptés.

Nous n’avons pas encore reçu, comme un geste de respect de la Police Montée, la confirmation écrite que nos exigences seront satisfaites et maintenues tant que les discussions dureront, ni que les discussions se prolongeront après le 28 février.

Nous vous prions de rester vigilants et de lire nos pages et celle d’Unist’ot’en Camp pour suivre la progression et les mises à jour. Nous vous remercions pour votre solidarité et votre soutien constants pendant ces moments cruciaux et angoissants.

Le 26 février 2020, Brenda Norrell écrivait

LES POURPARLERS DES WET’SUWET’EN AVEC LE GOUVERNEMENT POURRAIENT REPRENDRE – MAIS LES CHEFS HÉRÉDITAIRES REFUSENT DE DEMANDER AUX AUTRES D’ARRÊTER LE MOUVEMENT

Publié sur Censored News
Le 26 février 2020

Les Chefs Héréditaires Wet’suwet’en ont déclaré que la rencontre avec les autorités du Canada et de la Colombie Britannique, annulée il y a des heures parce qu’ils refusent de demander aux autres d’arrêter le mouvement, pourrait reprendre.

« Une réunion proposée pour jeudi entre les Chefs Héréditaires Wet’suwet’en et les officiels des gouvernements provincial et fédéral pourrait finalement avoir lieu, ont dit les Chefs à Global News.

Mercredi, tard dans la soirée, le Chef Na’Moks (John Risdale) dit que la rencontre, annulée des heures auparavant, était à nouveau à l’ordre du jour, après que le gouvernement ait fait savoir qu’un ‘terrible malentendu’ était la cause de l’interruption des pourparlers.

« Je leur poserai la question demain, afin de savoir quelle est leur définition d’un ‘malentendu’, parce que nous avions été très clairs quand nous leur avons dit que nous étions plus que désireux de les rencontrer » dit Na’Moks.

Le Chef Héréditaire Wet’suwet’en Na’Moks dit que les gouvernements avaient annulé les rencontres avec les Chefs Héréditaires vers 16h30, le même jour.

« Nous ne voulions pas demander aux autres Nations et alliés d’arrêter le mouvement, alors les deux gouvernements nous ont tourné le dos. » Na’Moks dit que la Colombie Britannique et le Canada avaient demandé « que nous disions aux autres Nations et alliés d’arrêter le mouvement. »

« Nous vivons dans un pays libre, nous ne pouvons pas faire ça. » En réponse à des questions, Na’Moks dit que les Mohawk étaient libres de prendre leurs propres décisions.

Le Chef Héréditaire Wet’suwet’en Smogelgem dit : « Les discussions ont échoué quand nous avons dit que nous ne dirions pas aux autres Nations ce qu’elles doivent faire sur leurs territoires. »

Ce même 26 février 2020, Brenda Norrell écrivait aussi, dans un autre article

AFFRONTEMENTS ENTRE LES MOHAWKS DE TYENDINAGA ET LA POLICE LE LONG DES RAILS. ET : LE PREMIER MINISTRE DU QUÉBEC A TENU DES PROPOS SCANDALEUX.

Censored News
26 février 2020
Mis à jour le 27 février

Des Guerriers Mohawk étaient sur les rails, mercredi 26 février à 11h du matin, lorsqu’un train ne s’est pas arrêté en traversant le Camp B Mohawk de Tyendinaga. Les Mohawks étaient là pour exprimer leur solidarité avec les Wet’suwet’en dans leur lutte pour protéger leur territoire de l’oléoduc de Coastal GasLink, en Colombie Britannique. Les jeunes Guerriers Mohawks auraient été tués s’ils n’avaient pas sauté des rails à la dernière minute, comme on peut le voir sur la vidéo de Real Peoples Media [sur Facebook].

« Nous les soutenons à cause du changement climatique » dit le Mohawk Spitting Bear à Censored News. « Nous avons droit à l’autodétermination sur notre propre territoire. Nous pouvons assurer la biodiversité. »

[…]

Le Premier Ministre du Québec tient des propos incendiaires

Pendant ce temps, le Premier Ministre du Québec faisait des déclarations fallacieuses prétendant que les Mohawks avaient des armes automatiques. Kenneth Deer, porte-parole des manifestants de Kahnawake, dit que Legault faisait « de fausses déclarations. »

« Nous sommes absolument choqués et totalement consternés par les commentaires du Premier Ministre Legault, » dit Kenneth Deer, secrétaire de la Nation Mohawk de Kahnawake, à la Gazette de Montréal.

« Je pense que c’est gravement irresponsable. Nous n’avons absolument pas d’armes et nous n’avons pas l’intention de nous armer. » Deer dit que les gens de Kahnawake « sont attachés à une résolution pacifique et continuent de soutenir les Wet’suwet’en dans cette lutte. »

Le Conseil Mohawk de Kahnawake a également dénoncé les propos de Legault. « Le Premier Ministre doit être beaucoup plus prudent dans ses actions » dit Ietsénhaienhs Kahsennenhawe Sky-Deer. « Lorsque certains propos sont tenus, il est souvent difficile de revenir dessus. Utiliser des termes comme ‘armés’ et ‘AK-47’s’ peuvent mettre le feu aux poudres et sont, en fait dangereux. Cela pourrait être interprété comme une incitation à une réaction. »

Il a dit, en français : « La Sûreté du Québec est lente à intervenir pour dégager la barricade à Kahnawake, étant donné que les résidents de la réserve ont des armes d’assaut. »

Pour des vidéos tournées en direct des évènements, voir la page Facebook de Real Peoples Media

Et le 28 février 2020, le site Ricochet publiait un article sur une menace d’attaque à la bombe adressée aux Wet’suwet’en et aux Mohawks de Tyendinaga, probablement inspirée par l’extrême-droite, obsédée par le mouvement pacifique pour la souveraineté des Autochtones.

Extrait d’un article d’Erin Seattler
Ricochet media
Publié sur Censored News
28 février 2020

Une menace de bombe contre les Wet’suwet’en et les Mohawks de Tyendinaga a été émise pendant l’escalade des discussions violentes au sein de l’extrême-droite du Canada, dont l’obsession la plus récente est le mouvement non-violent pour la souveraineté Autochtone, qui a dominé les médias depuis des semaines.

« Vous et vos amis punk, les guerriers Mohawk, doivent supprimer les barricades » peut-on lire dans un email envoyé le 26 février à des adresses associées aux Wet’suwet’en et à Tyendinaga.

« Sinon, vous trouverez une bombe dans votre boîte aux lettres et vos familles seront en danger. Ceci est une menace, vous êtes prévenus. »

L’adresse email utilisée pour envoyer la menace est liée à un compte Twitter suspendu récemment, selon le collectif Canada Antiraciste qui trace la haine et l’extrémisme.

 

Real Peoples Media
Ricochet
Publié sur Censored News
Traduction Christine Prat
26 février 2020

D’après des vidéos de Real Peoples Media, la police de Belleville, lourdement armée de lanceurs de grenades lacrymogènes, affrontait encore les Mohawks de Tyendinaga, mercredi 26 février.

Lundi, 24 février, la Police Montée avait procédé à des arrestations en territoire Gitxsan, solidaire des Wet’suwet’en.

Censored News publiait : « Territoire Gitxsan : Trois chefs héréditaires ont été arrêtés avec dix autres personnes, et libérés après que la communauté ait bloqué l’autoroute. J’ai vu un jeune Gitxsan crier ‘Qu’est-ce que ça fait de n’avoir aucun pouvoir ?’ à la Police Montée, qui reculait à cause d’un feu qui faisait fondre le goudron de l’autoroute 16. » Rapporté par Michael Toledano, de New Hazelton, au nord-ouest de la Colombie Britannique, près de Smithers.

Le Chef Héréditaire Spookw dit, après avoir été arrêté puis relâché, « Ce n’est que le début. D’après ce que j’ai vu, avec tous les gens ici, s’il y a un autre barrage, il y a assez de gens ici pour faire, la prochaine fois, que ça ne tombe pas sur nous, qui avons été arrêtés cette nuit. »

Le site canadien Ricochet écrit, « Au cours du second raid important de la journée, la Police Montée est arrivée au barrage des rails près de New Hazelton, en Colombie Britannique, barrage qui venait d’être érigé dans l’après-midi, par des membres de la Nation Gitxsan. Ils ont procédé à des arrestations.

« Les Chefs héréditaires Norman Stevens (Spookw) et Yvonne Lattie (Gwinitxw) ont été arrêtés, selon des messages envoyés aux médias sociaux pendant le raid. Arrêter des chefs héréditaires sur leur propre territoire serait une escalade importante de la crise surgie à propos de la construction de l’oléoduc de Coastal GasLink en territoire Wet’suwet’en. »

Le 25 février, CBC, cité par Censored News écrivait « Des manifestants ont fermé GO Transit près de Hamilton tôt ce mardi, en réaction à l’attaque de la Police Provinciale de l’Ontario pour mettre un terme au barrage, par les Mohawks de Tyendinaga, d’une ligne de chemin de fer près de Belleville, dans l’Ontario, lundi. GO Transit a annoncé sur son site que « En conséquence de l’enquête de police en cours le long des voies entre Aldershot GO et Hamilton GO, nos trains ne pourrons pas desservir les gares de Niagara Falls GO, St. Catharine GO, Hamilton GO, et West Harbour GO ce mardi matin (25 février). »

Liste des actions organisées à la suite du raid contre les Mohawks de Tyendinaga (publié par Censored News, d’après la page Facebook de Women’s Coordinating Committee for a Free Wallmapu [Toronto] :
Tandis que la police envahit le Territoire Mohawk Tyendinaga, des Barrages, des Manifestations, et des Occupations se produisent En Masse, à travers tout le prétendu Canada.

[25 février] Alors que la Police Provinciale de l’Ontario (OPP) attaquait la barricade sur la voie de chemin de fer de Tyendinaga, hier matin, des Défenseurs des Terres à travers toute l’Ile de la Tortue [Amérique du Nord] sont descendus dans les rues et sur les rails pour continuer à affirmer leur solidarité avec les Nations Wet’suwet’en et Mohawk.

Le raid contre la barricade en Territoire Mohawk Tyendinaga a eu lieu tôt lundi matin, après qu’un ultimatum de quitter les lieux à minuit ait été lancé par l’OPP la nuit précédente. Dix personnes ont été arrêtées pour de multiples accusations, le chasse-neige utilisé au cours de l’action ayant été trainé par la police. Malgré l’attaque violente du barrage Tyendinaga, la communauté est toujours aussi résolue à soutenir les Wet’suwet’en, et s’est réunie toute la journée et toute la nuit pour résister à la présence policière.

Entretemps, des dizaines d’actions ont été déclenchées à travers le soi-disant Canada, des barrages et d’autres formes d’action ayant démarré spontanément dans différents territoires au cours de la journée et de la nuit. Certains points forts ont été la construction de plusieurs barricades dans les communautés Mohawk de Kahnawake et Kanesatake dans le soi-disant Québec ; des blocages de voies ferrées à Hamilton ; des blocages d’autoroutes dans les territoires des Six Nations du Territoire de Grand River ; le blocage d’un pont international menant aux Etats-Unis à Sault Sainte Marie ; un blocage de la voie ferrée par des Gitxsan au nord de la soi-disant Colombie Britannique ; des jeunes Autochtones occupant les marches du Parlement, entre autres. A Ottawa, les jeunes Autochtones ont occupé la rue principale qui conduit au Parlement Canadien, sous la surveillance de snipers de la police, postés sur des immeubles proches.

Les Défenseurs des Terres Wet’suwet’en ont appelé à une solidarité ininterrompue, jusqu’à la démilitarisation complète de leur territoire et au renoncement définitif à l’oléoduc de Coastal GasLink. Des mobilisations dans tout le territoire se développent sans discontinuer.

Liste des ACTIONS ayant eu lieu mardi et/ou sont TOUJOURS en cours et ont besoin de soutien :

BLOCAGES DE VOIES FERRÉES :

  • TERRITOIRE GITXSAN (NEW HAZELTON) : Des Défenseurs des Terres Gitxsan ont érigé une barricade sur la voie ferrée dans l’après-midi du 24 février près de la ville de New Hazelton, dans le nord de la Colombie Britannique. La police a arrêté deux Anciens Gitxsan et les Défenseurs des Terres demandent des renforts et du soutien.
  • HAMILTON : Les Défenseurs des Terres et leurs alliés ont élevé une barricade sur la voie ferrée, sur le Boulevard York, à Hamilton, en solidarité avec les Wet’suwet’en, à 17h, le 24 février et demandent des renforts et du soutien.
  • TYENDINAGA : La police a attaqué le territoire et supprimé une des deux barricades sur la voie ferrée. Cependant, les Défenseurs des Terres Mohawks appellent à soutenir la ligne de front sur le territoire. Et à FAIRE DES DONS, et soutenir la mobilisation. Email : tyendinagadonations@gmail.com
  • KAHNAWAKE : Les Défenseurs des Terres Mohawk continuent de bloquer l’échangeur de chemin de fer CP Candiac, qui a suspendu le service vers Montréal depuis le 8 février.
  • SASKATOON : Des jeunes Autochtones, des femmes, des handicapés et des membres de la communauté LGBTQ2S du centre-ville, ont bloqué les lignes de CN Rail dans le quartier de Saskatoon Pleasant Hill. Les Défenseurs des Terres ont été violemment harcelés par des groupes suprémacistes blancs et demandent du renfort.
  • SALMON ARM (ou Nouveau Brunswick): Après avoir reçu une injonction pour avoir bloqué CN Rails près de Caledonia, dans le Nouveau Brunswick, les Défenseurs des Terres Mi’kmaq ont déplacé la barricade près de Salmon Arm. Ils demandent plus de bois de chauffage.
  • LISTUGUJ : Les Défenseurs des Terres Mi’kmaq ont bloqué toute la circulation des trains dans le territoire Lustuguj Mi’kmaq près du soi-disant Gaspé, Québec, depuis le 11 février et la bloquent toujours. Plus d’informations sur le soutien dont ils ont besoin en suspens.
  • KAMLOOPS : Les Défenseurs des Terres Secwepemc appellent à du SOUTIEN sur la ligne de front, pour bloquer les voies ferrées de CP Rail à partir de Neskonlith Hall, en soutien aux Wet’suwet’en.

OCCUPATIONS

  • KAHNAWAKE : Les Défenseurs des Terres Mohawk ont bloqué brièvement le Pont Mercier en solidarité avec les Wet’suwet’en. Les Guerriers Mohawk ont barricadé le même endroit au cours de révoltes Autochtones similaires, comme la Crise de Oka en 1990, et c’est un symbole de la lutte Autochtone au soi-disant Canada.
  • KANESATAKE : Les Défenseurs des Terres Mohawk ont bloqué l’autoroute 344 en solidarité avec les Wet’suwet’en. Les Guerriers Mohawk avaient déjà bloqué l’endroit lors de révoltes Autochtones, comme la Crise de Oka en 1990.
  • LE TERRITOIRE DES SIX NATIONS DE GRAND RIVER : Des Défenseurs des Terres des Six Nations ont bloqué la bretelle d’autoroute entre Argyle et Greens Road, près de la ville de Caledonia. Les Défenseurs des Terres des Six Nations l’avaient déjà bloquée lors de révoltes similaires, comme la reconquête de Kanonhstaton en 2006. C’est aussi un symbole de la lutte Autochtone au soi-disant Canada.
  • SAULT SAINTE MARIE : Des Défenseurs des Terres ont bloqué un pont international menant aux Etats-Unis en solidarité avec les Wet’suwet’en. Le blocage a duré plusieurs heures, interrompant la circulation dans les deux sens.
  • VANCOUVER : Des Défenseurs des Terres Autochtones et des alliés ont défié une injonction du tribunal en bloquant le carrefour de Clark Drive et de la rue East Hastings, et ont à nouveau bloqué l’un des accès principaux au Port de Vancouver. Le blocage dure encore et a besoin de renforts et de soutien.
  • VICTORIA : Des Défenseurs des Terres Autochtones ont défié une injonction du tribunal et ont occupé les marches du Parlement de Colombie Britannique, où de jeunes Autochtones se sont enchaînés aux portes et ont interdit l’entrée au bâtiment. La police est sur les lieux et les Défenseurs appellent des renforts et du soutien.

MANIFESTATIONS

  • OTTAWA : Des Défenseurs des Terres Autochtones ont bloqué la rue devant l’entrée du Parlement Canadien, interrompant la circulation au croisement de la rue Wellington et de la rue Metcalfe, à partir de 9h du matin. L’occupation s’est terminée par une marche jusqu’à l’Hôtel de Ville d’Ottawa, à 20h.
  • MONTRÉAL : Des Défenseurs des Terres et des alliés ont organisé une ‘flash mob’ [‘foule spontanée’] devant le bureau du parti du Premier Ministre Trudeau dans l’après-midi du 24 février, en solidarité avec les Nations Wet’suwet’en et Mohawk.

TOUS LES REGARDS TOURNÉS VERS LES WET’SUWET’EN !

LE PÉTROLE ET LE GAZ BANNIS DU TERRITOIRE WET’SUWET’EN !

AMULEPE TAIÑ WEICHAN !

#ShutDownCanada #WetsuwetenStrong #RCMPOUT #NOPipelines

#FermezLeCanada #WetsuwetenVaincra #PoliceMontéeDégage #NONauxOléoducs

(Photo Chris Helgren/Reuters) 

Dimanche, 23 février 2020, la police de l’Ontario avait donné jusqu’à minuit pour évacuer les camps de Tyendinaga, dans l’Ontario, faute de quoi ils pourraient être poursuivis. Les Guerriers ont ignoré l’injonction. Lundi 24 février, tôt le matin, la police a attaqué.
Aux dernières nouvelles, il y aurait eu 10 arrestations.

Ci-dessous, le communiqué envoyé par Christi Belcourt à 1 heure du matin.

Par Christi Belcourt
24 février 2020, 1h24 (heure locale)
Publié sur Censored News
Traduction Christine Prat

Ceci étant le lieu de naissance du Faiseur de Paix, il est de notre responsabilité de maintenir la paix. Nous demandons que la Police de la Province de l’Ontario (OPP) s’abstienne d’employer la force et autorise une résolution pacifique. En ce moment, nous sommes en communication avec le Ministre Miller et l’officier de Liaison de l’OPP pour résoudre l’affaire.

Le Ministre Miller nous informe que nous pouvons nous attendre à une confirmation prochaine du retrait de la Police Montée du territoire Wet’suwet’en.

Il y a toujours eu, et il y a encore, de la part des Mohawks de Tyendinaga, la volonté de discuter une stratégie de retrait de la Voie Principale de CN Rail.

Nous attendons maintenant la confirmation par les Chefs Héréditaires Wet’suwet’en que la Police Montée a quitté le territoire Wet’suwet’en, étant donné qu’ils viennent tout juste d’arriver chez eux après nous avoir rendu visite.

Nous voulons rappeler au public que nous n’avons jamais obstrué les rails physiquement et que nous avons manifesté pacifiquement notre solidarité avec les Wet’suwet’en.

Les rails de chemin de fer traversent le Territoire Mohawk de Tyendinaga tel qu’il a été établi par l’Acte Simcoe de 1793, appelé Traité 3 ½.

Les Mohawks de Tyendinaga ne sont pas en infraction de l’injonction déposée le 7 février 2020.

  1. Il n’y a pas d’effraction de la voie ferrée de CN Rail au Mile 209, étant donné que c’est en territoire Tyendinaga tel qu’il a été proclamé par l’Acte Simcoe de 1793.
  2. Il n’y a pas d’interférence physique ni d’obstruction des voies de chemin de fer.

Le problème en suspens est que :

  1. La Police Montée Royale Canadienne n’a pas quitté le Territoire Wet’suwet’en ;
  2. Nous n’avons pas eu de réunion de suivi avec le Ministre Marc Miller comme il était convenu ;
  3. Il y a des familles dont la sécurité et la vie sont en danger, s’il était fait usage de la force.

Nous restons optimistes et pensons que ceci sera résolu rapidement.

Dixième jour de manifestation de soutien des Mohawks de Tyendinaga

Les Tohono O’odham encouragés à bloquer la construction du mur sans crainte

Par Brenda Norrell
Censored News
20 février 2020
Traduction Christine Prat

Mark Maracle, de la Société de Guerriers Mohawk, dit que les Tohono O’odham devraient fermer la construction du mur à la frontière. Maracle dit aussi que les Mohawks sont prêts à les aider et qu’ils ne devraient pas se laisser dominer par la peur.

« Ils devraient bloquer la clôture » dit Maracle à Censored News jeudi [20 février 2020].

« Si nos peuples dans le nord peuvent bloquer des voies ferrées, ils peuvent aussi bloquer cette clôture. »

« Le soutien s’est étendu dans toute l’Ile de la Tortue. »

« Quand nous étions là-bas, nous leur avons dit que s’ils voulaient faire quelque chose, nous les soutiendrions » dit Maracle, à propos d’une forte délégation de Mohawks dans la Nation Tohono O’odham lors du Sommet des Peuples Autochtones aux frontières.

« Ils doivent prendre l’initiative là-bas pour le faire eux-mêmes. »

« Ils ne devraient pas avoir peur quand la vérité est de leur côté. »

Pendant ce temps, les Chefs Héréditaires Wet’suwet’en projettent de rencontrer des Mohawks de Tyendinaga et de Kahnawake.

La Police Montée a déclaré ce jour vouloir quitter le pays des Wet’suwet’en, Maracle dit « ils parlent avec des langues fourchues. »

Maracle dit que les Tohono O’odham ne devraient pas laisser la peur les contrôler. « Il suffit de quelques personnes et qu’elles brandissent le drapeau Mohawk. »

Au cours du Sommet des Peuples Autochtones de la Frontière de 2007, des Mohawks étaient à la frontière, dans la Nation Tohono O’odham, au sud de Sells, en Arizona. Ils ont vu des agents de la Patrouille des Frontières U.S. arrêter des femmes et des enfants Autochtones, ils ont sauté de leurs voitures et ont couru pour sauver ceux qui avaient été arrêtés. Les agents de la Patrouille des Frontières, sous le choc et effrayés se sont enfuis avec les jeunes femmes et les enfants dans le fourgon fédéral, sur le territoire de la Nation Tohono O’odham.

Les Mohawks demandèrent pourquoi les Tohono O’odham laissaient faire. Ils ont demandé pourquoi le gouvernement de la Nation Tohono O’odham autorisait la Patrouille des Frontières à pénétrer dans son territoire et à maltraiter les Peuples Autochtones sur leurs terres. Après avoir vu une tour d’espionnage au sud de Sells, ils ont demandé comment c’était possible en territoire Tohono O’odham souverain. La tour d’espionnage était à côté d’une grande cage utilisée pour emprisonner les migrants, parmi lesquels il y avait beaucoup d’Autochtones. Ils dirent que la cage n’était rien d’autre qu’un chenil.

Déjà, dans le Monument National du Cactus Tuyau d’Orgue, à la frontière, près de la limite ouest de la Nation Tohono O’odham, le gouvernement Trump et l’entreprise sous-traitante, Southwest Valley Constructors, ont tout fait sauter à Monument Hill, une zone où des restes humains ont été trouvés au cours des destructions pour le mur. La zone était un site funéraire pour les ancêtres des Tohono O’odham.

Trump a outrepassé toutes les lois fédérales pour construire le mur, entre autres les lois protégeant les sites sacrés Autochtones, leurs sites funéraires, les espèces menacées et celles qui protègent la terre, l’eau et l’air. Certaines de ces espèces menacées ne vivent nulle part ailleurs dans le monde que dans le désert de Sonora.

Pendant ce temps, le blocage de voies ferrées s’étend au Canada, et le soutien arrive de lieux aussi éloignés que Londres et Paris, aujourd’hui. Un sit-in est en cours à Londres. Au Canada, la Police Montée Royale Canadienne a dit qu’ils allaient signifier une injonction contre le blocage de la voie ferrée près d’Edmonton. Un blocage se préparait à San Francisco en soutien, et plus tôt, des trains étaient bloqués à Seattle. Les frontières internationales et les entrées des routes menant à New York ont également été bloquées par moments.

Au Canada, Via Rail a dit avoir annulé tous ses trains dans le pays. CN rails dit avoir fermé toutes ses voies ferrées dans le sud du Canada à cause des blocages.

Les Mohawks de Tyendinaga et Kahnawake continuent le blocage des voies ferrées aujourd’hui. Ils disent vouloir continuer jusqu’à ce que les Chefs Héréditaires Wet’suwet’en soient satisfaits.

Cliquer sur la carte pour la voir en grand format (lisible)

Voie ferrée barricadée près de New Hazelton, Colombie Britannique

SOUTIEN AUX WET’SUWET’EN AU CANADA : ‘VIA RAIL’ ANNULE TOUS SES TRAINS SUITE AUX BLOCAGES DES VOIES

Par Brenda Norrell
Censored News
13 février 2020
Traduction Christine Prat

La police canadienne a utilisé un convoi d’agents lourdement armés, des snipers, des chiens et des hélicoptères pour arrêter un petit groupe de gens en train de prier et de protéger leurs maisons et le pays des Wet’suwet’en de la destruction causée par un oléoduc. Des Mohawks et d’autres protecteurs des terres ont fermé les chemins de fer du Canada en bloquant des trains, des ponts, des autoroutes et des bureaux du gouvernement ont également été fermés.

Aujourd’hui [13 février 2020], Via Rail a annoncé l’annulation de tous les trains de passagers.

« Via Rail n’a pas d’autre solution que d’annuler ses services, ce qui entre en vigueur immédiatement et jusqu’à nouvel ordre », dit la compagnie dans une déclaration sur son site web. Via Rail exploite 500 trains par semaine à travers 8 provinces du Canada. Et 97% des voies appartiennent et sont entretenues par d’autres compagnies, en majorité par Les Chemins de Fer Nationaux du Canada [Canadian National Railway – CN].

A travers le Canada, l’action Shut Down Canada [Fermez le Canada] se propage d’Ottawa, Halifax et du Manitoba jusqu’à Vancouver. Les Défenseurs des terres disent qu’ils ne cesseront pas leurs actions jusqu’à ce que la Police Montée Royale Canadienne et Coastal GasLink aient quitté le territoire des Wet’suwet’en.

Les Mohawks Tyendinaga en sont à leur 8ème jour de blocage des rails qui a paralysé les trains de passagers et de fret du Canada.

Les Mohawks Tyendinaga disent que « l’endroit du blocage ne doit pas être connu… Le but est de perturber l’économie du Canada et de libérer les Wet’suwet’en de l’oppression. »

A Kahnawake, les Mohawks ont fermé les trains locaux de Montréal. Il y a maintenant une autre barricade dans le Manitoba.Barricade à Kahnawake

Blocage des trains locaux de Montréal, à Kahnawake

Au cours de l’attaque brutale d’Autochtones sans armes défendant leur terre, un sniper de la Police Montée a été filmé en train de pointer son fusil sur un protecteur sans armes pendant le raid au cours duquel des femmes en train de prier ont été arrêtées.

Blocage de la voie ferrée dans le Manitoba

Des agents de la Police Montée et des employés de Coastal GasLink ont également retiré les robes rouges accrochées comme symbole des Femmes Autochtones Disparues ou Assassinées, victimes des ‘camps masculins’ malsains des travailleurs des oléoducs.

Le Camp Unist’ot’en dit : « Le Canada nous arrache à notre terre, nos familles, nos foyers. Il prend nos tambourins, il enlève nos femmes. Ils nous emprisonnent durant une cérémonie honorant nos ancêtres. »

« Il est temps de nous battre pour notre terre, nos vies, nos enfants, notre futur. »

Tandis que l’opération Shut Down Canada se poursuit, le mouvement Jeunesse Autochtone en Solidarité avec les Wet’suwet’en a fermé le porche principal du bâtiment de l’administration de Colombie Britannique, dans les territoires Lekwungen.

A Vancouver, la police a arrêté 43 supporters des Wet’suwet’en qui bloquaient le Port de Vancouver à trois endroits lundi. Des centaines de protecteurs des terres ont bloqué des trains à Toronto.

A Halifax, hier, la vice Première Ministre Chrystia Freeland a été empêchée d’entrer dans l’Hôtel de Ville de Halifax par des protecteurs des terres qui soutenaient les chefs héréditaires Wet’suwet’en qui s’opposent à la construction d’un gazoduc à travers le nord de la Colombie Britannique.

Alors que l’opération Shut Down Canada est en cours, le Premier Ministre du Canada, Justin Trudeau, est en Afrique du Sud, pour une tournée en Afrique, dans le cadre de sa campagne pour que le Canada obtienne un siège au Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Cependant, le soutien aux Wet’suwet’en se répand jusqu’en Afrique du Sud, et des gens dans le monde entier demandent le respect et la liberté pour les Peuples Autochtones et leurs pays.

La louche surveillance du Canada sur les défenseurs de la terre, de l’eau et de la forêt est dénoncée dans un nouvel article de Apihtawikosisan qui montre des listes d’activistes faites d’après leurs déclarations sur Facebook et leur participation à des rassemblements.

Lady Chainsaw, arrêtée pendant la cérémonie pour les #MMIW, n’a toujours pas été libérée.

SOUTENEZ LES BLOQUAGES DE TRAINS

Par Red Braid Alliance
Également publié par Censored News
13 février 2020

Le blocage #CoquitlamRailBlockade fait partie d’un mouvement de défense des Wet’suwet’en qui se propage par le blocage des rails de chemin de fer par des Nations Autochtones exerçant leur contrôle souverain sur leurs territoires.

Le jeudi 13 février, nous avons commencé à mettre en place le blocage des rails à Coquitlam, dans la gare la plus importante du métro de Vancouver. Notre action de défense des terres fait partie du mouvement #ShutDownCanada, qui défend la souveraineté des Wet’suwet’en et soutient et glorifie aussi l’exercice de la souveraineté et la défense des territoires à Tyendinega, le Traité 1, et les territoires Gitxsan.

Le jeudi 6 février, le jour où la Police Montée a commencé ses raids en territoire Wet’suwet’en et contre le Camp Unist’ot’en, les Mohawks de Tyendinega ont bloqué la ligne de chemin de fer du Canada qui enfreint leur territoire. Au cours de la semaine écoulée depuis, d’autres Nations Autochtones ont entrepris de bloquer des rails, ce qui a interrompu la circulation sur l’infrastructure d’origine du projet colonial du Canada.

Dans une déclaration publiée le 12 février, le Mohawk de Tyendinega Kanenhariyo, a expliqué que leur blocage était une expression du Wampum à Deux Rangs, qui « est à la base de la relation entre les Onkwehon : nous et les nouveaux arrivants. » Le Wampum à Deux Rangs « n’a pas expiré, il ne vieillit pas, il ne peut être obsolète, à moins qu’une des parties ne disparaisse dans le fleuve » dit Kanenhariyo.

Kanenhariyo a expliqué que le Wampum à Deux Rangs est aussi un accord de coopération. « Il a dit que si jamais les eaux étaient agitées, nous pourrions nous rejoindre et stabiliser les bateaux des deux parties. Nous avions la responsabilité d’informer l’autre bateau s’il y avait des eaux troublées plus loin. » Kanenhariyo fit une pause et dit « il semble qu’il y ait des eaux troublées ».

Le samedi 8 février, la Nation Gitxsan a construit une barricade sur la voie ferrée près de New Hazelton. Le Chef Héréditaire Gitxsan, Norman Stephens, a expliqué que la souveraineté de la nation Gitxsan est inextricablement liée à celle des Wet’suwet’en. « Si leurs droits sont piétinés, nos droits sont piétinés. Nous n’avons jamais renoncé à nos droits et les Wet’suwet’en n’ont jamais renoncé à leurs droits. Le territoire demeure sous l’autorité des Wet’suwet’en et des Gitxsan depuis des temps immémoriaux » dit-il.

Le vendredi 7 février 2020, la Cour Supérieure de l’Ontario a publié une injonction ordonnant de retirer la barricade de Tyendinega. Mais près d’une semaine plus tard, ça n’a pas été exécuté. Le mercredi 12 février, le Chef de la Police Mohawk Tyendinega, Jason Brant, a prié les défenseurs du territoire de mettre fin au blocage. En réponse, les Mohawks Tyendinega ont élevé une seconde barricade sur les rails.

Également le 12 février, les défenseurs sur le territoire du Traité 1, ont édifié une barricade sur une portion de voie ferrée de 7 km près de Winnipeg. Harrison Powder, l’un des défenseurs des terres, a expliqué à un reporter de CBC que la barricade était en soutien de la souveraineté Wet’suwet’en. « Quand vous envahissez le territoire Autochtone et essayez d’imposer des oléoducs à notre peuple, ça a des conséquences, et ceci, ici, aujourd’hui est une de ces conséquences » dit-il, « nous voulons que la Police Montée parte de là-bas. »

Mais il a aussi dit que les blocages étaient là « pour une longue période à venir, » leurs racines sont la résistance contre la violence coloniale perpétuelle du Canada contre les Peuples Autochtones. « Nos peuples ont dit depuis des années ‘nous pouvons fermer ce pays, nous pouvons bloquer l’économie, nous pouvons causer de graves dommages économiques’ – et ça arrive maintenant » dit-il.

La défense héroïque de la terre et de la souveraineté de la Nation Wet’suwet’en a déclenché un mouvement centré sur la défense de la Nation Wet’suwet’en, mais qui a rapidement pris un sens plus radical et plus fondamental. Les barricades maintenues à Tyendinega, Traité 1 et Gitxsan, ainsi que les blocages urbains de voies ferrées, de ports et d’autoroutes montrent que la lutte unifiée contre la violence coloniale du Canada s’intensifie et est là pour durer.

OCCUPATION DU BUREAU DU MEMBRE DE L’ASSEMBLEE LEGISLATIVE ET DIRECTEUR DE LA JUSTICE DAVID EBY EN SOUTIEN A LA NATION WET’SUWET’EN

13 février 2020, Territoires Salish de la Côte / Vancouver, Colombie Britannique – Des Autochtones souverainistes et des supporters des Chefs Héréditaires Wet’suwet’en occupent le bureau du Membre de l’Assemblée Législative et Représentant du Ministère de la Justice David Eby, pour exiger le retrait immédiat de la Police Montée et de Coastal GasLink du Territoire Wet’suwet’en non cédé. Au cours des sept derniers jours, il y a eu des actions de désobéissance civile quotidiennes à Vancouver, en particulier le blocage du Port de Vancouver et du port Delta, ainsi que des voies ferrées et du Pont de Granville. Des centaines de supporters de la souveraineté Autochtone ont rejoint les souverainistes Autochtones urbains dans les rues pour exprimer leur solidarité avec la Nation Wet’suwet’en.

Herb Varley, organisateur pour Haida, Nisga’a, Tlingit et Nuu-chah-nulth, déclare : « Les Chefs Héréditaires Wet’suwet’en appliquent Anuk Nu’at’en (la loi Wet’suwet’en), en opposition au système légal colonial du Canada. Nous perturbons les affaires quotidiennes dans le bureau de David Eby, pour montrer son rôle dans le génocide perpétuel des Peuples Autochtones par le projet colonial du Canada. »

Natalie Knight, organisatrice Yurok et Navajo dit « Il y a seulement quelques décennies, les Autochtones du Canada n’étaient pas autorisés par la loi à se rassembler en groupes de plus de trois, à se faire représenter légalement, ou, dans les territoires Salish de la Côte, à pratiquer la cérémonie du potlatch. La crise actuelle entre les Wet’suwet’en et le gouvernement canadien n’est qu’un éclairage de plus qui révèle l’injustice inhérente à la relation asymétrique et inégale entre le gouvernement canadien et les Nations Autochtones. »

Le groupe de supporters des Wet’suwet’en occupe le bureau jusqu’à ce que David Eby satisfasse les exigences suivantes :

Révoquez tous les permis associés aux projets de 40 milliards de dollars de fracturation pour du gaz de schistes de LNG Canada et Coastal GasLink, jusqu’à ce que les projets aient satisfait aux standards de consentement libre, préalable et informé selon Anuk Nu’at’en et la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones, et tous les principes que votre gouvernement a adopté dans la loi fin novembre 2019.

Utilisez votre pouvoir en tant que membre du Conseil Exécutif pour intervenir contre l’injonction et l’ordre de son application contre les Chefs Héréditaires Wet’suwet’en. Cet ordre est en violation flagrante et criminalise le droit des Wet’suwet’en d’occuper, gérer et entretenir leurs terres.

Si vous n’êtes pas capable d’endosser votre responsabilité envers Anuk Nu’at’en et les principes de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones, nous exigeons que vous démissionniez immédiatement du Conseil Exécutif.

 

CANADA : NOUVELLE ATTAQUE DU CAMP UNIST’OT’EN PAR LA POLICE MONTÉE, DES MATRIARCHES ARRÊTÉES

Les 9 et 10 février, les attaques contre le camp Unist’ot’en par la Police Montée ont continué. Le 9, ils ont surtout amené du matériel, des véhicules, des bulldozers, etc. Le 10 février au matin, ils se sont rapprochés en convoi du territoire Unist’ot’en. Des Matriarches ont tenu une cérémonie sur le pont d’accès au territoire, pour appeler leurs ancêtres. Le pont avait été décoré avec des robes rouges pour commémorer les femmes et jeunes filles Autochtones disparues ou assassinées. La Police montée à enfoncé le portail qui fermait le pont alors que les Matriarches étaient en pleine cérémonie. Les flics arrivés sur le pont ont arraché les robes rouges qui y étaient disposées. Ils ont arrêté les Matriarches et des Défenseurs. Lundi soir, 6 des 7 personnes arrêtées étaient libérées.

Cérémonie des Matriarches sur le pont

Arrestation de Freda Huson (photo The Narwhal)

Camp Unist’ot’en
Également publié sur Censored News
10 février 2020
Traduction Christine Prat

Territoire Unist’ot’en, 10 février 2020 – Un convoi armé des unités tactiques de la Police Montée a envahi le Territoire Unist’ot’en souverain et non cédé, pour imposer une injonction de Coastal GasLink. Nos Matriarches Unist’ot’en et des défenseurs des terres ont été expulsés de force de leurs terres.

Les Matriarches Unist’ot’en, Freda Huson (Cheffe Howihkat), Brenda Michell (Cheffe Geltiy), et la Docteur Karla Tait ont été arrachées de force de nos territoires et arrêtées. Nos Matriarches ont été arrêtées alors qu’elles tenaient une cérémonie pour appeler nos ancêtres et honorer les femmes et jeunes filles Autochtones disparues ou assassinées. Nous, les Unist’ot’en, savons que la violence contre nos terres et la violence contre nos femmes sont liées. Pendant la cérémonie, nous avons accroché des robes rouges pour commémorer les esprits des femmes, des filles, et des gens à deux esprits qui nous ont été ravis. Nous avons organisé une crémation de l’Industry de la Réconciliation Canadienne avec les Autochtones, pendant que la Police Montée défonçait les portails. Des défenseurs de la terre, parmi lesquels Victoria Redsun (Denesuline), Autumn Walken (Nlaka’pamux) et Pocholo Alen Conception ont également été arrêtés.

Unist’ot’en condamne ces arrestations coloniales violentes et les violations flagrantes de la loi Wet’suwet’en, de la loi canadienne, et de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones. C’est aussi une grave violation de la récente directive du Comité des Nations Unis sur la Discrimination Raciale (CERD) qui exige que le Canada interrompe le projet d’oléoduc de Coastal GasLink et retire la Police Montée de notre territoire, afin d’éviter de nouvelles violations des lois Wet’suwet’en, constitutionnelle, et internationale.

Nous, Wet’suwet’en, n’avons jamais cédé notre titre souverain ni nos droits sur les 22 000 km² de notre terre, nos eaux et les ressources à l’intérieur de notre Yintah. Notre Auc niwh’it’ën (loi Wet’suwet’en) et nos systèmes de gouvernance restent intacts et continuent de gouverner notre peuple et nos terres. Nous reconnaissons l’autorité de ces systèmes. Les Chefs Héréditaires Wet’suwet’en sont les Détenteurs du Titre et conservent l’autorité et la juridiction pour prendre des décisions concernant les terres non cédées.

Notre Territoire Wet’suwet’en est divisé en 5 clans et 13 groupes de maisons. Chaque clan de la Nation Wet’suwet’en a la juridiction totale selon notre loi pour contrôler l’accès à son territoire respectif. Nous nous sommes gouvernés de façon durable depuis des temps immémoriaux. Unist’ot’en (la Maison Sombre) occupe et utilise notre territoire traditionnel comme nous le faisons depuis des siècles. Notre façon d’exercer la propriété est l’expression pacifique de notre connexion à notre territoire et démontre notre utilisation et notre occupation de nos territoires en accord avec notre structure de gouvernance. Notre Yintah Unist’ot’en est un lieu de guérison. C’est le foyer des Wet’suwet’en qui cherchent y refuge suite au traumatisme colonial. Des gens y guérissent d’addictions. Des gens s’y reconnectent avec la terre.

Nous avons la force de nos ancêtres en nous. Nous avons la solidarité de nos parents Autochtones et de nos alliés avec nous. Nous avons le pouvoir de gens qui bloquent les chemins de fer, les autoroutes, les ports et les bureaux gouvernementaux dans tout le pays. Nous remercions les gens dans toute cette planète qui font de notre lutte leur lutte. Les flammes de la résistance et la résurgence de la réappropriation des terres Autochtones nos donne de la force. Nous savons que nos voisins et nos parents sont avec nous. Nous savons que les êtres à deux pattes et à quatre pattes veillent sur nous. Ces arrestations ne nous intimident pas. Les contrôles de police ne nous intimident pas. Les décisions de justice coloniales ne nous intimident pas. Les hommes en costard et leur argent ne nous intimident pas. Nous sommes toujours là. Nous serons toujours là. Ce n’est pas fini.

Lady Chainsaw n’a pas été libérée. Elle devrait être détenue jusqu’à ce que sa caution soit déterminée, le 27 février

photo ©The Narwhal

ATTAQUE CONTRE LES CAMPS UNIST’OT’EN : COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU 8 FÉVRIER 2020

Depuis le jeudi 6 février 2020, les camps de Défenseurs de la terre et de l’eau de la Première Nation Wet’suwet’en ont été attaqués par la Police Montée Royale Canadienne, de façon totalement illégale selon la loi Wet’suwet’en (territoires non cédés selon les traités), la loi de l’état de Colombie Britannique, et la Constitution Canadienne. Lire un résumé du contexte et le déroulement de l’attaque du 6 février dans un des articles précédents. Voir aussi le détail de l’attaque du 7 février dans l’article de ce jour. L’article ci-dessous est la traduction d’un communiqué de presse du camp Unist’ot’en du 8 février. Le combat n’est pas terminé. Contrairement à ce que croient la plupart des Européens, le Canada ne vaut pas mieux, en ce qui concerne l’oppression des Autochtones, et est même pire dans le laxisme vis-à-vis des grandes compagnies minières, que les Etats-Unis. Les Autochtones combattent des oléoducs qui doivent transporter du pétrole de gaz de schistes ou de sables bitumineux. C’est un pétrole extrêmement polluant. Lors d’un accident plus grave que les dizaines d’autres, aux Etats-Unis, on s’est aperçu que les détergents utilisés pour nettoyer les ‘marées noires’ n’avaient aucun effet sur ce pétrole.

Si vous trouvez que les noms cités causent une certaine confusion : il s’agit de la Première Nation Wet’suwet’en, qui comprend cinq clans. Les Gidimt’en sont l’un de ces clans. Unist’ot’en est un village en première ligne, où un ‘point de contrôle’ a été créé en 2010 pour lutter contre les oléoducs. Les noms des entreprises changent aussi régulièrement, elles changent de nom, de nationalité ou se déclarent en faillite pour ne pas avoir à payer des compensations pour les dégâts causés, mais leurs activités continuent et leurs profits aussi.

Christine Prat

8 février 2020, sur Facebook, (Traduction Christine Prat) :

Le matin du 8 février 2020, des agents de la Police Montée ont atterri aux portes du Village Unist’ot’en en hélicoptère. Les chefs Unist’ot’en et les membres de la maison ont commencé à appeler leurs ancêtres en soutien. Ils ont organisé une cérémonie de crémation pour la Réconciliation Canada/Autochtones, et ont brûlé une copie de l’injonction que la Police Montée a essayé d’appliquer pour le compte de Coastal GasLink (TC Energy). Au bout de 30 minutes, la Police Montée est remontée dans ses hélicoptères et est repartie.

S.v.p. soutenez la campagne de dons Unist’ot’en pour les frais de justice :
https://actionnetwork.org/fundraising/unistoten2020legalfund

Et téléchargez le kit de solidarité :
unistoten.camp/supportertoolkit2020/
#ReconciliationIsDead #WetsuwetenStrong #Unistoten

COMMUNIQUÉ DE PRESSE – Unist’ot’en Répond aux Raids Illégaux contre les Camps Gidimt’en et Fait Appel à la Protection du Centre de Guérison (Healing Centre)

Territoire Unist’ot’en, 8 février 2020 – Unist’ot’en condamne les violations de la loi Wet’suwet’en, de la loi Canadienne et de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones, commises par la Police Montée Royale Canadienne les 6, 7 et 8 février 2020 sur le territoire du Clan Gidimt’en, contre des camps situés à 27, 39 et 44 kilomètres, sur la route de la Forêt Morice.

Ces violations ont été commises par la Police Montée pour le compte de Coastal GasLink et son ‘injonction’, et l’existence d’une ‘zone d’exclusion’ qui ne cesse de s’étendre et n’est pas définie. L’injonction de Coastal GasLink n’interdit pas de circuler sur la route de la Forêt Morice et n’interdit pas le fait d’habiter le village Unist’ot’en ni aucun autre lieu de résidence Wet’suwet’en dans notre territoire.

Unist’ot’en exige que la Police Montée ne supprime pas le Centre de Guérison Unist’ot’en. La Police Montée n’a pas de compétence légale pour entrer dans le Centre de Guérison sans notre Consentement Libre, Préalable et Informé. Même sous la loi coloniale, la Police Montée ne peut pas entrer ou fouiller notre Centre de Guérison sans mandat.

Nous faisons appel à la solidarité internationale pour assurer la sécurité du Centre de Guérison. Les gens qui y vivent et s’y font traiter ne sont pas en infraction de l’injonction de la CGL [Coastal GasLink], et le Centre de Guérison lui-même n’est pas en infraction de l’injonction. Le Centre de Guérison est là pour soutenir l’autodétermination et la guérison de notre peuple et n’a rien à voir avec le travail de la CGL et de son injonction.

Unist’ot’en est indigné par l’emploi de force excessive par la Police Montée, entre autres l’emploi inutile d’armes tactiques lourdes déployées par des hélicoptères pour encercler le camp Gidimt’en à 44 km, l’emploi de snipers et des unités K9. Nous savons qu’en janvier 2019, la Police Montée a été autorisée à utiliser des forces léthales, à arrêter des enfants et des grands-parents, et à appréhender des enfants Wet’suwet’en en réaction à notre présence pacifique sur nos terres.

Durant toute l’action pour imposer l’injonction de la CGL, les médias et les observateurs légaux ont été illégalement encerclés et menacés de détention et d’arrestation pour avoir fait leur travail. La liberté de la presse est protégée par la loi canadienne, mais les journalistes ont été empêchés de faire des reportages sur les raids militaires de la Police Montée dans les territoires Gidimt’en. La Police Montée a essayé d’expulser des habitants de la hutte du Chef Woos. La Police Montée et Coastal GasLink ont également détruit partiellement l’infrastructure et la propriété du camp Gidimt’en. Cette propriété appartient au Clan Gidimt’en et la Police Montée n’a pas d’autorité légale pour la détruire.

Le 8 février, la zone d’exclusion a été étendue illégalement de la borne de 27 km à celle de 4 km, et inclut maintenant la majorité du territoire Gidimt’en. En conséquence, onze personnes, parmi lesquelles des observateurs légaux, ont été arrêtés illégalement de la hutte à 27 km. La zone d’exclusion a été créée par la Police Montée pour obliger les Défenseurs de la terre Wet’suwet’en à quitter notre territoire. C’est un moyen colonial et de criminalisation destiné à étendre illégalement et arbitrairement l’autorité de la Police Montée sur nos territoires. La zone d’exclusion massive, entièrement sous l’autoritarisme arbitraire de la Police Montée, est à l’extérieur de la zone d’injonction. Les Chefs et les membres du peuple Wet’suwet’en se voient interdire illégalement l’accès à leurs propres territoires.

Nous exigeons que le Canada adhère aux directives du Comité des Nations Unies pour l’Elimination de la Discrimination Raciale (UN CERD) et interrompe le projet de Coastal GasLink, et demande le Consentement Libre, Préalable et Informé des Chefs Héréditaires Wet’suwet’en, retirent la Police Montée Royale Canadienne de nos territoires et assure que des armes ou des forces léthales ne seront pas utilisées pour expulser par la force des Wet’suwet’en de nos terres.

Contacts :

Harsha Walia, Commentaire Indépendant de l’Association pour les Libertés Civiles de Colombie Britannique : Hwalia8@gmail.com

Irina Ceric, Kwantlen Polytechnic University, Commentaire Légal Indépendant : Irina.ceric@gmail.com

Noah Ross, Commentaire Légal Indépendant : noah.ross.j@gmail.com

Dark House (Unist’ot’en) : tsewedielh@gmail.com

Voir article précédent pour le context et l’attaque du 6 février.

CANADA : DEUXIÈME ATTAQUE D’UN CAMP WET’SUWET’EN, 7 FÉVRIER 2020, 4 PERSONNES ARRÊTÉES, UN JOURNALISTE DÉTENU.

Article de Brenda Norrell
Censored News
8 février 2020
Traduction Christine Prat

Quatre Défenseurs du Territoire de plus ont été arrêtés vendredi [7 février], tandis que des Wet’suwet’en, au point de contrôle Gidimt’en, protégeaient leurs terres de la construction d’un oléoduc par Coastal GasLink. Des Défenseurs ont placé leurs véhicules en travers du chemin de la Police Montée pour empêcher la police de partir avec les personnes arrêtées et ont effectué une cérémonie pour leur protection. Les véhicules ont été remorqués et déplacés par un bulldozer, et ont été endommagés, pendant que la Police Montée militarisée se livrait à une seconde attaque contre ce camp Wet’suwet’en, vendredi, laissant les personnes âgées et une femme enceinte dans le froid, selon des reportages en direct.

Dans tout le Canada, l’appel a été lancé de ‘Fermer le Canada’ et des Autochtones ont bloqué des trains, des ponts et des bureaux gouvernementaux. Les Mohawks Akwesasne ont bloqué la frontière.

Le journaliste du ‘Ricochet’ a été détenu à de maintes reprises par la Police Montée, pour l’empêcher de faire son reportage, pendant que la police militaire se livrait au second assaut contre le camp Wet’suwet’en. Le ‘Ricochet’ ont annoncé pendant toute la journée de vendredi avoir perdu le contact avec le journaliste sur le terrain.

D’après la CBC, le Chef Héréditaire Na’moks dit que ceux qui avaient été arrêtés étaient sur leur propre territoire et n’avaient pas bloqué la construction, qui n’avait pas progressé depuis décembre, à cause du froid.

« Nous vivions ici avant la zone d’exclusion, » dit Na’moks. Il ajouta que la police avait demandé aux habitants d’une hutte de partir. « On ne peut pas abandonner sa maison. »

L’ATTAQUE DU 7 FÉVRIER 2020

8h45 – Des rapports indiquent que le point de contrôle Gidimt’en est surveillé par des drones. Ils disent également que le convoi de la Police Montée fait 2 km de long.

9h39 – Une charrue approche du point de contrôle Gidimt’en en dégageant le chemin pour la Police Montée.

9h48 – La Police Montée est arrivée au point de contrôle Gidimt’en.

9h52 – La charrue dégage la route, escortée dans le territoire Gidimt’en par deux unités tactiques et 11 autres agents de la Police Montée.

10h19 – Un hélico vole bas et la police entre.

10h34 – Les Gidimt’en peuvent voir 12 véhicules dont un bulldozer et une ambulance. Le bulldozer dégage la voie jusqu’au pont. Un ouvrier est présent, avec 13 policiers derrière lui et probablement beaucoup plus derrière eux.

10h43 – Des policiers inspectent la porte métallique du point de contrôle de Gidimt’en.

10h57 – un groupe d’ouvriers inspectent la porte à leur tour pour voir comment la passer.

10h59 – Les Gidimt’en au point de contrôle voient le Commandant Rob Pikola de la Police montée. Un policier a un fusil d’assaut. Ils sont 30 maintenant, au point de contrôle.

11h11 – Deux hélicoptères atterrissent et déposent au moins 4 membres de l’équipe tactique. Le point de contrôle Gidimt’en est maintenant encerclé. Devant le porche, il y a deux motoneiges et deux équipes tactiques. Le camp Gidimt’en est confiné, probablement par des snipers.

11h17 – La Police Montée lit une injonction avec un mégaphone. Deux hélicoptères viennent encore de déposer des membres d’équipes tactiques.

11h20 – Des hélicoptères déposent des militaires pour la troisième fois.

11h27 – Deux hélicoptères de plus amènent une nouvelle vague de la Police Montée tactique. La Police Montée répète l’injonction sans arrêt avec le mégaphone. #Wetsuwetenstrong

11h48 – Des officiers essaient de convaincre ceux qui se trouvent au point de contrôle Gidimt’en de venir négocier. Ils répondent qu’ils ne peuvent pas négocier et que la Police Montée doit parler au chef Woos. La Police Montée demande aux gens de se laisser escorter hors du territoire immédiatement ou d’être arrêtés.

11h50 – Ils sont encerclés par des snipers et des chiens policiers.

12h00 – Des membres de la Police négocient avec la presse. Un policier pointe un fusil sur les supporters des Wet’suwet’en.

12h03 – Les hélicoptères appartiennent à Silverking, une entreprise locale qui a refusé de transporter des vivres et des membres des médias dans les territoires #Unistoten / #Wetsuweten. Il semble qu’ils amènent des équipes tactiques de la Police Montée pour voler notre pays.

12h04 – La Police Montée essaie de casser le bus qui nous envoie les mises à jour.

12h10 – Ils surveillent le bus. « Ils ont un fusil pointé sur nous ». Apparemment, la Police Montée essaie de limiter la visibilité des équipes tactiques par la presse.

12h14 – 3 membres de l’équipe tactique regardent dans la hutte de Woos – un domicile permanent, hors de la zone d’injonction – par la fenêtre.

12h25 – De nombreuses unités de la Police Montée équipées enfoncent la palissade et se dirigent vers la hutte de Woos – qui, encore une fois, est largement à l’extérieur de la zone d’injonction.

12h27 – Nous venons d’entendre que le camp est envahi. L’officier Dixon essaie de dire aux gens de descendre de la tour. Les Gidimt’en disent qu’ils ne partiront que quand toute la police aura quitté le territoire.

12h38 – Des membres de la Police Montée frappent à la porte de Woos en criant « zone d’exclusion de la Police Montée ». La hutte n’est pas dans la zone d’injonction, est à 30 m de la route la plus proche et n’empêche pas les travaux.

12h41 – Le portail de métal est renversé. Un observateur légal essaie d’obtenir les numéros de badge et les noms des membres de la Police Montée, qui ne répondent pas. Certains portent des masques. Un caporal essaie de convaincre ceux qui sont dans la hutte de Woos qu’ils sont dans la zone d’exclusion et pose des questions. Les gens à l’intérieur ne répondent pas.

12h44 – Une énorme excavatrice est amenée pour pousser le portail de bois. Ceux qui sont à l’intérieur de la hutte demandent à la police si elle a un mandat pour entrer dans le domicile. La police répond qu’elle n’en a pas.

12h50 – Les médias sont maintenus à 20 m du bus, mais ils sont autorisés à filmer.

12h51 – Eve Saint, la fille de Woos, et son compagnon sont dans le bus et refusent de partir. Les médias sont loin, ont peu de visibilité et pas de son. Des paniers à salade arrivent.

12h53 – La Police Montée dit à ceux qui se trouvent dans la hutte qu’ils ne souhaitent pas détruire la hutte mais que tous ceux qui sont à l’intérieur doivent partir. Ils n’ont pas de mandat.

13h34 – Eve Saint, fille du Chef Woos @Gidimten, a été arrêtée avec une autre personne. Ils ne sont pas blessés.

13h45 – Les deux personnes arrêtées ont été emmenées en panier à salade.

14h02 – La Police Montée utilise des échelles pour grimper en haut de la tour de bois d’où on a une vue sur le territoire.

14h34 – Les gens dans la hutte de Woos entendent des scies et des cris à l’extérieur. Des gens sont encore dans la tour. La Police Montée a dit que les gens dans la tour étaient déjà en état d’arrestation et qu’elle essayait juste de les faire descendre.

14h45 – La Police Montée refuse de spécifier pourquoi les gens dans la tour sont en état d’arrestation ni quelles sont les accusations.

14h56 – Ceux de la tour disent qu’ils descendront si le Chef Woos est autorisé à entrer dans son territoire. Une Autochtone dans la tour demande qu’une policière se charge de son arrestation, la Police Montée refuse.

15h00 – Les Chefs Héréditaires Wet’suwet’en ne sont pas autorisés à entrer en territoire Gidimt’en par la Police Montée. Anne Spice, Tlingit, est extraite de la tour.

15h14 – Anne Spice a été descendue de la tour. Il y a encore une personne au sommet, mais les communications de la tour ont cessé.

15h30 – Plus de 20 véhicules appartenant à des Wet’suwet’en ou à des supporters se sont amassés au km 27, bloquant la route des fourgons de police quittant le territoire. Ils effectuent une cérémonie pour la sécurité de ceux qui sont arrêtés.

18h13 – Les gens dans la hutte ne voient plus de police. Il semble que la majorité des forces de l’ordre est partie vers le km 27. La tour est toujours debout. La route est toujours bloquée.

18h15 – Ceux qui sont au km 27 disent qu’ils sont encerclés par la Police Montée et ne sont pas autorisés à partir.

18h16 – Denzel Sutherland-Wilson, de la Nation Gitxsan, avait été arrêté et extrait de la tour plus tôt dans la journée. Seuls ceux qui sont dans la hutte du Chef Woos y sont encore. Les Gitxsan sont les plus anciens alliés des Wet’suwet’en.

18h21 – Nous apprenons que 30 membres de la Police Montée encerclent les Chefs Héréditaires Wet’suwet’en et leurs supporters qui ont bloqué la route au km 27. Parmi eux, il y a Dini’ze Smogelgem, Dini’ze Dsta’hyl et Tsake’ze Sleydo’.

19h10 – Nous avons appris que la Police Montée a retiré les véhicules qui bloquaient la route au km 27 et que des bulldozers retournent en ville.

21h09 – Nous apprenons que la Police Montée demande la fermeture et l’évacuation du camp au km 27. La zone d’exclusion de la Police Montée est maintenant au km 3 sur la route de la Forêt Morice. Les gens ne peuvent pas partir parce que la police a enlevé leurs véhicules. Des Anciens, des chefs et une femme enceinte sont bloqués.

21h10 – Le Chef des Gidimt’en Woos s’est vu refuser l’accès à son territoire. Le Chef Ste ohn tsiy avait quitté le camp au km 27 et s’est vu interdire d’entrer à nouveau. Les Chefs Wet’suwet’en se voient refuser l’accès aux territoires Wet’suwet’en.

 

DECOLONISER LA RESISTANCE AUX PIPELINES EN AMERIQUE DU NORD

 

Par Lee Veeraraghavan sur le site Occupy.com
Mardi 25 février 2014
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Traduction Christine Prat

Tandis que la bataille contre l’oléoduc Keystone XL s’intensifie aux Etats-Unis, la Colombie Britannique au Canada fait face à des combats similaires. Le pipeline d’Enbridge Northern Gateway, s’il est approuvé, devrait transporter du bitume dilué des sables bitumineux d’Alberta jusqu’à la côte du Pacifique.

Le gaz de schiste du nord-est de la province doit aussi être transporté par gazoduc : le Pipeline Pacific Trails de Chevron-Apache, que certains considèrent comme un précurseur pour le Northern Gateway, dont les travaux de construction devaient commencer en 2013. Après avoir été repoussée d’un an, la construction du PTP a maintenant commencé – et la nouvelle phase de résistance s’est accrue en réaction. L’un des champs de bataille clef sera vraisemblablement le territoire Unis’tot’en, le Bird Clan de la Nation Wet’suwet’en.

De nombreux projets de pipelines, parmi lesquels le Northern Gateway et le Pacific Trails, doivent passer par le territoire des Unis’tot’en – un territoire qui n’a jamais été cédé à l’Etat Canadien. Cependant, les Unis’tot’en ont juré de bloquer tous les pipelines et de construire une cabane et une maison semi-souterraine sur le trajet. Ils ont aussi remis en vigueur un protocole traditionnel pour entrer dans leur territoire, afin d’écarter les arpenteurs-géomètres des compagnies de pipelines. Le protocole, mis en œuvre sur un pont sur Wedzin Kwah, la Rivière Morice encore sauvage, consiste en cinq questions : Qui êtes-vous et d’où venez-vous ? Pourquoi êtes-vous ici ? Combien de temps comptez-vous rester ? Travaillez-vous pour le gouvernement ou pour une industrie qui détruit ces terres ? En quoi votre visite bénéficiera t’elle au peuple Unis’tot’en ?

Le protocole indique un important changement dans la façon de penser les questions d’environnement : un changement qui reconnaît que le contrôle est aux mains des communautés Autochtones. L’activisme écologiste dominant est souvent pensé comme un impératif éthique fondé sur une exigence minimale déterminée par le discours scientifique. Ceci peut avoir l’effet regrettable de monter les groupes écologistes contre les communautés (souvent Autochtones) les plus affectées par la dévastation de l’environnement.

Et pourtant, dans le monde entier, les Peuples Autochtones sont à la pointe des mouvements qui voient l’écologie comme le résultat de l’adoption de pratiques locales longtemps réprimées par le colonialisme. Le point de vue Autochtone est cependant souvent réduit au silence : leur parole est laissée de côté en faveur des scientifiques et militants de l’environnement. J’ai eu récemment l’occasion de visiter le Camp Unist’ot’en et d’interviewer Freda Huson, porte-parole des Unist’ot’en.

Lee Veeraraghavan : La cabane, le camp, le barrage : tout cela a été dénoncé dans les médias et ailleurs comme opposition aux pipelines, mais l’ensemble du projet concerne beaucoup plus que cela. Pourriez-vous en parler ?

Freda Huson : Eh bien nous avons décidé de développer une communauté, et le but de cette communauté est de décoloniser notre peuple. Parce qu’avec les pensionnats Indiens et même les écoles publiques, ils ont essayé de faire oublier à notre peuple notre culture, qui nous sommes, et de l’intégrer à la société Canadienne. Et cela n’a pas apporté la justice à mon peuple. Voyez toutes ces réserves : les gens sont perdus, les jeunes ne trouvent pas leur place, ils tombent dans l’alcool et la drogue. Ils jouent toute la nuit, dorment toute la journée et sont quasiment morts – morts spirituellement. Ils sont comme des zombies qui essayent de s’adapter.

L.V. : Et la communauté que vous fondez ici est le premier d’une série de projets pour retourner à la terre ?

 F.H. : Nous ne la considérons pas encore comme guérison, mais c’est notre but ultime. Ma nièce doit passer son doctorat l’année prochaine – elle est psychologue – et son projet est de développer une loge de guérison pour ramener notre peuple là où nous étions avant. Nous sommes un peuple fort, et bien que notre culture soit intacte et toujours forte (c’est notre système de gouvernement), beaucoup de nos jeunes n’y adhèrent pas. Vous ne les voyez pas dans notre salle de Fête. C’est des gens de ma génération qui y sont. Moi-même, je n’ai commencé à y aller qu’il y a quatorze ans.

L.V. : Qu’est-ce qui vous a fait changer ?

F.H. : C’est le fait que mon père m’a dit « si tu ne participe pas au système de Fête, et que quelque chose arrive à un de tes enfants, il n’y aura personne pour t’aider ». Voyez les familles qui ne participent pas, s’il y a un décès, ou si quelqu’un tombe malade, il n’y a personne pour leur tendre la main, parce qu’ils ne font pas partie du système. Il m’a dit : « Il faut que tu commences à y aller. Si tu veux que quelqu’un t’aide, il faut que tu commences par participer et aider les autres, et alors, quand tu seras dans le besoin, ils t’aideront ».

L.V. : Sur votre site web vous parlez du protocole : ce que c’est, et son histoire. Pourriez-vous dire pourquoi vous le remettez en vigueur maintenant ?

F.H. : Nous le faisons pour protéger ce qu’il reste du territoire. En y arrivant, vous voyez beaucoup de zones où les arbres ont été abattus et qui sont endommagées. Et parce qu’il ne nous en reste plus que 10%, nous avons décidé de ressusciter le protocole et de poser aux gens ces questions justifiées leur demandant pourquoi ils sont ici. Il y a tellement de destructions autour de nous : mines, exploitations de bois, et même des gens qui ont le sentiment qu’ils peuvent tout se permettre parce que le gouvernement dit : ce sont des « terres de la Couronne » [terres appartenant aux Canadiens, au nom de la Couronne]. Ils chassent le gibier, et ils prennent… bien que le gouvernement essaie de réguler, personne ne vient pour s’assurer que ces chasseurs ne prennent pas une femelle d’orignal. Personne ne vérifie. Nos gens ne prennent pas les femelles d’orignaux, parce que ce sont elles qui assurent la reproduction. Les gens commencent à prendre tout et n’importe quoi, et ensuite ils s’étonnent de ce que les nombres sont bas.

Mais si nous avons le sentiment que les gens ont répondu aux questions de manière satisfaisante et que nous avons un accord selon lequel ils ne veulent pas de pipelines, qu’ils veulent juste venir ici pour essayer de pêcher dans un lac, ou pour se détendre et camper, alors nous les laissons entrer. Mais si les gens manquent de respect et nous prennent de haut, nous leur disons « faites demi-tour. Nous n’avons pas besoin de gens comme vous ici ».

Vous entrez dans notre territoire et nous nous assurons que nous découvrirons qui vous êtes, d’où vous venez, pourquoi vous êtes ici, et en quoi votre visite bénéficiera à mon peuple. Parce que, si çà ne doit pas bénéficier à mon peuple, pourquoi vous laisserions-nous entrer ? En ce moment même, partout autour de nous, toutes les industries qui sont ici nous jettent des miettes. Et vous entendez toujours le gouvernement dire : « Nous donnons des subsides à ces Autochtones ! » Des conneries ! Ce ne sont pas des subsides ! A la base, ils ont volé toutes nos ressources, nous ont chassés de nos terres, nous ont emprisonnés dans ces réserves et nous ont interdit de venir vivre de nos terres – afin de pouvoir prendre toutes nos ressources ! Ils nous doivent beaucoup plus que ces miettes de « subsides » qu’ils nous donnent. Ils continuent à nous appauvrir afin que notre peuple ne soit pas capable de se dresser devant eux pour les combattre.

L.V. : Qu’est-ce que la terre signifie pour vous ?

F.H. : En fait c’est… la vie. J’ai été revitalisée – ma santé est meilleure qu’elle n’a jamais été parce que je suis ici – et tout ce qui est ici est vivant. L’eau est vivante : elle contient tous les minéraux qu’il faut quand vous la buvez. Quand vous allez dans les agglomérations dirigées par des municipalités, dans notre communauté de Moricetown, ils mettent du chlore dans l’eau et elle passe par un système de filtrage, de telle manière que l’eau est morte. Ainsi vous ne faites que vous mouiller les lèvres. Notre peuple croit que nous faisons partie de la terre. La terre n’est pas séparée de nous. La terre nous nourrit. Et si nous n’en prenons pas soin, elle ne pourra plus nous nourrir et notre génération mourra.

Nous avons commencé à restaurer cette région grâce à des jardins de permaculture, afin de cultiver nos plantes médicinales et nos baies, dans le futur. Mais pour l’instant nous nous contentons de cultiver des pommes de terre conventionnelles, des choses comme çà, pour réparer le sol. Lorsque le sol sera restauré, nous transplanterons certains de nos buissons donnant des baies. Mais autrefois, nos gens étaient en forme et actifs sur ces terres, et ils devenaient centenaires, tellement ils étaient en bonne santé ! Donc nous savons que cette terre est la vie.

L.V. : Finalement, qu’est-ce que j’aurai dû vous demander ? Y a-t-il quelque chose de vraiment important qui m’a échappé ?

F.H. : Notre peuple a vécu ainsi pendant très, très longtemps, et nous essayons seulement de retourner à ce que nous sommes, de retrouver notre esprit, et de ressentir cette connexion. Il y a longtemps, les animaux parlaient à notre peuple, et nous les comprenions. Maintenant çà fait si longtemps que notre peuple a quitté le territoire, mais je pense que si nous y restons longtemps, çà reviendra. Nous respectons les animaux. Par exemple, c’est un pays de grizzly, mais ils ne viennent pas dans notre espace, et quand nous voyons qu’ils ont marqué leur territoire, nous le respectons. Nous disons « OK. Un grizzly a revendiqué ceci, allons ailleurs », et nous partons. C’est leur patrie comme la nôtre et nous le respectons. Vous les respectez, et ils vous respectent en retour.